ARDÉE
lion nécessitée par l'accroissement de la ville , soit un ouvrage établi par (juclquc armée assiégeante. Il est évident que bien qu'il dût exister autrefois comme à présent un chemin conduisant de la ville à la mer, cependant la grande porte de la cité était à l'extrémité orientale de la citadelle , et on ne pouvait y arriver que par une profonde vallée, ayaut la forteresse à gauclie et les murailles de la ville à droite. Des ruines de construction romaine, à l'endroit où est maintenant située la petite chapelle de Santa-Marinella, font reconnaître une rue qui allait de la porte près de la citadelle à la porte du grand rempart, dont nous avons parlé plus haut; une autre rue partait de cette même porte, formant un angle droit avec la première , et une troisième avenue, du côté d'Antium, est indiquée par un chemin qui descend dans la vallée. L'emplacement qu'occupait nécessairement la ville est d'une graude étendue, et prouve assez l'importance de la cité et sa nombreuse population. A environ un demi-mille de la ville, à fauche de la route qui mène d'Ardée à la mer, on trouve des traces de muraille et un rocher rempli d'excavations, qui a dù être la uécropole de la cité. Malgré les contradictions qui existent entre les distances données par Strabon et par Eutrope, la situation de la ville parfaitement déterminée permet d'affirmer qu'elle était à quatre milles de la mer, à onze railles de Laurente, et à vingt-deux milles et demi de Rome. L'ancienne voie Ardéatine, qui y conduisait , est encore visible en beaucoup d'endroits. Ardée, avec son palais baro- «ial et ses quelques maisons, construites avec les vieilles pierres de l'antique citadelle, mérite d'éveiller encore la curiosité du touriste. Les vallées qui l'environnent avec leurs frais gazons sont pittoresques, et du haut du rocher où le village se trouve placé, comme un nid d'aigle, on a une des plus magnifiques vues qu'il soit possible de désirer sur ce Latium maritime, si imposant dans sa solitude, si intéressant par les souvenirs qu'il éveille.
N. des V.
arkmberg ( Comtes, Princes et Ducs d'). (Histoire.) L'ancien duché d'Aremberg, dit Y Art de vérifier les dates, était situé dans l'Eylfel, entre l'archevêché de Cologne et le duché de Juliers. Il posséda un château fort, et fut le patrimoine d'une famille dont sortait le comte Gérard d'Aremberg , burgrave de Cologne , au douzième siècle. L'arrière petilfille de ce comte, Malhilde, unique héritière de la souveraineté d'Aremberg, épousa en 1298 Angelbus, comte de La Mark; le plus jeune de leurs fils, Éberhard, hérita du comté d'Aremberg; il mourut en 1387 Éberhard //,
son fils, comte de La Mark et d'Aremberg , acheta, en 1424, la seigneurie de Sedan, et
AREMKERG
mourut vers 1 454. —Jean I er , son successeur, fut chambellan de Charles VII, fortifia Sedan, et mourut en 1480. Il eut trois fils : l'aîné, Éberhard III, succéda au comté d'Aremberg, et mourut en 1496 ; le second, Robert, seigneur de Sedan , fonda la maison ducale de Bouillon ; le troisième, Guillaume de La Mark, surnommé le Sanglier des Ardennes, si célèbre par sa sévérité , fil révolter les Liégeois contre le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire , et eut la tête tranchée par Jean de Hornes, évêque de Liège, en 1485. Il fut la tige des seigneurs de Lumain. — Le comté d'Aremberg passa successivement aux trois (ils d'Éberhard 111 , Jean de La Mark, Éberhard IV et Robert i", qui ne laissèrent point de postérité mâle. L'héritière du dernier , Marguerite, porta le comté d'Aremberg à Jean de Ligne, qu'elle épousa en 1547.— Leur fils aîné , Charles 1", comte d'Aremberg , duc d'Arscliot , amiral et grand d'Espagne, accrut, par son mariage avec Anne de Croï, la gloire et la puissance de sa maison. Maximilien II érigea le comté d'Aremberg eu principauté, qui prit rang parmi les États germaniques. Le prince siégea à la diète en 1582. Charles avait été désigné pour le gouvernement des Pays-Bas; il mourut en 1616. Il laissa onze enfants. — L'alné, Philippe-Charles / rr , fut gouverneur et capitaine général de la principauté dcNamur; il mourut à Madrid, on 1040.— Son fils Philippe- François / er fut le premier duc d'Aremberg , en vertu de la Uulled'or du 9 juin 1644, qui érigea la principauté d'Aremberg en duché. Cette bulle fait descendre la maison d'Aremberg do Charlemagne, et lui donne pour alliés tous les rois delà chrétienté. Philippe mourut en 1674 ; il ne laissa point d'enlant, et eu t pour successeur son frère, — Charles Eugène r% qui avait été chanoine de Cologne ; il se maria, et mourut en 1681. — Son fils aîné, Philippe-Charles- François, devint duc et prince d'Aremberg, (ut capitaine général des gardes de l'empereur, et mourut en 1691 , des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Saleukcmme, coutre les Turcs. — Léopold- Philippe, son fils, fut gouverneur de Mons, lieutenant général au service de l'Empire, et reçut plusieurs blessures à la bataille de Malplaqtiet ; il mourut en 1754. — Son (ils aluë, Charles-Marie- Raymond, s'est particulièrement distingué dans la guerre de Sept-Ans. Il obtint le collier de la Toison d'Or à la journée de Lindcn ; à la bataille de Torgau , il fut atteint d'une balle à la poitrine, et dut son salut à la plaque de cet ordre, qui en amortit le coup. Il mourut fcldraaréchal, en 1778. 11 avait épousé l'unique héritière des comtes de Gallark, branche atnéc de sa maison. — Son fils Louis Augilbert, né eo 1754, fut dépouillé de ses duchés
ARKMBKUG — ARGONNE
et principautés par la Révolution. Il avait favorisé d'abord le mouvement révolutionnaire des Pays-Bas , et on lit dans quelques écrits du temps qu'il avait conçu un moment l'espoir chimérique de se voir nommer dnc de Brabant. Les traités de Campo-Formio et de Lunéville lui rendirent ses terres médiates des Pays-lias, et lui attribuèrent des indemnités pour ses États souverains réunis à la France. Il reçut à ce titre les pays de Mippen et de Reclinghausen , sur la rive droite du Rhin. En 1803 il se résigna à céder à son fils aîné son duché d'Aremberg, condition imposée par le gouvernement consulaire à la restitution de ses propriétés en France. Napoléon le fit sénateur. Ce prince mourut en 1820. Il avait perdu la vue dès sa jeunesse dans uue partie de chasse.
Prosper- Louis , fils du précédent, était encore mineur quand son père lui transmit te duché d'Aremberg» qui entra, en 1806, dans la confédération du Rhin. Il perdit sa souveraineté en 1810, et son duché passa dans le royaume de Weslphalie. 11 avait épousé, en 1808, une nièce de l'impératrice Joséphine , Stéphanie Tascher de la Pagerie. Il servit en Espagne, à la téte d'un régiment de chasseurs qu'il avait levé à ses frais, et fut, en 1811 , fait prisonnier par les Anglais. Son mariage, qui n'avait point été heureux, fut déclaré nul en 1816; le prince épousa, en 1818, une princesse de Lobdowitz.
Auguste-Marie d'Aremberg , oncle du précédent, se Ct connaître en France, dans les premières années de la Révolution, sous le nom de comte de La Mark, que son aïeul maternel lui transmit. Né en 1753 , il passa dans les Indes en 1780, et y servit contre les Anglais, à la téte du régiment de son nom. Il joua, à son retour, un rôle important dans la révolution des Pays-Bas, et y servit, comme général, dans l'armée des États. Le comte de La Mark, possesseur de grands biens en France, et mis en évidence par les affaires des Pays-Bas , se fit nommer député de la noblesse aux étals généraux. Il siégea dans la gauche à la Constituante. Lié avec Mirabeau et Tallcyrand , devenu hostile au parti de la cour, le comte de La Mark appuya de son influence et de ses votes toutes les réformes populaires de ces premiers jours. Il fut des plus prompts toutefois à s'arrêter devant le mouvement révolutionnaire qui. menaçait de tout entraîner. 11 se rapprocha de la cour, et il aida de ses conseils et de ses grandes relations cette monarchie bien ébranlée.
Ce fut lui, dit-on, qui réussit à lui amener Mirabeau , et qui le décida à traiter, un peu lard, avec le pouvoir auquel il avait fait une si rude guerre. Le comte de La Mark fut le négociateur de l'alliance, et la correspondance se-
crète de Mirabeau avec la cour passa par ses mains. Il en resta dépositaire jusqu'à sa mort Mirabeau le choisit pour exécuteur testamentaire , et mourut dans ses bras. Le comte de La Mark se retira en Autriche, y prit du service, et se vit fermer les portes de la France pendant la durée de l'Empire. Après sa chute, il se fixa à Bruxelles, et prit le titre de prince
Auguste d'Aremberg; il est mort en 184 La
correspondance de Mirabeau, restée longtemps en dépôt dans les mains de son ancien ami, vient d'être récemment publiée par le comte de Bacourt, que le prince, en mourant , avait chargé de ce soin. Améoée Renée.
ARGONNE. ( Histoire. ) C'est le nom d'une forêt située au nord de la France, entre Sedan et Passavant. Elle est devenue célèbre par la défaite de l'armée prussienne en 1792.
Lorsque Dnmouriez, éclairé par un trait de génie, alla prendre position dans les défilé de cette forêt, pour couper la marche de l'ennemi, il dit que ces défilés seraient les Thermopyles de la France. Il ajoutait daa< sa lettre au gouvernement qu'il y serait plus heureux que Léonidas. L'événement justifia ses prévisions, et sa victoire, en refoulant la première coalition, commença cette looguc série de triomphes qui n'ont pu , il est vrai, préserver la France de l'invasion, mais qui ont prouvé au moins pendant vingt-cinq an; ce qu'elle pouvait contre l'Europe liguée pour la détruire.
Au début de la guerre, en 1792, la France n'avait guère que cent vingt mille homme»
sous les armes. Encore étaient-ils dispersés. On s'était hâté dans les premiers moments de leur donner une sorte d'organisation ; on les avait dirigés sur les points menacés, en les divisant en trois armées qu'on appelait l'armée du Nord , l'armée du Centre et l'armée de l'Alsace.
L'armée du Nord, commandée par Rochambeau , campait le long de la frontière de Flandre; celle du Centre, sous les ordres de Lafayette, avait son quartier général à Metz; celle d'Alsace, d'abord éloignée de Metz, s'en était rapprochée depuis quelque temps, pour exécuter de concert avec l'armée du Centre le mouvement imaginé par Dumouriez, alors ministre de la guerre , et qui avait pour but d'envahir la Belgique. On avait même franchi la frontière. Mais à la première affaire nos troupes, entraînées par ce sentiment de peur qui, dit-on, est naturel aux armées de nouvelle création, s'étaient enfuies en désordre, jetant leurs armes et criant qu'on les trahissait. Un général même avait été assassiné pendant la déroute par un de ces déplorables égare-
I mente suite ordinaire de la frayeur et du désordre (c'était le brave et malheureux DU- Ion ), alors qu'il essayait de rallier les fuyards.
ARGONNK
Pas un de ce» soldats peut être n'avait encore vu le (eu ; ce n'étaient que des recrues de la veille en quelque sorte, arrivées depuis un mois de leur village , ou des jeunes gens des villes, dont la Marseillaise, il faut bien le dire, avait pu exalter les sentiments , mais dont «Ile n'avait pas encore mûri le courage.
On avait dû revenir aussitôt sur ses pas.
Lafayette, avec son armée, s'était arrêté à Sedan. La troisième, dont nous Tenons de parler, était allée se retrancher sous le canon de Metz, de manière à appuyer au besoin le corps de Lafayette. Elle avait à sa téte Luckner , vieux général, brave, mais faible et sans ta* lents, trop au-dessous des circonstances pour garder son commandement qui lui fut aussitôt retiré.
C'est au moment où l'on venait d'essuyer cet échec , et où nos armées, affaiblies et démoralisées , paraissaient aussi incapables de se défendre que d'attaquer, qu'éclatèrent les créoeraents du 10 août. Le premier soin de l'Assemblée , aprè3 avoir décrété la déchéance du roi, fut d'envoyer aux armées des corn* missaires chargés d'annoncer la révolution qui venait d'avoir lieu et de faire reconnaître fautorité du nouveau gouvernement. M. de Lafayette avait toujours fait profession de défendre la constitution. Dès qu'il eut appris la catastrophe du tO août, il en témoigna hautement son indignation, déclarant qu'il ne reconnaissait pas à l'Assemblée le droit de détruire la constitution et de suspendre le Il Ht même arrêter à Sedan les commissaires envoyés près de lui par l'Assemblée.
Mais l'Assemblée l'ayant décrété d'accusation, il Décrut pas devoir résister. Il jugea que le mieux à (aire était de remettre le commandement on plutôt de l'abandonner en s'exilant; c'est ce qu'il fit.
Cette résolution a donné lieu à des interprétations fort diverses. C'était cependant la seule qni fût permise à M. de Lafayette, dès qu'il ne marchait pas sur Paris. Mais ce P*rti, si nécessaire qu'on se plaise à le supposer, était on ne peut plus fâcheux daus la circonstance; car il privait de son chef, en présence de 'ennemi, une armée déjà abattue, et qui livrée a elle-même, sans direction, pouvait, par («seul effet d'un coup de main habile et heureux, être anéantie en quelques heures, si le général prussien eût été aussi prompt et aussi résolu qu'il se montra timide et incertain.
L'ennemi s'avançait cependant. L'armée prussienne, forte de soixante mille hommes, *«» les ordres de ce fameux duc de Brunswick, réputé le premier général de l'Europe, avait débouché par Luxembourg. Elle comptait en outre dans ses rangs un corps autrirtfen de seize mille hommes , ce qui la por- •«l a plus de quatre-vingt mille hommes. Un
autre corps autrichien, commandé par Clerfayt, était entré en France du côté deSlenay.
Le projet des coalisés était de percer par le centre jusqu'à Paris. Il est heureux que ce projet ait été aussi mal exécuté qu'il était bien conçu. Le duc de Brunswick, tacticien méthodique et attaché aux anciens principes , n'arriva jamais à se rendre compte du système qu'il convenait de suivre dans ces circonstances toutes nouvelles. Il était vieux , chagrin et cassé, ajoutant par là toutes les incapacités de Page à sa lenteur naturelle. En outre, il craignait de compromettre ce qu'on appelait sa gloire. 11 marchait pas à pas, fermant les yeux, avec Pobstiuation propre aux vieillards, à l'évidence qui frappait presque tous les officiers de son état-major autour de lui , et qui lui disait que la France ouverte de toutes parts, sans soldats sur son territoire, sons garnisons dans les places fortes, était hors d'état de résister à une marche rapide opérée avec suite et résolution. Peut-être fallait-il du génie pour le concevoir. Le duc de Brunswick ne montra pas même les talents d'un général de second ou de troisième ordre. Son plan était bien de se porter sur Paris par la voie la plus directe, mais sans rien hasarder, avec autant de circonspection et de prudence que s'il avait dû craindre à ses derrières une armée de cent mille hommes se levant tout à coup, et sortant de terre, en quelque sorte, pour se refermer sur lui et l'écraser.
On s'était donc arrêté à la guerre de siège suivant l'usage. Longwy et Verdun étaient même tombés au pouvoir de l'ennemi vers les premiers jours de septembre 1792. Le duc de Brunswick, fidèle à ses traditions, jugeait que c'était assez pour la saison , et voulait faire revenir ses troupes. Mais, pressé par le roi de Prusse, il s'était décidé à marcher en avant. Le roi en effet supportait impatiemment les lenteurs de son général. Il en résultait dans la conduite de la guerre une incertitude et un embarras qui permirent à la France de se reconnaître et de répondre par la victoire aux menaces des envahisseurs.
Il n'y avait pas de temps à perdre toutefois. La seule armée placée eu face des Prussiens sur la route qu'ils devaient parcourir était celle de Lafayette : elle ne comptait que vingt-trois mille hommes. On a dit plus haut dans quel état se trouvait cette armée, incertaine aussi, divisée, la plupart des soldats, attachés à la constitution de 91 , dont on leur avait tant parlé depuis un an , étonnés de son brusque renversement, ne sachant plus ce qu'ils devaient aimer, ce qu'ils devaient haïr, découragés par la destitution de leur général, et fléchissant par dessus tout sous le sentiment de la défaite qu'ils venaient d'éprouver.
C'est avec ces vingt-trois mille hommes dans
AHGOJNJNK
les dispositions d'esprit et de courage qu'on vient de voir, qu'il fallait cependant résister. L'Assemblée y pourvut aussitôt : Dumouriez fut nommé général en chef de l'armée du Nord ; Luckner, remplacé par Kellermann-, dut résigner le commandement des vingt mille hommes campés autour de Met/ ; ce corps formait la seconde division de l'armée de Dumouriez.
En tout quarante-troisrnille hommes à opposer à près de cent mille , fiers de leurs premiers avantages et de leur ancienne renommée acquise sous les drapeaux du grand Frédéric , et précédés de la crainte qu'avaient inspirée leurs exploits à toute l'Europe pendant vingtcinq ans.
A peine arrivé à l'armée, le général français sut, par son activité, sou énergie, son apparente confiance dans le succès et même sa facilité avec le soldat , relever le moral de ses troupes, et rendre le mouvement à ce corps éteint qui semblaitdevoir s'évanouir au premier choc. Mais comment résister aux quatre-vingt mille hommes qui allaient fondre sur lui? Livrer bataille était impossible. En admettant qu'on pût soutenir pendant vingt-quatre heures l'effort de l'ennemi, n'était-il pas certain qu'on serait enveloppé? La résistance pouvait être admirable , héroïque ; elle pouvait couvrir de gloire ceux qui auraient combattu ; mais elle n'arrêtait pas l'invasion, et il fallait l'arrêter.
Nos généraux, réunis en conseil de guerre, n'estimaient pas qu'on pût rien tenter. Tous étaient d'avis de se retirer derrière la Marne. On laisserait l'ennemi s'emparer de tout le pays situé au delà. Pendant ce temps , on pourrait s'organiser, voir, juger du parti à prendre. Dumouriez cependant écoutait et, sans rien décider, gardait le silence. Ce silence dura plusieurs jours. Il donna lieu, suivant l'usage, aux interprétations les plus malveillantes. On ne parlait rien moins que de trahison. On se laissait aller enfin à toutes ces accusations de la médiocrité, ne comprenant pas qu'on aperçoive au-delà de ce qu'elle a vu elle-même, et que ses conseils ne soient pas acceptés comme les derniers arrêts de la sagesse et de la raison.
Dumouriez avait cessé de demander des avis. C'est alors que , livré à lui-même et se retirant dans sa pensée , il fut illuminé par cette inspiration qui fit de lui un grand homme pendant vingt jours, et qui sauva la Fiance.
Examinant une dernière fois la carte avec le général Thévenot, son chef d'état-major, il désigna les montagnes de l'Argonne, et dit que son parti était pris; que c'était là qu'il attendrait les Prussiens, qu'il répondait de tout s'il pouvait y arriver avant eux.
Ces montagues, où allait se décider le des-
tin de notre patrie, forment une chaîne d'environ vingt-cinq lieues, qui, partant de Sedan, à l'extrémité la plus éloignée de la France du côté du nord, s'étend à l'intérieur, jusque près de Sainte-Menehould. C'est une suite de hauteurs et de précipices boisés, à peine praticables, même à un corps isolé. Qu'on se représente une barrière de vingt-cinq lieues de large se dressant devant l'armée prussienne postée en face et au milieu. Il n'y avait d'autre moyen pour se porter directement sur Paris , que de percer cette barrière, à moins de remonter vers Sedan , ou de redescendre jusqu'à Sainte-Menehould, pour la tourner à ses extrémités, détour tel qu'il n'y fallait pas songer. Entre l'armée prussienne et la chaîne de montagnes coule la rivière de la Meuse. Les Prussiens étaient campés à l'autre bord, se préparant à la passer pour pénétrer, s'il était possible, daus les gorges de l'Argonne. C'est ce qu'avait prévu Dumouriez. C'était dans ces gorges mêmes, au milieu de ces bois et de ces précipices, qu'il voulait leur disputer le passage. L'ennemi n'avait jamais soupçonné cette résolution. Quelque peine qu'il dût avoir à franchir l'obstacle qui s'élevait devant lui , il ne s'attendait pas à d'autres difficultés que celles que lui présenterait la nature. Il y avait cinq défilés par lesquels on pouvait espérer peut-être de se frayer une voie. Ces défilés sont comme autant d'ouvertures qui coupent la montagne et interrompent la chaîne, lis sont longs, étroits, profonds, et d'un accès presque aussi difficile que les autres points de la forêt; mais ce sont les seuls qui offrent une sorte de rouie où Ton puisse se hasarder. Dumouriez avait calcule que s'il s'y trouvait au moment où les Prussiens y seraient engagés, le désavantage résultant de l'inégalité des forces disparaîtrait dans ces lieux escarpés, en présence d'une armée déjà fatiguée de la marche, arrêtée tout à coup par le feu des Français , ne pouvant ni avancer ni reculer et embarrassée de son propre nombre. Mais ces points, encore fallait-il s'en emparer! C'est ce qui explique le mot dpot s'était servi Dumouriez : « Tout est sauvé, si je puis arriver avant les Prussiens. »
Les cinq défilés dont on vient de parler et qui partagent la forêt à des distances à peu près égales, sont : Le Chêne populeux, La Croix aux Bois, Le Grand- Pré, La Chalade, et Les Isletles.
Les deux qu'il importait le plus d'occuper sont Le Grand-Pré et Les Isleltes. Ce sont les plus éloignés de Sedan, où se trouvait alors Dumouriez. Il n'hésita pas cependant, et bien qu'il fallût, pour arriver plus vile, longer la Meuse et essuyer par conséquent le feu de l'ennemi sur toute la ligne, il se mit en