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ANACHRONISME

putation des temps, dans l'ordre successif des faits, une faute contre la chronologie. Il se dit aussi bien d'une erreur qui place un fait, un événement avant sa date qu'après sa date; et cependant on a créé un terme spécial, parachronisme, pour désigner cette dernière espèce d'anachronisme, consistant à placer un fait dans un temps postérieur à celui où il est réellement arrivé. L'erreur contraire s'appelle prochronisme. Virgile, en supposant Énée contemporain de Didon, s'est permis un parachronisme relativement à Énée, et un prochronisme en ce qui concerne Didon. Ces expressions techniques sont, au reste, peu usitées, et l'on donne au mot anachronisme la plus grande généralité.

On ne fait pas d'anachronismj qu'en histoire : on en fait dans les arts , dans les lettres , lorsqu'on attribue des usages , des costumes, des idées aux hommes d'une époque où ces idées, ces usages n'étaient pas connus. Les peintres italiens ont fait beaucoup d'anachronismes de ce genre. Pour n'en citer qu'un exemple, Paul Véronèse, dans le ma^ni tique tableau des noces de Cana, où Ton compte cent trente figures, a introduit les portraits d'un grand nombre de personnages ses contemporains : don Alphonse d'Avalos, marquis du Guast; Éléonore d'Autriche, reine de France; près d'elle, François l* r ; de l'autre côté, Marie, reine d'Angleterre; Soliman 11, empereur des Turcs; à l'angle de la table, Charles-Quint, vu de profil , portant la déco ration de la Toison d'Or; au centre, sur le devant du tableau , dans de superbes costumes vénitiens, est un groupe de musiciens , parmi lesquels se distinguent Paul Véronèse luimême et LeTintoret , tous deux jouant de la viole, et Le Titien jouant de la basse. Ut pictura poesis : la peinture s'accommode fort bien, comme l'épopée , de ces jeux de l'imagination ; mais la simple prose, celle de l'histoire, surtout , exige plus d'exactitude et de franchise. C'est y déguiser la vérité que de faire apparaître, comme on le voit souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, sous des désignations toutes modernes, les usages , les institutions , chaque détail de la vie des anciens , et de nous montrer les grands hommes d'Athènes ou de Rome accoutrés en échevins ou en quarteniers. « Amyot, dit un de ses biographes, vous entretiendra, du plus grand sérieux et avec une bonne foi presque comique , du parlement des amphictyons, et d'Anaxagoras accusé d'hérésie. Vous trouverez dans son antiquité à lui des sergents , des prévôts, des syndics, le clergé, les gens d'église , des religieuses, des sacristains, des marguiilicrs. 11 force Diodore à parler tournois, gendarmeries, dagues, salades, morioos, brigandines. Il donne à Léonidas,

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