APIS
en l'honneur de Ptolémée Lpiphane (l) contient des actions de grâce pour les riches offrandes du roi à l'Apiéum, et sous Julien l'apostat on réussit à retrouver un Apis (2).
Le jeune taureau destiné à recevoir les honneurs divins n'était pas pris au hasard. Sa naissance passait pour miraculeuse. C'était, disait-on, au contact des rayons de la lune (3) qu'il avait été conçu par une vache qui cessait d'être féconde. Les prêtres le reconnaissaient à des indices caractéristiques; aussi n'élait-il permis d'immoler aucun bœuf en Égyple avant qu'il eût été examiné par les prêtres et marqué d'un cachet (4). Le taureau Apis devait être entièrement noir, sauf un carré blanc sur le front et une marque sur le flanc droit semblable au croissant de la nouvelle lune. H portait sous la langue une sorte de nœud en forme de scarabée (5). jElien dit que les prêtres énuméraient d'après les traditions hermétiques vingt-neuf signes de ce genre, auxquels ils attachaient des raisons symboliques. On peut soupçonner qu'ils avaient l'art de les simuler au besoin. Cependant ou cite des circonstances où l'apparition d'Apis se faisait attendre, soit que les prêtres ne rencontrassent pas un sujet convenable , soit qu'ils eussent des raisons secrètes de différer.
Lorsqu'on signalait la naissance d'Apis désiré, des scribes sacrés chargés de constater sa divinité s'empressaient de se rendre chez l'heureux mortel qui avait obtenu cette faveur du ciel. Ils faisaient élever sur le lieu même une étable exposée au soleil levant, où le jeune dieu était allaité pendant quatre mois ; puis, à la nouvelle lune, il était conduit en grande pompe sur une barque à chambre dorée à la ville de Nilopolis, où il faisait une station de quarante jours (6). Pendant ce temps, les femmes seules se présentaient devant le dieu, en face duquel, d'après une pratique superstitieuse, elles relevaient leur robe d'une façon impudique. Plus tard, l'accès de son temple leur était interdit. Le cortège, composé de plus de cent prêtres, se remettait en route pour Memphis, où l'Apis était installé dans son magnifique temple, contigu à celui de Phtha. Sa mère était nourrie dans une autre partie de ce temple, et une fois par an on introduisait près de lui pour ses plaisirs une vache qui devait périr dans la journée même (7). Le sanctuaire qui lui servait d'étable donnait sur une cour où il venait prendre ses ébats. C'est là que la
(i) JoscrlpUon de Rosette.
(îîAœm. Marc, XXII., 14.
(3 Cest ce que les.Grecs exprimaient par le nom d Épapne, d'où le nom d'Épaphos qu'ils donnaient a Apis.
(*) Les prescriptions relatives à cet examen étalent contenues dans an des livres hermétiques intitulé MosehosphragUUquc.
(6) Hérodote. — Pilne, VIII, m.
(fi)biodore. I, 8«.- Strabon,
rpSoliai c.3J.
foule (les dévots et des étrangers pouvait le contempler, et l'on tirait des présages de tous ses mouvements (1), et surtout du choix de l'une des deux portes par lesquelles il pouvait rentrer dans son étable. Pendant que l'astronome Ëudoxe étudiait les sciences dans les collèges sacerdotaux de l'Égypte, on rapporte qu'un jour Apis lécha le bas de son manteau, d'où les prêtres conclurent que sa vie serait célèbre, mais de courte durée (2). Germanicus, dans son voyage d'Égypte, visita aussi le taureau sacré, qui refusa de prendre de sa main la nourriture qu'il lui présentait, circonstance qu'on ne manqua pas de rappeler après la tin tragique de ce prince (3). On attribuait aussi un sens fatidique aux paroles des enfants qui jouaient dans- le vestibule de ce temple.
Tous les ans on célébrait à Memphis par des réjouissances et des banquets l'anniversaire de la naissance d'Apis, ce que l'on nommait la théophanie , c'est-à-dire la manifestation du dieu. A cette occasion, les prêtres jetaient une coupe d'or et d'argent dans un gouffre du Nil, que l'on nommait en grec Phialé, nom par lequel on désignait aussi les sources mystérieuses du fleuve. Cette fête, qui durait sept jours, durant lesquels on assure que les crocodiles ne faisaient de mal à personne , avait lieu au solstice d'été, époque de l'inondation. C'est, à ce qu'il parait, la môme que (es Grecs ont aussi désignée sous le nom de Ntloa ou fêtes du Nil, dont le taureau sacré était considéré comme le symbole (4) aussi bien que celui d'Osiris.
C'est dans le temple d'Apis ou dans le Sérapéum, dont nous parlerons plus bas, qu'était le célèbre Nilomètre de Memphis, et l'on croit que cet indicateur du degré de fécondité promise par l'inondation a pu être exprimé en égyptien par le nom d'Apis, qui\ avec une légère modification d'orthographe, signifie mesure. Apis était aussi considéré comme une mesure du temps (5). Pline et Plutarque nous disent que sa vie était limitée à vingt-cinq ans, et que ce terme atteint les prêtres le faisaient mourir en le noyant dans un puits ; et, après l'avoir pleuré en grand deuil , ils lui cherchaient un successeur. Il parait que la vie d'Apis était ainsi la marque d'une période astronomique, qui ramène, dit-on, une certaine conjonction du soleil et de la lune. On manque de détails précis à ce sujet , et l'on ignore si lorsqu'un Apis mourait avant le temps voulu,
(0 I.utatlus, ad Statu Thebald., 111, 478.
(s) îMogène Laerte, VIII, 9.
(9) Pilne, VIII. 46.
(*) Dans le symbolisme des Grecs, les fleuves sont souvent aussi représentés sous la forme d'un taureau.
(S) Vtov,Uist. Xat., VIII. 46. -Plot., De lHd„ f M, - Animien Marcel., I. XXU, c. 14,.