COMIQUE
lorsque la révolution de 1848 vint renverseï les fortunes les mieux établies, bouleverser les existences les mieux assurées. M. Béraud résista courageusement, et peut-être fût-Il sorti vainqueur de la lutte si son entourage eôt voulu l'aider; mais il dut succomber devant la mauvaise volonté de ses pensionnaires. Les acteurs profitèrent d'un retard dans le payement des appointements échos pour forcer leur directeur à la retraite. Ce rigoureux exercice de leurs droits put être apprécié dans ses motifs quand on en vit les résultats. Quel* ques-uns des principaux comédiens de PAmbigu obtinrent du gouvernement provisoire l'autorisation de se constituer en société et d'exploiter eux-mêmes le privilège resté vacant. Tout alla d'abord au mieux, et l'argent afflua dans la caisse. Mais les bénéfices partiels, trop vite partagés, dit-on, ne ménagèrent pas de ressources aux jours difficiles; les sociétaires, abusés par des succès dont ils avaient fait les frais à peu près seuls , et croyant toujours [«ouvoir se suffire à eux-mêmes, virent le public se refroidir à leur égard, et enfin, un beau jour, ils sentirent le terrain manquer sous leurs pieds. Ils prévinrent une catastrophe en se retirant , et en abandonnant leur privilège à M. Charles Desnoyers. Après une fermeture de deux mois, le nouveau directeur a ouvert sa salle au mois de juillet 1852.
Le théâtre de l'Arobigu-Comique a joué un rôle important dans les régions inférieures de Part. Soit qu'il ait suivi le goût du public, soit qu'il l'ait attiré à lui , il a obtenu d'immenses succès à l'aide d'oeuvres qui avaient du moins le mérite de remplir parfaitement le but que s'étaient proposé les auteurs , et d'être jouées d'ailleurs par des acteurs d'un véritable mérite. Dès le temps où Audinot faisait mouvoir ses marionnettes, Les Comédiens de Bois étaient des cljefr-d'œuvre de mécanique, qui mimaient un dialogue étincelant d'esprit. Plus tard , tandis que Moline, Plainchesne , Galliot de Salins et d'autres auteurs encore se liraient avec esprit des difficultés imposées par les grands théâtres à leurs pièces parlantes et chantantes, Audinot adoptait un genre qui fit fureur : c'était celui de la grande pantomime historique et romanesque. Le masque de Fer, Le capitaine Cook, La Forét-Noire, Hercule et Omphale, Les quatre fils Aymon , Le Maréchal des Logis, intéressaient singulièrement les spectateurs. Il est vrai de dire que cet intérêt était puissamment aidé par la richesse des décorations et le luxe de la mise en scène. Arnould, l'associé d'Audinot, était presque nécessairement l'auteur de ces pantomimes.
Parmi les acteurs, on avait déjà remarqué Damas et Vareunes , qui , tous deux enfants, avaient commencé à l'Ambigu leur carrière