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AN1N

1ère mercantile domine, et les éloges ont quelque chose de l'éloquence du concurrent marchand. A la vérité, il en est qui ne paraissent pas vouloir duper l'acheteur; elles disent tout simplement les choses, surtout si les livres dont il est question se recommandent d'euxmêmes. S'agit-il au contraire de la deuxième édition d'un livre dont la première ne s'est pas vendue, du dernier roman d'un auteur qui s'épuise et qui vieillit, d'un fonds de magasin accumulé depuis les temps où le libraire a emménagé, l'annonce sort en grand équipage, étale toutes ses pompes et fait sonner toutes ses trompettes.

Après cette annonce, et presque sur la même ligne, viennent les annonces de société en commandite et de loterie. Les premières toutefois ont fort baissé le ton, ou ont cessé de se produire, ayant eu, comme on dit, des malheurs, et la justice étant venue refroidir par ses indiscrétions l'enthousiasme des capitaux qui répondaient à leur appel. On a fait le calcul que plus de cinquante gérants de sociétés en commandite se sont relayés tour à tour sur les baucs de la police correctionnelle, et sur ce nombre les trois quarts au moins ont été, ou condamnés, ou admonestés de ce ton paternel qui imprime doucement au front des prévenus acquittés une flétrissure.

Depuis 1848, la ruine des affaires, la suspension ou le ralentissement des travaux et la misère qui en fut la suite , ayant forcé de laisser dormir pour un temps la loi qui prohibe les loteries, l'annonce des loteries de charité occupa dans les journaux la place qu'y avaient laissée libre les sociétés en commandite. L'annonce nous en venait chaque matin par la voie de notre journal, tantôt rédigée en style insinuant, onctueux, patelin, approprié enlin aux âmes sensibles et incrédules, taulôt prenant te ton hardi, imposant, raillant les superstitieux, déliant les sceptiques, se vantant d'avoir le secret de dominer la fortune et d'ailleurs offrant celui de la corriger par le moyen des petits lots, des primes, et des remises. Jamais le dieu du hasard n'eut de ministres si éloquents chez les païens ; ajoutons que jamais non plus il n'eut d'aussi nombreux et d'aussi fervents adorateurs.

Une autre sorte d'annonce, ordinairement très-courte, se glisse dans les bas-fonds de la quatrième feuille du journal ; c'est l'annonce des tireurs d'horoscope. Elle n'est si timide que pour échapper à l'œil des magistrats; mais elle n'échappe pas toujours à leur flair, et comme elle devient de plus en plus rare, on voit bien qu'elle aussi a eu des malheurs. Les somnambules, pour n'avoir guère plus à se louer de la tolérance des magistrats, sont plus opiniâtres que les cartomanciennes, et l'an-

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nonce qui les concerne continue à camper fièrement au milieu des tribus innombrables de bottiers, de chapeliers, de pédicures, de de* listes, d'apothicaires, de coiffeurs, de manipulateurs de poudrettes et autres engrais, etc., etc., lesquels, ayant planté leurs tentes dans le vaste espace que le journalisme leur loue à* prix d'or, le cultivent, le fertilisent, et, véritables serfs attachés à la glèbe, s'y maintiennent en dépit des changements de propriétaires.

Parlerai-je de l'annonce où sont prônés tour à tour l'eau de Jouvence , la pommade à blanchir et à lisser l'épiderme, l'onguent àrésoudre les tumeurs, à éteindre les feux de h peau, la cire à dilater les pores, le vinaigre à rafraîchir le teint, les cosmétiques à dissimuler la couleur naturelle des cheveux, l'huile à les faire pousser, la liqueur à parfumer la bouche, à calmer les douleurs de dents, à combattre la carie, à raffermir et vivifier les gencives? Parlerai-je de ces mille et une inventions pour redresser les déviations de la taille, suppléer au défaut d'embonpoint, ou alléger le fardeau de l'obésité, toutes choses qui tendent à favoriser, principalement chez les femmes, ce goût immodéré qu'on a de plaire par les qualités de l'extérieur, fût-ce au préjudice de la santé? Et ce préjudice n'est que trop réel. Heureusement qu'il est réparable , et mon garant est encore l'annonce. Des médecins que la prétention d'appliquer la thérapeutique aux maladies de l'État et de la société a laissés sans clientèle, des charlatans qui ont des procédés pour guérir les maux les plus désespérés, et qui, n'osant pratiquer en calèche découverte sur un personnel en plein vent, n'en sont pas moins de vrais charlatans, des apothicaires que l'usage très-restreint qu'on fait aujourd'hui des médicaments force à rester inaetifs dans leur officine, le regard fixé sur les Ixv eaux où leurs poisons s'éventent et s'aigrissent, voilà, au témoignage de l'annonce, les réparateurs des infirmités que déchaînèrent sur le corps humain la coquetterie, le luxe et tous les genres d'abus qu'on fait des cinq sens. Est-il besoin d'ajouter que l'annonce de cette sorte parle un langage en rapport avec les idées malpropres qu'elle remue, qu'elle nomme les choses par leur nom, qu'elle les représente même par la gravure, de façon qu'on s'y méprenne?

Quand l'annonce passe de la quatrième page dans le corps du journal , elle change de nom, et s'appelle réclame , piiff et canard.

La réclame est une annonce plus ou moins longue , insérée là où finit le journal proprement dit, et séparée par un filet de la rédaction principale. C'est une bonification faite par le journal à ceux qui lui fournissent des annonces, qui achètent sa publicité. Le pHffi

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