AQUARELLE
Le noir de sépia sert surtout pour enlever les blancs.
Le noir de bougie se recueille sur la sur.
face d'un vase de porcelaine que l'on suspend au • dessus de la flamme d'une bougie de véritable cire. Lorsque le vase est refroidi, on masse le dépôt avec un pinceau sec , et on le délaye avec un autre pinceau trempé d'une eau de gomme arabique et de sucre candi. Plus on mêle cette couleur, plus le noir en devient foncé.
Le fiel de bœuf m moment où on l'emploie doit être trempé dans un peu d'ean-devie : il sert alors à donner du ton et de l'énergie aux couleurs.
Telles sont les principales couleurs que les aquarellistes peuvent préparer eux-mêmes, étant encore réduits à en acheter bien d'autres, qui ne leur sont pas moins nécessaires.
Dans ces derniers temps, cependant, on a recommandé aux aquarellistes de s'en tenir aux trois couleurs élémentaires, le jaune indien , le rouge de garance, et le bleu lazulite, qui peuvent suppléer, dit-on , les mille autres couleurs dont ils chargent leur -palette. Ces trois couleurs génératrices donneraient de la solidité à leur peinture ; convenablement variées , elles produiraient toute la gamme des tons , et on trouverait encore dans leur mélange cette teinte neutre qui sert à en achromatiser les nuances les plus délicates.
Beaucoup d'auteurs ont écrit sur l'aquarelle; les principaux sont Buchotte, Emmanuel Gauthier, Lefcbvre de Saint-Alphonse , Salmon, Smith, Langlois de Longueville, etc., etc. Presque tous laissent beaucoup à désirer au point de vue de la critique, parce que, ayant fait une étude spéciale de l'aquarelle, ils se persuadent aisément qu'elle est l'Alpha et l'Oméga de la peinture, tandis qu'elle n'en est qu'un des genres les plus faciles, et le moins capable de produire de grands effets. Dans le genre du portrait, l'aquarelle rend assez bien les physionomies de jeunes filles et d'enfants où le blanc et le rose dominent, et dont tous les traits respirent la délicatesse ; mais elle est impuissante à rendre, soit les têtes d'hommes qui expriment de fortes passions, soit même les têtes de femmes dont la beauté est d'un type énergique et nettement dessiné, en un mot ce qu'on appelle des figures à caractère. Dans le genre historique , l'infériorité de l'aquarelle est encore plus sensible : elle n'a ni assez de précision dans le dessin, ni assez de hardiesse dans la combinaison des couleurs ; tout se fond chez elle dans une harmonie moyenne, sans contraste, qui ne se prête point aux effets dramatiques nécessaires pour la grande peinture. Laissons donc l'aquarelle à ces sujets anecdotiques dont le mérite est dans une imitation agréable et matérielle
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des objets. Elle réussit aussi à rendre fort bien le paysage, surtout quand il s'agit de peindre de (raidies matinées, de belles prairies , les saules, les eaux claires, etc. Ces aspects d'une nature gracieuse entre les mains d'un aquarelliste peintre habile, ont une sorte de poésie et de charme incomparable. Mais là aussi son rôle est borné : elle ne saurait viser aux grands horizons de Claude Lorraiu, ni aux lignes sobres et sévères de Poussin , non plus qu'au réalisme si large de Ruysdae!
et des autres Flamands, et moins encore à la sauvage hardiesse de Salvator Rosa.
Il y a un ordre de paysages où l'aquarelle excelle : ce sont ceux qui traitent des sujets antiques romains et grecs , où les lignes droites des colonnes et des Trônions se détachent sur un ciel bleu, et dans une atmosphère pleine de lumière. Dans ce cas, la peinture à l'huile peut tomber dans la sécheresse; au contraire l'aquarelle, plus maniable et mieux appropriée au caractère du sujet, sait fondre harmonieusement les fabriques avec le paysage. On a remarqué ce mérite dans les envois de Rome et d'Athènes qui nous viennent des élèves attachés dans ces deux villes aux écoles des beaux «arts. Rien de ravissant comme certaines vues de temples grecs en ruine, où quelques colonnes restées seules debout , et soutenant à peine des débris de frise et de fronton , semblent faire partie de cette nature si remarquable elle-même par l'élégance et l'unité de ses lignes. Après le paysage antique, il y en a un autre qui prèle beaucoup à l'aquarelle : c'est le paysage anglais : Lawrence et Brigton en ont tiré des tableaux ravissants. Les vertes prairies de la Grande-Bretagne, souvent encadrées dans dos saules et où paissent de grands bœufs blancs, sont admirablement rendues par ces peintres ; les blondes ligures des misses et des ladies de ce pays leur ont fourni aussi le sujet de fort jolis portraits à l'aquarelle, et ce genre de peinture est arrivé dans leurs mains à un haut point de perfection. En France aussi il est en grand progrès : les fleurs de Redouté ont eu de la réputation , mais qu'elles sont inférieures à celles que peint aujourd'hui M. Saint- Jean dp Lyon ! M. Hubert tait école dans le paysage à l'aquarelle, ses tableaux sont d'un ordre très-élevé; malheureusement de nombreux élèves ont gâté sa manière réaliste par une imitation maladroite et exagérée. Un de nos maîtres célèbres, M. Paul Delarochc, au début de sa carrière, a peint beaucoup d'aquarelles , où l'on trouve toutes les qualités de son charmant talent , et l'on concevrait même qu'il eût persévéré dans ce genre; pourquoi, par exemple, le Richelieu et le Mazarin ne sont-ils pas des aquarelles ! 11 n'y a rien dons ces élégants et spirituels tableaux