‹ Encyclopédie moderneChapitre 47 sur 308 · AMENTHÈS · texte numérisé non relu

AMENTHÈS

dent, parce que les Égyptiens plaçaient le séjour des morts au lieu où le soleil disparaît ; et en effet un des litres les plus habituels d'Osiris comme juge de l'enfer est celui de Pent' Ément (1). On pourrait aussi l'interpréter U séjour de gloire, d'amoun, gloire, et thi, demeure. Une des régions célestes mentionnées dans les prières des morts porte un nom analogue pour le sens (2) ; mais, d'après le choix des signes hiéroglyphiques employés dans l'orthographe du mot Amen té (8), il nous paraît plutôt avoir le sens d'éternité; ce qui raj>pelle cette observation de Diodore, que les Égyptiens nommaient les palais des hôtelleries, et les tombeaux des demeures perpétuelles (4).

Les monuments présentent un grand nombre de renseignements sur l'Amenthès comme sur tout ce qui se rapporte au culte des mânes (w>y. ce mot) chez les Égyptiens, pour qui la mort était la grande préoccupation de la vie. Le premier soin d'un prince en montant sur le trône était de faire commencer son tombeau ; et l'on peut en quelque sorte mesurer à l'étendue de ces édifices la longueur et la prospérité des règnes. Les immenses syringes royales deThèbes offrent habittiellement,parmi les peintures qui les décorent, des représentations qui se rapportent à la fois an cours du soleil et des astres et à la destinée future du prince, sujets entre lesquels il existait une étroite liaison dans les doctrines des Égyptiens. Quelques sarcophages de granit sont également couverts de sculptures du même genre; enfin, on trouve fréquemment joints aux caisses de momies des rouleaux de papyrus qui contiennent un texte relatif au culte des morts. Ce texte en écriture hiéroglyphique ou hiératique est souvent accompagné de dessins qui retracent toutes les scènes décrites en regard. L'étendue do ces manuscrits varie selon la condition du mort. Quelques exemplaires n'ont pas moins de trente pieds de long. Ils contiennent alors l'ensemble des invocations et des prières aux divinités infernales, l'apologie du défunt et l'énoncé des rites dont l'accomplissement influait sur la condition de l'âme dans sa longue pérégrination à travers l'Amenthès.

Les égyptologues désignent généralement ce livre si important pour la question qui nous occupe sous le titre de Rituel funéraire (5) Du moment où Champollion eut découvert le système des écritures égyptiennes, il eu fit l'application au déchiffrement du Rituel funéraire,

(1) Champ., Dlct. £g., p. 121.

{S) Dtct. Èg.

(8) Champ., Cram. ég., p. 86s.

(k) Dto4., I, SI.

(5) M. Lrpsius, qui a public 1 une o>.« rédaction* les plus complète* de ce livre . l a intitulé TwltenbucM, ou Livre de$ Atort$.

11» AMENTHÉS

à l'aide duquel il put soulever quelques parties du voile qui enveloppait la religion égyptienne. Des efforts persévérants sont encore nécessaires |K>ur se rendre compte de plusieurs chapitres de ce texte mystique. Nous essayerons à l'article Rituel d'en donner une analyse, d'après les travaux les plus récents. Une des difficultés sera toujours de dégager les idées intellectuelles de leur expression symbolique, et de suivre les destinées de l'âme dans cette longue série de stations qui commencent sur terre par les cérémonies des obsèques, et se continuent dans le monde inférieur, que les Égyptiens se représentaient comme en quelque sorte calqué sur leur pays même.

Suivant Diodore de Sicile, Orphée n'aurait fait dans la description de l'enfer que retracer un tableau qu'il avait eu sous les yeux en Égypte. Les nécropoles y étaient toujours situées à l'occident des villes, dont elles étaient séparées par le fleuve ou par des canaux. Le lac Achérusien mentionné dans les mythes grecs existait en réalité, dit-on, près deMemphis. Le mort était transporté vers l'autre rive, sur une barque dont le nocher, se nommait Charon en langue égyptienne. Sur le seuil du tombeau, toute la conduite du mort durant sa vie était soumise à un redoutable tribunal.

Rien de plus célèbre que le jugement auquel les rois d'Égypte, suivant le témoignage de l'antiquité, étaient soumis avant d'obtenir Tes honneurs funèbres (I). Un tableau reproduit dans la plupart des papyrus funéraires représente la psychoslasie ou la pesée de Câme dans l'Amenthès. Osiris y siège comme juge suprême. Devant lui est accroupie une chienne à la gueule béante, qui semble le premier type de Cerbère. Dans les deux plateaux d'une balance sont placés d'un coté la palme, symbole de justice, de l'autre le vase d'iniquité. Un parent du mort ou peut-être sa' propre image semble plaider sa cause devant la vérité.

Anubis, Thoth, Horus remplissent diverses fonctions dans cette scène, à laquelle président aussi quarante-deux génies, assesseurs d'Osiris. Ce tableau était probablement mis en quelque sorte en action par les pré Ires dans les fuuérailles des rois et de tous ceux qui recevaient la sépulture de la première classe, conforme à celle d'Osiris lui-même. Le manque de sépulture, d'après une opinion qui a passé des Égyptiens aux Grecs (2), privait l'âme d'entrer dans le séjour des bienheureux.

Ceux qui avaient accompli toutes les prescriptions religieuses et surmonté les épreuves retracées dans le Rituel étaient admis dans le séjour des justes. Us y étaient supposés retrouver l'usage de leurs membres et de leurs

|1) Dlod., I, 71.

(1) V ojr. Eustatlic sur l'Odyisçe, a,v. m.

— AMMON m

facultés, et jouir durant de longues périodes d'années de tout ce qui avait fait leur joie sur la terre. Ceu'esl qu'après l'entière dissolution du corps que l'âme, dégagée de celte alliance, commençait de nouvelles transmigrations en animant successivement divers corps, soit d'hommes, soit d'animaux ; ce que les Grecs ont exprimé par les mots de métemsoniatose et de métcmpsychose. (Voy. ce mot.) C'est en Egypte que Pythagore et Platon ont puisé les idées qu'ils ont émises sur ce sujet.

Génies de VAmenthes. On désigne sous ce nom quatre divinités dont les têtes symboliques décorent les vases improprement nommés Canopes. Les Égyptiens déposaient dans ces quatre vases, qu'ils réunissaient dans un coffret funéraire, les viscères enlevés du corps avant l'embaumement. Ces génies sont nommés Amset (à tète de femme), Hapi (à tête de cynocéphale), Sioumoutf ( à tête de chacal ) et Kebhsnouf (à tète d'épervier). Chacun d'eux présidait à une des parties intérieures du corps et aussi à ua des points cardinaux du monde, que les Égyptiens, dans leur cosmographie symbolique, assimilaient à un corps.

Wl. B. de P.

AMMON ou AMOUN . ( Mythologie. ) Un des dieux principaux de l'Égypte, que les anciens ont assimilé à Jupiter, et qui était adoré particulièrement à Thèbes, ville nommée, pour cette raison, Dios polis par les Grecs, et Koa» mon par les Hébreux.

On peut étudier la religion de l'Egypte dans l'Histoire d'Hérodote, qui visita cette contrée à une époque où, quoique soumise à la domination des Perses, elle conservait encore la plupart de ses institutions anciennes. Tout ce que le père de l'histoire a vu ds ses yeux ou recueilli de la bouche des prêtres, il le raconte avec une sincérité naïve, à moius qu'un scrupule religieux ne l'arrête et ne lui fasse garder le silence sur ce qu'il considère comme tenant à des mystères. Les écrits postérieurs à la fondation d'Alexandrie , tels que ceux de Diodore, de Plutarque, de Porphyre cl d'Iamblique, nous initient à un plus grand nombre de traditions religieuses , mais qui ne sont pas toutes exemptes d'un mélange d'idtes étrangères à l'Égypte ancienne. Enlin, les monuments originaux , dont on a commencé de nos jours seulement à pénétrer le sens par la lecture des hiéroglyphes , offrent les documents les plus authentiques, quoique encore incomplets. Il est dilficile de tirer de ces éléments divers des données bien concordantes sur des questions aussi abstraites que celles qui tiennent aux dogmes religieux. Aussi nous attacherons-nous à faire connaître le culte extérieur des divinités dont nous aurons à parler plutôt qu'à pénélrer leur essence mys-

térieuse. Il est cependant nécessaire de donner ici quelques notions générales qui permettent de saisir les rapports entre les nombreux personnages du panthéon égyptien.

Rien n'est plus matériel et plus incohérent au premier abord que le polythéisme égyptien avec son culte fanatique d'animaux, souvent ignobles, culte qui non - seulement variait d'une province à l'autre, mais suscitait parfois des luttes entre les habitants de villes continues. Les apologistes chrétiens ont stigmatisé avec autant de force que de raison ces superstitions abrutissantes, que plus d'un écrivain païen grec ou romain a également tournées en ridicule. Toutefois, ces reproches s'appliquent surtout à la décadence de la civilisation égyptienne, époque où le peuple semblait s'attacher avec doutant plus de fanatisme aux pratiques extérieures, qu'il en comprenait moins le sens et l'origine; mais on doit penser que les conceptions religieuses d'une nation dont l'antiquité vante unanimement la sagesse ne devaient pas manquer entièrement d'élévation et de grandeur.

Tous ceux qui, parmi les anciens ou les modernes, se sont occupés sérieusement de la religion des Égyptiens ont reconnu que les objets principaux de leur culte étaient les cléments ou les corps célestes, tels que le feu, l'eau, rair, la terre, le ciel, le soleil, la lune, etc., etc., et que les animaux sacrés n'étaient dans l'origine que des symboles , des «ignés sensibles de ces forces de la nature, tantôt à cause d'une qualité qui les distingue, tantôt par une simple analogie de son, et comme une lettre vivante de leur nom.

Mais la dévotion des Égyptiens ne s'attachait pas uniquement à ces éléments matériels. De bonne heure ils avaient reconnu l'existence de l'âme , sa séparation des corps et sa survivance. Ils ne l'admettaient pas seulement chez l'homme ; ils l'accordaient à toua les animaux et aux corps célestes, qu'ils croyaient également doués de vie ; en sorte que l'âme, dans ses migrations, pouvait parcourir tous les degrés de l'échelle des êtres , et remonter des plus humbles aux plus sublimes. Les puissances multiples de la hiérarchie divine qu'ils adoraient n'étaient pour eux que des formes diverses et des émanations plus ou moins directes d'une cause première.

Celte cause première, ce Dieu suprême, qui fut, à vrai dire, quelquefois négligé pour honorer des intermédiaires subalternes, est , celui que les Egyptiens nommaient Amoun et que les Grecs et les Romains ont assimilé à Jupiter, père des dieux. C'est la même divinité, souffle ou intelligence incréée et immortelle, selon l'expression de Plutarque, qui est désignée sous le surnom de Knef, Chnoubis ou Chnoumù. C'est encore elle qui

Page 1