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Il retle maintenant à s'occuper de la police des mendiants valides. Les condamner à la prison et même les j retenir quelque temps n'est pas chose difficile ; mais comme nous rayons déjà dit, il est infaillible qu'ib en sortent plus dépravés qu'ils n'j sont entrés. Si on veut guérir le mal , il faut le prendre de plus haut.
Les mendiants font une triste partie de rhumanité : mais enfin ils en font partie j et on ne saurait se défendre de leur accorder encora quelqu*indulgence , quand on réfléchit que dans nos sociétés modernes rimmense majorité des hommes naissent entre des bornes et des échafauds. Ils apparaissent nus sur la terre et j trouvent toutes les places prises. Lors donc qu'un homme n*a reçu de la nature que des bras , s'il est momentanément privé de leur usage, par les infirmités physiques qui Tassiégent, par les accidents iKnbreux' auxquels il est exposé et quelquefois même par les préventions de ses semblables , il se trouve tout à * coup placé entre Taumône , le crime ou la mort. Il commence à mendier par besoin ; il continue par habitude. 8*il est d'un tempérament ^posé à s'allanguir, ses forces phjsiqnes diminuent, son moral se dégrade, et il n'ofire plus de l'homme qu'une empreinte pAle et défigurée. Si sa vigueur résiste à rhabitude de la mendicité , il passe à celle du vol et de celle-ci à des crimes plus grands. La première condition d'une brâine .police en ce point consisterait donc; à sur* veiller l'homme voisin du dénuement^ et lui saisir la main la premi^fois qu'il l'a tendue.
Il y a surtout une classe d'hommes , tels que les ouvriers des fabriques , sur qui cette surveillance devrait particulièrement s'exercer; on trouverait à ce sujet d'utiles renseignenients dans des observations faites avant 1§ révolution à Florence, dans les Pays-Bas et dans la généralité de Soissons. v
Rarement on a trouvé dans les dépôts de mendicité des individus valides au-dessus de la taille de cinq pieds deux- ponces. C'est qu'une taUle avantageuse est une première fortune donnée par la nature ; car die ouvre à cdui qui en est doué plus d'un genre d'emplois dans la sodété , et lui concilie une sorte de faveur qu'on n'accorde pas aux individus d'une petite stature. D'ailleurs un homme d'une belle taille en a l'orgueil, et aurait plus de peine qu'un autre à descendre au métier de mendiant; ensuite il lui serait plus malaisé de 6e le faire pardonner.
Mais, parla raison contraire, on a l e U oov é daiis ces asiles les infortunés qui étaient aflfrgés d'infirmités extérieures qui rendaicat leur aspect dégoûtant Ces individus naisseirt exclus des d^tinations qui pouvaient lenr donner des relations trop rapprochées de leurs semblables , tdies que la domesticité et le travail journalier dans la maison. La voie de l'apprentissage des métîas s'oune plus difficilement devant eux. Partout oà ils se trouvent en concurence avec im ouvrier qui ne partage pas leur malheur , odni-â obtient la préférence , même à mérite înégaL Lorsqu'ils se voient de la sorte repommés , tout courage s*éteint* dans leurs âmes; et ils emploient la difformité dont la natuieleB a affligés à la seule chose où elle puisse lear être utile, à implorer l'aumône de leurs se»
blables. Ils en contractent l'habitude, et finissent par se complaire dans cette disgike qui d'abord avait fait leur tourment. Si oa abaisse les jeux sur les mendiants qui drai^ lent dans les rues ou dans les places publiques, on reconnaîtra la vérité de notre observation. La plus grande partie est affectée des infirmités dont on parle , et cem^qn ne les ont pas reçues de la nature troufcsl le secret de les feindre.
D'autres causes naturelles , sans être aasa prononcées que'celles que nous venons de ér gnaler , contribuent à rejeter entre les mendiants les mdiridus qui en sont affcdêa .On a remarqué , par exemple , dans'les dépftts et mendicité,que toutes choses égales d^aillean, les individus dont la couleur des cheveux est rousse j sont plus nombreux que ne le comporte leur proportion dans la société asveeles hommes dont les cheveux sont d'une coulear différente. Le fait s'explique par l'espèce ée défaveur qui s'attachait en France à des hommes roux , et qut était teHe que daa»
les rapports libres du fermier an sei v ilem . du propriétaire au domestique , du maître à l'ouvrier , un homme d'un teint diflSrcBl obtenait l'avantage sur eux. Or« poorpeu que l^équiKbre soit blessé entre des homnaes qui n'ont que leurs bras k offirir , œiû qui en soufiVe est vobîn de sa ruine.
On aencore remarqué que les hommes doiri la couleur des cheveux est blond# , lembrat plus firéquemment dans la mendicité que le hommes bruns. La couleur blotide des cheveux dénote un tempérament Ijrmphmtiqw.
et les hommes de ce tempérament oal,c« général y moins de ressort dans le csirac^ et plus de propension à raflàihlisacmenl fkn
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siqm oa moral. On « aatiitiré d*atiles inductîons de la eoaleur des jreiiz et de certaines habitudes du corps , qui indiquent de la fai* blesse dans Torganisation du cerveau et une disposition à la monomanie. On voit combien d'observations utiles ou curieuses se présentent en une matière trop dédaignée et sur laquelle la physiologie aurait aussi le droit d'être entendue.
A ces causes en quelque sorte naturelles 4e la mendicité^ il s'en réunit d'accidentelles. Les ÎDdividus malades sont traités dans nos bdpitaujf avec beaucoup de soin, avec plus de soin' que jamais. A aucune époque 9 le lit du pauvre n'a été entouré d'autant de zèle et de lumières. Tout est à peu près bien tant qu'il esl malade ; tout lui manque dès qu'il est rétabli. Cependant il a perdu l'habitude ou les occasions du travail ; il faut qu'il se réconcilie arec Tune et qu'il retrouve les autres ; et jusque-là , un grand nombre tombe dans la mendicité. Un billet de sortie de l'hôpital est le passeport le plus commun des mendiants qa*on rencontre sur les routes.
EnOn il }r a une classe de malheureux à qui , si elle pouvait jamais l'être 9 la mendicité serait pardonnée : cette classe est celle des forçats libérés. Leur condition déplorable ne leur offre , pour ainsi dire , pas de milieu entre le vol et la mendicité. La loi , par une^ inconséquence barbare , les condamne aux. travaux forcés pour un temps , et leur imprime à toujours les stjgmates de la honte. Accablés à la sortie du bagne sous le poids du mépris et des préventions , repoussés de partout, et honteux delà frajeur qu'ils inspirent, la mendicité est le moins mauvais des . cÔLpédients qui leur restent.
On voit par ce qui précède qu'aprèl avoir partagé les mendiants en deux classes , les enfants 9 les in6rmes et les vieillards , et les mendiants valides, il reste encore entre ' ceux-ci des distinctions à établir et qui réclament des moyens différents de répression.
Mais il est plus charitable et encore plus facile de prévenir ici que de réprimer. Le mâlleur moyen , celui qui s'étend à tous les cas , consiste , on ne saurait trop le répéter, à secourir lès^ pauvres h temps , et à les défendre sur ce point glissant qui sépare l'extrême besoin de la mendicité. Ici , quelque lutte s'établit encore chez l'homme entre un reste de dignité et la honte de tendre la main. Des secours , des encouragements , des témoignages d^intérét lui feront remporter la victoire. C'est ici le nable et touchant office
des bureaux de bienfaisance , des pasteurs , des personnes pieuses , de tous ceux qui portent un coeur d'homme, et que la présence d'un mendiant humilie , parce que la première de leurs jouissances est de s'honorer dans leurs semblables.
Mais , entre les individus qui sont enfin tombés dans la mendicité, on doit de Tindulgence à ceux qui sont nés avec quelques infirmités, ou seulement quelques difformités extérieures. Ici, l'office de la société consiste à tempérer, tant qu'il se peut, le malheur de leur naissance. La police à exercer sur eux doit donc être empreinte de bienveillance et de pitié. On leur doit de les façonner aux arU v qui ne comportent pas un grand développement de force physique, à ceux que l'homme exerce solitaire.ll faut que la civilisation essaie de réparer les méprises de la nature ou d'achever des êtres qu'elle n'a fait qu'ébaucher : c'est peut-être sa plus belle victoire.
Viennent ensuite les malades qui sortent des hôpitaux après s'y être rétablis. Dans quelques hôpitaux , ils reçoivent en sortant un secours pécuniaire , et on ne peut trop applaudir à cette prévoyance. Il est regrets table qu'une si sage mesure ne soit pas généralisée. Il faut invoquer encore ici contre la mendicité , le secours des bureaux de bienfaisance. Il leur appartient de compléter la guérison du pauvre en le soutenant contre le découragement , et en le ranimant au travail. Tout prend un haut degré d'intérêt dans sa cause. Le pauvre que Thumanité rend à la -ne et an travail conserve avec le souvenir des maux passés celui des soulagements qu'il a reçus. La reconnaissance lui révèle le prix de la société ; et tel individu n'eût été qu'un vil mendiant que des secours placés à propos ont soutenu au rang des citoyens.
Enfin la justice et l'humanité s^unissent et poussent le même cri pour les forçats libérés. Le temps de leur peine expiré , la loi leur garantit le retour dans la société et la liberté ; et cependant elle a, en les flétrissant, averti tous les citoyens de se défier et de les fuir. ToUite barbarum morem. Ce serait par là qu'il faudrait commencer , si on ne veut pas que les forçats libérés fournissent de dangereuses recrues à la mendicité. Mais puisque les particuliers refusent du travail à l'homme valide qui en demande , et qu'une loi barbare justifie , si elle ne provoque , leur refus , le gouvernement est condamné à lui en fournir. Jusque-la , il n'a pas le droit de le poursuivre s'il , mendie , et il ne peut le
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