APIS
classes de dieux en Égypte (1). Les premiers sont de purs esprits ou des corps célestes, par exemple Ammon on le souffle créateur, Nnith l'intelligence, Seb ou le temps, Netphé ou le ciel, Rba ou le soleil, Poho on la lune ; les seconds, tels qu'Osiris, Isis , Horus, avaient , dit-on, régné sur l' Égypte, et mérité par leurs bienfaits d'être mis au rang des dieux , dont ils étaient considérés comme des émanations, et avec lesquels ils sont souvent identifiés. Enfin, les animaux sacrés n'étaient à proprement parler, au moins dans l'origine, que des symboles des dieux , des idoles animées au lieu de simulacres de pierre ou de métal.
C'est ainsi qu'Apis est qualifié par Plu ta rque (2) d'image vivante cTOsiris, et que son culte se confond à plusieurs égards avec celui de ce législateur divin. Mais la dévotion du peuple s'est montrée presque toujours d'autant plus vive que l'objet de son culte était plus rapproché. Les dieux supérieurs de l'Égypte ont été éclipsés par les divinités secondaires, et l'adoration des animaux et des végétaux sacrés prit l'extension la plus extravagante.
Le bizarre contraste qui résultait de l'aspect immonde ou ridicule de ces prétendus dieux avec les cérémonies pompeuses dont on les entourait , les réjouissances publiques ou le deuil universel qui accompagnaient leur naissance ou leur morl , étaient, même dans l'antiquité profane, un sujet d'étonnement pour les étrangers (3), et plus d'un écrivain grec a cherché à démêler l'origine de cette religion singulière.
Quelques mythologues (4) disent que les dieux , poursuivis par Typhon , se cachèrent sous les formes de divers animaux : Apollon en épervier, Hermès en ibis. Mars en poisson lépidote , Diane en chat, etc. A propos de l'animal consacré à chaque divinité, nous aurons à enregistrer diverses légendes semblables; mais ce sont la des récits hiératiques ou poétiques dont les écrivains grecs qui les ont recueillis ne se sont pas contentés, et auxquels ils ont voulu substituer des raisons historiques ou philosophiques. Diodore de Sicile (5) présente plusieurs explications du culte des animaux. Quelques auteurs ont pensé qu'en consacrant dans chaque province divers animaux et en proscrivant l'usage de leur chair, le législateur avait voulu prévenir la destruction des races utiles à l'homme. Mais celte raison est très-peu satisfaisante ; car, outre que les animaux domestiques se multiplient en général en proportion de l'usage même qu'on
(lU)lod. de Sic, I, 1S. 13.
<)) De hid. et Osir., § 10 et W.
(3) Maxime de Tyr, Dissert., VIII, 5.
(*) Apollodore. - Antonius Uberalls, Metam., S «s.
(5) Bibl. Hitt., I, 83 et wiv.
en fait, ce motif De aérait pas applicable au
crocodile, à l'épervier, au loup, à la musaraigne, qui recevaient aussi des honneurs divins. D'autres auteurs ont prétendu que les Égyptiens, dans une guerre dan gère use, adoptèrent, pour se reconnaître, des images d'animaux ou dépiautes, et qu'ayant obtenu la victoire grâce à l'ordre que cet usage introduisit dans leur armée, chaque Tille déifia l'objet qu'elle avait d'abord choisi comme enseigne militaire. D'autres, enfin, attribuaient cette variété de culte à la profonde politique d'un ancien roi, qui, par les inimitiés que cette diversité entretenait entre des provinces voisines, avait voulu prévenir toute conjuration générale contre le monarque.
Ces explications ne reposent sur aucune tradition avérée, et ne sont que des conjectures comme chacun peut en faire. Nous avons dit à l'article Ammon que quelques savants modernes supposent que le culte du bélier h Thèbes fut introduit lorsque cet animal commençait la série des signes du zodiaque. D'après ce même système, le taureau, emprunté à son tour au signe suivant du zodiaque pour devenir le principal dieu de la seconde capitale, daterait d'une autre époque astronomique. Cette coïncidence a quelque chose de séduisant. Il paraît cependant peu conforme à la marche naturelle de l'esprit humain d'admettre que la religion se soit formée à une époque où les sciences auraient été assez avancées pour que les astronomes eussent connu la marche exacte du soleil ; et il est plus probable qu'on a appliqué aux constellations des symboles qui étaient déjà consacrés par la religion.
S'il nous fallait à notre tour émettre une conjecture sur le culte des animaux en Égypte, nous dirions que les premières tribus qui habitèrent la vallée du Nil avaient probablement pour religion une espèce de fétichisme comme on le retrouvechez plusieurs peuplades de l'Afrique , et qui s'attachait peut-être de préférence aux animaux les plus redoutables, tels que le crocodile. Osiris, ou le législateur quelconque qui réunit le premier ces tribus sous une loi commune, au lieu de chercher à déraciner ces superstitions locales, les régularisa, les rattacha par le symbolisme à des croyances plus élevées , et y introduisit le culte des animaux utiles. C'est ainsi que le bœuf a pu devenir l'animal sacré de la capitale et le symbole du dieu auquel on attribue les bienfaits de l'agriculture.
Ce qui est certain, c'est que le culte du taureau, au lieu d'être restreint à un nome, comme celui de la plupart des animaux sacrés, peut être considéré comme national ; car, bien qu'il eût son siège principal à Memphis, il était, comme Osiris, honoré par tous les Égyptiens.