AQUARELLE
légères , pins douces et plus transparentes.
Ne confondons pas les aquarellistes avec les enlumineurs , dont tout le travail consiste en une superposition de couleurs sur des estampes : ceux-ci ne sont que des copistes qui travaillent sur un patron de commande; au contraire, l'aquarelliste est un peintre véritable, qui exécute des sujets de son invention.
On a aujourd'hui un grand nombre de traités sur l'aquarelle , dans lesquels tous les procédés de cet art sont minutieusement décrits; nous en extrairons ici, pour l'usage de nos lecteurs , les prescriptions les plus essentielles. — Avant de commencer à peindre, tendez fortement votre papier sur une planche ou un carton , en l'y collant par les quatre bords. — Lorsque les traits du dessin sont arrêtés sur le papier, sans vous préoccuper des détails, établissez de grandes masses avec un pinceau chargé de couleur bien délayée. — Pour arriver aux demi-teintes, aux gradations et aux nuances , étendez les masses déjà établies avec le pinceau trempé dans l'eau Jusqu'à ce que de degré en degré elles se rapprochent du ton du papier. — 11 importe de faire vite et sans retoucher, afin que les couleurs n'aient pas le temps de se dessécher. — Après les masses viennent les détails. — Il est bon d'essayer ses teintes à part avant de les porter sur le dessin, et il faut ici, comroe'dans testasses, procéder à l'adoucissement des teintes en plongeant son pinceau dans l'eau claire.
On se sert aussi du procédé inverse, qui est de commencer par les détails, et d'en achever les finesses avant de passer aux masses. Mais alors l'artiste doit être plus maître de son sujet, en mieux voir l'ensemble; car toute correction est ici, sinon impossible, du moins fort difficile; et l'on ne peut opérer à nouveau qu'en passant une éponge imbibée d'eau sur le dessin tout entier, de manière à en adoucir uniformément les diverses teintes. Cette correction réussit rarement :
elle rend le papier spongieux et flasque, produit des empâtements, et parfois tout le travail est à recommencer; remarquez d'ailleurs que les nuances seules peuvent être changées; quand au dessin, il est indélébile.
L'auteur de V Histoire générale de la Peinture, Montabert,a donné les meilleurs conseils sur les couleurs et les instruments à employer dans l'aquarelle. Il recommande le choix d'un bon papier, celui de Wathman, par exemple, et veut qu'avant de le tendre sur la planchette, on ait soin de l'imbiber par derrière d une eau légère d'amidon. Suivant lui, on doit faire les fonds plutôt avec de gros qu'avec de petits pinceaux, et il faut qu'ils soient nettoyés et lavés après chaque opération.
L'enluminure, procédé informe et rutlimentaire, a été le point de départ de l'aquarelle, à laquelle on est arrivé par degrés, en essayant divers genres de lavis. Kt d'abord 1c lavis à l'encre de Chine pure, employé surtout en architecture et en topographie. Plus tard on mélangea cette préparation d'une faible partie de laque carminée afin de lui enlever <fe son mordant. On se servit aussi du bistre |K>ar colorer des esquisses & la plume , en rehaussant les lumières avec du blanc pur et repiquant de noir dans les ombres. Tous ces procédés, d'un effet dur et sec, étaient loin de satisfaire les amateurs d'un goût délicat; la sépia leur fut préférée, et c'est par toute cette série île tentatives faites surtout pour la topographie et l'architecture, qu'on en vint à ce mode de coloris qui constitue aujourd'hui l'aquarelle. Les Italiens cultivèrent les premiers ce genre de peinture , auquel ils ont donné son nom; les Allemands, les Anglais suivirent , et nous ne vînmes qu'en quatrième ligne.
Voici maintenant quelques procédés pour les préparations des couleurs, que les mattres dans cet art ont surtout recommandés. N'em- Vtoyer l'outremer qu'après l'avoir très-finement broyé, et lemêler dans de l'eau un peu nommée à laquelle on ajoute une pointe de «acre candi. En choisissant son encre de Chine, prendre celle dont la surface est d'un beau noir luisant, et qui, après qu'on l'a délayée dans le godet, parait brillante et comme cuivrée. La pâte de la bonne encre de Chine doit être fine et homogène. On ne connaît encore sur ia composition de cette substance qoe ce que le père Duhalde nous en a appris.
Suivant lui, les Chinois la préparent avec les plantes nommées chez eux hohiang tongwng et des gousses de thuya , auxquelles ils ajoutent un peu de musc. L'imitation qu'on en fait en Europe consiste dans un mélange de gélatine et de noir de fumée.
La couleur bistre se fait avec de la suie broyée à l'eau simple; on fait bouillir ensuite H l'on décante ; il n'est pas besoin d'ajouter de la gomme : le bistre contient du gluten en quantité suffisante.
Le noir de chicorée se préparc avec la rafine de cette plante brûlée et réduite en poudre ; c'est à peu de chose près la même préparation qu'on mélange quelquefois avec le café; réduite à cet état, la poudre doit bouillir dans l'eau pendant quatre heures consécutives; on passe ensuite dans un linge liu, on fait évaporer la liqueur au bain-maric, et le résidu donne la couleur recherchée. Il importe lue jusqu'à parfaite dessiccation elle soit conservée à l'ombre dans un vase vernissé, et à "ne température qui ne soit ni chaude ni humide.