APIS - APOLLON
on lui substituait en secret un successeur ou si on attendait la fin de la période. Celte diversité de circonstances peut expliquer les contradictions apparentes des auteurs, dont les uns disent que Ton tenait caché le lieu de la sépulture d'Apis (I), tandis que d'autres décrivent toutes les cérémonies de ses obsèques.
Lorsqu'un Apis mourait, tous les Égyptiens se rasaient et prenaient des vêtements de deuil , qu'ils conservaient jusqu'à la manifestation d'un autre dieu. Darius, arrivant en Égypte pour réprimer une sédition, et trouvant Memphis plongée dans un de ces deuils, se concilia tous les esprits en promettant cent talents à celui qui découvrirait un Apis. Les Égyptiens n'épargnaient rien pour ces grandes solennités religieuses. Un Apis étant mort quelque temps après l'avènement du premier Ptolémée, celui des prêtres qui était chargé des obsèques du Dieu , non content d'y consacrer les sommes considérables fournies par les temples , emprunta du roi cinquante lalents. Le corps du taureau sacré, embaumé selon les rites employés jadis pour Osiris, était tratné sur une barque vers le lieu de la sépulture, au milieu d'un immense concours de prêtres et de peuple. Plutarque (2) dit que ce cortège offrait plusieurs rapports avec les pompes dionysiaques. Selon Diodore, les Grecs, tîans leurs descriptions de l'entrée des enfers, u'avaient fait en quelque sorte que reproduire r« qui se voyait à Memphis lorsqu'on mettait un Apis au tombeau. Deux portes de bronze nommées du Cocyte et du Lélhé, c'est-à-dire du gémissement et de Y oubli, et qui produisaient un son lugubre en tournant sur leurs gonds , donnaient accès dans ce sombre séjour, où l'on ne pénétrait que dans cette seule occasion. On a plusieurs indices que la sépulture d'Apis était située dans la montagne libyque, nommée Psammis, qui domine Memphis, et probablement dans l'enceinte même du célèbre temple de Sérapis. ( Voy. ce mot.) Sous ce nom, qui exprime l'idée d'Apis-Osiris, c'est-à-dire d'Apis défunt, ou absorbé en Osiris, ce dieu recevait un culte particulier, qui sous les Ptolémées prit une extension nouvelle.Nous reviendrons, à l'article Séiuns, sur quelques-uns des caractères religieux d'Apis. On trouve des représentations figurées du taureau sacré sur les monuments égyptiens, notamment sur la table connue sous le nom de table isiaque, publiée par Pignorins. Apis est souvent représenté avec un disque entre les cornes. On peut consulter sur cet animal sacré •
Inblnnski, Panthéon, livr« IV, chapitre t;Champollion, Panthéon, planche 87, et Nestor l.'hôlc, Encyclopédie nouvelle, U l« r .
Wl. B. de P.
it) Arnob.. VI.6.
(î) De I$id.
. (Antiquité.) y \K<àéxm t te àmo5é/Q\Lu , recevoir. Les revenus de la république d'Athènes comprenaient : 1°, sous le nomde-ceXï], le produit des terres, des mines, des bois, appartenant à l'État , l'impôt payé par les métèques et les esclaves affranchis, les droits prélevés sur certains articles de commerce, sur l'importation et l'exportation des marchandises ; 2°, sous le nom de çôfoi, les sommes que payaient annuellement les villes tributaires pour les frais de guerre en cas de nouvelles invasions médiques ou en vue de représailles nationales; 3", sous le nom de etappm, les taxes communes aux citoyens , aux métèques et aux affranchis, décrétées par le sénat et ie peuple; 4°, sous le nom de Tiur^aÇa , le produit des amendes. L'ensemble de ces revenus s'élevait quelquefois à 2,000 talents, environ 12,000,000 de francs. Ces revenus, que percevaient des employés d'un ordre inférieur, étaient remis entre les mains desdils apodectes ou receveurs généraux, qui les remettaient à leur tour au trésorier du gouvernement Tou.îa; xr,; ôtoixr,<jea>; , ou intendant des finances 2ici(teAT)T^c tûv xoivûv Ttpooowov.
Ce fonctionnaire, de l'ordre le plus élevé dans le système administratif des finances athéniennes, n'était pas désigné par le sort, mais par l'élection xciporovfa, tandis que les apodectes étaient choisis par le sort dans chacune des dix tribus. C'est Clislhène, après l'expulsion des Pisistratides , qui institua ces fonctionnaires et régla leurs attributions. Ils ne veillaient pas seulement à rencaissement des fonds dans le trésor public; ils en réglaient et surveillaient l'emploi, de l'avis du sénat , en se conformant aux décrets du peuple ; ils tenaient la liste du contingent auquel chaque citoyen était taxé ; ils effaçaient les noms de ceux qui avaient payé, et requéraient des poursuites devant les tribunaux contre ceux qui n'acquittaient pas leurs dettes envers l'État. A certaines époques et dans quelques cas , à ce qu'on croit , ils ont prononcé eux-mêmes des jugements dans les contestations étevées au sujet des taxes.
La corporation ou syndicat formait donc une sorte de jury financier, avec des attributions qui participaient de celles de nos contrôleurs de contributions , de nos conseillers de préfecture, et des inspecteurs de finance.
Voir le lexique d'Harpocration , au mot Atco- &XTGU, et la République d'Aristote, Vil, 5, 4.
apollon. ( Mythologie. ) Dieu des anciens Hellènes , devenu plus tard l'une des principales divinités du polythéisme gréco-latin. La naissance de son culte en Grèce participe de
APOLLON
l'obscurité qui enveloppe les origines «Je toute la religion hellénique. Aussi les systèmes les plus contradictoires ont-ils été proposés sur la patrie primitive de ce dieu. Les uns, tels que Creuzer, ont cru reconnaître Apollon dans les divinités solaires de l'Asie occidentale, dans le Baal on l'Adonis syrien, le Mitlira de la Perse; d'autres l'ont identifié à l'Osiris égyptien, àllorusetà Ré, tandis que plusieurs, à la tête desquels il faut placer K. Ottf. Millier, ont vu en lui un dieu d'origine exclusivement hellénique. Ce n'est que depuis qu'on a adopté dans l'étude de la mythologie une méthode critique fondée sur la discussion et la chronologie des témoignages, qu'il a été possible de dissiper quelques-unes «les incertitudes qui s'attachent à ce problème. Aussi est-ce en suivant la même méthode Que nous résumerons ici ce que les anciens nous ont fait connaître sur Apollon.
Le culte d'Apollon ne paratl pas avoir existé chef les Pélasges;ou du moins, s'il exista, il d occupait qu'une très-faible place. En effet, on ne le rencontre pas dans les contrées où ce peuple avait eu ses principaux établissements et où se conserva longtemps une partie de ses croyances et de ses usages. En Èpire nous ne trouvons ni temples ni oracles anciens de ce dieu. En Arcadie le culte de l'Apollon nomios ou pastoral parait ne dater que d'une époque comparativement moderne (1). En effet, ce n'est poiut Apollon, mais Pan et Hermès qui s'offrent comme les divinités pastorales primitives de l'Arcadie. Le premier résidait dans les monts Nomiens (2), demeure qu'on n'eût pas manqué d'assigner à Apollou si ce dieu eût été invoqué à l'origine comme le protecteur des pâturages. La lutte que les hymnes homériques et d'autres traditions (3) disent avoir eu lieu entre Hermès et Apollon dénote une rivalité des deux cultes, rivalité qui tenait très-certainement à ce que lors de la conquête dorienne Apollon avait en partie supplanté Hermès. Il est vrai que Cicéron (4) parle d'un Apollon Nomios comme ayant été le législateur primitif de l'Arcadie , d'après la légende de ce pays. Mais son assertion n'a évidemment d'autre fondement que la fausse élymologie donnée par lui de l'épithèle nomios. Apollon ne pouvait davantage être invoqué par les Ar*
(1) foy. Ottr. Millier, Die Dorier, t. I, p. SM [V edit, 18U).
(*) Pausanlas, Jrcad., c. SS, ( 8. L'Apollon champêtre ou agraire n'avait pas de temple en Arcadie.
(S) L'opposition des deux divinités naUonales apparaît encore dans ta haine d'Apollon pour les joueurs de nùle, l'instrument champêtre des bergers arcadlena ( Pausanlas, Corinth., c. M), et que Pan avait Inventée. Pour réconcilier les deux divinités, on leur éleva plus tard un autel commun à Olymplc ( Pausanus, Eliac, Il c. 14).
W DeNatura Deorum.M, w.
cadiens primitifs comme dieu solaire, puisque nous voyons le surnom de Lycéen ou lumineux, lequel appartient à ce dieu dans une foule de contrées helléniques , donné à Zeus ou Jupiter. Le Zeus Lycéen, qui valut son nom à Lycosurc et qui était adoré sur le mout Lycée, eat certainement un dieu-soleil.
Apollou n'était donc poiut dans ce pays la personnification de la lumière solaire. La seule des populations primitives de la Grèce chez laquelle ou pourrait supposer le culte d'Apollon, ce sont iesDryopes. Car Dryopos, leur ancêtre ou plutôt leur type personnifié, était, suivant la tradition, fils d'Apollon (1). Mais ou ne doit point oublier que celle tradition appartenait aux Dryopes Asinécns. Or celle peuplade avait habité quelque temps sur le Parnasse, où elle s'était réfugiée. Il est alors plus vraisemblable d'admettre que les Dryopes avaient rapporté de ce canton cette tradition sur leur origine.
Si le culte d'Apollon ne se montre pas chez les premiers habitants de la Grèce , par contre on le rencontre entouréd'un grand crédit chez les trois grandes familles des peuples qui succédèrent aux races aborigènes et sont nées sans doute de leur mélange. Apollon était adoré à la fois par les Doriens, les Ioniens et les Éoliens; mais il était plus spécialement le dieu des premiers. Ottfried Muller, dans son savant ouvrage Sur les Doriens , a soutenu qu'Apollon était la divinité natiouale de celle race, de laquelle les Éoliens, les Ioniens, les habitants de l'Attique l'avaient, selon lui, ensuite reçue. Les conclusions de ce célèbre érudit sont peut-être trop exclusives; on ne peut nier cependant que ce ne soit à l'influence dorienne qu'Apollon ail dû la grande extension de son culte et qu'il n'ait eu comme dieu à l'origine chez les peuples de cette race une bien plus grande importance que chez les autres nations helléniques.
11 existe sur la patrie d'Apollon diverses traditions opposées : suivant l'Iliade (2), il vit le jour en Lycie; suivant un hymne homérique (3), à Délos; des traditions, rapportées par des auteurs très-postérieurs (4), le font naître tour à tour dans le bois sacré d Ortygie, près d'Éphèse , à Tégyre en Béotie, à Zoster en Altique. Aucune de ces traditions ne peut jeter de lumière sur le siège primitif du culte apolliniqne; car il ressort de tous les faits historiques liés à l'existence de ce culte que le centre de sa diffusion n'a point été dans ces contrées. La Lycie n'eut jamais des rapports assez directs et assez fréquents avec la Grèce et les provinces du nord-ouest de l'Asie mi-
(0 Pausanlas, Metim., c. U.
(i) Itiad., IV, v. 101.
(S) InApollin., v. *T.
(4j Tacit, -Annal., III, e. — Steph. Bjz., t. v. TeyOpa.
APOLLON
Heure, pour qu'une de ses divinités linlt par Cire adoptée par tous les Hellènes comme un des plus grands dieux. Délos, malgré l'importauce que prit son sanctuaire, ne peut avoir été peuplée que par des colonies qui apportèrent le aille du dieu d'ailleurs. Quant aux autres localités, l'influence de leurs institutions religieuses en Grèce a été nulle. On ne peut donc considérer ces traditions que comme quelques-unes de ces fables qui se formèrent dans chacune des contrées où s'éleva un temple d'Apollon. Nulle ville ne voulait céder à l'autre l'honneur d'avoir vu nattre le dieu.
Il est incontestable que Delphes fut la ville ou le culte apollinique atteignit le plus grand développement et son plus haut degré de splendeur. Le sanctuaire du dieu devînt comme la capitale de la religion hellénique, du moins pour une bonne partie de la Grèce.
11 est donc naturel de supposer que ce fut dans cette ville ou dans un pays voisin que l'adoration du dieu avait commencé d'acquérir une notable importance. Les traditions nous représentent le culte d'Apollon comme étant d'importation étrangère, comme d'origine thrace. C'est donc au nord de la Phocide, dans la Thessalie et la Macédoine, la Thrace des traditions primitives, qu'on doit chercher la vraie patrie d'Apollon , et c'est ce qu'a fait Otlfried Millier.
D'après les recherches de ce célèbre érudit, dans son ouvrage Sur les Doriens, la patrie primitive du culte d'Apollon fut la vallée de Tempé, et c'est de là qu'il fut apporté à Delphes. Des colonies doriennes le transportèrent en Crète sur la cote nord, d'où il fut porté à Délos. A mesure que les Doriens étendirent leurs établissements , l'adoration du dieu protecteur de leur race se répandit en un plus grand nombre de lieux, sur toute la cote de l'Asie Mineure. Les navigateurs crétois étaient les grands agents de propagation de la religion apollinique. De la Crète partaient des devins qui allaient fonder sur les côtes des oracles en l'honneur du dieu, xpTjTi'Ôai p.àvteic (I), qui élevaient des sanctuaires et popularisaient la dévotion au dieu delphique.
C'est ainsi que ce culte fut porté en Lycie, dès une époque reculée. L'antiquité de son institution dans cette contrée et la renommée qu'atteignirent ses oracles expliquent comment on put croire que cette terre avait été la patrie d'Apollon. Mais la position des temples principaux de ce dieu, en Lycie, lesquels se trouvaient à Xante et à Patare, démontre que ce culte avait été apporté par mer (2). De là il s'était répandu à l'intérieur, à Telmissus et jusqu'en Cilicie.
Ce même dieu était aussi adoré en Troade.
(1) Die Dorier, 2 e edit, tom. I, p. J17.
(1) Straion, XIII, p. 619.
O. Millier pense que sa connaissance était due à des colonies crétoises. Ce qui est certain, c'est que cette divinité fut honorée aussi par les Éoliens; fait qui ressort de l'existence du temple d'Apollon Cillcen à Colones (l).
La colonie crétoise établie à Milet porta le culte du même dieu chez les Ioniens.
Ceux-ci l'avaient d'ailleurs trouvé déjà établi chez les Carieus, qui avaient précédé ce peuple (2).
Les Ioniens de Milet portèrent le culte du dieu qu'ils avaient adopté , dans toutes leurs colonies, depuis Naucralis jusqu'à Cyzique et en Tauride (3).
Ce mode de propagation du culte d'Apollon explique pourquoi les plus anciens sanctuaires de ce dieu se rencontrent toujours sur les côtes, les promontoires et les isthmes.
Ce furent encore les colonies ioniennes qui introduisirent vraisemblablement en Attique le culte d'Apollon. A moins que l'Apollon attique ou Palroiis, fils d'Hephœstos, n'ait été originairement un dieu distinct, identifié plus tard avec Apollon. Une fois que les Doriens eurent pénétré dans le Péloponnèse, ils) propagèrent l'adoration de leur divinité nationale. C'était ce dieu en effet qui , d'après leurs traditions, les avait conduits en conquérants dans cette péninsule. De là le3 surnoms de àpxTJYéTriç, owp.ctTi'o'Triç , otx«<ro);, qu'ils lui donnaient. Mais dans l'Arcadie et PAchaïe, où l'influence dorienne se fit peu sentir, Apollon n'obtint jamais qu'une place secondaire dans le culte national.
Lorsque les Doriens se furent définitifement unis aux autres peuples du Péloponnèse, mêlés à eux , le culte de leur divinité nationale fut associé à celui de la divinité suprême des Pélasges, Zeus ou Jupiter. Cet Apollon associé à Jupiter et adoré à Olympie reçut plus particulièrement l'épithète de Thermios , et eut une place dans l'Altis.
Le souvenir de la patrie primitive du dieu ne se perdit pas entièrement chez les Grecs, quoique des fables l'aient dans la suite singulièrement altéré. A Délos les prêtres faisaient remonter aux Hyperboréens l'origine du temple. Or ces Hyperboréens n'étaient autres, dans le principe, que les habitants du nord de la Thessalie , de la Thrace primitive, dont les montagnes glacées passaient poufsituées au delà du Borée (4). La fable plus tard transit) o. Miiller, Die Dorier, 1. c. p. ti6.
(8) Ephor., op. Straboo, XIV, p. .684.
(3) Die Dorier, t. 1, p. US.
(4) Foy. à ce sujet la savante dissertation de Le tronne sur les Idées populaires des anciens toucfcml In marche du soleil dans l'éclipUque ; Journal du Savants, an. im, mars. Le Borée ainsi que les autres points cardinaux étalent supposés des points fi«f* attachés a certains endroits du ciel. On croyait qoe Borée sortait d'une caverne où il était renfermé. L» montagnes du nord de la
APOLLON
forma ces Hyperboréens en un peuple de sages et de pieux adorateurs d'Apollon, en même temps que leur contrée dit reculée de plus en plus au septentrion ; le Dorée étant cherché de plus en plus au nord, alin d'exciter la piété des pèlerins qui se rendaient à Délos , les prêtres forgèrent sur les Hyperboréens des fables qui ont même trouvé crédit chez, des érudits. Ce souvenir de l'origine thrace du dieu avait été aussi apporté en Lycie par les colonies crétoises, puisque Olen, natif de cette contrée, auquel on attribue des hymnes en l'honneur du dieu , en faisait mention (t).
Les traditions de Délos donnaient pour mère à Apollon la déesse Lelo ou Latone. La légende disait que Latone avait mis au monde le dieu et sa sœur sur le mont Cynthus, au pied d'un palmier ou d'un olivier. Or ce que les anciens nous rapportent de cette déesse nous fait reconnaître en elle une personnification des ténèbres et de la nuit. Cette filiation rient à l'appui du caractère originairement solaire d'Apollon , caractère que je ferai ressortir plus bas. On faisait aussi natlre Latone dans le pays des Hyperboréens, parce que ces contrées froides et septentrionales étaient regardées comme le berceau des ténèbres et de la unit, et cette circonstance acheva de rattacher les origines du culte d'Apollon à ce peuple fabuleux.
L'analogie des noms AvS, Aeuxoç", Aetixtot , Auxaïoç, Lycien, Lycéen, donnés au dieu comme principe de la lumière, et du nom du loup, Avxo; , fut la source de contes relatifs à des métamorphoses eu loups qu'on rattacha à l'histoire du dieu. Ces contes fout le peudant delà métamorphose de Lycaon en loup, fondée sur un pareil jeu de mots. Latone, d'après ces fables, était venue du pays des Hyperboréens à Délos sous la forme d'un loup, et elle avait métamorphosé en loups les habitants de la Lycie.
L'ancien nom delà lumière, Lux, est l'étyuiologie du nom de la Lycie , la province où le culte d'Apollon avait acquis le plus grand développement. Il nous explique pourquoi nous retrouvons plus d'une fois ce nom entrant comme radical dans celui de localités consacrées à Apollon (2).
Au temps de l'apogée de la civilisation hellénique Apollon était adoré et invoqué comme une personnification du soleil , comme le dieu delà clarté et des lumières physiques et morales. Mais Ottfried Millier, dans ses recherches
comme la source du Borée ; de là leur nom de Rlphées ou Rlpecs.i "Pfïtoua 6prj , de pfar), courant impétueux.
H) Cf. Herodot., IV, 98. — Dlodor.Slc, II, W.- Pau- "nia%„ x, 5, 4. - Straboo, I., p. 61, 61; VII, p. S95.
<V Ainsi Apollon était spécialement adoré à Lycorce, ville de la Plwclde. {Éttmol. tnagn., ed.Sjlb., toL SIS.)
sur les Doriens, a cru reconnaître que ce caractère n'avait pas été celui de la divinité dorienne à l'origine. Apollon n'était dans le principe, d'après cet antiquaire, que le dieu qui présidait à la paix et à la guerre, le dieu de la guérison et de la maladie , qui protégeait ses adorateurs et châtiait ses ennemis , un dieu qui rendait des oracles et qui punissait des fautes. 11 est, en effet, incontestable que ces caractères ne fussent fort anciens chez, Apollon ; mais un examen plus attentif des témoignages antiques a montré que Millier avait été trop exclusif dans ses conclusions h cet égard. L'opinion qui distinguait d'abord nettement Apollon et Hélios ou le soleil , et admettait leur confusion comme un résultat du syncrétisme des temps postérieurs, après avoir été acceptée avec une grande faveur, est tombée devant de nouveaux rapprochements.
11 est d'abord certain que les épithètes de sauveur , otwttîp, de protecteur des maux , àXeÇîxaxo;, donnés à Apollon dès la plus haute antiquité, conviennent très-bien à une divinité solaire. Ensuite, comme l'a remarqué M. Ed. Gerhard , dans sa dissertation sur les divinités de la lumière (I), sur les monuments, on trouve sans cesse les deux dieux Hélios et Apollon dans un rapport étroit qui dénote clairement leur parenté. Un autre fait significatif, c'est que le poète Callimaque, zélé pour l'orthodoxie antique , s'élève contre ceux qui osent séparer Apollon du soleil qui éclaire toutes choses (2). L'Apollon Agyeus, représenté, d'après les plus anciens témoignages, avec le phallus, montre dans ce dieu une divinité génératrice, par conséquent autre chose que l'Apollon Dorien comme l'entend Millier; et ce caractère de dieu générateur convient tout à fait au soleil. D'ailleurs, la tradition athénienne faisait d'Apollon un fils de Vulcain (3).
La connaissance que l'Europe possède maintenant de la mythologie védique, c'est-à-dire de celle d'un peuple de même race, de même génie, presque de même langue que les Grecs, nous permet de comprendre cette existence de deux divinités distinctes, Hélios et Apollon, personnifiant cependant l'une et l'autre l'astre du jour. Une foule de divinités invoquées dans le Rig-Véda ne sont, d'après les témoignages mêmes du poêle Arya , que des formes diverses d'un même agent, d'un même phénomène de la nature : le soleil par exemple s'appelle tour à tour Sourya, Varouna, Aryaman, et ces noms deviennent autant de divinités distinctes, quoique unies par la parenté qui résulte de l'identité d'idée typique (4).
(l) Ueber die Lichtçottheiten au/ Kunttdetikmae/ern; Berlin, 1640, p. 1319.
(i)CaLUmach., Fragm., XLVIII. p. 48S, cd. KrncsU. (9) Ctcer., De Nat. tHor., III, ss.
(4 V oy, la traduction du Rig^eda par M. Langlois.
APOLLON
A partir du septième ou du sixième siècle, Apollon s'offre à nous sous des faces Irès-multipliées, qui forment le poiut de départ d'autant d'attributs.
D'abord il est le dieu vengeur, qui donne au loin la mort : comme tel , il est armé de l'arc et des flèclies ; ces flèches sont l'image al* légorique des rayons brûlants de l'astre du jour, qui lorsque rien n'en tempère l'ardeur, font périr celui qui s'y expose. Voilà pourquoi les pestes, les maladies épidémiques sont représentées comme les effets de la colère du dieu. Homère donne déjà au dieu ces armes terribles (1). C'est à cette conception que se rattachent des mythes qu'on rencontre sur Apollon chez les poètes et les mythographes postérieurs, tels, par exemple, que l'assistance que, suivant Apollodore (2), il prêta à Jupiter pour combattre les géants. En même temps qu'Apollon est le dieu léthifère, il est aussi le dieu salutifère : car ses rayons bienfaisants rendent la santé et les forces au corps épuisé; et puis, du moment qu'on prêtait à celte divinité la puissance de détruire, on devait lui accorder la puissance opposée. C'est en cette qualité de dieu sauveur qu'il recevait les épilliètes d'àxéato;, d'èmxoûpto; , d'àXtÇixaxo;. Quelque mal venait-il affliger ses dévots adorateurs, on l'invoquait comme celui qui détournait le mal, riaîiov, pxon, nom qui, suivant la remarque de Millier , passa ensuite aux hymnes destinés à le conjurer. Apollon était le dieu prophétique, celui qui répandait dans l'âme cet enthousiasme, ce délire que les Grecs, comme presque tous les peuples barbares , preuaient pour un signe d'inspiration divine. A une époque où les Grecs étaient encore dans l'enfance de la civilisation, ils avaient une extrême confiance dans les sorciers et les devins, et ceux-ci, exploitant leur crédulité et souvent dupes de leur propre enthousiasme, s'érigeaient en ministres des révélations célestes. Les lieux où s'établirent ces devins, qui cherchaient dans les circonstances locales des moyens de divination, devinrent les oracles. Apollon eut le sien à Delphes, et plus tard à Claios, à Didyme et en d'autres endroits. A Delphes, une femme hystérique ou épileptique, excitée par des boissons narcotiques, prédisait pour le dieu ( Voy. Oracle ). A Didyme, des prêtres ventriloques, les Branchides (3) , parlaient au nom du dieu , dont ils simulaient la voix.
L'oracle de Delphes avait été l'Église mère
(0 Iliad., I, 45 ; XXIV, 605, Odyss., XI, 816. (1) Biblioth., III, 10, t.
(S) Le nom Branchos, (ïp<xYXOC>*ignifle enroué, et O. Millier remarque judicieusement que le uns de ce nom dénote un prêtre engastrimythe, comme les pylliontsses. yoy. sur cette classe des devioi £. Salverte, Des Sciences oecultcs, t. II, p. 1».
d'Apollon (I). Les mythographes débitaient beaucoup de contes sur sa fondation. Suivant Apollodore, l'oracle avait été fondé par Théinis, qui avait préposé à la garde de l'antre où il se rendait un serpent, Python, qu'Apollon tua lorsqu'il s'empara de l'oracle. Cette fable prend sa source dans un mythe naturaliste souvent reproduit dans le langage poétique de la Grèce comme de l'Orient (2), et dont la disposiliou des lieux favorisait encore la naissance. Ce serpent était l'image de la terre et de la fontaine Castalie, de la source Cassiotis. Les serpents sont représentés en eifet fréquemment comme (ils de la terre et symbole des eaux serpentantes. Or, Pausanias nous apprend qu'avant d'être consacré à Apollon, l'oracle appartenait à Poséidon, le dieu des eaux, et à Gaia t la terre. Hygin ( Fab. t 140 ) faitde même de Python un iîls de Gaia. Le combat d'Apollon contre Python, devenu ensuitesi célèbre dans l'histoire du dieu, et qu'expose longuement un hymne homérique , nous offre donc un tableau allégorique de l'importation du culte apollinique à Delphes, en même temps qu'il nous déroule symboliquement la scène naturelle dont on était témoin à l'antre prophétique. Le dragon gardien de la fontaine (3) devint un monstre ennemi du dieu , auquel te rattachèrent ces mythes nombreux où la lutte des forces physiques se personnifiait dans des lottes de géants , d'animaux énormes, nés de la terre et conjurés contre les dieux célestes (4).
L'hymne homérique à Apollon (v. 241 cl 18 ), à propos de la fontaine Telphuse, nous montre que, dans la légende populaire et poétique , l'établissement des oracles et des sanctuaires du dieu près des sources se traduisait sous l'allégorie d'une lutte entre le dieu et le génie ou la nymphe qui personnifiait les eaux. i
Les deux qualités de devin et de médecin se confondaient à l'origine des sociétés, puisque les premiers médecins n'ont été que des sorciers coojureurs des mauvais esprits, ces mauvais esprits étant regardés comme les auteurs des maladies (Voy. Démosuque). Delà le nom d'Iocxpoixavri; que reçoit Apollon dans Eschyle (5). Ce surnom rend bien en effet cette antique association d'idées. L'épi thète de Phœbus, 90160;, brillant, qu'Homère donne au dieu, épithèle où se révèle son ori-
(1). Voy. I- hen, Hi&tor. var., III. I
(1) V oy. mon Mémoire sur le serpent considère comme symbole religieux.
(s) Les Grecs actuels regardent encore les dragons comme les gardiens des fontaines. Cf. *. Tommaseo Canti popolari, toscan*, corci, illirici.greci, fasc. XIII, p. les.
(V). y oy. mon Mémoire sur le serpent considère comme symbole religieux,
APOLLON
gioe solaire, implique cependant, par la manière dont elle est employée, l'idée d'une lumière intellectuelle et morale. Car Apollon est le dieu de l'inspira lion poétique comme celui de la -'divination; il est le vates par excellence, qui réunit cette double qualité en les confondant Voilà comment il est le dieu du chant et de la musique.
Homère nous le représente en effet charmant les dieux durant leurs festins par les accords de sa lyre (1) ; on lui attribua l'invention de cet instrument (2), honneur que lui disputait Mercure. Enfin Apollou est un dieu fondateur des villes, protecteur des colonies, des confédérations ; plus tard il devint le chef des Muses , Musagetes : c'est le caractère qu'il a surtout chez les Doriens. C'est cette idée qui le faisait regarder comme ayant élevé les remparts de Troie , comme ayant prêté à Àlcathoùs son secours pour la construction de Mégare; c'était encore Apollon que, sous le surnom de 'AwfévtK » 1» légende donnait comme le guide des conquérants dans le Péloponnèse. Il était le patron de la confédération dorieune triopique (3) et de la ligue éolienne de Myrioa. Le même dieu était aussi invoqué comme divinité pastorale; il revêlit, ainsi que je l'ai fait observer plus haut , ce caractère en Arcadie, et il parait l'avoir plus spécialement reçu chez les Troyens. Homère (4) nous le représente nonseulfmeot comme nourrissant de superbes cavales, mais encore comme gardant sur l'Ida les troupeaux de Laomédon. D'après une aulre légende, il servit huit ans chez Admète, roi de Plières , en qualité de berger.
Le culte d'Apollon offrait, ainsi que celui de presque toutes les divinités helléniques , des différences notables suivant les lieux. Ces changements tenaient aussi aux différents caractères sous lesquels ce dieu était invoqué dans ces diverses localités. Peu à peu ce qu'on pourrait appeler le côté naturaliste d'Apollon disparut , les arts idéalisèrent sa figure, et il devint le type de la beauté et de l'intelligence.
Cette nouvelle forme revêtue par Apollon se rattache à ce grand mouvement des idées en Grèce, à celte sorte de révolution des conceptions religieuses helléniques, qui transforma les divinités en des personnages types de certaines vertus, de certaines qualités.
Cette révolution imprima a la mythologie grecque on cachet plus religieux , dans l'acception moderne du mot. En effet, qu'est-ce que le sentimeut religieux, si ce n'est l'aspiration de l'esprit et du cœur vers l'idéal des
(1) OdlSS.. VUI, V. 488.
il) Cailtmacb., Hymn. in Del., v. 1*3.
(î) Millier, Dorier, tara. I, p. K4 M Mad., Il, 766 ; XXI , iV>.
SUPPL. KNCYCL. MOD. — T. I.
qualités, des vertus dont la racine se trouve dans l'esprit et le cœur humain. Cet idéal, I i magination le transporte sur des personnes, des êtres qu'elle crée, ou plutôt aux êtres par lesquels l'ignorance des lois de la nature lui fait expliquer les phénomènes physiques.
Ainsi la conception primitive de la divinité est d'abord jusqu'à un certain point distincte du sentiment religieux entendu dans le sens moderne. La notion divine n'est que celle de cause. L'homme, mû par l'admiration et la peur, rapporte à des êtres surnaturels ce qu'il voit , ce qu'il entend , ce qu^il sent ; mais ces êtres où se personnifient les causes, les agents physiques, il n'y rattache d'abord aucune idée de moralité. Il invoque les dieux , parce qu'il les craint ; s'il pratique certaines bonnes actions, c'est que les premiers quoique obscurs enseignements de la conscience lui révèlent le bien et le mal , et qu'il croit que le mal offense ces diviuilés. Mais un sentiment plus profond du bieu, une idée d'un dieu bon, parfait, réalisant dans sa personnalité divine un idéal que lui, homme, trouve au fond de son être, l'humanité à son berceau l'ignore. Elle est superstitieuse sans être réellement religieuse, et elle ne le devient qu'au moment où, la notion divine s'épurant, l'homme adore l'idéal des vertus humaines sous la forme de ces dieux qui n'étaient d'abord que de grossières personnifications de l'air, de l'eau, du feu, de la terre et des pierres. C'est ce-qui arriva pour Apollon , c'est ce que l'on observe pour Jupiter, Minerve, Vénus et Hercule. A mesure que le mythe se développa, que l'ait progressa, il tendit à résumer dans ces divinités le. type accompli d'une vertu, d'une qualité humaine : la souveraine puissance, l'intelligence, la beauté et la force.
Le culte d'Apollon présente déjà de bonne heure en Grèce un caractère beaucoup moins matériel que celui des autres dieux. Otlfried Muller a fait remarquer que dans la plupart des temples principaux consacrés au fils de Latoue on lui offrait des sacrifices non sanglants. A Delphes , des gâteaux et de l'encens dans des corbeilles sacrées ; à Palare , des gâteaux en forme d'arc, de flèche et de lyre.
Un côté caractéristique aussi du culte d'Apollon , ce sont ses formes expiatoires en divers lieux.
Ce caractère se retrouve à Athènes, à Claros, à Milet (1). Dans cette dernière ville, on faisait remonter la fondation du' sanctuaire apollinique à un prêtre purificateur, xaôapbrc, Branchos à Delphes, comme à Didyme. La purification et la prophétie constituaient les deux cérémonies ou actes essentiels du culte de ce dieu. Dans les Thargélies, fêtes qui se
(0 CeUe Idée a été développée par O. MM'