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consultaient. Sous le règne de Charles IX , si Ton en croyait les aveux du sorcier Trois' EcheCles^ il y avait trois cent mille sorciers en France , dont trente mille dans la seule ville de Paris. Sous celui de Henri III , ce nombre diminua de deux tiers; on n*en comptait plus que cent mille. Mais il parait qu'ils s'y multiplièrent depuis. Le docteur Filsac prétendait, en 1609, qu'on les comptait par millions.
Ce qui ne contribuait pas peu h mettre la magie en crédit , c^est la gravité des moyens par lesquels on la combattait. Le peuple pouvait-il regarder comme imaginaire un art contre lequel on armait les prêtres et les juges ; un art auquel on opposait des bûchers et des exorcismes ; un art pour Texercice duquel les tribunaux faisaient brûler à Paris la veuve d^un maréchal de France, et h Loudun un curé dénoncé par les diables eux-mêmes?
Plus le genre humain s'éclaire , moins il est crédule : cela est incontestable. Mais le genre humain s'éclairera -t-il jamais tout entier? A la fin du siècle dernier, quia fait faire un si grand pas aux sciences et à la philosophie , au temps des Bufibn , des Lavoisier , des Fourcroy , n'avons-nous pas vu Cagliostro tenir, k Paris même, une école db magie , et compter des personnages du plus haut rang parmi ses initiés ?
La cour, en fait de crédulité , Ta disputé de tout temps au peuple, comme en fait d'ignorance. Ces deux extrémités de l'ordre social sont h un égal éloignement du foyer des lumières qui sont le partage de la classe mitoyenne. Il y aura moyeu de vivre pour les charlatans , tant qu'il y aura des grands et des petits, tant qu^il y aura dans la société deux classes qui repoussent Tinstruction : l'une , parce qu'elle est exclusivement adonnée à ses plaisirs ; Tautre , parce qu'elle est exclusivement occupée de ses besoins.
La manière dont les tribunaux devaient procéder contre les gens accusés de magie ou de sorcellerie, était déterminée par un ^ code particulier. Voici d'abord les crimes que renfermait le crime de sorcellerie.
« Les sorciers , dit Bodin, sont coupables de quinze crimes énormes : !• ils renient Dieu; 2» ils le blasphèment; 3° ils adorent le diable ; 4« ils lui vouent leurs enfants ; 50 ils les lui sacriBcnt ; &* ils les consacrent à Satan dès le ventre de leur mère ; 7" ils lui promettent d'attirer tous ceux qu'ils pourront h son service; 8** ils jurent le nom du
diable et s'en font honneur; 9o ils commettent des incestes ; 10° ils tuent les personnes , les font bouillir et les mangent; IN ils se nourrissent de charognes et de pendus; 12oiU font mourir les gens par le poison et par les sortilèges; 13° ils font crever le bétail; 14« ils font périr les fruits et causent la stérilité; I5« ils sont en copulation chamelle avec le diable.
» Voilà, poursuit cet auteur, quinze crimes détestables que tous les sorciers commettent en grande partie , le moindre desquels mérite la mort exquise. i>
Plusieurs de ces faits méritent sans doute la rigueur dont la loi les frappe, abstraction faite du cas de sorcellerie. Mais n'en est-il pas envers qui la peine de mort est tant soit peu dure , fussent-ils liés au cas de sorcellerie. Par exemple , faut-il tuer un homme parce qu'il a fait un repas détestable , s'il n'a pas tué le bipède dont il s'est nourri?
Faut-il le tuer parce qu'avec des paroles il a cru tuer des gems , s'il n'a pas joint les paroles aux actions ? Faut-il le tuer aussi parce qu'avec des mots il croit donner la claveléc aux moutons et faire la pluie et le beaa temps? La peine de mort n'est-elle pas dore aussi contre des gens d'assez mauvais goût • pour avoir, avec un être qiiî n'est rien moini que joli comme un ange , des procédés qui ne sont dus qu'à une femme?
Les sorciers sont des fourbes ou des fous.
Livrez les fourbes à la police pour les cbitier , s'ils ont fait tort à quelqu'un par leurs fourberies; envoyez les fous à Charentcm pour les traiter , si leur folie a porté préjudice à la société ; corrigez les uns , guérissez les autres , mais ne tuez personne.
Dans les temps d'ignorance , la superstition était si forte , que des gens préyenns de sorcellerie s'en sont avoués coupables. Ils se croyaient sorciers parce qu'ils avaient voulu le devenir. Mais l'intention devaitelle être réputée pour le fait? La preuve qu'ils n'étaient pas sorciers n'était -elle pas leur présence devant le tribunal? Pourquoi s'y seraient-ils laissé entraîner s'ils avaient eu la puissance qu'on leur attribuait? Pourquoi ne recouraient-ils pas à leur art dans une circonstance où il était leur seul recours contre le danger ?
Il est étonnant que Bodin, connu d'ailleurs par des ouvrages pleins de sagesse, soit l'auteur d'un pareil acte d'accusation.
Les plus féroces et les plus stupides des hommes qui l'ont surpassé en absurdité sont