ACHILLÉIDE
Thésée , à la fin de sa vie, voyant son autorité ébraulée dans Athènes par les séditions, se serait rendu à Scyros pour y implorer le secours de Lycomède et serait mort dans l'Ile, soit qu'il eût glissé du haut des rochers ou qu.'il en eût été précipité par trahison. Pélée, son ami , envoya plus tard son (ils Achille pour venger celte mort, ët le jeune héros s'empara du pays ; mais Lycomède s'étant justifié , il lui rendit ses États et épousa sa fille Déidamie (1).
Quoi qu'il en soit, à l'arrivée d'Achille en Aulide, il semble que la pauvre Déidamie soit bien oubliée par son époux. Les vents sont contraires , les Grecs impatients demandent à Calchas d'où vient que la colère des dieux les retient an rivage, et apprennent que pour les apaiser il faut sacrifier à Paulel de Diane tphigénie.la fille d'Agamemnon. Sous le prétexte de l'unir à Achille, son père l'appelle au camp; mais le héros ressent vivement l'injure que lui a faite le fils d'Atrée en se servant de son nom pour couvrir de sinistres projets. Il prend la défense de la jeune victime, et, quand il la voit si résignée, il éprouve un vif désir de contracter ce nouvel hymen , bien que mille autres jeunes filles aspirentà sa couche, comme le lui fait dire Euripide (2) ; toutefois le destin l'emporte : il faut que Troie périsse. Iphigénie marche à l'autel et Achille, tout consolé de la mort de la jeune vierge qu'il aurait tout à l'heure voulu choisir pour compagne, assiste au sacrifice. — Nous le retrouvons sous les murs de Troie et là commence la tradition homérique. Agilité, beauté, courage indomptable sont les qualités qui le distinguent entre tous : partout où il se préseuteil triomphe , et c'est avec raison que le poète le nomme le rempart des Grecs. Cinquante vaisseaux ontamené aux rives de Troie les troupes auxquelles il commande; il a près de lui Phénix, qui a partagé avec Chiron le soin d'élever son enfance, et Patrocle , son fidèle ami. Déjà il a ravagé l'Asie. Douze villes qu'il a abordées sur ses vaisseaux , onze qu'il a assaillies parterre sont tombées en son pouvoir. Après la prise de Lyruesse, il a amené sous sa lente la jeune Briséïs, devenue sa compagne chérie, et lorsque Agamemnon , qui s'est vu forcé par notre héros de rendre à son père Chrysès, prêtre d'Apollon, la belle Chryséis, se venge en faisant enlever Briséïs de la tente d'Achille , il jure dans son ressentiment , de ne plus prendre part aux combats : « Muse, chante la colère d'Achille, » dit Homère en commençant son poëme. En effet, c'est là toute l'Iliade. Le fils de Pélée s'est retiré dans son camp, et depuis dix années que dure sa retraite les Grecs n'ont éprouvé que des revers. Le ter-
ri) Plutarque, Thésée, 85, et Phllostr., Héroiq., le. 3. («) V ou. Eurlp. lphig.enAul. t y. W9-W et un-».
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rible Hector les poursuit un jour jusque sur lotus vaisseaux , portant dans leur camp le fer et la flamme. Achille est toujours inflexible ; mais Patrocle est touché de tant de maux. Il supplie son ami de lui prêter ses armes : « Peut-être les Troyens me prenant pour vous, lui dît-il, abandonneront le champ de bataille. Si les Grecs ne peuvent goûter quelques instants de repos, ils sont perdus sans retour. » Achille consent à regret et confie à Patrocle le commandement de ses fidèles Thessaliens. Les Grecs sont sauvés ; les troupes ont été repoussées jusqu'aux portes d'Ilion, lorsque Patrocle triomphant tombe sous les coups d'Hector. A cette nouvelle, Achille oublie tout, excepté la veogeanee qu'il vent tirer de la mort de son ami. Ses armes sont devenues la proie du vainqueur ; mais Thétîs en a fait forger de nouvelles par Vulcain et les lui apporte. Il s'en revêt, court au combat : tout cède à son impétueuse attaque. Il combat contre Énéc, que Neptune dérobe à ses coups, lutte contre le fleuve Xanthus, contre Polydore, frère d'Hector, et atteint enfin ce dernier, qu'il cherche depuis le commencement de l'action. Hector tombe à son tour :
dans sa fureur vengeresse, Achille l'attache par les pieds à son char et le traîne trois fois autour des murs d'Ilion. Il revient ensuite célébrer avec pompe les funérailles de PatrocleJmmolantsurson bûcher douze jeunes Troyens; et ce n'est qu'après avoir vu le vieux Priam embrasser ses genoux, qu'il consent à lui rendre le corps de son fils. Ainsi finit l'Iliade. Dans l'Odyssée, Homère parle de la mort d'Achille et de ses funérailles : le héros a succombé avant la prise d'Ilion ; une flèche a mis fin à ses jours ; mais le poète ne nous dit pas qui la lança. Des traditions postérieures sont plus explicites. Elles ajoutent aussi à la guerre de Troie des épisodes qui ne sont pas dans Homère : tel est le combat d'Achille contre les Amazones venues au secours des Troyens. Leur reine Penthésilée tombe sous les coups du héros, qui lui été son casque et, sous l'impression de sa beauté, regrette amèrement sa victoire. Thersite , témoin de ses regrets, l'accable de railleries et perce de sa lance le beau visage de Penthésilée ; d'nn formidable coup de poing Achille assomme le railleur (I) : tel est encore le combat que le fils de Pélée soutient contre Memnon et Troîlus, qui ont osé le défier et qu'il perce de sa lance (2). Les traditions post-homériques sur la mort du héros sont nombreuses et variées.
Sophocle dit qu'Achille « était mort, non de
(0 Qulnlus de Sroyrne. v. «69-739.— Lycophr., Cassant!., 399. — D'après Sophocle, cependant, Tnerslte avait survécu à Achille, Voy. Phitoct. v. 445.
(J) fo». Quint. 9, 480-MO.- Hygln, P. 111. — Vlrgj£n. I, v. Vf* et snlv.
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la main d'un mortel, mais de celle d'nn Dieu : Apollon l'avait percé de ses traits (1). » Quintus de Smyrne place Apollon au sein des nuages, d'où il décoche une flèche qui perce Achille au talon (2) ; Hygin veut que le Dieu ait pris la forme de Pâris (3). D'après Dictys, Achille allait s'unir à Polyxène, fille de Priam, dans le temple d'Apollon-Thyrabrausj 0 rsque Pâris et Déiphobe le tuèrent en trahison (4). Dans Ovide, Neptune excite la colère d'Apollon contre Achille en lui rappelant que le héros s'est vanté de détruire les murailles qu'ils ont élevées tous deux, et Apollon dirige la flèche de Pâris contre le vainqueur d'Hector (5). D'autres mythographes veulent que le fils de Latone ait ainsi vengé sur Achille la mort de son favori Troïlus (6). Ajax et Ulysse sauvèrent le corps d'Achille des mains des Troyens prêts à s'en emparer (7). Fiers de ce succès, les deux héros se disputèrent ses armes; et nous retrouvons ici les traditions homériques (8) qu'ont suivies Sophocle et Ovide (9) : Ulysse obtint l'avantage. Viennent maintenant les traditions relatives à l'apothéose du fils de Pélée. Thélis inconsolable pleurait sur le tombeau de ce fils auquel elle n'avait pu faire partager son immortalité. Neptune vint la trouver : « Consolez-vous , lui dit-il. Celui que vous regrettez si amèrement n'est pas descendu au séjour des ombres ; son destin est d'être associé aux dieux immortels (10). » Cependant Achille conserve au séjour céleste les passions implacables qui l'ont agité pendant sa vie : au moment où les Grecs, chargés des dépouilles de l'Asie, vont mettre à la voile, la voix du héros se fait entendre ; elle sort du tombeau que l'armée reconnaissante lui a élevé au cap S igée; elle demande une part du butin : c'est Polyxène qui doit être immolée à ses mânes. Ovide et Euripide placent cette scène sur les côtes de la Thrace ; l'ombre d'Achille apparatt aux Grecs et demande que l'innocente et malheureuse fille d'Hécube soit arrachée des bras de sa mère pour que son sang aille grossir les flots de sang que ce cruel amant de la gloire a versés pendant sa vie (t l). Sont-ce là les sentiments de justice qui méritèrent à Achille une place parmi les juges des ombres au séjour des bienheureux? Pin-
(1) Philoct., V.
(S) III, 6t.
(8) Fab. 107.
(4) De B. Tr.. III, et î9.-Comp. Darès, c. 3V; Phllo«t, Héroïq. c. X 1 X f 4-11.
(5) Ovide, Métam., L.XM, v. 383 etsulv.
(6) Tzctz.ap. Lycoph. ton.
(7) Quintus, III, 916-991.
(8) Odyst., 11, BVS.
(9) Ai , 41 et Métam.,XUl, 38s
(10) Quintus, III, 768.
(H) Eurlp. Uee., V. 38 et snlv.-O?., Metam. XIII. 4*8 et sulv. D'après Qolntus, l«, 174. Achille apparaît en rêve à son flls Néoptolême pour exiger de lui cette
ACHILLÉIDR — ACTEOIN
dare nous le représente comme associé dans cet emploi à Rhadamaute, à Saturne, à Cadmus et à Pélée (1). Ce séjour des bienheureux où les héros déifiés recevaient la récompense de leurs travaux sur la terre était l'Ile de Leucé, qui, sur la demande adressée par Tliétis à Neptune, s'était élevée du fond du Pont- Euxio : on la nommait Achilléa, parce qu'elle était particulièrement consacrée à noire héros (2). C'est là qu'il avait épousé Médée , ou bien Iphigénie, ou bien encore Hélène (3). La divinité d'Achille est prouvée par le grand nombre de lieux où on lui rendait un culte public. Sparte ('»), Tarente(5), l*Êlide(6), laTroade (7), l'Épire (8),nied'Astypalée(9), la ville de Borysthénis (10) lui avaient élevé des temples et dressé des statues. L'art ancien se plut à reproduire le type de la bravoure, de la beauté, de l'agilité, de la vigueur, si souvent chanté par les poètes.
Toute une classe de statues , ainsi que Pline nous l'apprend , celle des jeunes éphèbes nus et tenant une pique à la main qui ornaient la plupart des gymnases, avaient pris le nom d'Achilléennes (U). Lycius, fils de Myron, avait représenté , à Olympie , Achille prêt à combattre Memnon( 12) ; une autre statue d'Achille, due au ciseau de Scopas, était du temps de Pline dans le temple de Cn. Domilius au cirque Flaminien, à Rome (13). Polygnote l'avait peint dans le Lesclié de Delphes ; Athénion de Maronée , dans un tableau à six personnages où il était représenté sous ses habits de jeune fille au moment où Ulysse le reconnaît à la cour de Lycomède (t4). Aujourd'hui encore, l'Achilléide se peut recomposer pour ainsi dire tout entière d'après les monuments de l'antiquité figurée parvenus jusqu'à nous. Statues, bas-reliefs, peintures, vases, miroirs, camées ou intailles ont fourni l'occasion aux archéologues d'étudier dans toutes ses phases ce mythe, l'un des plus importants de l'âge héroïque. La première partie des monuments inédits publiés par M. Raoul- Rochelle , la découverte du beau vase François, placé récemment dans la galerie de
(I) Plnd., 01. s, 87.
(») Lycoph.Cass., 188. — Den. lePérlég. 8*5.
(3) y oy. Apoll. A. IV,1 815. - Bustath. la Dlonys. Per.,3o6. — Paus, III, 19.
(4} Sur la route qui de Sparte conduit cn Arcadle vous trouvez le temple d'AcbllIc... les jeunes gens qui doivent combattre dans le Plataniste ont coutume de lui faire des sacrifices avant le combat ; Pausan. llv. III, ÎO.
(5) AristoL Mlrab. AuscuttA, HG1
(6) Pausan., VI, 23 p) Strab,, X III, 898.
(8) PJut. Pyrrh.
(9) Clcer,.'<Je Nat.Deor IH, 18.
(10) Dion Cbrys. Scrm. XXXVI.
(II) Pline, H. A , Hv. XXXIV, 10, G.
(U) Pausan. llv. V.îî.
<«, Pline, H. JV\, I. XXXVI, 5, § 13.
(1*) Pline, H. tf.llv. XXXV, ao, Ç 9.
Florence, la collection des Annales de l'Institut archéologique de Rome, plusieurs autres publications récentes ont augmenté et augmentent chaque jour les saines notions qui nous rendent plus facile et plus profitable l'élude du héros qui fut chez les Grecs le type de la bravoure et de la gloire militaire.
Noël des Vebcers.
acœmètes. (Histoire ecclésiastique.) Ce nom, formé d'à privatif et de xoiuiw, dormir, a été donné par les Grecs à certains moines célèbres dans les premiers siècles de l'Église parce qu'ils faisaient retentir sans interruption les louanges de Dieu sous les voûtes de leurs temples. Se partageant en chœurs différents, dont l'un venait relever l'autre au pied des autels, ils ne laissaient l'église solitaire à aucune heure du jour ou de la nuit; mais il ne faut pas croire, ainsi que l'ont pensé quelques ailleurs, Canisius par exemple, et Ferrarius, dans le catalogue des saints d'Italie, qu'on les ap|>elait acœmètes parce qu'ils ne se couchaient jamais. Bollandus donne pour fondateur aux acœmètes saint- Alexandre, moine de Syrie, qui, vers l'an 430, bâtit un monastère de cet ordre sur les bords de l'Euphrate. De là ses disciples se répandirent dans diverses contrées du monde. Lui-même fonda à Constantinople un autre couvent, qui après sa mort fut transporté en Bithynie par Jean Calybe , son successeur. A ce dernier succéda Marcellus d'Apamée, considéré à tort par Nicéphore comme le véritable fondateur des acœmètes.
La vie exemplaire de ces moines, leur piété profonde, leur zèle, qui ne se ralentissait jamais, a illustré l'église d'Orient, à laquelle ils ont donné un grand npmbre de saints, de patriarches et d'évéques. D'après Grégoire de Tours, Sigismoud, roi de Bourgogne, pleurant la fin cruelle de sou fils, qu'il avait eu la faiblesse de livrer à la haine de sa seconde femme , se retira dans le monastère de Saint-Maurice, où il introduisit la règle des Acœmètes. Ainsi parvenu en Occident, cet ordre y eut bientôt plusieurs maisons, où les religieux se relayaient sans cesse afin que la psalmodie n'y fût jamais interrompue. Tels étaient le monastère de Saiut-Denys, celui de Luveuil, celui de Remirpmonl, et celui de Saint-Salaberge à Laon. De nos jours encore, on pourrait donner le nom d'acœmètes à quelques communautés où l'adoration du saint-sacrement est perpétuelle, en sorte que jour et nuit quelqu'un des membres de la communauté veille et prie.
Voy. le RecusU des Bollandittes , 15 janvier ;Baronius, a l'an *S9 ; le Glossaire de Ducange ; l.e Cointe Annal., 1. 1, an 536, n. î*; Mablllon, Act. Sanct. Bened. Sœc, IV, p. 8, prsel.
actéon. (Mythologie.) Fils d'Arislée et d'Autonoé, petit-fils de Cadmus par sa mère et d'Apollon par son père, Actéon, élevé dans les