ALBAINS
la critique est à l'œuvre sapant dans leurs fondements récits el traditions : « Le vieux roman est par terre , disent les coryphées du parti, le relèvera qui pourra. » Là en effet commence la difficulté ; là se révèle l'impuissance de ceux qui étaient si hardis à détruire. Qu'ont eu à mettre à la place des récits de Denys ou de fite-Live les novateurs de l'école symbolique, qu'on voit si souvent torturer un passage pour y trouver tout autre chose que ce qu'il semble dire , puis, appuyés sur une base si fragile, s'élancer à la poursuite des conjectures les plus hardies où notre esprit s'effraye de les suivre ? Ils ont ébranlé nos anciennes convictions, et nous laissent froids devant leurs nouveaux systèmes ; en sorte qu'on ferait un gros livre des fables qu'ils ont signalées et un livre bien mince des vérités qu'ils ont su faire accepter en échange. Aussi nous faut- il revenir encore aux seules sources que nous |>ossédions.
Après la mort de Numitor, Roraulus, son petit-fils, aurait pu, dit Plutarque, réunir la ville d'Albe à l'État qu'il venait de fonder; mais il en laissa le gouvernement au peuple, et se réserva seulement le droit d'y nommer tous les ans un magistrat pour y rendre la justice. D'an autre coté, Denys d'Halicarnasse, s'appuyaut sur l'autorité de Licinius, laisse aux Albaios l'initiative de ce changement de gouvernement, et dit, en parlant du premier dictateur nommé chez les Romains, qu'ils empruntèrent ridée de cette institution aux Albaius, qui, après la mort d'Amulius et de Numitor, avaient élu des chefs annuels auxquels ils donnaient le nom de dictateurs. Ce qu'il y a de certain, c'est que tous les historiens conviennent de la bonne harmonie qui exista entre les deux États pendant les longs règnes de Romulus et de Numa. Ils étaient liés entre eux par les traités les plus saints, et il avait été décidé que, quel que rat le sujet de plaintes qu'une des deux villes pût avoir contre l'autre, on n'aurait recours aux armes qu'après avoir épuisé toutes les voies de conciliation. On sait que l'humeur guerrière de Tullius Hos* tilius triompha de ce bon accord, que l'alliance se rompit et que Cluilius, dictateur des Albaios, étant mort, son successeur Metius Fufelius voulut que le sort des deux peuples fût remis aux mains desHoraces et des Coriaces. Nous n'insisterons pas sur ce combat célèbre, qui est entré dans le domaine de la poésie ou de la peinture tout aussi bien que de l'histoire ; nous n'examinerons pas si l'identité qui existe entre les détails de ce triple duel et de celui des trois fils jumeaux de Démoslrate contre les trois fils jumeaux de Rheximaque, combattant , les premiers en faveur des Tégéates, et les seconds des Phénéates, ne donne pas lieu de supposer ici l'introduction d'une ancienne fable grecque dans les annales ro-
maines. A plus forte raison, nous ne rechercherons pas, avec quelques disciples de l'école symbolique, si Horace n'est pas une forme de Curiace, comme chez nous Clodion est identique avec Hlodton, Clovis avec Hlodowig, Childéric avec Hildéric\ en sorte que Horace venant de Curiace et Curiace venant de Curia, c'est-à-dire signifiant noble ou patricien, il ne faudrait voir dans tout cela qu'un symbole sous lequel serait exprimée l'histoire de la lutte de l'aristocratie dans les deux pays. Nous sommes loin de blâmer ces subtiles recherches ; mais le récit dramatique de Tite- Live a consacré le combat des champions de Rome contre les champions albains, et nous y croyons en lisant les belles pages où il l'a décrit , comme nous croyons pieusement aux aventures d'Éuée quand elles nous sont racontées dans les admirables vers de Virgile.
Cependant , les Albains étaient désormais soumis aux Romains par le sort des armes.
Metius Fufetius voulut s'en venger par une trahison, et , dans la guerre des Fidénales , il abandonna avec toutes ses troupes l'armée romaine au moment du combat. Tullus Hoslilius l'en punit par un affreux supplice : ses membres furent attachés à deux chars attelés de quatre chevaux, qui, poussés en sens contraires, le mirent en pièces. Quant aux Albains, leur perte fut résolue, et les légions romaines entrèrent à Albe pour n'en sortir que quand elle n'existerait plus. Tite-Live nous a laissé un tableau animé du désespoir qui s'empara des habitants quand ils virent exécuter l'arrêt qui les condamnait à n'avoir plus de patrie. « Ce n'était pas, dit-il, ce tumulte ni cette terreur qui se répandent au sein des villes prises d'assaut, mais une tristesse morne et silencieuse qui serrait tous les cœurs et abattait tous les esprits. On ne savait que prendre, que laisser ; on s'interrogeait l'un l'autre. Ceux-ci restaient immobiles sur le seuil des portes, ceux-là erraient dans les maisons pour les revoir encore une dernière fois. Mais quand on entendit les cris des chevaliers romains, qui pressaient le départ, quaud le fracas des toitures qui s'écroulaient retentit dans toute la ville, el que des nuages de poussière s'élevèrent de toutes parts, alors chacun se saisit précipitamment de quelque débris de sa ruine, et quitta pour jamais ses foyers, ses pénates, les murs qui l'avaient vu naître. Les routes étaient couvertes de ces malheureuxexilés,etle spectacle de leur misère commune redoublait leur douleur. Des voix lamentables s'élevaient du sein de la loule ; c'étaient les femmes qui en passant près des temples investis par les soldats croyaient laisser leurs dieux eux-mêmes dans la captivité. »— « Dès que les Albains furent sortis de la ville, ajoute Tite-Live, les Romains rasèrent jusqu'au sol tous les édilicee
ALBAÏNS — ALBUMINURIE
publics ou privés. Albe existait depuis quatre cents ans : une heure suffit à sa ruine. La migration des Albains à Rome en doubla pour ainsi dire la population. Aussi la colline du Cœlius fut-elle enfermée dans l'enceinte de la ville, et assignée comme résidence à la nouvelle colonie. Quant aux familles albaines les plus distinguées, telles que les Tullius, les Servilius.les Quinctius, les Cluilius, les Acilius, les Juuius, les Memmius, lesGeganius, lesSergius,etc, elles furent admises dans le corps des patriciens : Rome ne pouvait pas moins faire pour les descendants des compagnons d'Énée , dont elle se vantait de tenir son origine. A. Noël nés Vergers.
albuminurie. ( Médecine,) La classe des maladies connues sous la dénomination vague d'hydropisies comprend un grand nombre d'espèces distinctes, qu'il était important de séparer les unes des autres et de placer à leur rang respectif dans le cadre de la nosologie. L'étude de l'anatomie pathologique a dans ces derniers temps permis de reconnaître qu'un certain nombre tiennent à des maladies du cœur ou du foie, que d'autres résultent descachexies cancéreuse, tuberculeuse, paludéenne, qu'il en est , enfin , qui sont l'effet d'obstacles mécaniques à la circulation veineuse. 11 était réservé à l'analyse chimique de venir compléter en quelque sorte cette classification par la découverte d'une espèce nouvelle d'hydropisie, distincte des précédentes par ses causes et sa marche, par les lésions qui l'accompagnent, et qui jusqu'à présent avait été confondue avec les maladies les plus variées ; nous voulons parler de l'albuminurie ou maladie deBright, ainsi nommée du nom du médecin anglais qui l'a décrite le premier.
Cette maladie singulière, signalée pour la première fois en 1827, en Angleterre, étudiée depuis en France, surtout par MM. Martin-Solon et Rayer, est caractérisée par la production d'hydropisies variables, par la présence d'une quantité plus ou moins considérable d'albumine dans l'urine et par des lésions particulières des reins.
Cette affection débute quelquefois par des accidents aigus, le plus souvent d'une manière lente et chronique. Les malades ressentent des douleurs lombaires, qui sont le plus ordinairement sourdes et passagères, puis il se manifeste de l'œdème dans diverses parties du corps. Cet œdème commence presque toujours par la face , qui devient légèrement bouflie et prend une teinte jaune pâle ; puis il se montre tour à tour, et d'une manière passagère , au tronc, aux membres supérieurs et inférieurs. Ces accidents se dissipent ordinairement d'eux-mêmes au commencement de la maladie, pour se reproduire et disparaître encore un certain nombre de fois, jusqu'à une
époque où ils deviennent fixes et permanents. Si on examine alors l'urine des malades, on la trouve abondante et pâle , quelquefois mousseuse ; si on la chauffe à une température supérieure à 80° c, si on y verse de l'acide nitrique ou de l'alcool, on y détermine un précipité blanc , floconneux , plus ou moins abondant, que l'on reconnaît pour être constitué par de l'albumine. En même temps on constate que la proportion d'urée contenue dans l'urine est considérablement diminuée. Dans cette première période de la maladie , les reins sout le siège d'une stase sanguine considérable, qui en augmente le volume et qui leur donne une teiuted'un rouge violacé très-prononcée. Tant que l'affection ne présente pas de symptômes plus tranchés et que la lésion des reins n'est pas plus profonde, le retour à l'état normal est possible, et il y a espoir de guérison; mais il n'en est plus de même quand la maladie est arrivée au deuxième ou au troisième degré, car dans ces cas la guérison est sinon impossible , du moins excessivement rare. On reconnaît l'existence de ces deux dernières périodes de l'affection à la persistance et à l'augmentation des phénomènes indiqués plus haut, et surtout à l'atteinte portée à tout l'ensemble de l'organisme , qui tombe dans un véritable état cachectique. On voit alors se manifester des hydropisies J par épanchement dans les grandes cavités séreuses de l'économie , telles que la plèvre, le péritoine, le péricarde; se produire des accidents du côté du cœur et du poumon ; se déclarer des vomissements répétés et une diarrhée colliquative à laquelle il est rare que les malades ne succombent pas. Dans ces cas on voit les reins passer successivement par les lésions suivantes : ils se décolorent d'abord partiellement, puis dans toute leur étendue ; ils se recouvrent de granulations blanches semblables à des grains de semoule , et Unissent par diminuer de volume, s'atrophier en se déformant.
Les causes de cette singulière maladie sont encore peu connues. Toutefois, il est certain que le froid humide, l'abus des boissons alcooliques, et chez les femmes l'état de grossesse , sont les circonstances qui président le plus ordinairement à son développement. L'albuminurie provoque souvent des convulsions fort dangereuses (éclampsie) pendant l'accouchement.
Dans la première période de cette maladie, on peut arrêter la marche des accidents par l'emploi des moyens antiphlogistiques , tels que la saignée , les sangsues , les vésicatoires,etc. Dans les périodes suivantes, il est difficile même de les modérer, et l'on a tour à tour et sans succès employé la teinture de cantharides, le nitre, le café, l'acide nitrique. Les cautères , les diurétiques , les purgatifs
89 ALBUM1JNUK
drastiques répétés, les applications plus ou moins rapprochées de sangsues, de vésicatoires , sont encore les moyens les moins inefficaces et les plus rationnels. D r Racle.
albtjnék. ( Mythologie el Géographie.) Albunea, Albuna ou Albula. Nom d'une nymphe qui rendait des oracles. Lactance (l) nous dit que la dixième Sibylle, appelée Albunea , était vénérée à Tibur, et qu'on avait trouvé dans le lit de l'Anio son image tenant un livre à la main. Aujourd'hui, on voit encore à Tivoli, au-dessus de l'abîme dans lequel le fleuve se précipite, les ruines d'un temple qu'on a pris longtemps pour le temple de la Sibylle, et qu'on a reconnu depuis pour un temple d'Hercule. Cependant, sur la roule de Rouie à Tivoli , à quatorze milles au delà de la porte Esquiline (et non à seize, comme le dit, sans doute par suite d'une erreur de copiste, la carte de Peutinger ), on traverse un canal artificiel , creusé en 1549 par le cardinal Hippolyte d'Est , dans le but de fournir un écoulement aux eaux qui couvraient les plaines environnantes. Ces eaux provenaient de trois lacs situés à environ un mille plus haut, et qui formaient, dans l'antiquité ce qu'on appelait Aqux Albulœ. Vitruve (2), Strabon (3), Pluie (4), Martial (5), Suétone (6), Pausanias (7), ont parlé de ces eaux thermales , en ont décrit la nature et vanté les propriétés médicales. L'eau de ces sources est sulfureuse, sa couleur est bleuâtre et presque blanche, sa température s'élève à 80° du thermomètre de Fahrenheit ; elle pétrifie les objets soumis à t>on action, et les plantes aquatiques, que, par une propriété particulière, elle fait croître en abondance dans les lieux qu'elle arrose, se couvrent de cristallisations calcaires par lèsent effet- de son évaporalion. Le canal, rétabli plutôt qu'ouvert par le cardinal Hippolyte, puisque les anciens auteurs ont parlé de ces eaux comme d'eaux courantes, offre une longueur d'environ deux milles, depuis l'endroit où il sort du plus grand des trois lacs dont nous avons parlé , jusqu'à l'endroit où il débouche dans l'Anio. Ce lac porte le nom de Lac des lies flottantes, à cause des amas d'herbes qui se forment à sa surface , y prennent peu à peu une consistance, de manière à offrir l'aspect de véritables Iles, y flottent ç.à et là selon les caprices du vent, et enfin, échouant au rivage , y constituent des atterrisseraenls , qui diminuent peu à peu l'étendue du lac Les deux autres s'appellent Lago délie Colonnelle et Lago di S. Giovanni.
tt) i «.