ALATRI
prend rien de plus, et dous laisse par conséquent ignorer entièrement l'origine d'Alatri , que Piaule traite de cité barbare dans sa comédie des Captifs, où Hégion répond à Ergasile, qui jure par Segni et par Alatri de dire la vérité : « Pourquoi jurer par les noms de villes barbares (1)? » Celte origine, du reste, est inscrite sur ces murs indestructibles, semblables à tant d'autres constructions de l'Italie, de la Grèce, de l'Asie Mineure, qui dans chacune de ces contrées signalent le passage de la race des Pélasges, race infortunée, destinée à disparaître promptement de la surface du sol, où elle a laissé toutefois des empreintes ineffaçables. Nous savons par Strabon que de son temps les habitants d'Alatri se rendaient à Fregellae (aujourd'hui Ceprano), et s'y réunissaient à ceux de Velletri, de Cossa, de Cora et autres cités des Herniques , à l'occasion de quelques solennités religieuses. Trois ou quatre inscriptions trouvées dans des ruines romaines superposées aux substructions pélasgiques prouvent seules l'existence d'Alatri sous les empereurs. La plus récente de ces inscriptions remonte à Antonio le Pieux :
ANTONIO. PIO. S. I». Q. ALATRINVS.
Rien de plus gracieux à la fois et de plus pittoresque que le premier aspect d'Alatri, dont l'ancienne acropole couronne une haute colline qui se détache sur un ciel bleu entre Ja montagne de Vico et celle de Collepardo.
Sut les bords de la Cosa , petite rivière qui coule au pied de la colline , de vertes prairies semées d'arbres plantureux disposés en bouquets offrent cet aspect de fraîcheur si agréable dans les contrées du midi ; mais , en approchant , l'attention se concentre sur les ruines imposantes de l'antique cité. A moitié hauteur de la colline à peu près, on trouve la première muraille, qui sert encore d'enceinte au bourg moderne. Elle a environ deux milles de circonférence, et est construite dans toutes les parties antiques à l'aide de polygo»«* » rr cguliers, blocs énormes,dontlesangles rentrants et saillants s'unissent avec une précision telle que sans l'aide d'aucun cimcutils résistent à la force du temps depuis plus de trente siècles. On entre dans la ville par une porte , dite la porte Saint-Pierre , merveilleusement conservée, et dout le linteau formé d'un seule pierre est aussi monumental que ceux des porles de Tirynlhe ou de Mycènes. A gauche de celte porte s'élève une tour bâtie au moyeu Age : à droite existe une figure en relief entièrement frusle , portant sur la tête une espèce de modium, qu'on a supposé être le dieu Pan, et qui, sculptée dans le roc môme dont est formée la muraille, est sans contredit l'une des œuvres
(i) Quld tu per barbarie»» urbw Juras r - Act. IV,
se. 1,
de plastique les plus anciennes qui existent en Italie. Une autre figure, sous la voûte d'entrée, dont les traits sont complètement effacés , mais dont la barbe et les cuisses velues semblent appartenir à un faune ou encore au dieu Pan, divinité des Pélasges arcadiens, a le même caractère d'antiquité. Or, ce n'est pas un caractère indifférent pour déterminer l'origine pélasgique des villes où l'on retrouve l'architecture à grands polygones irréguliers , origine contestée par quelques savants de l'école allemande, que de trouver ainsi sur la porte d'Alatri l'image figurée du dieu topique de l'Arcadîe. Une fois dans la première enceinte , on se trouve au milieu de constructions modernes, élevées pour la plupart sur des substructions cyclopéennes , et une rue montueuse conduit à la citadelle. Cette acropole, qui occupe le sommet de la colliue abrupte, d'où la vue s'étend sur un immense horizon , est entourée d'énormes murs du même style, dont le couronnement sert de parapet à la place moderne, Piazza di cività, où s'élève aujourd'hui l'église de Saint-Pierre et l'évêché. Tel est l'imposant appareil de cette enceinte de l'acropole ( enceinte qui elle-même était triple, car on voit des traces de trois circonvallations ) , que la partie de la muraille qui soutient la place de l'évêché du celé du sud-est , et qui a seize mètres d'élévation , n'est formée, en hauteur, que de quinze pierres depuis la base jusqu'au sommet. La porte qui s'ouvre de ce côté dans le mur de la citadelle pour donner entrée à l'acropole n'est pas moins imposante par ses dimensions que la porte de la ville. La pierre ou pour mieux dire le rocher qui lui sert d'architrave a cinq mètres de longueur sur une hauteur de près de deux mètres. Une autre porte placée à la partie opposée se trouve à moitié enfouie par l'exhaussement du sol ; mais le côté de la muraille où elle se trouve percée est plus imposant encore par la dimension des matériaux employés à le construire. Celte porte conduit à une espèce de grotte ou chambre souterraine, qu'on croit être unLupercal,etsur le linteau duquel est sculpté un phallus, nouveau rapprochement entre le culte des auciens habitants d'Alatri et celui des Pélasges arcadiens, puisque Hérodote nous apprend que l'ilhyphallus était le symbole primitif de la théogonie pélasgique.
Tous ces curieux vestiges d'une civilisation antérieure de plusieurs siècles à la fondation de Rome sont bien faits pour exciter l'intérêt du voyageur ou de l'antiquaire, et l'on peut s'étonner à juste raison que la petite ville d'Alatri et ses grands murs ne deviennent pas plus souvent le but d'une excursion de la part des nombreux touristes qui visitent Rome ou la campagne romaine.
NOBL DES VKKCEKS.
83 AU ALBAINS ( Rois ). ( Histoire ancienne. ) La liste des rois albains a été l'une des plus controversées , comme elle est de fait l'une des plus incertaines que nous offre l'histoire de l'antiquité. Elle commence à Ascagne , fils d'Énée, qui, ayant quitté La vinium pour construire une autre ville, choisit au centre du Lalium un emplacement protégé d'un coté par un lac et de l'autre par l'escarpement d'une montagne. Là il jeta les fondements de la cité nouvelle, qu'il nomma Alba , en mémoire d'une truie blanche dont l'apparition , confor* miment aux paroles d'un oracle, avait annoncé à son père la fin de ses longues pérégrinations. Toutefois, comme il existait déjà une cité de ce nom, il distingua celle dont il était le fondateur par un surnom emprunté à la forme que lui imposait sa situation, et elle s'appela Albe la Longue. A la mort d' Ascagne , d'après Denys d'Halicarnasse, Sylvius, fils posthume d'Énée, qui l'avait eu de Lavinie , monta sur le trône. Ce Sylvius avait été ainsi nommé, selon Denys et Aurélius Victor, parce que sa mère Lavinie , à l'avènement d'Ascague, ayant redouté les embûches de son beau-fils, s'était réfugiée dans les forêts pour y mettre au monde l'enfant qu'elle portait dans son sein. Or, il transmit son nom à ses successeurs, en sorte que tous les rois d'Albe portèrent après lui le surnom de Sylvius. Plus tard Ascagne, loin de justifier les craintes que sa belle-mère avait conçues à son égard , adopta Sylvius, et lui légua la couronne à l'exclusion de son propre (ils Iule, qui dut se contenter d'exercer le sacerdoce, devenu ensuite héréditaire dans sa famille. C'est de ce dernier que César prétendait descendre. Sylvius régna vingt-neuf ans, et eut pour successeur Sylvius JLneas, qui en régna trente et un. Latinus, Alba, Capetus. Capys, Calpetus héritèrent tour à tour du souverain pouvoir, puis vint Tibei inus, qui se noya dans le fleuve Albula, et lui donna son nom ; en sorte qu'on l'appela Tiberis, ou le Tibre. Vient ensuite Agrippa, puis Alladius, tyran haï des dieux, dont il voulait imiter la foudre» etgui fut foudroyé par eux. A vent inus, qui régna trente-sept ans, donna son nom au mont Aventin. Procas lui succéda , et après vingt-trois ans de règne eut lui-même pour successeur Amulius, qui avait usurpé la couronne sur son frère Numitor, et périt sous les coups deses petits-neveux Remns ctRomulus, dont le grand-père Numitor, rélabli par eux sur le trône, fut le dernier des rois albains.
Telle est la liste donnée par Denys d'Halicarnasse, qui, malgré son désir de pénétrer le» mystères des origines romaines, n'a pu trouver sur la descendance du héros troyen d'autres détails , dont il n'aurait certes pas fait grâce à ses lecteurs. Tite-Live , de son côté , consacre à peine une demi-page à l'histoire des
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: quatre siècles qui séparent Ascagne de Romulus. Dans son récit , Alladius s'appelle Sylvius Romulus , et ce n'est pas lui qui est frap|>é par le tonnerre, mais son successeur Aventinus, foudroyésur le mont Aventin. Tont le reste est conforme au récit de Denys d'Halicarnasse. Quant à Aurelius Victor, il veut qu'après la mort d'Ascagne, son fils Iule et Sylvius, fils d'Énée , se soient disputé la couronne, et que le peuple ait prononcé en faveur de Sylvius. Son successeur Latinus envoya une partiede ses sujets coloniser Préneste, Tibor, Gabies, Tusculum, Cora, Pometia, Locres, Cameria, Crustumium et Bo villes. ATiberinus, qui se noie aussi dans l'AlbuIa, succède Aré« mulus Sylvius, qui joue ici le rôle attribué par Denys à Alladius, et imitait le bruit du tonnerre eu frappant sur des boucliers. Il fut foudroyé en punition de son impiété. Du moins c'est là, d'après l'auteur des Origines, le fait rapporté dans le sixième livre des grandes annales , tandis que, ajoute-t-il, Aufidius et Domitius racontaient qu'Aremulus avait été englouti par un tremblement de terre. Vint ensuite Aventinus, qui fut tué dans une bataille et enterré sur le mont Aventin; puis Procas, qui laissa son héritage à ses deux fils Numitor et Amulius, donnant à l'un l'empire, à l'autre tous ses biens personnels. Or Numitor, qui eut le choix, préféra les richesses au pouvoir, ce qui se trouve en contradiction formelle avec ce passage de Plutarque : « Numitor choisit la couronne, et Amulius, devenu par les trésors dont il restait possesseur plus puissant que son frère, lui enleva facilement son trône. »
Il est naturel que tant d'incertitudes et de contradictions aient engagé la critique moderne à traiter avec rigueur la liste des rois albains. Niebuhr, qui ne fait commencer les temps historiques de Rome qu'en l'an 350 de sa fondation, car il lui fallait place nette pour développer à son aise ses épopées latines , ne va-t-it pas trop loin, cependant, quand il regarde le catalogue des rois albains comme une invention de Polyhistor ? A-t-il réfléchi qu'Aulu-Gelle cite la dynastie des Sylvius d'après le premier livre des annales de Cassius Hemina, et qu'il faut, dans ce cas, regarder son existence comme appuyée sur des documents bien antérieurs. Niebuhr, s < vaut et habile critique , est venu après les timides essais de Laurent Valla et de Glareanus, les attaques plus hardies de Beaufort , les inspirations fécondes de Vico, s'emparer de Rome comme par droit de conquête, et, à l'aide d'une logique plus serrée que celle de ses devanciers, d'une érudition plus vaste, y a fait table rase des anciennes croyauces, en démontrant les lacunes, les contradictions, les falsifications généalogiques, les impossibilités de toutes sortes. Jusque là tout est bien : il s'agit de détruire, et