‹ Encyclopédie moderneChapitre 36 sur 308 · ALLO · texte numérisé non relu

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s'en convaincra. On n'a jamais déterminé non plus des fièvres typhoïdes médicamenteuses , des fièvres jaunes médicamenteuses , et à plus forte raison des maladies qui reconnaissent une cause unique ou spécifique , comme la variole, la rougeole, la scarlatine; nous ne connaissons pas de variole médicamenteuse ; en fait de maladie semblable ou analogue à la variole, nous ne connaissons qoe la variole elle-même, qui résulte soit de l'infection spontanée, soit de l'inoculation. Comment peut-on avoir la prétention de traiter homœopathiquement des maladies qu'on n'est pas mattre de produire à volonté? Il y a là, ce nous semble, un défaut de logique.

2° Cette difficulté n'a point échappé à l'auteur de la méthode lui-même , et c'est sans doute pour cette raison qu'il a imaginé un procédé propre à donner à ses médicaments la puissance que la nature leur a refusée : nous voulons parler de la dynamisa (ion. Hahnemann, croyant agir dans le sens de l'excitation de l'organisme , devait agir avec modération; il ne donna au commencement que de faibles doses de médicaments ; mais la puissance de ces agents diminua en raison de la division des doses. Hahnemanu imagina alors de leur restituer cette puissance par deux procédés différents , la succussion et la trituration; par ces deux opérations, il parvint à dégager l'action médicamenteuse de la matière inerte qui l'englobait, et dès ce moment cette action devint si puissante qu'il fallut fractionner les doses de plus en plus ; tout le monde sait aujourd'hui qu'une goutte d'un médicament portée à la trentième dilution est douée d'une énergie qui peut avoir ses dangers au dire des adeptes. C'est donc à t'aide de cette nouvelle puissance que les tiomœopa* thistes espèrent produire les effets que nous leur avons refusé la puissance de créer. Dans ces nouvelles conditions , ces effets sont-ils réellement possibles? Encore une fois non; car on ne voit nulle part dans les ouvrages de la doctrine de Halinemann que l'on ait produit par leur usage des maladies semblables à celles que l'on voulait traiter. D'ailleurs, et nous ne pouvons cacher notre élonnement à cet égard, les homeeopathistes eux-mêmes ne démontrent la puissance de leurs médicaments et de la dynamisalion que par des exemples tirés de substances qui n'ont pas été dynamisées; ils rappellent que la variole, la vaccine, la rage, la pustule maligne doivent leur origine à des quantités impondérables de virus, et ils ne font pas remarquer que ces virus n'ont été ni secoués ni triturés. Il est possible qu'un millième de grain d'opium produise sur l'organisme un effet appréciable, mais nous demandons ou et quand on a vu cet effet être plus énergique que quand la

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dose est plus forte. Nous voyons tous les jours les accidents les plus graves , l'empoisonnement, la mort, succéder à l'administration de quelques grammes de laudanum , d'extrait de belladone , d'acide arsénieux , de potasse , tandis que l'administration de ces mêmes médicaments à la dose de quelques milligrammes passe le plus ordinairement inaperçue.

L'élévation de la dose nous parait être le seul mode possible de dynamisatiou des médicaments.

3° Nous n'avons presque plus rien à dire maintenant sur le troisième principe de la doctrine allemande, qui établit la possibilité de guérir une maladie naturelle par une maladie médicamenteuse, puisque nous avons montré l'impossibilité de produire celte dernière dans on grand nombre de cas. Toutefois, en admettant la possibilité de cette création morbide, voyons comment la doctrine homœopathique justifie sa prétention d'anéantir une maladie par une maladie semblable, comment elle explique la guérison de la fièvre par de la fièvre, d'une douleur par une douleur, d'une convulsion par une convulsion. Halinemann déclare qu'il se borne à constater le fait, mais qu'il n'en cherche pas l'explication ; tout au plus s'appuie-t-il sur l'axiome duobus doloribus simul obortis, vehemeniior obscur a t a Iterum ; car nous ne prenons pas pour une explication cette naïve assertion que la maladie médicamenteuse , un peu plus forte que la maladie réelle, se met à la place de celle-ci et la détruit; voilà, on en conviendra, une maladie bien débonnaire. Si on en demande davantage à Hahnemann, il pense qu'on peut comparer la maladie médicamenteuse au bruit de la grosse caisse , qui , dans une bataille, couvre le bruit de la fusillade et du canon.

La doctrine triomphe d'ailleurs en citant quelques faits empruntés à l'ancienne médecine elle-même , et elle ne manque pas , par exemple, de répéter avec llrppocrate, que le vomissement est guéri par le vomissement , vomi tus vomitu curatur. Mais elle ne fait pas attention que cet axiome n'est vrai que pour un cas en particulier , pour le cas d'embarras gastrique, et que son application serait funeste dans tonte autre circonstance; l'expérience a malheureusement démontré que l'emploi des vomitifs peut être suivi de la mort des malades dans les cas d'encépha* lite, de méningite , quoique le vomissement soit un symptôme de ces affections. Nous ne saurions trop faire ressortir le danger qu'il y aurait à suivre à la lettre une pareille méthode. Quel est le médecin qui , s'il en avait le pouvoir, dans un cas d'hémorrhagie foudroyante, oserait employer des moyens qu'il saurait être propres à produire un accident

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semblable chez an homme gain ? Quel est le médecin qui voudrait produire les phénomènes el les accidents de l'apoplexie cérébrale, du ramollissement du cerveau, pour traiter ces mêmes affection* ? En vérité nous ne voulons pas pousser plus loin ces questions; c'est en retirant l'épine du sein des tissus qu'on guérit la piqûre , et non en y introduisant une seconde épine.

Nous passons sous silence deux autres principes fondamentaux de la médecine Hahnemannenue , la spécificité des médicaments et la nature miasmatique des maladies chroniques. Sur le premier point, qu'il nous suffise de dire que l'expérience des siècles a réduit à deux ou trois le nombre des médicaments spécifiques, et qu'il y a loin de là au principe homoeopathique ; et sur le deuxième point , ajoutons qu'en fait de causes intimes des maladies tout est encore à trouver, et qo'en conséquence les homœopathistes auraient été véritablement trop heureux d'avoir pu, en moins d'un demi-siècle, mettre précisément la main sur toutes les causes, recherchées jusque ici sans succès, des affections chroniques.

Nous rentrons dans la voie de la raison et du sens commun , si nous nous adressons à l'allopathie ; celle-ci ne s'est jamais heurtée contre le premier écueil où l'homœopathie fait naufrage, car elle n'a jamais eu la prétention de créer des maladies de toutes pièces , et surtout de les faire à l'image des maladies naturelles. S'agit-il de traiter une fièvre, une inflammation, elle conseille l'emploi des moyens qui produisent les effets contraires à ceux de ces maladies, moyens tels que les antiphlogistiques , la saignée, les sangsues , la diète, etc., et elle démontre par l'expérience journalière que l'emploi de ces moyens est suivi dans le premier cas, de la diminution de fréquence du pouls , de l'abaissement de la chaleur, de la cessation de l'agitation et des malaises fébriles, et dans le second cas, de la disparition de la rougeur et de la chaleur, de la tuméfaction et de la douleur inflammatoires. En nous disant encore que les agents qui produisent le resserrement des petits vaisseaux ( astringents ) arrêtent les hémorrhagles, elle parle à l'intelligence , et se fait comprendre beaucoup mieux que si elle affirmait le contraire, et la pratique justifie ses assertions.

Nous ne terminerons pas ces quelques considérations sans faire remarquer qne l'homœopathie, en se déclarant une doctrine complète, capable de faire face à toutes les éventualités morbides et en possession de guérir toutes les maladies, soit par des spécifiques absolus, soit par des spécifiques relatifs, que Thomœopalhie, disons-nous, prend le plus mauvais

moyen ponr démontrer sa supériorité sur l'allopathie. Il n'est pas de science qui soit complète en naissant. Pour qui connaît la marche de l'esprit humain dans la recherche et la découverte de la vérité , il n'y a pas d'incertitude à cet égard : la science ne se révèle à l'esprit de l'homme que lentement et an prix des plus pénibles eflorls, et elle ne se montre jamais tout entière et tout armée; les plus brillantes découvertes sont toujours environnées des ténèbres de l'inconnu; les sciences les plus exactes, après des siècles de travaux , ont encore bien des points de doute. Par quel 'étonnant hasard une doctrine qui compte à peine quarante années d'existence serait-elle plus achevée et plus complète que ses devancières? Cest le propre des systèmes de tout expliquer, de ne reculer devant aucune difficulté; on reconnaît une science véritable à la bonne foi avec laquelle elle reconnaît que ses succès ne sont pas toujours exempts de revers. Nous craignons donc que pour vouloir trop prouver l'homœopathie ne prouve rien, et que ses trop liantes prétentions ne la fis* sent descendre du rang auquel elle aspire.

§ II. SI maintenant nous mettons la nouvelle doctrine en présence des faits, nous verrons qu'il y a bien à rabattre de ses prétentions. L'homœopathie a réclamé des expériences publiques , qui lui ont été accordées; mais elle n'a pas eu à se louer des résultats qu'elle a obtenus. Nous citons textuellement les paroles d'un médecin qui a discuté très-sérieusement el avec beaucoup de convenance la valeur de l'homœopathie. « A Saiut-Pétersbourg, « le conseil médical , après avoir expérimenté « ce traitement ; l'a déclaré inutile ou dange- « reuxdaus les cas où il faut agir ; en consé- « quence, il a proposé de le défendre dans « tous les établissements sanitaires dépen- « danl du gouvernement. A Naples, l'autorité « a dû révoquer, au bout de quarante-cinq « jours d'essais , la permission qui avait été « accordée pour l'établissement d'une clini- « que homoeopathique. A Paris, outre les re- « cherches de M. Andral à la Pitié, des expéh rimentalions du même genre ont été faitesà « l'Hôlel-Dien dans te service de M. Bailly, « en 1834, avec des médicaments préparés en « Allemagne dans la môme officine d'où Halioe- « mann retire ceux qu'il emploie. Elles fureot « sans résultat, et cessèrent au bout de quatre « on cinq mois par la retraite de Phomœopa- « thiste qui les dirigeait. A Lyon enfin, en avril « 1830, le docteur Pointe, professeur de clinir que

àniûtel-Dieu.mitàladispositiondtidoco leur Gueyrard trente lits de son service. Ce- « lui-ci, en présence de nombreux élèves et de « plusieurs médecins delà ville, examina les « malades, administra les doses des remèdes et « prescrivit le régime : après dix-sept jours

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« il ne reparut plus, attribuant ses insuccès « aux miasmes de l'établissement. » (Guérard, Dict, de Médecine en 30 vol.)

Nous pouvons ajouter à ces faits que dans U dernière épidémie de choléra qui a frappé la France et Paris, l'homœopathie, invitée à appliquer ses préceptes et formules au traitement de cette meurtrière affection, a vu ses efforts échouer comme ceux de l'allopathie; sur sept malades traités hoinceopalhiquement à l'bospice delà Salpétrière, on a eu à déplorer sept cas de mort ; des tentatives isolées faites à l'hôpital Saint-Louis ont eu le même résultat, non-seulement dans le cas de choléra, mais même dans les plus simples maladies de la peau.

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