‹ Encyclopédie moderneChapitre 39 sur 308 · AMAN · texte numérisé non relu

AMAN

qu'il n'a pas besoin d'une plus longue ex plica- I lâtres et tantôt reçurent famân. Ensuite la tion. En arabe il prend la forme de amin; et les tolérance s'étendit jusqu'aux Indous. Il est

musulmans ont l'habitude de le mettre à la fin de quelques-unes de leurs tirades religieuses, surtout de celles qu'on emploie comme préface et comme conclusion des livres.

Les dérivés de cette même racine sont d'un usage fréquent dans le langage religieux et légal des musulmans ; tels sont le substantif imdn, la (oi ; l'adjectif moumin, croyant, qui entre dans la composition du titre de emir-el-mouminin, prince des croyants; le verbe ammana, donner sûreté ou protection; enfin amdn, l'acte de sûreté lui-même. Comme ce dernier mot revient très-souvent dans l'histoire des peuples musulmans , et surtout dans le récit des guerres qui en remplissent toutes les pages, il nous parait à propos de donner une idée précise de la valeur et des conséquences légales de l'amân. Nous nous occuperons exclusivement de celui accordé par les musulmans aux peuples qui ne pratiquent pas l'islamisme , aux infidèles, comme ils les appellent; car l'amân en faveur des ennemis ou révoltés musulmans est l'équivalent exact de capitulation, amnistie ou pardon ; ses conditions varient , comme cbes tous les peuples, d'après les circonstances du moment , la politique et le caractère du vainqueur ; et on ne peut l'envisager sous d'autre point de vue général que l'engagement du plus fort à respecter la vie, la famille et les biens du plus faible.

L'amân accordé aux infidèles renferme, comme l'autre , cette même promesse ; mais les conditions sous lesquelles elle est donnée constituent la charte d'une partie considérable de la population dans les pays musulmans; elles sont la conséquence d'un principe fonda* mental de l'islamisme, et elles se ressemblent à peu près dans tous les temps et dans tous les pays où les musulmans se sont trouvés les plus forts.

En effet, ces terribles conquérants ne venaient pas, comme on l'a tant répété, le Koran dans une main et le cimeterre dans l'autre, en disant : ««Crois en Mahomet, ou je têtue*; leur sommation, moins absurde, était: ««Choisis entre te faire musulman, payer un tribut, ou combattre. » C'était la formule de la conquête, non de l'intolérance religieuse , quoi qu'en disent les docteurs musulmans , qui envisagent le tribut appelé par eux djeziah, ou compensation, comme le prix du sang. D'après les préceptes de Mahomet, la conversion ou la mort n'était exigée que des idolâtres de tous les pays, et des infidèles établis dans le territoire de l'Arabie. Les infidèles appelés Kitabis, c'està-dire peuples du livre, peuples croyant à une révélation , comme les chrétiens , les juifs et les sabéens, étaient admis à l'amân. Les mages ou guèbres fureut tantôt regardés comme ido*

bien entendu que même les Kitabis subirent quelquefois des persécutions. Souvent un tyran bigot et furieux s'acharnait contre euj, les maltraitant de mille manières; souvent le vainqueur, irrité par une longue résistance, ne laissait d'autre choix que l'apostasie ou la mort, sous le prétexte qu'on n'avait pas demandé l'amân à la première sommation ; mais ces cas forment l'exception et non la règle. La règle était d'assurer aux vaincus, sous des conditions que nous allons développer, leur vie, leur liberté, leur famille, leur propriété et l'exercice de leur religion. Cet acte était appelé amân. Tout musulman, un simple particulier, même une femme , pouvait l'accorder. Les assurés prenaient!»? titre de dhimmis, c'est-à-dire soumis ou humiliés.

Quant aux conditions, elles peuvent se diviser en redevance pécuniaire et obéissance à certains règlements de police ecclésiastique ou civile. La redevance était ordinairement, pour les riches , d'un dinar (à peu près t à francs ), ou de 48 dirhems ( à peu près 32 francs ) par an ; pour les hommes de fortune moyenne, de la moitié de cette somme ; et pour les indigents qui vivaient de leur travail, du quart, c'est-à-dire 12 dirhems : les femmes, les enfants, les moines ne payaient rien, d'après le principe qu'ils ne pouvaient pas combattre , et que par conséquent on n'aurait paf eu le droit de les tuer. Celte capital ion subissait quelquefois de légères modifications : en Espagne il y a des exemples qui prouvent qu'on l'acquittait en partie en blé ou autres denrées. Enfin , les engagements politiques et les autres pactes contenus dans l'amân étaient constamment les mêmes qu'octroya le calife Omar, en 637, aux habitants de Jérusalem. La charte d'Omar servit dérègle générale dans les conquêtes de la Mésopotamie, de la Syrie, de la Perse, de l'Egypte, de l'Afrique, de l'Espagne, de la Sicile, de l'Asie Mineure, et dans la suite des temps on l'appliqua à l'Inde et à la Grèce. Voici un résumé de l'acte qui, au dire de Ibn-Khaldoun, fut dressé à cette occasion au nom des chrétieus, et qui fut apostillé et signé par Omar.

Les chrétiens renoncent à bâtir de nouveaux temples, monastères, etc. On ne fera pas de réparations aux temples existants. Défense de sonner les cloches, de sortir en processions dans les rues et d'exposer publiquement des croix dans les pays où se trouvent des établissements musulmans. Défense de faire des prosélytes , d'empêcher la conversion des propres parents à l'islamisme, et de lire le Koran (avec des réfutations ?) à leurs enfants.

Défense de donner asile, soit dans leurs églises, soit dans leurs maisons , aux espions en-

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