L. Renier
coifftre. (Histoire*) La chevelure, qui accompagne si élégamment les traits du visage , fut, dès la plus haute antiquité , une des principales préoccupations de la coquette! ie et du désir de plaire, né avec le monde. C'est aux cheveux qu'on demanda, sans nul doute, la première parure de la tête. Plus tard, on imagina d'y ajouter des ornements étrangers, dont les premiers durent être fournis par les feuillages et les fleurs. Plus tard encore le besoin de se préserver du soleil et des injures de l'air fit inventer les voiles et les coiffures de ce genre.
« Les Égyptiens, dit M. de Chirac (f), prenaient un grand soin de leur chevelure, qu'ils divisaient en une multitude de mèches trèsfines roulées en spirale, ou de tresses qu'ils étageaient et qui formaient plusieurs langs très-serrés ou très-réguliers ; on retrouve cette disposition de tresses dans les figures des monuments et daus les momies. Une pareille coiffure demandait un temps considérable et une grande patience, et l'on conçoit que Ton ait eu recours à des chevelures artificielles.
(l) Mutée de sculpture antique et moderne, t. Il, première partie, p. 03.
COJFFURK
Aussi tronve-t-on dans les tombeaux des rois d'Egypte des perruques de ce genre, très-bien faites. Les hommes et les lemmes se couvraieut aussi la tête de bonnets tiès-épais et très-larges des deux côtés, et qui, s'y adaptant sur le sommet, retombaient en arrière, comme aujourd'hui les résilles des Espagnols ; d'autres, sénés sur le front et laissant les oreilles à découvert , descendaient sur les épaules , qu'ils recouvraient en partie. Ces bonnets étaient d'étoffes rayées ou plissées, et les formes offertes par les monuments en sont peu variées. «
Les peuples asiatiques soumettaient leurs cheveux à des frisures non moins compliquées. Sur les tètes persanes et assyriennes on voit s'étager des édifices de boucles relevées ou tombantes. Quant aux coiffures destinées à offrir à la tête un abri ou un ornement étranger, elles consistaient uniformément en une espèce de bonnet pointu, que nous appelons aujourd'hui bonnet phrygien, et qui se nommait dans l'antiquité cidaris, cyrbasie, mitre ou tiare. Cette coiffure était en feutre; elle était quelquefois garnie de larges bandelettes ou de fanons qui tombaient sur les épaules et pouvaient se nouer sous le menton. Quoique, comme nous venons de le dire, on puisse confondre ensemble les dénominations que nous avons citées plus haut , pourtant on peut conclure d'un passage de Plutarque (I) que la coiffure persane était composée de deux parties, au moins quand elle ceignait les têtes royales : la cidaris était le bonnet pointu que les monarques seuls avaient le privilège de porter droit, tandis que les sujets devaient Je porter incliné ; la tiare était le bandeau royal proprement dit, et entourait le bas de la coiffure. Plus tard, quand cette mitre s'éleva, changea de (orme, s'aplatit par le haut et put se comparer à une haute porte, kOXyi , on l'appela pyléon.
Les Grecs portaient diverses sortes de chapeaux , qui toutes se rapportaient à. un type identique : le pélase des Thessaliens, la causia des Macédoniens, le pileus, le pilidion étaient tous des chapeaux à forme ronde, écrasée ou surmontée d'une pointe, et entourée de larges bords ; on les nouait sous le menton avec une courroie qui servait aussi à le suspendre derrière le dos.
Quant à la manière dont les Grecs portaient leurs cheveux, nous citerons encore M. de Clarac : « Les jeunes tilles grecques , en général, rassemblaient et nouaient leurs cheveux sur le haut de la tête, dont les côtés étaient entièrement découverts : les femmes les séparaient également sur le front, et formaient sur le derrière de la tête une
(1) y ie ti'Àntoine.
touffe ou un noeud qui quelquefois était assujetti par des nattes (1). Des cheveux épars et à l'abandon étaient un signe de chagrin ou de délire. On les donnait ainsf aux bacchantes , qui , dans l'ivresse et le plaisir, rejetant leurs ornements, oubliaient avec la décence les soins de leur toilette. Cependant, d'après des figures d'ancien style, telles que celle d'Egire, on voit que dans les premiers temps la chevelure n'était pas ajustée avec autant de simplicité : elle était divisée sur le devant et les côtés en une infinité de petites boucles allongées, ou de torsades et de tresses d'une grande régularité , qui rappellent celles des Égyptiens; par derrière, elles sont ondulées de même très-finement et pincées au au fer. Une bandelette étroite les réunit audessus de la nuque, et elles tombent en pointe sur le dos (2). » Après avoir fait remarquer qu'il a cru voir, en étudiant une tête de Bacchus ainsi ornée, que cette coiffure compliquée devait tenir au diadème et était formée d'une espèce de garniture ou de tour de cheveux placé tout d'une pièce sur la tête, M. de Clarac ajoute : « On ne trouve pins de coiffures de ce gente dans les figures grecques d'un style moins ancien ; elles parurent sans doute aux statuaires avoir trop de sécheresse : celles qu'ils adoptèrent et qui étaient plus simples avaient plus de mouvement, et , dégageant le cou et les épaules, étaient plus propres à développer dans les têtes la beauté des contours (3). »
Les Romains ne reçurent pas, comme les Grecs, leurs vêtements et leurs usages de l'Orient. Recrutés parmi les rudes peuplades de l'Italie, condamnés par leur origine et leur situation à des combats perpétuels, ils n'eurent pas le temps de songer h orner leurs cheveux , et leurs têtes ne connurent guère, pendant bien longtemps, d'autre coiffure que le casque militaire. La simplicité et l'uniformité de ces chevelures, courtes et laissées à leur disposition naturelle, étaient si générales que des cheveux naturellement bouclés ou crêpés valurent à celui qui les portait un surnom tiré de cette particularité : Cinciri' nalus. Les Romains allaient tête nue, et se contentaient, en cas de soleil trop ardent ou de pluie trop froide, de relever sur leur tète
(0 Cette coiffure élalt maintenue par des bandelettes qu'on appelait strophium, avtpyx, anadesmt, sphendoné; par de longue* épingles ; par une espèce de filet qu'on nommait recrgphase on cecryphmte; par une sorte de voile qui ceignait la téte et retombait derrière. On y ajoutait parfois aussi, comme on le voit aux Itnapes des déesses, un diadème élève et celntré au-dessus du front, qu'on appelait stlmçis a cause de sa ressemblance avec les stripiles ou plaques minces de corne ou d'autre matière dont on se servait dans les bains pour se frotter la peau.
(f ) Musée dé sculpture antique et modrene, t U, première partie , p. M.
i.S) Ibid., p. 9S.
COIFFURE
nn pan do leur toge. Ce tic fut qu'à une époque avancée qu'ils adoptèrent le chapeau à larges borda des Grecs, le galerus, qu'ils nommaient aussi afwx quand il était porté par les (lamines et orné d'une houppe de laine fixée autour d'une petite lige de bois. Encore cette coiffure, adoptée d'abord à la campagne et en voyage, fut-elle longtemps à pénétrer dans la ville et à ombrager, au théâtre, au cirque et dans les rues, le front du citadin romain. Quand cette mode fut reçue, la mollesse et le luxe des nations vaincues étaient déjà dans Rome, et les chevelures étaient livrées au fer, aux ciseaux , au rasoir et aux pinces des tonsores. ( Voyez Barbier.)
Si les hommes mettaient un tel soin à leur coiffure , on peut juger qu'à la même époque les dames romaines , de qui Térence disait déjà qu'elles étaient un an à leur toilette (1), n'y accordaient pas moins d'attention. 11 suffit, pour en juger, d'écouter le dénombrement des armées d'esclaves consacrées spécialement à cette partie de la parure. Les coiffeuses, qui portaient le nom générique de cosmètes (?) ou ornatrices, se divisaient en ciniflones (3), chargées de teindre les cheveux au moyen d'une poudre qu'elles soufflaient dessus (4) ; en cinéraires, qui faisaient chauffer dans les cendres des calamistes ou grosses aiguilles à friser; en calamistrés, qui enroulaient les cheveux autour de ces aiguilles pour les façonner en boucles (5) ; en psèques (6), qui donnaient à la coiffure la forme exigée par la [mode ou par le caprice de leur maîtresse (7).
« Dans les temps les plus anciens de Rome, dit Bœltiger (8), dans ces temps où rieu ne portait l'empreinte du luxe et de la recherche, la coiffure la plus simple, et probablement aussi la plus ordinaire, consistait à tordre les cheveux après les avoir séparés sur le front et en faire un bourrelet autour de la téte, quelquefois même sans les avoir séparés. Ce bourrelet était contenu par une bandelette étroite (taenia, fascia), comme on le voit sur beaucoup de têtes de femmes (9) Les cheveux ainsi relevés,
on les réunissait par derrière ou sur le devant de ta téte par une espèce de nœud. Quelquefois aussi , après qu'on les avait noués der-
(l) Tfeautontim., II, i, 11.
(J) Juven., Sat., VI. 475.
(S) serv., in /En., XII, on. - nor., SaL, I,n, 98. (41 Serv., ibid
(5) Varr., /.. L., V, p. «9. — Ov.Atnor., I, xiv, 5*. - Serv.. ibid.- Porphyr., in //or.. Sat., I, ii, 9t. — Luclan., Amor., 40.
*{6) Jav.,S., VI, 491.
\1) Ch. Dczobry, Home au siècle d'Auguste, I. XCVI. t. IV. p. 10.
(S) Sabine, trad. franç., p. 103 et sulv.
(9) F. Caylus, Hfiuetl d' Antiquités, t. I, pl.
LXKVIU, 7.
rière la téte , ils venaient encore se réunir sur le front , où ils formaient une élévatiou qui, dans les statues antiques, ressemble tantôt à un simple tortillon , tantôt à une ganse (1). Les vestales étaient le modèle que les femmes romaines mariées ou matrones affectaient d'imiter, et comme elles portaient uu voile qui, partant du haut de la téte cachait les cheveux et retombait sur les épaules, les femmes mariées avaient adopté cette parure, avec la seule différence qu'elles laissaient paraître sur le front quelques boucles de cheveux arrangées avec art (vitta matronalis) {2). La mode cependant sut bientôt ajouter à ce cos.
tume un nouvel ornement On inventa, ou plutôt on emprunta des Grecs, une espèce de demi-cercle ou bandeau placé sur le front, et entouré de cheveux avec tant d'art qu'on ne voyait que la partie la plus saillante du demi-cercle sortir du milieu des cheveux pour former le diadème. Dans les statues antiques, le front des déesses et des dames romaines est ordinairement ceint du diadème arrangé de cette manière , et rarement on peut voir à découvert autre chose qu'un petit triangle fort bien travaillé (3). Le luxe et le goût do la dépense s'accrurent, et lorsque Kome fut devenue le point de réunion de toutes les nations qui pouvaient avoir quelque prétention à des mœurs polies et à un goût raffiné, on vit la coiffure des dames romaines varier à l'infini. L'usage d'entremêler des perles dans les cheveux vint de l'Orient. Lorsqu'on fréquentait les temples des dieux égyptiens, il était de costume de porter sur la tête, pendant les mystères, beaucoup de plumes, de fleurs de lotus et d'autres emblèmes de la fécondité de la nature. La fameuse table isiaque fournit des preuves remarquables de ces usages (4). Depuis le temps de Sylla , à la fin du septième siècle, après la fondation de Rome, le cuite d'Isis et de Sérapis devint à la mode dans toute l'Italie et dans les faubourgs de la capitale A force d'avoir
devant les yeux ces statues difformes des dieux égyptiens, les dames romaines s'habituèrent peu à peu à leurs coiffures monstrueuses, et elles finirent par ne plus trouver supportables que celles qui étaient le plus ridiculement surchargées. Chaque nouvelle conquête, chaque cortège triomphal faisait connaître à ces femmes avides de nouveauté de nouvelles manières de uouer, de tresser, de friser les cheveux. Mais rien n'apportra dans la coiffure des dames romaines un changement plus général et plus remarquable que
(1) Caylus, ibid., 1. 1, pl. lxvi, 1 ; t. 11, pL xcl, >. (!) Bronzi d'Brcolano, t. II. tav. 81.
(S) Caylus, Recueil d'antiquités, [t. IV, pl. LXXIV 1, 5. — Muséum Flore ntinum, t. I, lab. *S.
(4) Ibid., et les explications, t. VII, pl.xu.
COI FIT RK
l.i conquête îles peuplades »rrm.n'ne* de la Belgique et des bords du Rhin. Elles apprirent à imiter les nœuds de cheveux (nodi) et les tresses qui ressemblaient à des cornes; et le goût pour les cheveux blonds et rougeAtres des peuplades qui habitaient les bords du Rhin, de l'Escaut et de la Meuse devint général. Les dames romaines ne se contentérent pas de faire venir de ces régions barbares toutes sortes de pommades et de savons pour donner à leurs cheveux cette couleur d'or si recherchée ; on dépouilla les femmes des Cattes et des Sicarobres de leurs chevelures blondes, et il s'établit a Rome des boutiques où l'on vendait des toupets et des chignons germains, que les dames romaines savaient placer sur leur tête avec tout Fart imaginable. Bientôt on trouva un moyen de rendre cet appareil plus commode encore : les masques de théâtre couvraient toute la tête des acteurs , et déjà dépuis longtemps on y avait adapté des perruques convenables aux différents personnages : la mode des cheveux blonds s'empara de cette invention , et toutes les femmes portèrent des perruques faites avec des cheveux germains
«.... Lorsque Ovide écrivait l'Art d'aimer, les femmes avaient déjà inventé tant de manières de se coiffer, de boucler et de tresser les cheveux qu'il aurait mieux aimé compter les glands d'un grand chône que de faire rémunération de toutes ces modes éphémères (1). Cependant, dans le même passage où il s'exprime ainsi, il parle de six coiffures principales (2). »
Les écrivains latins ont souvent décrit les différentes coiffures inventées par les femmes. Celle dont la figure était allongée portail ses cheveux lisses, partagés sur le front; celle, au contraire, dont la ligure était ronde les relevait en nœud sur le sommet de la téte.
D'autres les laissaient flotter sur leurs épaules, ou les nouaient (3), avec une chaîne de perles indiennes (4) , sur le derrière de ia tétc. On les étalait crêpés de tous cotés (5) ; on les arrangeait en petites boucles sur ie front (6) ; on les ramenait sur le sein en boucles onduleuses; on en formait un chignon rattaché avec un peigne d'écaillé (7) ; ou les renfermait dans un réseau d'or (8); on les entourait de bandelettes (9) le plus souvent teintes de pourpre (10) -.cette dernière coiffure était celle des jeunes tilles.
(l) Ot., Art cm., 111. U9.
(S) Id., ibid., 111, 189-168.
(8) Id., ibid., III, 187.
(*) Propcrt., II, xvm, 10.
|5) Ov., ibid., II!. H5.
(«) ProperL, ibid.,
(7) Ov., ibid.. III, UT.
(8) Varr., L L., % 160. ~ Pctron., 67.
(9) Varr.. tbid.
(10) sut, AchUt.,
An reste, lis modes changeaient souvent à Koine. Les impératrices , sur les médailles, se reconnaissent à leurcoiffure, et leurs statues offrent souvent cette singularité significative que la chevelure y consiste en une espèce de perruque de marbre qui peut s'enlever à volonté.- Cette précaution pouvait venir du désir qu'avaient les princesses de suivre, même sur leurs effigies, les caprices de la mode; elle pouvait être motivée aussi par la prévoyaute envie de cacher un âge qu'aurait trahi facilement une coiffure à laquelle les médisants eussent pu assigner sa date.
Les cheveux et la coiffure ont joué dans les temps modernes un rôle plus important encore que dans l'autiquité. Il n'y a pas plus de deux siècles que les cavaliers et les têtesrondes empruntaient à leurs cheveux le plus caractéristique de3 signes qui distinguaient les deux partis dans les guerres civiles de la révolution anglaise. On sait que les anciens Gaulois considéraient une longue chevelure comme nne marque d'honneur et de liberté.
La leur était naturellement blonde ; pour paraître plus terribles dans les combats, ils lui donnaient une couleur éclatante, à l'aide d'une pommade de suif de chèvre et de cendres de hêtre ; et ils en étaient si fiers que César, en les contraignant de la couper après les avoir asservis , leur causa une* humiliation qui leur fut plus sensible que la perte de leur indépendance. Chez les Francs, comme chez toutes les populations d'origine germanique, la longueur des cheveux était aussi un signe de distinction et de noblesse, spécialement réservé aux hommes libres. Comme il n'y avait que les serfs qui eussent la tête rasée, couper la chevelure d'un homme qui n'appartenait point à cette classe c'était commettre un crime que les lois punissaient avec la plus grande sévérité, ou que l'opinion publique flétrissait hautement quand le coupable élait à l'abri du châtiment légal -, ainsi l'on trouva horrible l';.ciion de Frédégoude, qui fit couper les cheveux à une maîtresse de son beau-fils, et les exposa ensuite dans la chambre de ce prince. La loi salique forçait ceux qui avaient pris part à une conspiration a se couper les cheveux les uns aux autres, et à être ainsi les agents de leur propre dégradation. L'idée de prérogative était si bien attachée à la possession d'une iougue chevelure que , sous la première et la seconde race , quand ou déposait un souverain , ou que l'on voulait rendre son héritier naturel inhabile à lui succéder, on se contentait de lui raser la lê'.e. Clovis fît ainsi, en 510, couper les cheveux à un petit roi de sa famille, appelé Cariaric , et au fils de ce roi; puis , les ayant rendus, par ce moyen , indignes de régner, il s'empara de leuis Etats.
COIFFURE
En 59.6, Cbildebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, voulant s'approprier, au préjudice de leurs Irois neveux, la part d»j leur frère Clodomir, roi d'Orléans, mort en 524, envoyèrent à Clotilde des ciseaux et une épée, lui demandant, par ce langage muet, ce qu'elle préférait pour ses petits-fils de la dégradation ou de la mort. On connaît la ré-' ponse de la reine, et le crime odieux dont cette réponse fut suivie.
Charlemagne , désirant conserver le sceptre dans sa maison , recommanda à ses fils, dans un de ses Capitulaires, de ne jamais faire couper les cheveux à leurs enfants , quelle que fût la faute qu'ils eussent commise, recommandation , du reste, à laquelle son petitfils, l'empereur Lothaire , ne crut point devoir se soumettre, puisque, après avoir fait crever les yeux à son fils Hugues, coupable de révolte, il lui fit couper les cbeveux pour le dépouiller de son droit de succession.
L'affranchi avait la permission de laisser croître sa chevelure ; mais on la lui coupait s'il était remis en esclavage. Les ecclésiastiques et les religieux, en signe de la servitude spirituelle à laquelle ils se soumettaient volontairement , se rasaient la tête et ne conservaient qu'un petit cercle de cheveux.
Dans 'les circonstances douloureuses se couper la chevelure était un signe de détresse ou d'affliction. Les prisonniers de guerre se coupaient quelquefois la leur et l'envoyaient à leur famille, pour l'inviter à traiter de leur rançon. Les femmes coupaient leurs cheveux quand elles avaient éprouvé un grand malheur, et si ce malheur était la mort «l'une pei sonne qui leur était chère, elles les déposaient sur 6on tombeau. Valcntine de Milan coupa ainsi 1rs siens et les déposa sur la tombe de Louis d'Orléans , son mari , assassiné par Jean-Sans-Peur, duc de Bourgogne.
La mode des cheveux longs subsista jusqu'à François 1 er ; alors l'idée de prérogative et de supériorité qui y était attachée s'étant effacée, les hommes adoptèrent les cheveux courts , et l'usage de les porter ainsi se maintint pendant près de deux cents ans. Quand on eut adopte les cheveux courts, on porta, pour se tenir la tète chaude et aussi pour cacher la calvitie, des bonnets de peau et des calottes de velours ou de drap, auxquelles des cheveux étaient attachés; enfin, à partir de 1620, l'art de travailler les cheveux s'étant perfectionné, on porta d'amples et volumineuses perruques, qui semblaient avoir pour but de ramener, d'une manière artificielle, les longues chevelures d'autrefois. Dans le dix-huitième siècle, . on laissa de nouveau croître. les cheveux. Alors, dans les deux sexes, on les frisa, on les parfuma, on les
teignit , on les couvrit de poudre blanche , de poudre de couleur et même de poudre d'or.
Les hommes de cour et ceux d'un rang élevé ou d'une profession noble les emprisonnaient dans des bourses de velours ou de salin qui leur tombaient sur les épaules. Les bourgeois et gens du commun les attachaient avec un ruban noir et en faisaient une queue qui descendait quelquefois jusqu'au bas des reins, ou bien encore un catogan. Pendant la Révolution, les patriotes portèrent les cbeveux courts et rejetèrent la poudre. Sous le Directoire, le parti réactionnaire reprit les cheveux longs, la poudre , le catogan, auquel il ajouta des tresses de chaque côté de la tête , et des faces qui tombaient jusque sur les épaules.
On se nàltait>aussi les cheveux, et on se les relevait sur la tête à l'aide d'un peigne courbe. Quant aux femmes, toutes celles qui se piquaient d'élégance coupèrent leurs cheveux et les remplacèrent par des perruques blondes.
Enfin on vit naître, pendant le Consulat, et se généraliser sous l'Empire, la mode de porter les cheveux très-courts. Ce fut une grande affaire que de décider l'armée à s'y soumettre, et il fallut bien des instances pour amener les soldats à supprimer la queue, bien qu'elle eût pour eux de graves inconvénients et qu'elle fût moins un ornement qu'une servitude.
Le climat de notre pays ne permettait guère qu'on allât la tête nue, même au temps où l'usage était de porter les cheveux longs. La cape ou chape , vêtement qui remonte à une haute antiquité , ou plutôt appendice que la nécessité lit bientôt ajouter, servit de point de départ aux diverses transformations qu'a subies notre coiffure nationale avant d'arriver à cette coiffure sans grâce, sans forme, sans utilité à laquelle nous sommes condamnés aujourd'hui. La partie supérieure de la chape se composait, dans l'origine, d'un capuchon qu'on rabattait pour se garantir du froid ou de l'humidité. Plus tard on diminua de beaucoup la largeur et l'ampleur du manteau auquel était attaché le chaperon, et on en fit un vêtement distinct de la chape, destiné à couvrir la tête et les épaules. Plus tard encore on retrancha du chaperon ce qu'on y avait laissé de la chape, et on le réduisit a ne plus être qu'une coiffure, que dans la suite on appela chapel ou chapeau. Après sa première transformation, ce vêtement était de velours ou de drap, suivant les conditions. Le chaperon des personnes titrées était largo, garni de fourrures et orné de broderies; celui que portaient les gens du peuple était étroit, sans fourrures et sans broderies. La couleur et les ornements servaient, en temps de commotions populaires, 3 distinguer les partis. Quelquefois celte coiffure était de cour
COIFFURE
leurs variées. On lit dans Panier que « Charles V, pendant la prison du roi Jean, son père, étant régent sur la France, eut peine à se garantir de la fureur des Parisiens, pour un décri des rnunnoies qu'il avoit fait faire, et qu'il eust esté en très-grand danger de sa personne sans un chaperon mi-parti de pers et rouge que Marcel , lors prévost des marchands, loi mit sur la teste. » Le chaperon, défendu en 1415 et en 1419 aux femmes de mauvaise vie , continua à être en usage jusqu'au temps de Charles VIL Ce prince, ayant, en 1 44 9, repris la ville de Roueu sur les Anglais, ordonna que les hommes de toutes classes porteraient sur la robe ou le chaperon la croix blanche qu'il avait fait récemment hroder sur ses enseignes. Les grands sei* gneurs et te peuple portaient alors des chaperons à longue queue , semblables à ceux que Ton vit jusquà la Révolution de 1789 dans les cloîtres, et tels que les aumusses dont les ecclésiastiques se revêtent encore de nos jours dans quelques cérémonies religieuses. Cependant l'usage des bonnets et des chapeaux , qui devint insensiblement plus général, fit enûn disparaître le chaperon; et Ton ne conserva de cette coiffure que la queue, qui se jetait sur les épaules, que l'on quittait et reprenait à volonté, et qui longtemps garda mal à propos son ancien nom. Du temps de Pasquier, les geus de palais et les maîtres èsarts portaient, avec leurs bonnets ronds sur la tête, le nouveau chaperon sur les épaules. Ils Pont quitté depuis, et il n'est plus question nulle part aujourd'hui de ce vêlement, qui date de si loin et qui a eu tant de fortunes diverses.
Le chapeau succéda au chaperon. On a dit et répété plusieurs fois que les chapeaux prirent naissance sous Charles YI, et c'est une erreur; car il en était déjà question sous Louis IX , puisque un chapitre du Registre des métiers, rédigé en 1260, par Estietme Boiieau, prévôt de Paris, en parle comme d'une coiflure déjà en usage et dont la fabrication était soumise à des règles ûxes. Si on dit que le chapeau dont parle le registre que nous citons était à peine l'essai informe de celui que nous portons aujourd'hui, il n'est guère possible de méconnaître ce dernier dans une pièce authentique dont nous reproduirons un extrait plus bas. Le chapeau , qui, dans l'origine, fut un diminutif du capuchon qui accompagnait la chape et servait à couvrir la tete, était une simple calotte de velours, de drap ou de feutre, retenue sous le menton par deux cordons. Cette calotte était tout unie ou ornée de fourrures, de dorures et de pierreries, selon la fortune ou la condition de celui qui la portait. Un compte de l'an 1351, rendu par Étienne de La Fon-
taine, argentier du roi Jean, en prouvant que les chapeaux étaient déjà en usage au moins dans la première partie de quatorzième siècle, nous apprend du quelles super Unités coûteuses les surchargeait alors la vanité des grands. Voici l'article de ce compte qui concerne le sujet que nous traitons : « Baillez « à Kathelot la chapeliière, pour un chap- « pel de bièvre, fourré d'armines, couvert « par dessus d'un roisier dont la tige estoit « guippée d'or de Chippre, et les feuilles d'or « soudé ; ouvré par dessus d'or de Chippre, « de grosses perles de compte et de grenas , a et les roses faites et ouvrées de grosses « perles, toutes de compte ; et par les cos- « tez avoit deux grandes quintefeuilles d'or « soudé, semées de grosses perles, de grenas, « de pierres esmaillées et par dessus le chap- « pel, en haut, avoit un dauphiu fait d'or, « tournant à vis sur un tuyau d'argent. Le- « quel chappel garny de boutons, de per- « les rondètes et menues, et onVoiriées de « bisèle d'or de plite et de grosses perles , « nions le dauphin commanda à l'argentier, « et en chargea faire tel et d'icelle devise, « pour donner à maistre Jean, h* fol du roy. »
Les chapeaux, d'un usage héquent à la campagne sous Charles VI, se portèrent à la ville sous son successeur, mais seulement les jours de pluie. Sous le règne de Louis XI, ils devinrent plus communs. On sait que ce prince ornait le sien des images en plomb des saints auxquels il avait le plus de dévotion ; après lui, Louis XII reprit le mortier des siècles antérieurs , et les bourgeois le bonnet à deux cornes de leurs aïeux. Mais ce retour à l'ancienne mode dura peu. François l' r adopta le chapeau pour coiffure, et ses courtisans l'imitèrent. On a dit que le premier chapeau de castor dont il soit fait nient ion dans notre histoire est celui que Charles VU portait en 1449 lorsqu'il fit son entrée dans Rouen. C'est encore une erreur : on voit dans la citation que nous avons faite plus haut que, dès le règne du roi Jean, on faisait usage de chapeaux de bièvre, c'est-à-dire de castor de France. De plus, on voit dans la suite du même compte qu'il fut donné à Kathelot, la chapelière, cinquante ventres de menu vair, qui avaient coûté 5 livres G sous, pour fournir un chapeau de bièvre destiné au roi. Henri II et ses fils se coiffèrent plus habituellement, ainsi que leurs courtisans, d'une toque ornée de diamants et surmontée d'une aigrette, de sorte que le chapeau, quoique bien connu, n'était pas eucore d'un usage général à l'avènement de Henri IV. Ce prince et les nobles le préférèrent à la toque; ils l'ornèrent de plumes , de rubans et de franges ; enfin Us relevèrent et fixèrent à la forme une partie des ailes qu'on lui avait 'données