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Landes cl Je Normanvillc, parvmt, au coinniencement du règne de Louis XI , au plus haut degré de la faveur et de la puissance , fut grand-maitre de France en 1465, et lieutenant-général du roi pour tout le royaume.
Sa conduite équivoque lors de la guerre du bien public , pendant laquelle il était goui^emeur de Paris et de la Bastille, lui Qt perdre la confiance du soupçonneux monarquç. Cependant ce fut ce seigneur qui, avec son frère , Antoine de Melun , sire de Nantouillet , signa le traité de Conflans, par lequel fut terminée la guerre civile.
Louis XI , devenu paisible possesseur du trône , se contenta d^abord de priver soA ancien favori de tpus ses emplois; mais plus tard il fit rechercher toutes les fautes que celui-ci pouvait avoir commises , et fut bien secondé par la haine que portaient à Charles de Melun le cardinal La Balue et le comte de Dammartin. Le premier lui devait pourtant sa haute fortune ; mais le second avait vu sea biens , lors de sa condamnation, passer aux mains du favori. Le résultat de Tenquête fut qu'il avait entretenu des liaisons secrètes avec les chefs de la ligue, et notamment avec le duc de Bretagne. Il déclara qu^il en avait reçu Taulorisation du roi. Cette réponse obligea les commissaires à consulter Louis X( , qui assura n^avoir jamais donné de pareilles autorisations, et ajouta que depuis longtemps il était fort mécontent de Melun. Ce fut pour celui-ci un arrêt de mort ; on lui trancha la tête sur la place du petit Andelys, en 1468. Un auteur contemporain pi-étend, qu*ayant été manqué au premier coup, il se releva , pour dire qu'il était innocent. Ce qu*il y a de certain , c^est qu'il usa de sa faveur avec une mollesse et .un faste qui le firent surnommer le Sardanapale de son temps. Sous le règne suivant , d'après une requête présentée à Charles VIII, et rapportée dans les manuscrits de Bèthune , sa mémoire fut réhabilitée , et ses biens rendus à ses enfants. La confiscation les avait transmis au comte de Dammartin. (Vojrez les mamucriis de Béthune, Bibliothèque du roi, no 8458.)
* MELUN (Loris db), marquis de Maupertuis, lieutenant-général des armées du roi , né en 1634, mort en 1721 , entra fort jeune dans la première compagnie des mousquetaires , et , pendant une carrière militaire de cinquante- quatre ans, ne cessa de donner des preuves de la plus brillante va-
leur. 11 se distingua au siège de Candie, dans la campagne de Hollande çt dans la guerre contre l'électeur de Brandebourg , sous Tui*cnne. En 1677 , au siège de Valenciennes , il commandait une compagnie de mousquetaires, comme sous- lieutenant, lorsque ceuxci eurent la gloire d'enlever, en plein jour, les retranchements et la ville, avant que l'on fût informé dans le camp de la prise du premier ouvrage ( vojrez Voltaire , Histoire du siècle de Louis XI y, chap. 13.) Le roi créa le marquis , sur la brèche même , brigadier de cavalerie de ses armées. Ce brave officier soutint sa réputation à la bataille de Cassel et au siège d'Tpres , où il renouvela le beau fait d^armes de Valenciennes. En le nommant capitaine-lieutenant de sa compagnie de mousquetaires ( 1684), le roi dit que, s'il connaissait quelqu'un plus digne que M. de Maupertuis de la commander, il le choisirait. Enfin , après avoir mérité par de nouveaux services le grade de maréchalde-camp et celui de lieutenant-général, le marquis de Maupertuis fut envoyé , vers 1694, au Havre-de-Grâcc , que les Anglais bombardaient, et qui dut, en grande partie, aux mesures sages qu'il sut .prendre , le bonheur de n'être point réduit i-n cendres comme Dieppe.
, " MELVIL (sir Jamk«), historien écossais, néàHallhill, dans le Fifeshire, en 1530, mort en 1606 , fut élevé à Paris , parce qu'on le destinait h être page de Marie Stuart , promise au dauphin de France. 11 entra ce- .
pendant et resta neuf ans au service du connétable de Montmorenci , après la disgrâce duquel il voyagea en Allemagne, en Italie et en Suisse. Marie ayant pris possession du trône d'Ecosse, Melvil retourna auprès d'elle en 1561. Nommé conseiller privé et gentilhomme de la chambre, il servit sa souveraine avec autant d'intelligence que de fidélité dans plusieurs afi*aires délicates ; mais aussi il ne craignit pas de lui adresser les remontrances les plus fortes , lorsqu'il découvrit son funeste attachement pour Bothwell, et il fut même obligé de s'enfuir pour échapper à la vengeance de ce dernier. U obtint la confiance des quatre régent's qui gouvernèrent successivement le royaume , ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé, par Jacques Vf , membre du conseil privé , gentilhomme de la chambre, etc. Toute sa vie , dans des circonstances si diverses , fut celle, d^un loyal sujet et d'un bon citoyen. Ses Mémoires ^ trouvés dans le château d*£dimbourg , en
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1 660, furent publiés par George ScoU, sous le titre de : Mémoiresde Jacquet MelvU d'Hallhill, 1683 , in fol! Il» ont été souTcnt réimprimés, et traduits en français, par G. O. S., la Haje, 1694, 2 vol. in- 12; et Paris, 1695, 2 Yol. in-i8 : Tabbé Marsy ( vojrezce nom) en a donné en 1745 une traduction fort augmentée.
*MEL VILLE (He»«i DUND AS, vicomte), homme d*état anglais , né vers 1741, suivit d'abord la profession d'avocat, à laquelle il renonça ensuite , lorsqu'il eut été nommé , en 1775, lord avocat d'Ecosse^ pour se consacrer tout entier aux affaires publiques. Il lîit porté au parlement , comme représentant de la ville d'Edimbourg, par le parti de l'opposition 5 mais il ne tarda pas à se ranger parmi les plus zélés défenseurs de lord North pendant la guerre d'Amérique. Lorsque la chute de ce ministre parut inévitable, Dundas résolut d*approfondir quelqu'une des grandes branches d'administration , a6n de se rendre utile ou redoutable au ministère futur. 11 s'attacha donc à connaître les affaires de l'Inde, et se 6 1 nommer président du comité secret, chargé de rechercher le^ causes de la guerre du Camate , et de la situation défavorable des possessions britanniques dans cette contrée. Ayant saisi cette occasion de donner une haute idée de »es talents, il fut admis au conseil privé et nommé trésorier de la marine, en 1782, sous l'administration de lord Shelbume , depuis marquis de Lansdown. Le ministère éphémère , dit Je la coalition , le laissa sans emploi , et le vit figurer parmi les plus ardents adversaires du fameux bill de l'Inde. William Pilt, devenu premier ministre en 1783, lui rendit le poste qu'il avait occupé, le nomma en même temps président du corps du contrôle pour l'Inde , et se donna ainsi un habile défenseur. De nouveaux services valurent à Dundas, en 1791, la place de principal secrétaire d'état du département de l'intérieur , qu'il résigna trois ans aprèft pour celle de secrétaire d'état de la guerre. Il était en même temps lord du sceau privé et gouverneur de la banque d'Ecosse , et tenait, pour ainsi dii'e, tout ce pays sous sa dépendance. Fidèle ami de Pitt , il se démit de tous ses emplois en 18Ul , lors de la retraite de ce grand ministre , qu'il appelait son étoile polaire. Cependant il obtint la pairie avec les titres de vicomte MelviUe et de baron Dundas, sous l'administration de M. Addington, depuis lord Sidmouth. Lors
du nouveau ministère de Pitt, en 18D4 , lord Melville fui nommé premier lord de l'amirauté ; mais il se vit accusé de malversation dans la chambre des communes. Traduit co conséquent devant la chambre des pairs , après avoir été dépouillé de tous ses emplois, il fut acquitté à une assez grande majorité (1806). Dès-lors il n'eut plus aucune charge : seulement il rentra au conseil privé et prit quelquefois part aux débats de la chambre héréditaire. Il mourut en 1811, laissant U réputation d'un ministre habile et d'au orateur précis et vigoureux, plutôt qu'éloquent, dans toute la force de ce terme. On die de lui plusieurs brochures politiques : iMtres sur rétablissement d'un arsenal naval à North-Fleety Londres , 1810, in-4o: Lettra sur le commerce libre avec l'Inde^ ibid., 1813, in-8»5 Substance d'un discours sur U gouvernement anglais et le commerce dams Us Indes Orientales, ibid., 1813 , in-S».
* MELVIN (Anna*) , professeur de théologie à l'université de Saint* André , pois à l'Académie de Sedan , ville où il mourut à 77 ans , éUit né en Ecosse vers 1542. On a de lui sous le pseuonyme de Liberius^f^inesMiinus HoUandus : Satyra Menippea dicta , ^ dan, 1619, 1620, in 4», etc.
* MEMMIUS (PiiBAx) , docteur en médecine, né àHerenthals, dans le Brabant,mort à Lubeck en 1 589 , à l'âge de 67 ans, a laissé : de recto. medicinœ usu lib., Delft,l564, in-80 . Hippocrtttis Coi Jùsjurandum c(mment, illustr, , Rostodi, 1577, in-8«.
* MEMMI (SiMon^. roye* Hibtih.
* MEMMO ou MEMO ( Ixai-Uaik ) ; homme d'état et écrivain , né à Venise, où il mourut en 1579 , éUit d*une famille ténatoriale. On a de lui : Dinlogo sopra dispaie
Jilosojiche performare perfetio un prineipt, una republica^ un senatore ^ uncittedmo^ un soldato^ ed un mercante^ Venise , 1563, in-4o; Tre libri délia sostawsa e forma dd mondo , ibid. , 1545 , in-4«; l'Oratore, iW » l545,in-4o.
* MEM^ON, général perse, servitd'abord sous Ochus, puis sous Darius. Quand Aleundre parut en Asie , il conseilla à Darios de ne pas hasarder de bataille , et de «e retirer devant l'ennemi , en ruinant le pajrs,a°" de lui ôter les moyens de subsister. Son »^* ne prévalut pas , et Darius fut vaincu. Mcmnon proposa ensuite d'entrer dans la Macédoine, pour rappeler Alexandre dans «on pays , Darius agréa ce conseil et le chargea de l'exécution. Le général perse tomba ma-
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lade au siège de Milylèue , et mourut Tan 333 aymit Jésus-Christ. La perte de ce grand capitaine entraîna la ruioe de la Perse quMl pouvait seul sauver. Sa veuve , Barsine , plut a Alexandre , qui eut d'elle un fils nommé Hercule.
*M£M NON, historien d'Héraclée, ville du Pont y florissait dans le [«r ou le 2« siècle de rère chrétienne. Il avait composé une histoire des tyrans d'Héraclée, dont il ne l'esté que les fragments qde Photius a insé' rés dans sa Bibliothèque, Henri Estienne a publié le premier ces Ftvgments en grec , avec les ExtiaiU de Ctésias et d'Agatharchide , Paris , 1557 , in-8o; et avec la traduction latine de Laurent Rhodoman, Genève, 1564 , m^me format. La meilleure édition C3t celle de M. Conrad Orellius , sous ce titre : Memnonis Heracleœ Ponti histonar runt Excerpta tervata à Photio gi\ cum vers, Lttinâ Laur. Rhodomanni ; accédant scrip' torum Heraclœorum Njmphidit , Promu" thlldœ et DomitUCoUisti-ati Fragmenta^ etc. , Leipsig, 1816. L^abbé Gédoyn a donné une traductioii de V Histoire d'Uéraclée , par Memnon , dans les Mémoires de T Académie des inscriptions , tome 4, pages 270-333.
MÉMOIRE. { Philosophie , Psj-cologie.) Nous devons aux sens nos perceptions , à Tentendement nos idées, à la riaison nos jugements, k la volonté nos déterminations.
Nos perceptions se lient entre elles, nos idées «^assimilent , nos jugements s^enchat* œnt, uos déterminatious se succèdent, et ces divers actes intellectucb ou volontaires s^associent encore et se rappellent : non-seulement une perception présente réveille celles qui ont de l'affinité avec elle, une idée rappelle les idées analogues , un jugement d'autres jugements, un sentiment d'autres sentiments, une détermination plusieurs antres ; mais un acte quelconque de connaissance nous conduit d'un ordre de conceptions à un autre , et nous fait parcourir une série d'idées complexes et de pensées qui ne semblaient se tenir d'abord par aucun lien. CeRe attraction , cette affinité qui existe eoti'e les actes d*une même faculté ou de deux facultés différentes , qui constitue la mémoire , a sa source dans les perceptions ou conceptions de rapports entre les choses et entre les idées. Deux idées peuvent être présentes à l'esprit comme deux objets h la vue , et Tesprit en saisit immédiatement le rapport comme lu vue saisit immédiatement le rapport des deux objets. Deux rapports
peuvent aussi nous être présents, et nous avons la faculté de percevoir aussitôt celui qui les lie. Cette intuition de rapports se fait par les sens ou par l'imagination , tant que les tei*mes en sont simples ou peu composés , et lorsqu'ils sont plus composés , elle se fait par les signes qui les expriment. Mais de quelque manière qu'elle ait Heu, l'une des idées s'étant introduite avec lautre , lu perception ou l'idée d'un terme doit, eu vertu du rapport déjà conçu, réveiller la perception ou l'idée de l'autre. Cet autre doit en réveiller un troisième , celui-ci un quatrième , et ainsi de suite , par une série successive de rapports liés entre eux. Les causes morales de la mémoire sont donc les principes qui déterminent nos associations d'idées; d'où résultent la connaissance et l'expérience des objets extérieurs , la conscience de nos idées et de nos actes, l'unité et rident ité de notre existence physique et morale.
Platon rapporte les causes physiques de la mémoire à la substance même du cerveau, qu'il compare à une cire plus ou moins molle, plus ou moins pure, et propre en conséquence à recevoir et à retenir les impressions avec plus ou moins de facilité et de fidélité. Selon Descartes, Mallebranchc et Locke , la mémoire dépend des traces que laissent dans l'organe cérébral les mouvements des esprits animaux; des physiologistes modernes conçoivent au contraire cet organe comme un clavecin où l'ébranlement d'une fibre se communique aux fibres voisi- * des et met en jeu toutes celles qui leur sont analogues. De telles explications ne peuvent être qu'hypothétiques ; les seules inductions que nous fournissent les faits , c'est que les (fualités de la mémoire sont plus ou moins dépendantes de la constitution et de TéUit de l'organe*, et que ses différentes espèces correspondent même à différentes espèces de fibres. On peut lire dans les Mémoires de l'Académie des sciences , dans le Dictionnaire des sciences médicales , dans les Traités de physiologie , des faits sou* ce rapport aussi décisifs que curieux.
Si nous envisageons la mémoire relativement à chacun de nos sens , Aous trouverons que celle des odeurs et des saveurs , la plus faible , acquiert néanmoins par l'exercice une assez grande intensité et fidélité, témoins les gourmets et les dégustateurs ; que celle de la vue est plus nette et plus durable , lorsque ses perceptions surtout ont été associées au toucher. Mais les souvenirs de
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Touïc 80Dt les p)us durables et \e» plus distincts. Les sons , pouyant en effet être imités par la voix , sont mis par les mots à notre disposition , et nous sont en quelque façon plus propres. Le langage parlé et écrit , qui réunit les avantages de Touïe et de la vue, est donc Tinstrument le plus utile et le plus nécessaire à la mémoire comme à toutes nos facultés , et les animaux qui en sont privés ont une mémoire extrêmement bornée. Cependant Tintensité , la vivacité et la fidélité des souvenirs des objets sensibles ne varient pas seulement selon les sens, elles vannent selon la nature des objets , Tintérêt / et le degré d'attention que nous leur accor* dons.
Les différentes sources de nos idées mettent une grande diversité dans la nature et 4es fonctions de la mémoire ; nous y remarquons d^abord un caractère passif et un caractère actif, selon que nos idées se rappellent sans conscience ou avec conscience de les avoir eues. La mémoire passive que nous a{>pelons , avec Locke , réminiscence , résulte des liaisons spontanées qui se forment, à notre insu , entre les impressions àes sens. Elle nous est commune avec les animaux^ mais elle ne se borne pas en nous aux impressions sensibles; elle s*étend à nos idées, à nos pensées , à leurs expressions , et c'est ainsi que nous disons que , dans telle composition littéraire, il y a des réminiscences.
Nous avons donc à distinguer des liaisons involontaires formées par la sensibilité et par nos habitudes intellectuelles, et des liaisons voloataires. Celles-ci sont seules à notre disposition, et se présentent sous deux modes : Tun relatif aux objets extérieurs et aux signes représentatifs de nos idées sensibles , a reçu le nom de mémoire locale; Tauti*e relatif à nos idées générales et abstraites et à leurs signes , peut être appelé mémoire de réflexion, La première , plus vive dans Tenfance et dans la jeunesse , a son principe dans nos diverses associations d^idées sensibles , telles que la contiguité de temps et de lieu , la succession, la ressemblance , la symétrie , la correspondance, Tordre , la distribution , etc. La seconde, plus propre h la maturité de la raison, a'empare des idées qui déjà n'appartiennent plus aux sens , et reposent sur des associations qui pénètrent profondément dans nos pensées , et les rapprochent par des caractères essentiels. Ce sont ces associations que les anciens sophistes et rhéteurs recherchaient pour copstruire
les classifications d'idées générales, 4ont ili se servaient sous le nom de tofifia oa lieux , afin de traiter toutes sortes de sujets.
La mémoire locale rend les objets a¥« leurs liaisons naturelles ou arlificieUes,tek qu'elle les reçoit , à peu près comme uoc glace réfléchit son image , et Ion obsem que seule elle ne rend que des matériain confus sans liaison op application utile, et que ceux qui en sont éminemment doués prouvent , en général , peu de jugemcoL Helvétius , qui définissait la mémoire mt sensation affaiblie, avait donc raison de dire, conformément à cette définition , que la mé moire est plus onéreuse qu'avanlagente à Tesprit. Mais il n'en est pas ainsi lorsqneife reproduit des idées élaborées etréflédûe$; on peut dire alors qu'une heureuse méocirc est Ta disposition la plus favorable, et le signe le moins équivoque d'une grande capacité d'esprit. Les qualités principales de la mémoire sont : Icteudue, la sûreté, U fidélité -et la promptitude. Or , la manièrt d'acquérir ces qualités doit être analogue à la nature des idées et des conceptions qn'elk doit rappeler. Un peintre , un musicien, lu poète , nu physicien , un philosophe, un naturaliste , un historien , ont des faits à puiser dans la nature extérieure; ils ont doue besoin de la mémoire locale. Mais , comme ils ont aussi des conceptions et des jugements à puiser dans la nature intérieure, et que les ouvrages dépendent plus spédaknient de la forme que rimagination et la réflexion donnent aux objets de leurs conceptions , la mémoire locale sera subordonnée h la mémoire intellectuelle , et son étendue n'aura de valeur qu'autant qa'elle en donnera à celle-ci.
On attribue à Simonidc llnvention de U mnémonique , on mémoire arlifidelle , qm opère sur les lieux , les objets , les noms , les textes , les faits, les dates, par des sont, des couleurs , des figures, ou par des consonnances , des vers , des images , des dessins figuratifs , des tableaux, etc. j l'on a reconnu que ces moyens sont d'un grand sccoun dans les arts et les sciences Naturelles 3 mai< dans les sciences abstraites et de nisonn^ ment, où il s'agit moins d'objets et def^t^ positifs que de faits spéculatifs et d'idée* générales, loin de servir la mémoire, ih ne sont propres qu'à la troubler par de fansscs analogies. C'est Tordre, la disposition, h forme que nous donnons , par un travail intérieur , à nos idéoa réfléchies , qoi aident à
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les retenir. Ainsi, les notes, les classifications , les extraits , les sommaires , les résumés , les analyses , ne sauraient être trop recommandés dans les sciences et dans tous les travaux qui exigent de la méditation.
Mais s*il est important de donner de la capacité à la mémoire , les besoins de TinteUigence nous imposent la nécessité de la conserver dans son état naturel, et de nous abstenir, dans notre conduite physique et morale , de tout ce qui peut en suspendre l'exercice , Faltérer ou Tabolir. Cependant rétat pathalogiqne de la mémoire nous offre des phénomènes non moins . admirables que son état normal dans ses effets les plus mer-. Teilleux. La physiologie explique ces phénomènes h sa manière , en décrivant les modifications de Tappareil organiq^ue. Ici nous croyons avoir mis sur la voie de Wbr explication philosophique , en fixant Tattention sur la faculté qu'ont les sens et Tentendement de saisir intuitivement le rapport de deux objets et de deux idées , et de nous rappeler Tun par Tautre en vertu de ce rapport.
SâTua.
MÉMOIRES (0. Sur les rayons dune bibliothèque et dans les collections des bibliographes , les auteurs de mémoires sont rangés aaprès des historiens. Cependant tous les mémoires , même ceux que Ton qualifie d'historiques , ne sont pas de Thistoire. Soovent il n'y a rien de plus contraire à ses formes , et surtout à son esprit et à ses principes, quoiqu'ils renferment des éléments nécess^res pour ses productions.
Li'one s'occupe des États et des peuples , de leors institutions , de leurs vicissitudes , des grands événements qui ont signalé leur existence, des faits par lesquels ils ont influé sur celle des autres ou subi l'influence étrangère. Elle met en scène quelques hommes , mais toujours par rapport aux États et aux peuples , et comme moteurs des destinées de la multitude , comme causes premières ou ressorts principaux des révolutions lentes ou précipitées , des perturbations et des réformes sociales , des infortunes ou des prospérités publiques. Ses consi-
(1) Eo grec unefAViifAacTa^ en latin commentarii, «n mUemmod denkwiirdifkeiten, en anglais mêmoirt^ eo italien mêmorie* Le rapprochement de ces dénomlnetions en différentes langues équivaut â une défisiicioo ; les mémoires sont des recueils de souvenirs. Xje Français n*a fait que changer le genre du nom pour lui donner celte signification particulière ; l'Ita* lien l'a oonservé dans la pureté de son étymologie.
dérations sont toutes générales , comme ses jugements doivent toujours être équitables.
L'impartialité, non pas celle qui provient d'une froide et impassible indifférence aux vices et aux vertus , aux maux et aux biens de l'espèce humaine , mais celle que procurent une conscience incorruptible et une haute sagesse , est son caractère essentiel , sa règle inviolable. Généralité des aperçus , véracité judicieuse des dépositions , voilà ce qui la dislingue ou doit la distinguer éminemment , sans compter les qiialités du style.
Les mémoires , au contraire, se-produisent sous la dépendance d'un intérêt individuel , et prennent les choses d'un point de vue particulier, soit que l'auteur entretienne le lecteur de ses propres aventures , soit qu'il donne seulement la relation de ce qui s*est passé de son temps ; et même il a beau prendre soin de s'effacer dahs le tableau , il ne peut s'oublier; il ne saurait se dépouiller de ^ti opinions , de ses croyances , de ses affections ; plus il en affiche la prétention , moins je l'en crois sur parole. L'historien y à la, distance des siècles et dans la sphère élevé*; où il s'est placé , a déjà tant de peine à faire taire le moi , dont les préventions voudraient toujours se mêler aux notions pures du passé , quoique le passé ne soit pour lui qu'un objet d'études philosophiques ! Mais l'auteur de mémoires , comment se dérobera-t-il entièrement aux aversions et aux sympathies excitées dans son ame par les événements Contemporains , auxquels il a pris part , ou dont il a reçu le contre-coup plus ou moins éloigné ? La condition de ce genre d'ouvrage est d'être dominé par la personnalité avouée ou dissimulée.
Et c'est précisément là ce qui en fait l'attrait et l'utilité. Imaginez qu'il vous est permis de ranimer ces anciennes générations endormies dans les tombeaux. Elles se réveillent avec des souvenirs vifs et présents ; vous interrogez le magistrat , le militaire , le prélat, le financier, l'homme d'état , Thorarae de cour, l'homme du monde ; ils vous répondent , quelques-uns avec la véhémence de la passion , quelques autres avec une légèreté sup^eielle et paresseuse , ceux-ci avec les préjugés de leur position sociale , ceux-là avec l'énergie d'une conviction profonde, tous mus par l'impression immédiate des faits. Si vous les écoutiez sans précaution, plusieurs voudraient vous tromper, d'autres vous trompei*aient de bonne foi. Mais il ne
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leur est pas possible de vous surprendre ni de vous égarer; vous connaissez d'avance leur symbole, religieux ou politique, leurs castes , leurs alliances, ^urs inimitiés. Mais vous aimerez à considérer comment les faits peuvent se colorer, se modifier, se grossir ou s'atténuer en passant par les différentes imaginations. Leurs pensées et leur langage deviendront une partie dei'histoire qu'ils. racontent. Que de révélations indiscrètes ^ ou malignes , op involontaires , sur les causes cachées des combinaisons politiques , sur les mobiles secrets de l'ambition ! Que de détails curieux de la vie publique et privée des hommes, dont les annalistes n'offraient que des portraits en habit de cérémonie , avec un air et un maintien composés f Suivez ces narrateurs , soit qu'ils adoptent l'ordre et les formes d'une chronique , soit qu'ils récitent un journal , soit qu'ils semblent se livrer (et ce n'est pas alors qu'ils plaisent le moins ) à l'effusion de leurs sentiments dans une conversatioi^ libre, négligée et même un peu verbeuse , comme lorsqu'on parle de ce qui intéresse personnellement; chacun vous montre seulement un côté des choses , une partie de la société , dans un court espace de temps , quelquefois sous un jour douteux , obscur , obscurci à dessein ; mais ils vous disent ou peuvent dire : J*étais là , j'ai vu , j'ai entendu des témoins oculaires.
Voilà les auteurs de mémoires. Ces traditions contemporaines sont, avec les médailles les inscriptions , les chartes et autres pièces > de la sorte , les meilleurs documents de l'histoire ; non moins authentiques et souvent plus sincères , ils seiTent de commentaires et de notes explicatives aux actes publics et officiels.
Mais que de siècles muets et non pas inactifs s'écoulent , avant que les germes de l'histoire puissent naître et se développer ! Que de siècles encore après , elle reste flottante et fugitive dans des narrations orales! Elle fait alors la science et l'autorité des vieillards , archives vivantes du pays et des familles. Puis on la chante dans les vers des poètes (I); elle a désormais plus de consistance et de fixité , sans avoir encore son véritable caractère ; elle ne le prend que du
(1) Les chanU hUloriques des IrouTères et âéê jongleurs ( heroicte cantiUna ), plus aacieooeroeal les chansons des bardes furent pour les occidentaux ce qu'avaient été les poésivs des rapsodes dans les temps homériques.
moment où elle est consignée dais da monuments écrits, notes sommaires de dates et de faits , espèces de mémoriaux cooserrés par les pontifes et les magistrats.
De là , jusqu'aux mémobes , tekqa'oDla entend aujourd'hui, et formant une braocfae particulière de h littérature historique , il 7 a un long intervalle de temps que remplissent les compilations des érudits et les ouvrages des historiens. C'est amsi qu'à certains égards l'histoire proprement dite commence par des essab de mémoires , et que sous un autre point de vue elle les précède, quoiqu'ils exigent moins d'art et de scmdcc .cela s'explique facilement.
Pendant la jetinesse des peuples , les bonmes , continuellement en présence et ton»
les jeux les uns des antres , au camp et id forum , sont étrangers au commerce de b société intime. Leur vie politique est en trop grande notoriété ; leur vie privée offre trop peu d'intérêt , pour que personne ait le b^ soin et l'idée de donner de pareilles codoonications au pubUc, ou qu'il j ait un public curieux de les recevoir.
L'ignorance seule j mettrait obstacle. Ob agit beaucoup , on écrit peu ; on écrit sur U pierre ou sur Tairain les grands évéoemeoU.
Il n'j a que les hommes qui ajoutent leon noms aux fastes nationaux , dont on garde k mémoire.
Mais, quand les cités s'étendent , qu"") les citoyens de la même républigu* <^<""' mencent à se confondre dans la fonketàse connaître moins entre eux, alors ceux q>i ont exercé un pouvoir prédominant partissent mériter qu'on s*enquière de leon actions et des particularités de leur existeoc^ Les lettres font des progrès , récriture devient plus facile, et le goiU de la lectmt se répand davantage. Auprès de la triboneoà Ton parle à ses concitoyens assemblés, il s'élève une tribune littéraire , où les bon»mes qui ont régi les autres peuvent expliquer , devant chacun séparément, les motifs de leurs entreprises et les raisons àt \vaT conduite. Alorsla civilisation esttrèt-airsncèe. Plusieurs livres d'Hérodote furent entendus dans les jeux d'OIympie, un siècle afant qu'on eilt l'idée de prendre les actions d'un contemporain pour sujet d'un ouvrage historique.
C'est une chose digne d'observation qu'entre tant de grands hommes que prodauit U Grèce , presque tous d'un esprit cultivé , il y en ait eu si peu qui aient rédigé leurs me-
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moires , on pour qoi on ait pris ce soin, 8e^ rait^ce que dans ces répuby<jues on s*occu« ' paît plus des affaires que des personnes, et que les citoyens illustres s'en rapportaient aux traditions populaires et à la notoriété publique? Se^ait-ce^ qu'en ne songeant qu'à bien faire , on négligeait d'écrire ce qu'on avait fait ?
Les Romains comptèrent plus d'historiens et d'auteurs de mémoires parmi leurs généraux et leurs magistrats. A Rome , la science littéraire était une distinction aristocratique, et lorsque des citoyens égalèrent la puissance des rois par une usurpation factieuse , ces monarques passagers eurent leurs secrets d'état , comme le sénat avait eu les secrets de son gouvernement. Ils durent présumer assez de leur importance personnelle pour publier leurs mémoires. Cette innovation commence par Sjlla et deux autres consu- , laires. Beaucoup de personnages illustres les imitèrent ensuite.
Dans la décadence de l'empire, le despotisme dégoûte les hommes lettrés de la vie publique et active, et porte des barbares aux dignités civiles et militaires. On s'abrutit dans le présent , on s'anéantit pour l'avenir. Les déclamateurs et les panégyristes abondent. Les grands paient des flatteries ser- Tiles , et ne savent point écrire de mémoires historiques.
La religion nouvelle , qui venait relever les âmes abattues ou avilies , n'était pas non plus favorable h cette espèce de productions littéraires. En détachant ses prosélytes des vanités comme des intérêts de la terre , en faisant disparaître à leurs yeux les gloires pérusables dans la contemplation de l'éternité , elle leur ôtait le désir et même la pensée d'appeler sur eux , de leur vivant , l'attention des hommes, et de se recommander, apr^ leur mort , à d'autres juges qu'à Dieu. Cependant c'est à une coutume de Thumililé chrétienne qu'on doit un des livres les plus remarquables en ce genre. Ce que les chrétiens pratiquaient par la parole en présence des fidèles assemblés dans les églises , saint Augustin le fit par un écrit à la face du monde entier et de la postérité : touchantes et adofiirables confessions,' où s'épanche la naïve éloquence d'un coeur tendre , brûlant de charité et de zèle , et plein de la divinité qui Tavait éclairé ; acte sublime de contrition véritable , dont un écrivain moderne imita seulement le titre et les formes , en abusant du talent le plus rare pour consa- Tomê 15.
crer les scandales de l'orgoeilkase impudeur et de l'indiscrétion ingrate et perfide.
L'œuvre de saint Augustin , si belle d'exécution , plus belle encore dans son principe, est en même temps un des phénomènes ks plus curieux de cette époque. Il suffirait pour signaler le passage des temps anciens aux temps modernes , et la grande révolution qui s'était opérée dans le domaine de la pensée.
Jusqu'alors , de tous ceux qui avaient cru devoir étaler aux yeux des hommes le tableau de leurs actions , il n'y en avait aucun , qui, sous quelque titre que ce fût, roi , président de république fédérative, empereur, consul, général , n'eût esercé le commandement d^ns un poste élevé. Et voici qu'un humble mortel vient publier des événements sans célébrité , des feits sans importance politique, les secrets d'un particulier. Car ce n'est pas comme prince de l'Église ( les princes de l'Église alors étaient vraiment les seirviteurs des serviteurs de Dieu ) , ce n'est pas comme docteur de la loi , comme pasteur du troupeau , que saint Augustin ose attirer sur lui les ro«> gards. C'est un pécheur qui s'accuse ; il veut instruire ses frères par l'exemple de ses er*reursy et les édifier par la grâce divine de sa conversion; il ne se nommerait pas, si ce n'était un devoir de ne point se dérober à la confusion des faiblesses et des égarements , qu'il avoue dans son repentir. Ici l'on ne vient pas vous entretenir des intérêts matériels de la vie , on ne vous montre pas ce qui donne ou ce qui ûte la richesse et la puissance: batailles, conquêtes, mystères des gouvernements , complots ambitieux, toutes ces pompes tragiques de l'histoire ne paraissent pas. La paix et le bonheur de l'enfance, ses émotions naïves et ses fautes encore innocentes , les emportements d'une jeunesse fougueuse, le malaise d'une ame dévorée par son propre feu , et tourmentée d'une inquiète et ardente mélancolie au sein des plaisirs , dont elle sent le vide et le néant , les extases de la révélation et des joies célestes, la lutte des passions et des voluptés contre la foi naissante et la vertu rigoureuse, les austérités et les combats du soldat de Jésus-Christ : vmlà le spectacle qui vous est offert. L'utilité morale élève les accidents de la vie privée à la dignité de la narration bisto* rique; on commencera bientôt à trouver quelque chose d'assez grand et d'assez attachant dans la simple histoire du cœurhumiiin.
Cette branche de la littérature , ainsi accrue , est devenue très-fertile en fruits va-
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lîfts cha les modernes, et surtout en France. C*est par centaines <le volumes que secomptent les collections de mémoires déjà faites, et celles qu^on pourra faire. De même que dans l'antiquité , et plus fréquemment en* core, les princes, les ministres, les capitaines, ceux dont la vie occupe le monde , ont continué de Toccuper, après eux, de leur souvenir reproduit par eux-mêmes ou f>ar d'autres. Mats ce n*est plus pour eux un privilège exclusif, et les particuliers ont fourni aussi leur part aux recueils de mémoires.
Il serait k désirer qu^on eût respecté toujours le>public en se respectant soi-même, et qu^on n>dt point imprimé pour lui des choses qu'on n^aurait pas osé dire< en présence diionnètes gens. Que prétend celui qui raconte sa vie? Accroître sa renommée , ou être utile aux autres , ou les amuser.MaJs ce serait jouer un étrange r61e que de se diffiimer pour être amusant! Personne ne Tacceptera. On veut donc se faire honneur de sa sincérité. Mais le temps est passé, chez les modernes, des aveux expiatoires.
Ces cyniques humilités ne sont que des gageures d'effronterie ou des fanfaronnades de fatuité. L'un met son orgueil h braver toute honte, Fautre es|: bien aise qu'on sache qu'il fut homme h bonnes fortunes en même temps qu'homme de lettres (I). Ne se joint-il pas à ces motifs une antre tentation de l'amourpropre , qui se pique aussi de donner ^e l'intérêt à des futilités, et d'effacer la laideur du vice par l'agrément du récit? l^trange vanité, de sacrifier l'estime et rhonnêteté k la gloriole de l'esprit! On encourt le blâme du sage , et , an Ken d'instruire les hommes , on peut corrompre les faibles , qui approuvent ou excusent avec une sorte d'amour ce qui leur parait revêtu de formes gracieuses et de dehors brillants.
Alors le talent n'est qu'une séduction coupable. En faisant un Hvre bien écrit, on fait une mauvaise action.
Un peuple qu^anime l'esprit de sociabilité et qui cultive les lettres , doit aimer les spectades dramatiques et les romans ; et ce qu'il en aimera surtout , ce'sera la peinture des moenrs. Le m(^me penchant a fait rechercher parmi nous les mémoires ; car ils présentent aussi les scènes de la vie, le mou- Ci ) Marmonlcl, «[ui juge sévèreraetil Rousseau ( élémeols île littérature , «ri. Mémoires ) ^ a oublié ionvent qu'il adressait les siens à ^es enfants.
vement de la société, le jeo des passions, comme le théâtre et les romans \ ils ont de plus llntérêt de la réalité.
On se demande pourquoi , dans les lempi modernes , les femmes se dbtinguent en assez grand nombre parmi les aateon de némoires y tandis qu'on ne cite que h seule Agrîppine dans Tantiquité? N'en cherchez point la cause antre part que dam )ei mœurs domestiques et civiles. Les femmes grecques, retirées dans le sanctuaire do gynécée , devaient être ignorées du monde, et le monde devait être ignoré d>lles. Le théâtre comique , image de la société, c'avait d'autres héroïnes que des courtisaocs.
Les lois romaines réduisaient les femmes à nn état perpétuel de minorité et même de servitude (2) ; elles vivaient en la puissioce du père ou du mari , ou , à défaut de Yuud de l'autre, sous la tutelle d'un proche pirent. L*oubli des coutumes anciennes amena leur émancipation ; à peine eurent -eUa cessé d'obéir , qu'elles commencèrent à régner. Mais leur règne était une mfraclioB aux lois ; acquis par la licence, il &'eierçi par le vice, an milieu' de la subversioo^ nérale des droits et des bienséances. Livrées tout entières aux sensualités désordoo nées où se plongeait ce peuple, cbeiqui le savoir-vivre consistait alors , comme dit Tacite , k être tour à tour corrompu et corrupteur , quel souci pouvaient-elles aroir deU postérité ? Mais , sous l'empire de la religioa nouvelle , les femmes eurent une autre exiv tence; elles jouirent sans abus dune Uberk légitime ; leurs charmes leur donnèrent U puissance, la pudeur fit leur plus grafti charme; elles participèrent au progrès de b civilisation et aux événements historiques , en s'associant par Tamour de rkonneur à b gloire des hommes , dont elles enflammaieirt le courage , dont elles adoucissaient les minières et les mœurs. H y ayait pw <^^ quelque chose au delà des foyers doœeshques et de la durée de la vie.
Les femmes possèdent des qwKlespK* denses pour écrire deTmémoiret. A U sensibilité qui reçoit vivement l'impresnon do objets, elles joignent un esprit d'obsem' tion , résultat naturel de la réserrc inp*»^ à la conduite et au langage, une exquise dé licatessc de tact à saisir les nuance* des passions, une pénétration admirable pour de»i-
(2) Nunquam exuilttr servitus maliei^risj T« Liv. XXXtV.
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ner les secrètes faiblesses , et , avec ces dons heureux de la pensée, une négligence «Je diction toute gracieuse et toute attrayante , qui donne au récit, tantôt l'ai r d'abandon d^unc confidence amicale, tantôt l'énergique naïveté d'une converoation familière dans la première émotion. Elles remportent sur les hommes en cette sorte d'écrits par la peinture morale et par l'expression des sentiments , comme ils leur sont supérieurs par la science politique et par la compréhension des faits. Mais un mérite éminent et commun à tous , c'est Toriginalitc. L'oeuvre porte toujours le cachet de Tauteur , et présente, en ({uelque sorte, sa physionomie. Cestlà principalement que réciivaio suit l'instinct de son génie et est tout à fait lui-même.
Ainsi , le bon sens ingénu du sire de Juin* ville , la hardiesse factieuse di| cardinal de Retz, la gravité méthodique de Sully, la franchise miUtaire de Bassompierre , la farouche âpreté de Montluc, le noble cœur de M<"« de Motteville , la sensibiUté spirituelle de M'a* de Staël , la candeur et la fierté de MU- de Montpensier , respirent dans le style de leurs mémoires
ques. C'est alors que l'histoire doit être , non pas un spectacle pompeux , mab une école où J'on va chercher une instruction solide et consciencieuse. Les écrivains se montent à la hauteur des idées générales. On peut espérer alors des historiens. A coup sûr le temps des historiographes est passé.
Cependant les meilleures dispositions oAt aussi leur abus , et le succès de quelques pu« bUcations précieuses peut tenter d^iodiscretsi et avides imitateurs, porter la frivohtè de la mode dans les études sérieuses , et favoriser les calcub de la cupidité mercantile, qui s^inquiète peu de la valeur de l'ouvrage »
pourvu qu'il réussisse à la faveur du titre.
Dans la première vogue des L^Urts perm»
nés , les libraires disaient aux auteurs ; Faites-nous des Lettres persanes. Plus tard est venu le temps des commandes de mémoires et des fabricâteurs mercenaires de récita contemporains. Ces hommes habiles ont ré* solu un grand problème ; ils ont su refaire le passé , et sans grande peine , si l'oa en juge d'après la manière expéditive dont ils ont procédé. Par un étrange bouleversement d'idées , l'histoire entre leurs mains est de-
Marmontel dit qu'il n*y a que des traits de venue la matière des mémoires. Le fleuve caractères piquants et rares , des situations, est remonté à une source factice. Ignorants des aventures d'une singularité marquée ou plagiaires, et faussaires eflrontés , ils ont d'une moralité frappante, qui puissent nié- vendu leurs compilations fautives et pseuriler la peine qu'on se donne de raconter se- donymes pour authentiques , autographes ^ rieusementce qu'on a fait ou ce qu'on a été. et ont mis en circulation une fausse monnaie K Combien peu de gens , s'écrie-t-il , ont qui pourrait être dangereuse pour la postédroit de faire un livre de mémoires ! » rite, si la maladresse ne trahissait leur Je n'adopte pas tout à fait celle opinion, odieux et méprisable commerce. Quelques^ Assurémeht j'aime à voir revivre dant ces uns même ont trafiqué de la douleur et de narrations les hommejs supérieurs ou siugu- l'indignation des familles dont on blessait liers. Mais ily a un personnage dont on s'est les membres ; on a vendu les secrets dont trop peu occupé dans l'histoire, et qui, à on était dépositaire; on en a forgé, quand mon grand regret , ne songe point à laisser on n'en savait pas. Telle a été la fièvi-e dont de monuments de sa vie intéricupe et de ses les espriU étaient tourmentés , qu'on n'a pas praUques journalières , c'est le peuple. Sup- craint de remuer les ordures de U proetituposons que des hommes vulgaires , à chaque tion et la sentine des galères, génération, nous eussent transmis l'exposé Mais de misérables productions de leurs transactions commerciales , de leurs arrangements domestiques, des procédés de leur industrie , de leurs querelles , de leurs divertissements. Ce qu'une ingénieuse érudition devine k force de laborieuses et habiles conjectures, se trouverait expUqué sans -.^ , j-^i
incertitude, et l'on posséderait des archives spéculateurs de mensonge et de scandale , pour l'histoire du peuple , et non pas aiule- l'opprobre et l'oubU avec un peu d^argent j ment pour celle des chefs et des rois. aux conservateurs des sources de lliistoire ,
L'empressement qu'une nation met à lire l'estime et l'avenir, (f^ojr^z Histoibe, ) los mémoires témoigne de la direction utile J- Nacd»t.
qoe prennent chez die les éludes lûstori- * MENA (don Juak i«) , poète quia con-
ne sauraient décréditer le genre de littérature dont elles ont usurpé le nom , pas plus qu'une brave armée ne peut être déshonorée par les vils maraudeurs, qui se trainent à sa suite.
L'opinion publique et le temps font justice de tout à la fin , et chacun a sa part : aux
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fervé le t uniom de VEnmui cattiUan , né à Cordooe en 1412, mort à Guadalajara en 1456 f comblé de biens et d'honneurs, passa pour Ton des plus |;rands génies de son temps , troura un puissant protecteur dans le marquude SantiUane, son rival de talent, fut accueilli à la cour et mis au nombre des historiographes chargés de recuellir les annales de rÉspagne. Son principal ourrage est le Labtrinto , poème en vers de aru mtajror^ connu aussi sous le nom de La* trt' dêntas Copias, du nombre des stances dont a est composé , Sérille , 1496, in-4% et 1499, in«fol. , caractère gothique , très-rare ; Tolède , 1547. On cite encore de lui la Corona eion , poème en l'honneur du marquis de SanliUane , Tolède , 1504, in-4tt ; un poème resté imparfait, et qu'il avait intitulé : TraiU de* vice* et de* vertu*} en6n un manuscrit historique sous ce titre : Memoria* Ae aiguno* linage» aMiguo* y noble* de CattHla, Parmi les éditions de ses œuvres , on die odle de Sarragosse (la plus ancienne), 1509, in-fol. ; celles d'Anvers ,. *1552, in-6« , et de Salamanque , 1582 , in-6*.
* MENA9ENTJS ( Apolloitius ) , naturaliste , poète et philosophe du 16* siècle , né à Milan , fut premier médecin de Jean III , roi de Suède. On a de lui : Trmcuau*de magno animali^ quod Alcen nonnulU vocant^ GermanilSXeùâX ^ et de iptiu* partium in re medicà facuUatibu* : item Hi*toHa eervi mngiferi et guloni*, fiUras, *eu vielfras vocati; acce**it Bmnberti Dodonœi de alee £pi*tola^ Cologne, 1581 , in-12.
* BfENJSCHME, statuaire grec dont on ignore le temps de la naissance , était de Nanpacte, aiusi que Smdas, son contemporain , du même état. Ils firent ensemble une statue de Diane Laphjra ; elle était en habit de chasse £dl»riqué en or et en ivoire.
* MÉNAGE (GiLLBs), savant bel esprit, appelé par Bayle le Varron du 17« siècle , né à Angers en 1613, mort à Paris en 1692 , se livra d'abord à l'étude du droit , plaida dans sa ville natale et à Paris, et renonça bientôt au barreau pour se livrer entièrement à la littérature. Il commença par s'engager danf l'état ecclésiastique , autant toutefois qu^il était nécessaire pour être apte à posséder des bénéfices simples, et bientôt il se fit connaître dans le monde par son érudition étendue et surtout par ses liaisons avec Balzac, Sarrgzin , Benserade , Pélisson, Scudéiy et Chapelain. Protégé d'abord par le cardinal de ReU , il s'atUcha
ensuite au poissant Mazarin qui voidnt tenir de lui la liste des savants ajant droit ans fiiveurs du gouvernement , et qui ne IVmblîa pas. Ménage, qu'une honnête aisance mit dès lors à même d'étendre ses rdations, reçut de l'Académie delta Cru*ea un diplôme d'associé , fut vanté par les savants de VAbgleterre, de l'Allemagne et des Pafs-Bas, fut invité par la reine Christine à vemr grossir sa petite cour littéraire , et obtint la confiance de cette princesse lorsqu'eBe vint visiter Paris. Enfin, if vit sa réputation pâlir devant l'influence de Boileau et de ses amis. Le satirique fut assez indulgent pour lui; mais Molière , dont il avait été le délateur auprès de Montausier, llmmola, sons le nom de Fadiu* , dans les Femme* smmmtm^ On' doit dire que Ménage eut le bon esprit alors de rendrâ justice à un si rude adversaire et de professer pour Boileau Testime qui liii était due. Ménage , qui s'attira bia des querelles par sa causticité , était y ^-on , le plus doux des hommes par caractère , et n'avait de méchanceté que dans Tesprit Grand parieur , conteur étemel et étudié , il se crojait un habile diseur de bons mots , quoique le plus souvent, grâce à sa mémoiie étonnante , il ne fît que se parer de l'e^nt d'autrm. N'ajant pu se faire recevoir à l'Académie, il se contenta d'épandier les -richesses dç son érudition dans le monde , et dans des réunions formées par lui et pour lui dans sa propre maison. Chi peut distinguer parmi ses nombreux ouvrages : Déc" tionnaire étjrmologiqHe ^ ou Origine* de la langue fronçai** , Paris , 1650 , ln-4« ; ibîd. , 1694, in-fol.; Miecdlanea^ ibid. , 1652, in-4o; 0**èruazioni topra t^minta dd Ta**o, ibid. , 1653 , in-4(» ; Poëmata , ibid. , 1656, int2, Elzevir, 1663, etc. ; Ohservor tion* sur la langue française ^ 1672-1676, 2 vol. in-12. On peut consulter le Mena" giana , etc. , publié à frais communs par ses amis Antoine Galland, Boivin, l'avocat Pinson, etc., Paris, 1^3, in-12; tit usiè me édition, augmentée du double ( par la Monnoye) , ibid., 1715 ou 1729, 4 voL in-t2 {voirez le tom. 2, pag. 468-9 du Manuel du Libraire de Brunet). '
*■ MÉNAGEOT (Fa^vcois - Guillavhi) , peintre français , né k Londres en 1744, vint en France à l'âge de 6 ans , lut snceesstvement l'élèVe d'Augustin, de Deshais, de Boucher et du célèbre Vien , remporta le grand prix et alla passer cinq ans à Borne.
De retour h Paris , il fut agréé à rAcadémie
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royale en 1777, et reça acadéttieien en 1780. EDfojé de nouveau à Rome, mais comme directeur de TAcadémie de France en cette fille, il remplit tes foiictions arec xèle et habileté dang lea temps orageux que fit édore partout notre révolution. 11 revint dans sa patrie devenue plus calme, fut nommé membre de rinstitut et de Ja Légion-dHonneur, professeur de Técole de peinture à TAcadémie, et mourut en 1816 , également regretté pour Tamabilité de son caractère et pour ses talents.
* MÉNAGER. Voyez Miskàcbi.
MÉNAGERIE. {Histoire matureUê.) Ce mot a été détourné de son acception primitive , et n'est plus guère employé que dans on sens qui s'accorde peu avec ses données étymologiques. C'était un lien placé dans le • voisinage d*une métairie on d^une maison de campagne , et consacré à Téducation d^i»
bestiaux que Ton destinait aux usag» domestiques : c'€st maintenant un lieu où Ton rassenoble des animaux rares et précieux , soit pour satisfaire la curiosité publique , soit pour offrir à l'histoire naturelle un vaste champ d'observation. Ainsi des vues d'économie créaient autrefois des ménageries ^ ce sont aujourd'hui des établissements élevés par le luxe , mais par un luxe sage , utile, et digne des grands États.
Le mot ménagerie , dans le sens où on remploie aujourd'hui , est donc d'un usage récent j mais on se tromperait beaucoup si Ton pensait que les établissements auxquels on donne ce nom, fussent eux-mêmes d'insti-^ tation moderne. Les animaux ont été étudiés par l'homme dans tous les temps et dans tons les pays. La curiosité , qui n'est pas le désir de s^instruire , mais qui tend ^ l'inspirer , eût suffi pour créer des observateurs , si la nécessité ne l'eût fait. Parmi les animaux sapérieurs surtout , il est un grand nombre d^espèces qu'il importe à Thomme de connaître , les unes pour les rechercher , parce qu'elles peuvent lui être utiles , Ips auti'es pour les détruire ou les éviter , parce qu'elles peuvent lui être nubibles ou dangereuses.
Tels furent les premiers objets d'une étude que la curiosité étendit bientôt aux autres animaux de la contrée. On trouve en effet chez tous les peuples , même chez les plus ignorants et chez ceux qui'se rapprochent le plus de cet état de complète barbarie que Ton a nommé l'état de nature , des notions assez complètes sur les productions de leurs pays ; tous les voyageurs attestent ce fait. Il j a plus; on peut dire , sans crainte d'erreur,
que ces peuples à demi sauvages ont, sur les animaux de leur pays , au moins sur leurs mœurs , des connaissances plus étendues que Ton n*en trouverait chez le commun des hommes parmi les nations civilisées : cette proposition étonnera peu si l'on songe que , dans les grands États, une partie de la population reste confinée dans les villes , et que Tautre , vivant par l'agriculture , consacre à cet art tous ses moments et tous ses soins. C'est au contraire la chasse et la pêche qui nourrissent les peuples sauvages : aussi sont-ils obligés de vpir continuellement des animaux ; lorsqu'ils ne les rencontrent pas , ils les cherchent, et chaque jour ils étudient leurs mœurs : toute leur science est là.
C'est dans ces limites , tracées par le besoin , que se renferment les connaissances en histoire naturelle des peuples sauvages.
Lorsqu'ils commencent à se civiliser , la curiosité leur fait faire quelques pas de plus ; et lorsqu'enfin de grandes villes sont formées , lorsque la civilisation est établie , il ne suffit plus à l'homme de connaître les aniniaux de son pays , il faut que ceux des régions étrangères lui soient apportés à grands irais , afin de contehter ce désir de posséder, de voir du nouveau , qui nalt^partout de la civilisation , dès que les besoins réels sont eux-mêmes satisfaits. Voilà comment se forment les ménageries ; voici maintenant comment elles deviennent utiles.
La vue des productions remarqua)>les des contrées étrangères ne fournit pas seulement un magnifique spectacle. L'histoire naturelle est essentiellement une science de faits et d'observations ; et tel qui ne croit que satisfaire une vaine curiosité en examinant , en comparant entre elles un plus ou moins grand nombre d'espèces qui s'offrent ensemble à ses regards, s'instruit souvent d'une manière plus utile et plus réelle que tel autre qui se livre à l'étude pénible de savants ouvrages. Dans une ménagerie , chacun peut venir , si l'on peut s'exprimer ainsi , lire luimême dans le livre de la nature, sans avourecours à des interprètes souvent peu fidèles. Ainsi une instruction , d'abord toute superficieUe , puis plus profonde , passe insensiblement dans la masse ; des notions exactes détruisent peu à peu tous les préjugés , et partout l'erreur fait place à la vérité. Nulle science n'e&t en effet plus que l^iistoire naturelle , ennemie des préjugés , parce que nulle science n*est plus positive.
l^el est le premier service que peut rendre l'existence d'une grande ménagerie ; telle
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est rinfloence heareiue qu'elle peut exercer tnr le commun des întelligeDces, en mettant pour ainsi dire les fûts à la portée de cha* cun. Maintenant est-il besoin de dire combien elle peut contribuer , non-seulement aux progrès de la zoologie , mais aussi à l'a* vancement des sciences anatomiques et physiologiques elles-mêmes 7 Une ménagerie est véritablement à un muséum ce qu*un jardin botanique est à un herbier : dans Tun , on n'étudie qu'une nature morte et déjà altérée, malgré toutes les ressources d*un art ingénieux ; dans Tautre, la natnre, exempte d'altération, brillante de yie, s'offVeh nous tout entière , et promet d*aTance un succès sans difficultés à nos observations et h. nos expériences. Sans développer ici des idées qui s'expliquent d'elles mêmes, disons seulement que les sciences soologiques seraient peuf- *^re eucore aujourd'hui dans l'enfance, si les naturalistes n'eussent pu étudier sur des animaux vivants les traits , les formes et les mœurs d'une foule d'espèces , et si de riches ménageries né leur eussent permis de soumettre & leur scalpel des individus encore exempts d'altération. Aristote n'eût jamais composé ces ouvrages qui le placent au premier rang parmi les naturalistes de l'anti* quité, si Alexandre , maitre de TAsie , n'eût fait rassembler à grands frais une foule d animanx rares pour les adresser à ce grand homme*^ riche présent par lequel le jeune vainqueur devait ouvrir à son maître une nouvelle route de gloire , comme le maître avait , par ses généreuses leçons , ^eté les fondements de la gloire de son élève. Rome, où des animaux étaient rassemblés de toutes les parties de l'empire romain , non dans l'intérêt de la science , mais pour les plaisirs du cirque , ne nous a laissé aucun ouvrage digne d'être placé près de l'histoire naturelle d' Aristote : cependant quelques auteurs , Pline surtout , nous ont transmis un grand nombre de faits intéressants. Parmi les modernes , les travaux de l^errault , de BuflTon , de Daubenton et de tous nos contemporains, prouvent également quels ont été les progrès des sciences naturelles depuis l'époque où de riches ménageries ont été ouvertes à l'observation des naturalistes.
Enfin , -par le moyen des ménageries , un troisième genre de services peut encore être rendu h la société. Un grand nombre d'espèces , utiles h l'homme par leur chair, leurs poils et leurs produits de toute nature^ on pouvant remplacer avec avantage nos bêles
de somme dans beaucoup de lodaUlès , restent encore à naturaliser dtais nos cUmals.
Le Nord et le Midi réservent encore de dmgnifiques présents anx régionf tempérées de l'Europe, h la France surtout; et déjà de nombreuses observations, Cailes dans les grandes ménageries , ont pixmvé la pooibibililé et indiqué les moyens d'e&ricfair encore , par rinstoire naturelle , rindaitrie ci les arts. Peut-être le moment n'est pas ékâgné où le cheval et l'âne , que nous dewou à l'Asie, auront pour utiles auxiliaires le lama des Andes et le dromadaire de Mèdine , et où la vigogne des Cordilières ponm se mêler, sur les Alpes françaises, dans do troupeaux de chèvres du Thibet.
Tels sont les services qoe la sodélé toit entière , la science et l'industrie |>e u v eu t attendre des établissements auxquels est ooasacré cet article, et qui de jour deviennent plus nombreux. Tout encore, la Société zoologiqnc de Londres vient aussi de fonder une ménaftcrie sons k nom de Jardin zoologue : c'est à riUostR Humphry Davj , à sir Stamfotd Raffles et i plusieurs autres hommes distingués , f^ U zoologie doit celte nouvelle et utile cféttion. Ainsi se réalisent pour l'Anglelcrrefe» vœux d'un de ses plus illustres cilojevs, ac long-temps avant la grande époque de la civilisation européenne , mais an génie duquel il a été donné, non -seulement de Im prévenir par ses désirs et de la préparer., mais aussi de la prévoir et de l'annoncer avnot k temps. Bacon , dans son discours inlitalé Noiui Jiimntts^ suppose réalisés pour sac ville et pour un peuple les Vœux qo'U fefmc pour toutes les villes et pour tcms les peuples ; il se plaft à réunir par la pensée à Bensalem, capitale de la Nonvetie^Atlantide , une population éclairée , possédant toutes les institutions sages et bienfaisaaiai* et (chose remarquable , surtout dans on temps où l'histoire naturelle , depuis iuaçtemps stationoaire ,' était réduite à n^étrf que l'étude des livres des jtatortljstes unciens et non celle de la nature elle-mèaie ) l'illustre philosophe n'oublie pas de placer des ménageries dans cette ville idèule .
a Nous avons ici , dît-il , des viviers et ées ménageries où sont toutes sortes d'anînaanx.
parce qu'ils sont rares et nouveaux , mais afia de nous en servir à des expériences sur le vivant, h des dissections api^ leur mort : c*ef< l'essence , le pouvoir et la persîstanee fie k. vie que nous étudions en eux. Ainsi il imw
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arriTC de retrancber qudques parties de leurs organes pour les voir renaître , de tenter la métamorpliose de plusieurs autres ,^ rechercher enfin ce qui difTérencie la forme, la couleur et même les dispositions natu* relies des espèces ; car nos Tues s'étendent jus(^u^à les faire varier elles-mêmes, seul moyen de comprendre comment elles se
sont diversifiées et multipliées Ki dans
tous ces cas, nous n*agissons jamais au hasard , mais afin d^apprendre par quelle sorte d^éléments sont constitués tels et tels animaux. * Gboffbot SiiKT-Hn^iBi.
• MÉNANDRE,célèbi-e poète grec. Athénien , né au bourg de Cephisia , la deuxième année de la 109* olympiade, 342 ans avant Jésus-Christ, mourut la troisième de la 122', 290^ns avant la même ère. Il ne nous reste que les titres et quelques fragments de 80 pièces qu*il avait composées dans le système de la nouvelle comédie ^ où le tableai^ des vices et des ridicules remplaça les injurieuses personnalités de la vieille comédie. C est une perte réelle que celle des ouvrages de Ménandre , mais Plaute et Térence, dont il fut le modèle, en adoucissent jusqu^à un certain point Famertume. Les précieux fragments dont nous venons de parler ^nt été plusieurs fois recueillis , commentés et traduits. Henri Estienne , Guill. Morel , Herteltus et Hug. Grotius les publièrent successivement , avec une traduction latine. Le recueil le plus complet est celui de Jean Lcclerc, Amsterdam , 1709, iuS*; il y a réuni les fragments de Philémon ; mais cette édition, très-négligée sous tous les raji^ports, et qui devint à cette époque Toccasion d'un grand scandale littéraire , a été bien surpassée par celle de Brunck , dans ses poetœ grmci gnomici, Strasbourg, 1784, et tout récemment par celle de M: Aug. Meineke, Berlin, 1823. Quelques ym^tf/i£f de Ménandre ont été traduits et insérés par Lévesque dans la Collections des moralistes anciens^ Paris, Didot, 1782; et un bien plus grand nombre par Poinsinet de Sivry, à la suite de son Théâtre d' Aristophane , Paris,
• I7W; mais cette' traduction en faisait désirer une meilleure, et M. fiaoul-Rochette vient de la donner dans sa nouvelle édition du Théâtre des Grecs. I>es fragments inédits de Ménandre viennent d'être publiés par Tabbé Maï dans le tom. 2 de Tôuvrage suivant : Script, vet. nova Collée tio, Rome.
1827, in-4*.
* MÉNANDRE PROTECTOR, historien
Byuntin , fut officier dans les gardes deFempereur Maurice, puis conçut le désir d'écrire l'histoire de son temps ; il en avait laissé huit livres qui comprenaient depuis 559 jusqu'en 582. On en voit, des fragments dans le livre : L^gationum Ecloga , attribué à Constantin Porphyrogenètç.
* MENA^DRINO. Foyez lUmLio de Padoue. .
*MENAPIUS (Guiixauub), savant du 16* siècle , né à Grevenbroeck , au duché de Juliers, mort prévôt de l'église collégiale de Saiht-AdeUiert , à Aix-la-Chapelle, en 1561, a Is^sé : Ratio victûs salubris et sani^ tatis tuendœj Cqfogne, 1540, in-4«; Enco' miumfebris quœ passim in usu veniunt^ épioT' tanœ^ adjuncta est ratio curandifehrem <ptar^ tanam, Bâle, 1542, in-8»; Leyde,1636,in-8o.
* MÉNARD (Frabçois) , professeur pour les humanités et le droit h Poitiers , né à Stellenworf , en Frise , en 1570 , mort en 1623, a laissé : Regicidiùm detestatum^ ques' sitwtt , prœcautum , Poitiers , 16i0 , écrit à Toccasion de la mort de Henri IV ; Dûputattones de juribus episeoporum , ibid.,
1612 , in-8o.
* MENARD (D. Nicolas- Huouxs), savant bénédictin, né à Paris en 1585, mort en 1644 , est le premier qui ait fait revivre le
. goût des bonnes études dans la congrégation de Saint-Maur. A une mémoire prodigieuse, à la connaissance la plus étendue des anti- , quités ecclésiastiques il joignait un iugement exquis, et ses vertus surpassaient son savoir. On a de lui : Afartjrrologium ordinis Sàncti" ■ Benedietiy duobus observatù)num libris Hùa»
tratum, etc., Paris, 1629, in-8*; D. Gregorii papœ , eognomenlo Magniy liber sacnumetttorum , nunc demùm correetior et tocupU" tior y etc., ibid., 1642, in-4o. — Mbmabd (Claude) , historien , né à Angers en 1580, mort en 1652, s'appliqua à la recherche des ' antiquités de sa province, et avec tant de succès , que Ménage , son compatriote , le nomme le père de l'histoire d'Anjou. Outre plusieurs éditions qu'on lui doit , parmi lesquelles on distingue V Histoire de saint Louis ^ par loinville, Paris , 1617 , in-4o ; et l'^fistoire de B. Duguesclin , ibid., 1618 , in-4«* on cite de lui : Disquisitio novantiqua Am" phiAeatri Jndegavensis Gromanii^ Angers, 1638, in-4o , latin-français; une Histoire d* dnfou , manuscrite, une Histoire de l'ordre du Croissant, conservéeàla Bibliothèque du roi , dans le recueil des manuscrits dits de . Baluze. — Memard (lean de La Noe), prêtre
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et théologien , né à Nantes en 1650 , mort en 1717, traraiUa à la conrertion des protestants , et fonda , dans sa ville natale, la maison du Bon Pâleur, pour les filles repenties. Le seul ouvrage de Tabbé Ménard qui ait vu le jour est le Catéchwne de Nantes^ qui eut plusieurs éditions et fut approuvé par quelques évéques.
* MENARD (Leom), antiquaire, né à Tarascon en 1706 , mort k Paris en 1767 , fut conseiller au présidial de Nîmes et membre de TAcadémie des inscriptions dont il suivit assidûment les séances. Outreun grancl nombre de dUsertations qu^il a publiées dans le recueil de cette société, on cite de lui i UU" toire dei ivéques de Nimes , etc. , la Haye (Ljron), 17S7, 2 vol. 'ukA2 \ Amourt de Cal- Unhène et d'AriitocUê ^ La Haye (Paris ), 1740, in-12; réimprimés aveo addition, en 1765, sous le titre de CalUsthène , ou le Modèle de V amour et de t amitié; Mceut^s et usages des Grecs ^hjonj 1743, in- 12; Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nùnes^^BiÏB , 1 750-58 , 7 vol. in-4'' , fig.
* MENARDATE (Pibebi-Jbaii- Baptiste DB Là), oratorien , mort en 1758 à 70 ans, est auteur d^un £xamen de l'Histoire des diables de Loudun, Liège, 1747,2 vol. in-12.
* MENC ( N. x>B ) , maitre des requêtes , mort en 1784, a publié : Réflexions de Ma^ .
chimvel sur Iti première décade de Tite-Live^ nouvelle ttwluction précédée d'un Discours préliminaire , Paris, 1782, 2 vol. in-8o.
* MENCE (Fbrdiiiàbd), médecin espagnol du 16« siècle, professeur à Tuniversité d*Al-
. cala de Hénarès, devint premier médecin de Philippe II , et employa son crédit à faire fonda', par ce prince ^ plusieurs chaires de médecine dans différentes universités du royaume. On a de lui : Claudii . Galeni de pûlsi&us Liber ègrœcoconversus, et comment, illustraUts, Alcala de Hénarès, 1553, in-4o; Libellas utiliuimus de ratione petyniscendi medicamenta guœpassim in usu veniunt^ Alcala de Hénarès , 1555 , Turin, 1587 et 1625 , in 8*.
" MENCKE (Otbov) , savant philologue, né à Oldenbourg en Westphalie en 1644 , mort en 1707 , remplit avec beaucoup de distinction la chaire de morale à T Académie de Leipsig , et conçut le plan des Aeta eru^ ditorum Lipsiensium , le premier journal littéraire qu'ait eu TAllemagne , dont il publia en 16821e premier volume < et qu'il continua avec un succès toujours croissant. Il donna plusieurs éditions , entre autres celles de
VHistorin Pelagiana, du cardinal Noris, et de VH/storia universalis, de Boxhom. (hi a de lui : MicropoUtia , smi Hespublica in mscrocosmo conspicua, Leipsig, I666,ia-4«; Jus majestaiis circa venationem , ib., 1674 , in-4o. — Mbvckb ( Jean-Burckhard) , fils du précédent, né à Leipsig en 1674, mort en 1732 , remplit avec distinction la chaire d'histoire dans sa ville natale , fonda une académie pour le perfectionnement de la poésie allemande , et continua les Acta entditorum , de 1707 à 1732. On lui doit le premier Dictionnaire { biographique ) des &vants, plusieurs éditions estimées, et des thèses , des dissertations , .des haranpM académiques sur des sujets ii||éressants. On a encore de lui un recueil de poésies oifemandes, sous le titre de Philander Vom Lindec, Leipsig, 1705, 1706, 1710, 4 voL in 8" ; de Charlatanerid erudîtorum Decit' mationes dum, ibid. , 1715, in-8«; Amsterdam (Leipsig), 1716, in-8* ; 1747, in-d» ; traduit en français ( par Durant) , la Haye « 1721, petit in-8", etc. (f^ojrez sur cet ouvrage le Je ne sais quoi , par Cartier de Saint- Philip, tom. 2, première partie, pag. 107.)— Mbvcbb (FrédériC'Othon), fils du précédent, né à Leipsig en 1 708,, mort en 1 754 , marcha sur les traces de son père et de son aieid. continua les Acta entdît. depuis Tannée 1732, et publia, outre plusieurs éditions estiiaées : Bibliotheca Virorum, miiitid asquiee tcrip' tis illuslrium, Leipsig, 1734, in-8<>; Histona viiœ inque litleras merîtorum Angelt Poli^ tiiani, ibid. , 1736, in-4<>; MiscelUuiem. Lip^ siensia nova ad inerementum scientimrum, ibid., 1742-54, 10 vglumes in-8«; de hoéùrmà litterar. per prœcipuas Europœ cultiorà partes Facie et Statu , dans les Acta »t>ciêt. lot. Jenensis, tom 2, pag. 3-19.
* MENDANA DE NETRA (Altabo), célèbre navigateur , né en Espagne en 1541, avait un onde (D. Pedro de Castro) gouverneur de Lima, qui lui donna les moyens de satisfaire sa passion pour les voyages et les découvertes. Le jeune homme appareilla du Callao de Lima en 1568 , et dans «ne course à Touest, qu'il estimait à 14o0Ueucs, découvrit plusieurs lies placées par lui entre le 7* et le 12* parallèle sud. Les Espagnols n^oublièrent pas de doter ces Iles nouvelles de richesses imaginaires , et les nommèrent Iles d'Or ou de Salomon. On sait maintemaat qu'elles ne sont autres que la terre des Ar»acides de Surville, où la Nonvelle-Gêor gie de Shorland. Memlana ayant obteao en
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1595 le commandemait d'une expédition destinée à fonder une eolonie dans quelqu'une de ces Iles, ne put les retrouver.
Toutefois il en découyrit une autre qull nomma Santa^Cniz , et dans laquelle il forma un établissement Mais les Espagnols , toujours imprudents , ne ménagèrent pas assez les naturek , et ceux-ci eurent bientôt ruiné la colonie naissante. Mendana , trompé dans son espoir, mourut à la fin de 1595. Carteret, navigateur anglais, a retrouvé en 1767 ; Tlle Santa-Cruz, qu*il appelle rile d'Egmont; elle fait partie de ce groupe célèbre auquel Torgueil britannique s'est cru autorisé à attacher le nom de la reine Charlotte. . On peut consulter sur la vie et les voy^es de Mendana : Sucttos dé las Philipinat , par D. Antonio de Morga , Mexico , 1609, in-4o, chap. 6, pag.
29 ; Découtftrte au sud-est de la Nouvelle»
Guinée, parFleurieu , in-4«, pag. 4 et 201.
* MENDELSSOHN (Motis) , c'est-à-dire Moyse fils de Mendel , né à Dessau en 1729 , de parents Israélites, mort à Berlin en 1786, avait montré dès sa plus tendre enfance des dispositions extraordinaires. Après avoir reçu de son père » qui était écrivain public et maître d'école, les premières leçons, il passa de longues années dans une extrême indi- ' gence qui arrêta son essor, mais ne put étouffer son ardente passion pour les sciences. U eut le bonheur d'entrer, assez jeune encore chez un riche manufacturier de sa nation j et il y fit toujours sa principale affaire d'étudier la philosophie et la littérature, sans abandonner toutefois le commerce, où il trouvait des ressources indispensables à sa pauvreté. Dirigé par l'illustre Leasing dans 9e% études , il devint lui-même un des plus cfélèbres écrivains 'de l'Allemagne , et se vit recherché et estimé par des hommes distingués de toute l'Eu-, rope. Non content d'être sorti de la condition ignonpiinieuse qui depuis si long-temps est le partage de la nation juive, il consacra ses efforts è disposer ^e» coreligionnaires aux bienfaits d'une civilisation dans laquelle ils loi doivent leurs premiers pas. Le jour de la mort de Mendelssohn , tous les Juifs de Berlin fermèrent leurs boutiques et leurs magasins en signe de deuil ; coutume qu'ils n'observent qu'à la mort de leur premier rabbin. Ib disent qu'après Moïse le législateur et Moïse Maîmonides , ils n'ont eu que Moïse Mendelssohn. Nous citerons , parmi ses ouvrages : Lettre au diacre La^ Tome 15.
vater, Zurich, 1770, traduite en français, sous le titre de Lettre$ juivee du e^hre Motis Mendelssohn f Francfort, 1771 ; affavres philosophûpies, Berlin, 1761, 1771 et 1777, 2 vol. in-do • Phœdon sur Vimmortalité de l'ame, trois dialogues, ibid. , 1767, in-So, 1768, 1769, 1776 ; traduits en £rançai« par G.-A. Jnnker , Paris , 1674 ; les Psaumes, traduits en aUemand, Berlin, 178S-88, in-8«. (yojrez pour plus de détails le Ber»
limsehe monatschr\fï ( 1786 , mars , pag.
204-216); Tégrit de Mirabeau ajant pour titre : sur Mosès Mendelssohn, Londres, 1787 ; Bruxelles et Paris , 1788 , in^ ; et la yie de Mendelssohn , en hébreu , par Isaac, Euchel, Berlin, l788,in-8o. )
* MENDES ( AvTOBio-Fiux) , bon ktiniste et professeur de poésie latine et vulgaire , né en 1606 au village de Pemes,près de Santarem , en Portugal, a laisse, entre autres ouvrages , une Grammaire latine , Lisbonne, 1637 , 1649, à l'aide de laquelle il assure qu'on peut apprendre le latin en un 9n.
MENDICITÉ. {Économie politique,) La mendicité est la situation de l'individu que la faiblesse ou la fainéantise réduisent à vivre des secours gratuits de ses semblaUeSi La société doit à l'homme valide du travail, et tie lui doit lien de plus; car ellemême n*est qu'un vaste atelier où tous les intéressés sont appelés à mettre la main à l'œuvre , et où nul n'a droit de vivre que du fruit de ses peines. Rarement les gouvernements ouvrent des travaux publics, si ce n'est dans les moments de crise tels que les intempéries, les disettes ou quelque autre calamité de cette nature. Dans les temps ordinaires , ils se confient du soin de procurer du travail à l'homme de bonne volonté sur le grand mouvement imprimé partout à la culture des terres et à l'industrie ; et ils n'y sont pas trompés. On peut avancer quen Europe, l'homme valide trouve partout l'emploi de ses bras. On objecterait vainement l'exemple de quelques contrées d'Allemagne dont les habitants vont cher cher ea Amérique du travail qu'ils ne trouvent plus à leur portée. Les émigrations des paysans de ces contrées sont l'effet de la manie qu'excitent chez eux des embaucheurs , en leur offrant la perspective d'un bien-être inconnu aux ouvriers de l'Europe.
Aussi voit-on ces malheureux revenir détrompés dans les lieux d'où ils sont partis et où ils retrouvent leur vie dure et Ii^ki-
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rie«se h la Térité , ttais p'référablfl encore k celte qn^on lenr avait préparée au loin.
ToDt mendiant valide est donc coupable ; ton existence est on vol pennanent fait 2i la société; car <lét qu'il vit, il dérobe, de quelque façon qn^il s*y prenne , le produit du travail des autres. Aussi, nos lob an* ciennes étaient fort sévères contre eux; eUes les punissaient de la peine des galères. Ces lois , comme toutes celles qui pèchent par un excès de sévérité , étaient rarement exécutées. Nos lois nouvelles j substituent un emprisonnement dont la durée est même ■ssex courte; et elles sont ainâi tombées dans Texcès contraire. La prison n*est point une peine pour un mendiant ; c'est encore pour lui une manière de vivre aux dépens d*autrtti; elle est tout au plus gênante. Cette gêne passagère sort promptement de sa mé* moire, et il se fortiûe dans l'habitude du vice par la légèreté de la peine qu^on j applique. ^
Les lois anciennes avec leor rigueur , les lois nouvelles avec leur douceur, auront*été également impuissantes, aussiv long-temps qu'une police prévoyante n'aura pas saisi l'individu dès le premier développement de la mendicité , et ne l'aura pas soutenu sur le bord del'bbkne; si on l'y laisse tomber, il est difficile tle l'en retirer. .
Commençons d'abord par. une distinction fondamentale. Nous avons dit que tout homme valide devait son travail à la société , et qu'il était coupable s'il le lui jre" * ftisaît. C'est à celui-ci que s'apphque une police vigilante et sévère. Mais il 7 a des positions dans la vie, telles que l'enfance, la maladie et la vieillesse , où l'on • ne peut pas demander du travail à l'homme. La société lui doit alors des asiles, et, s'il se pon^ vail, des secours ; car des secours sont des asiles domestiques bien préférables à ces tristes , quoique souvent fastueuses demeures où se trouvent réunies toutes les misèrea humaines. Tant que ce premier devoir de la société, celui de nourrir les individus hors d'état de travailler, n'a pas été rempli , il est difficile de s'occaper efficacement de la répression de la mendicité. Les mendiants valides se confondent avec eeoz qui ne le sont pas , et les premiers usurpent feur part de la pitié qu'excitent à bon droit les autres.
11 ne parait pas que les peuples anciens se soient occupés de cette distinction ; plus humains que nous dans l'intérieur de la famille^ ih s'occupaient moins d'établisse-
ments publics destSaés à Tinfiartane. Cer* taine légishtion punit l*oisiveté , et qu^qwfou avec rigueur ; maïs leur police te bonie, en général , à écarter les fainéanta de la cité ou à let repousser du tenitoire doTÉtat; et apparemment ils n'y réottittaîent pw toojourt, puisque nous retrouvons encore signalée par l'ancienne comédie cette vBe espèce d'individus qui avaioit la prétentm de boire et de manger sans travailler. Toutefois , la mendicité ne devait pas avoir cba eux un dévdoppement aussi inquiétant que chez les modernes. L'esclavage était le der* nier refuge de la misère , et Q restait à l'homme le moyen extrême de mourir à la société pour échapper au dernier beaob.
Les États circonscrits , tels que les répobKques de la Grèce, pouvaient en quelque sorte noQibrer leurs citoyent : U leur était donc facile de te £sire rendre compte de l'emploi de leur temps et de leurs facnllét.
D'aiUeurs , l'esprit de famille s'était longtemps conservé parmi ces peuples dans tout œ qu'il a d'excellent ; ils ne souffiaient pas que des parents et même que des kôCes cl des amis fussent rabaissés au rôle inftne de mendiant. Lorsque cet esprit de femiOe dîfparufc de Rome avec les autres vertus., les distributions de blé faites au peuple ne laissaient à la mendicité ni cause, ni prétexte; et chez les Égjrptiens , d'immenses Iravmu publics,' la plupart d'un faste invtile, ne s'expliquent que par la nécessité de fomnîr toujours des moyens de travail h un pevple où la fainéantise était rangée parmi les ernaet. Le christianisme ne pouvait pas te amn trer aussi sévère envers la misère , q uclqac livrée qu'elle revêtit. Le renoneemeiit aax jouissances de la terre , la coranSnDanté des biens, des soins assidus pour les panwes, composaient les mœurs des preaaiers drétiens . Constantin, lonqu'B adopta la religitfi nouvelle , j trouva ces dispoaîtions et lear donna une sanction politique en bitiasfty le premier, des hôpitaux oà tons les chrétiens pauvres étaient nourrit, L'iaipaltîan donn^ ne t'arrêta pas; presque partaul à côté des temples consacrés au Oiea des dvétiens , un édifice s'élevait pour raeeraîr la pauvres et les maladet. Une aorte de iéaa tortit de cette liveur attachée à la pa»vreté. Det nuées d'hommes en iriifltiiil les lambeaux pour en avoir les privilèfas , et les lois des empereurs et edles de Charlemagne lui-même attestent la grandeor da mal et les difficultés des remèdes. Il s'est
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