AMARI
arbousier. (Botanique.) Arbtitus, Linn.
Genre de plantes appartenant à la famille des Iricinées et à la classe décandrie-monogynie. M. de Theis fait venir les noms d'arbousier et tVarbutus de deux mots celtques, ar boise (âpre buisson ), à cause de l'âpreté de son fruit. Les Latins appelaient arbutus unedo, désignation conservée par Linné, notre arbousier commun, et Pline donne au vocable unedo nne élymologie très-concordante à celle que donne M. de Theis au mot arbousier. Il prétend qu'unedo se rapporte au fruit, et vjent
par syncope de unum edo (je n'en mange qu'un), parce que le goût de la baie de l'arbousier est assez désagréable pour que celui qui en a mangé une ne soit pas tenté d'en prendre une seconde. L'élymologie de Pline prouve une excessive délicatesse de palais.
L'arbouse a une saveur un peu fade et doucereuse. Mais en dépit de Vunum edo, les habitants des DeuxSiciles et ceux de la Barbarie, où cet arbre est très-commun, en mangent d'assez bonnes quantités. C'était, en outre, une opinion accréditée chez les anciens, qu'avant la culture des céréales l'arbouse servait avec le gland de nourriture aux premiers hommes. ( Voyez Virgile, Géorg., lib. II, v.
L'arbousier commun se trouve très-bien décrit dans Théophraste sous le nom de comaros. C'est un charmant arbrisseau, qui s'élève à la hauteur de deux ou trois mètres et quelquefois davantage. Ses feuilles sont fermes , ovales-oblongues , d'un beau vert , à dentelures fines; les baies pendantes, d'un rouge vif, hérissées de petits tubercules, ce qui a fait donner à cette plante le nom de fraisier en arbre. Les Anglais l'appellent ainsi strawberry tree. Ces fruits succèdent à de belles grappes de fleurs en panicules :
leur corolle est blanchâtre , resserrée à son ouverture.
C'est un des arbrisseaux qui décorent le plus agréablement nos jardins. Il fleurit vers l'automne , conserve ses feuilles pendant l'hiver et ne donne de fruits mûrs que dans celte saison ; une terre franche et légère et Pex position du nord-ouest lui conviennent ; il demande à être garanti des fortes gelérs.
G. dr Larenaumere.
ARCHAGETE. {Antiquité.) 'Apx«Y^ "t au féminin àp/ayeti; (de àpx^i origine et autorité, et ^etoûai, conduire, diriger ), guide, chef et, par extension, divinité tutélaire, est le surnom de quelques dieux ou déesses de la fable, d'Hercule entre autres (Xénophon, Hélléniques, VI) et, suivant Hésychius, des héros éponyraes des tribus athéniennes ; c'était aussi le titre de l'autorité royale à Lacédémone. Esculape avait en Phocide, près de Tithorée, un temple célèbre ou il était honoré sous le surnom d'Archagèle, sans doute comme présidant à la naissance, à la vie.
Apollon, sous ce même surnom d'Archagète, avait un autel à Naxos en Sicile , à Hiérapolis en Phrygie, à Mégare en Grèce. Sur des médailles de l'Asie Mineure, on voit une tftte d'Apollon radiée avec l'exergue Apx«yéttiç.
Pausanias nous apprend ('Arrtxé, 42) que le temple d'Apollon à Mégare renfermait trois statues du dieu : d'Apollon pythien , d'Apollon décatophore, c'est-à-dire fait avec la dixième partie de la dépouille des ennemis,
ARClïAGfcTE — ARDfiE
et d'Apollon archagèle. Arcliagèle est enfin , i comme nous l'avons dit, le nom que portaient les deux rois de Lacédémone, tous , ainsi que nous l'apprend l'histoire , descendant d'Hercule. Voy. HÉRACLIDES.
Dehèqif..
ardéb. (Géographie et Histoire anciennes.) Aidée, Ardea, maintenant petit hameau de cent soixante habitants, dépendant du district de Gensano , dans la comarque de Rome , a été dans la haute antiquité une des villes les plus célèbres de l'Italie centrale. C'était la capitale des Rutules, nalion ou tribu qui occupait un petit territoire fertile placé sur la côte, entre le Laurentum et Antium.
Elle fut fondée , selon la tradition , par une colonie Argienne, qui tirait son origine d'Acrisius et de Daoaé (1). Avant l'arrivée des colonies grecques, le pays appartenait aux Pélasges et aux Aborigènes. Tout ce qu'on sait de l'histoire primitive d'Ardée, c'est qu'elle fut gouvernée par des rois. Un de ces rois s'appelait Pilumnus, et régnait sur elle alors que Piciimnus régnait sur les Latins. Par une singularité qui doit avoir un sens mythique, le fils de ces deux princes contemporains, aux noms presque identiques, s'appelaient Daunus et Faunus. Le fils de Daunus, roi des Rutules, s'appela Turuus. Il fit la guerre à Énée , qui trouva au contraire un allié dans Lalinus, fils de Faunus et roi des Latins. Après la mort de Turnus , tué par Énée, il semble que les Rutules aient changé la forme de leur gouvernement , et il n'est plus fait mention de toi parmi eux. Du reste, l'histoire se tait alors sur Ardée , jusqu'au jour où Tarquin le Superbe , guidé par son arlfcition, déclara la guerre aux Rutules, et vint mettre le siège devant leur ville capitale. Ce fut pendant ce siège que Sextus, fils de Tarquin, quittant le camp romain, se rendit à Rome auprès de Lucrèce, pour y commettre l'attentat qui coûta le trône à son père et Ut de Rome une république. Hermi* nius et Horatius , devenus chefs de l'armée romaine, conclurent alors une trêve avec les Ardéates, trêve qui devint une alliance, comme le prouve le premier traité conclu entre Rome et Carthage, l'an de Rome 247,trailé dans lequel Ardée est mentionnée la première parmi les villes alliées de la république romaine (2). Cependant on la voit, peu de temps après, figurer dans la ligue latine formée pour remettre Tarquin sur le trône (3). Traitée avec humanité par les Romains, après leur victoire du lac Régille, elle ne chercha plus à combattre la ville de Romulus , bien qu'elle ait pu se croire victime, en l'an de Rome 313, d'un véritable déui de justice , lorsque les Romains ,
(1) Virg.. sEn., VII, 409.
(S) Polyb.. III, M.
(3) Dionys., V, 41.
I pris pour arbitres entre les Ardéates et les habitants d'Aricie, au sujet d'un territoire contesté, s'adjugèrent à eux-mêmes la province en litige (t). 11 est vrai qu'ils réparèrent celte iniquité en secourant l'année suivante Ardée assiégée par les Volsques (2), et en y envoyant ensuite une colonie à laquelle on donna le territoire si injustement acquis, et ainsi rendu à la ville qui croyait en être légitime propriétaire (3). Lorsque Camille fut exilé de Rome, l'an 365, c'est à Ardée qu'il se relira. Cette ville ayant été menacée par l'armée gauloise, il se mit à la tête des Ardéates, surprit les Gaulois pendans la nuit, et les tailla en pièces. C'est à Ardée qu'il reçut la nouvelle du sénalus-consuite qui le nommait dictateur, et c'est de là qu'il partit pour aller rejoindre à Véies l'armée à la tête de laquelle il délivra le Capitale assiégé par nos ancêtres (4). Les Ardéates prirent sans doute part à cette célèbre victoire, et en voyant tant de liens d'assis» tance mutuelle établis entre eux et les Romains , on ne s'étonne pas de les voir refuser de prendre part à la dernière ligue des peuples latins soulevés, ligue qui finit par la soumission complète du Latium (5). Ardée eut beaucoup à souffrir pendant la seconde guerre punique, et plus tard pendant la guerre civile entre Marius et Sylla (fi). Les ravages exercés sur son territoire à cette époque commencèrent sa décadence, et l'insalubrité reconnue de son climat l'acheva. En vain l'empereur Adrien essaya de repeupler celte colonie : Ardée disparut de l'histoire. Au onzième siècle il n'y avait plus à la place où elle avait existé qu'un château construit sur le rocher qui servait d'Acropole; le château est aujourd'hui remplacé par un palais baronial , au pied duquel s'élèvent quelques humbles maisons qui forment le hameau moderne.
La citadelle de l'antique Ardée, dont il reste quelques vestiges de muraille bâtie en blocs carrés de tuf volcanique, s'élevait sur un plateau escarpé, placé entre deux vallées profondes, ayant originairement fait partie de la grande plaine qui s'étendait du mont Albain à la mer, mais isolé soit par quelque convulsion naturelle, soit par le travail des hommes. Du côté opposé à la mer, la communication est coupée par trois larges et profondes tranchées séparées l'une de l'antre par deux murailles taillées dans le roc vif. Vers l'ouest, les deux vallées se rapprochent, laissant un étroit passage, fortifié par une espèce de môle percé d'une porte. Plus loin s'élève un autre rempart, qui doit avoir été soit une seconde forlilica-
(l) Uv., III. 71.
(t) Id., IV, 9.
(j) id., iv, n.
{♦) ld., v, 43.
(5) Id.. XXVII.9.
(0) Strab., V.