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^t le besoin d^âccaparer au profit du pouvoir les prérogatives qui restent h la liberté. Ce vice , moins intense et moins dangereux, se retrouve aussi dans les républiques : le monarque j tend sans cesse à usurper toutes les volontés et toutes les forces ; Taristocratie , paisible et n'opposant qu*une force d^inertie , oblige par son inaction même les autres pouvoirs à accroître ses privilèges et ses richesses ; la démocratie accorde au gouvernement le moins possible , afin qu'il soit obligé de faire beaucoup avec peu. Restreindre le pouvoir, n^est-ce pas accroître hi liberté?
Au premier aspect, cette divergence semble contraire k tout concert ; et cependant l'harmonie résulte de cette opposition.
Comme chacun veut gagner , et que nul ne veut perdre ; comme , pour que l'un ne trouve point de profit , il suffit que les autres ne veuillent point endurer de dommage , les intérêts de chaque corps se choquent et se détruisent pour faire place à rintérét général. La constitution demeure stable et ferme, non parce qu'on la respecte, mais parce qu'on la tire en sens opposé avec des forces égjles. Pour que ces volontés diverses puissent devenir lois de TÉtat, il faut qu*ellefl perdent ce qu'elles ont de contraire , et qu'elles s'identifient pour faire place à une volonté unanime. Or , comment peuvent-elles coïncider ? Ne faut-il pas que chaque volonté particulière renonce h. ce qu'elle a d'exclusif pour prendre un but utile à l'État tout entier?
Le grand objet des républiques est de contraindre la volonté de chaque corps du souverain à se détruire elle-même pour se confoadre dans une volonté nationale. Il faut pour cela qu'elles se trouvent balancées par une volonté égale et contraire , et que la puissance ne puisse naître que de ces ;rolontés opposées, fondues dani une volonté unanime. Par cette heureuse combinaison du pouvoir , la loi ne peut avoir d'objet que le bien public ; par elle, Tharmonie des corps du souverain résulte de leur opposition , et leur paix continue de leur guerre perpétuelle.
Si l'un des corps du souverain détruit à son profit ce balancement du pouvoir , la république est menacée , la paix troublée et l'ordre détruit. Quand les décemvirs usurpèrent une partie de la puissance du peuple et de celle du sénat , il fallut la révolte suscitée par le meurtre de Virginie pour réta-
blir l'équilibre. Lorsque Tarquhi augmente les prérogatives de la monarchie , il fallut la révolte provoquée par le meurtre de Lucrèce , pour que le poids de la royauté fût plus léger dans la balance. Les consuls étaient des rois sous un autre nom : le sénat leur enleva la plupart de leurs privilèges. Le sénat à son tour voulut hériter des immunités de la monarchie : il fallut des tribuns , des rébellions et du sang pour conserver les liberlés populaires. Plus tard , clans des jours de gloire et de corruption , Marins assujettit le sénat au peuple; Sjrlla , le peuple au sénat; Octave, le sénat et le peuple au despotisme.
Mais où était alors la république? La force et la ruse dictaient la loi, et ToWéissance n'était plus d'obligation , mais de nécessité. La liberté dérive du droit de tous les corps de l'État d'assister au souverain , et d'y défendre leurs immunités avec une puissance égale. Otei ce droit à Tun , il n'a plutf le pouvoir nécessaire àî sa défense , il n'est plus membre du souverain ; U est sujet. L'opposition seule peut maintenir l'harmome. Le balance est en équilibre , paVce que chaque corps est placé dans chaque bassin avec on poids égal. Diminuez l'un , le levier penche du côté opposé ; enfevez celui-ci , celui-Iï emporte toute la puissance.
Ainsi que nous l'avons dit , la volonté particulière de chacun des corps du souverain a pour but d'affecter les droits du souverain tout entier, et de changer la fortne du gouvernement. Si les divers corps ne mettent en œuvre que leur puissance morale , leur lutte ne peut être nuisible ; et les forces étant égales de tout côté, elle doit toujours être infructueuse. Si le corps agresseur s'appuie sur une force physique quelconque, la légitimité cesse , l'usurpation commence , et la république disparait.
En générât, l'élément monarchique chargé du pouvoir exécutif , et dont les fonctions sont permanentes , tend avec plus de persévérance vers l'usurpation. Sa volonté une, secrbte et constante ; la possibilité d'intimider, d'acheter, de corrompre, semblent lui promettre quelque succès. Sa force n*étant jamais supérieure à celle du peuple , l'artifice et la corruption sont ses armes favorites : armes lentes , il est vrai , mais puiasantes par leur lenteur même , lorsqu'elles sont maniées avec cette dissimulation qu^on appelle prudence. Toutefois cette tendance n'est pas sans péril : elle fit chasser , dans l'intervalle d'un siècle , tons les rois de fai
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Grèce ; elle coûta Je trône aux décemvirs , aox Tarquins, à César, à Charles I'^, a Jacques II, à Gustave , à Napoléon.
Dans les républiques monarchiques , la force de Taristocratie est passive , inerte et ordinairement subordonnée au prince. Elective, elle est utile au monarque; héréditaire, à la monarchie : celle-là tient au prince et tombe avec lui ; celle-ci , h la formé du gouvernement et ne Bnit qu^avec elle. Les pairs de l'Angleterre ne prirent aucun intérêt à Jacques II , parce que la pairie n'était pas attachée au roi , mais au trône , et que le trône n^était pas menacé. Quand Taristocra* tic est en présence du pouvoir populaire seul , elle .finit par absorber la puissance ; disséminée par des mains plus nombreuses y la corruption est semée jusque dans les dernières classes des citoyens : voyez Carthage, Venise et Berne.
' La force est Tapanage de Félément démocratique ; il n'a ni cette patience qui attend, iri cette sagesse qui dirige : chacune de ses usurpations est signalée par une révolte; toutes sont promptes et violentes. Elles appartiennent à ces peuples à qui un territoire resserré permet de se réunir au premier cri, et de combattre comme un seul homme ; à ces nations corrompues qui , fatiguées de Tempirc des lois , tentent de secouer le joug légitime des autres corps de TÉtat.
L'influence de Tun des corps du souverain peut dénver de Tusurpation ou de la constitution même qui lui a donné trop* de puis • sance. Plus un corps est nombreux , plus il y a d'inégalité enti*e les membres qui le composent , et plus il est facile de le diviser et de le corrompre ; ainsi la démocratie doit être corrompue la première. Plus un corps est indivisible , possesseur de forces et de richesses superflues , et plus il doit être corrupteur : ainsi la monarchie doit usurper avec plus de facilité ; et comme Tune n*usurpe qu'à mesure que l'autre se corrompt , on peut dire que les envahissements 4u monarque sont en raison directe de la dépravation du peuple , et que l'un ne gagne en pouvoir qu'autant que l'autre perd en vertu.
Mais que l'usurpation ait une source constitutionnelle ou arbitraire , il importe peu, quoique l'une soit légitime et l'autre criminelle. Si le peuple s'est attribué peu de liberté , sa vertu n'en pouvait supporter davantage. S'il la l&isse usurper , c'est qu'il n*u pas la vertu de la défendre. La force est
dans ses mains , et il a toujours la puissance de changer la forme de l'État , dès qu'il en a la volonté. La liberté trouve invinciblement à se faire, jour quand le peuple est digne d'elle ; quand il l'aime assez pour la chercher à travers les périls , et pour ne pas lui préférer un esclavage tranquille. Les publicistes, ennemis de la servitude, déclament avec violence contre les usurpations des princes ; s'ils creusaient plus profondément daus le cœur humain , ils ver- .
raient naître l'esclavage de la corruption des peuples. Quand les citoyens vendent leur voix aux sénateurs , quand les sénateurs vendent leur conscience au prince , que tous vevlent commander, qu'aucun ne veut obéir ; que la corruption se livre en un demi-siècle à Marins , à Sylla , à Catilina , à Crassus , à Pompée, à César, à Octave , à Lépide , à Antoine, que peut la haute vertu de Caton, le sublime courage de Brutus?
Que feraient l'immoralité publique , Tégoïsme général dans une licence sans frein?
Tibère, le fourbe , l'odieux Tibère, n'eslil pas alors -un bienfait pour le genre humain?
Que pouvaient la véhémente éloquence de Démosthène , l'austère patriotisme de Phocion sur ces Athéniens dégénérés qui vendaient la patrie à Philippe , qui la vendaient à Alexandre, qai la vendaient à tous les soldats de ce conquérant devenus roi à sa mort?
Qui ne voit qu'alors la république n'existait plus ; qu'au milieu de tous les vices efi'rënés, la main qui les contient et les enchaîne est encore un bonheur?
.Toutefois , dans leur désordre même , les républiques sont préférables à tous les gouvernements simples ; les révolutions s'y accomplissent avec moins d'excès et de violence ; elles sont plutôt l'ouvrage de l'opinion que de l'action , d'une force morale que d'une force physique , de la tête que du bras.
Cette vitalité des républiques, ce principe qui dirige chacun des corps du souverain , qui le pousse hors de ses limites , fait qu'une usurpation plus ou moins marquée est partout établie , et que les républiques se distinguent bien moins par la participation de tous au pouvoii , que par la prédominance de quelques-un». Ce qui suit va prouver cette vérité.
La république peut admettre deux ou trois éléments ; nous nous occuperons d'abord des États mixtes à deux principes. Le défaut d'un corps intermédiaire place ces États dans la nécessité d'une grande modc-
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ration. Ils ne peuvent convenir qu'à cens qui éprouvent le besoin d*un gouvernement pins que Tambition de gouverner. Tant que les citoyens conservent leurs mœurs, ils veulent conserver leurs ^is ; Tamour de la patrie , cette vertu conservatrice des jeunes nations , éteint leurs dissensions devant un péril public. Le peuple est libre, tant que la liberté fait son unique affaire; il est esclave , quand le moi l'emporte sur la patrie. L*époque où les deux corps du souverain , en présence Tun de lautre , n'usent de leurs droits que pour briser les entraves de leurs devoirs , arrive sitôt que la liberté n'y peut être stable et ferme.
Monarchie démocratique. Les plut an* ciens États commencèrent ainsi. Temps heureux où les peuples avaient assez d'énergie pour s'imposer des lois , et assez de prudence pour s*y soumettre ! Les livres de Moïse, d'Hésiode et d^Homère, les plus anciens manuscrits de l'Orient, les plus vieilles traditions du nouvel hémisphère , nous offrent les premières peuplades élisant un chef, un patriarche , un juge, un général, un père, un roi. ; car la royauté était réellement alors une puissance paternelle , et mon père le rèi était le titre d'honneur et d'amour dont les premières majestés eurent le bonheur d'être saluées. Patriarche vénéré d'une grande famille , le chef la gouvernait , parce qu'elle voulait être gouvernée ; et , pour conserver son indépendance , le peuple avait assez de vertu pour porter Tobcissance dans la liberté. Les mœurs qu'exige ce gouvernement pont hors de notre portée. L'histoire même de ces règnes si doux , si paisibles , ne peut que blesser les ambitions orgueilleuses et mesquines de nos siècles corrompus ; et cet âge d'or de la politique ne peut plus servir d'exemple ou de règle.
Il offre cependant un grand modèle de ce que peut la puissance usurpatrice de 1^ monarchie. Nul ne voudrait aujourd'hui d'une royauté isolée de toute force, privée de tout trésor , et placée face à face avec le peuple. Tout prince se croirait perdu , s'il n'était protégé par une arîstocratic , une armée ^ des 6nances corruptrices ; mais telle est la force envahissante du principe monarchique, que ces rois, qui n'avaient d'appuî que le peuple , parvinrent en peu de temps à dévorer toutes les libertés populaires. La Grèce, pleine de monarques au temps d'Homère, était peuplée de républiques à l'époque de Sophocle; toutes les villes, si Ton
en croit Mk^ie , furent foivé^ de se ipnlever pour chasser ces pères des ualiom jfui s'étaient érigés en tyrans.
L'occident de l'Europe commença par ca heureuses royautés. A l'époque où ces peapies ravagèrent l'empire , ils offraient encore rimage d'une obéissance volontaire ei dun commandement avoué. Huns, Vaiulales , Francs , Bourguignons , GoUis , Visigoths , Lombards , Normands , tous avaieot des chefs élus k qui ils obéissaient avec su^ deur , mais aelon leurs désirs . On peut appliquer à tous ces peuples ce que Tacite s dit d'un seul : De minoribuê rebut principe
consultant f de majoribus omne$ S^dit'
plicuit tententia Jremitu aspemantur; sin placuit , Jrameas concutiunt. £t toutefois, partout cette royauté élective usurpa rhéré* dite , et partout ce pouvoir tempéré envahit le despotisme. Ce despotisme à son toar souleva toutes les haines et fit place ï 'a féodalité. A des époques plus rapprochées, toutes ces hordes de Tatars qui dévastèrent l'Asie-Mineure, la Perse , la Chine et l'Hiodoustan , étaient guidées par des chefs qoe le peuple avait élus, qu'il suivait parle seul effet de sa volonté , et des monai'chies démocratiques allèrent reconstituer tous les despotismes de l'Orient,
Aristocratie démocratique, Athènof , Csrthage , Venise , la Suisse , nous présenieni à leur naissance l'image parfaite d'un £tat aristo-démocratique. La loi était l'ouvrage du peuple et d'un sénat électif; les plus vénérables sénateurs étaient élus pour l'exécuter.
Il est difficile de rendre ce gouvernement durable , tant il exige de modération dans les deux corps de l'État. Si le peapk n'a pas assez de vertu pour comprendre qu'il n'est libre et fort que par l'obéissancet si le sénat est assez riche pour corrompre ^ si les plébéiens s'établissent seuls juges des princes , si les patriciens usurpent le droit exclusif des jugements privés , la liberté n'est plus.
Ce gouvernement peut se détendre on te resserrer : il se détend lorsque le peuple envahit le pouvoir exécutif. La volonté looveraine, tiraillée par des forces divisai perd l'unité , la force et le droit : ain«i polirent les constitutions d'Athènes , de toutes les républiques d'Italie et des petits cantons suisses. Il se resserre lorsque le sénat, se déclarant héréditaire, affecte la puissance législative. La volonté souveraine join^*!^
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à Ift force^ deyient plus ««tive et f\m énergique contre let libertés : ainsi périrent les Immunités populaires à Carthage , à Venise «t dans les cantons aristocratiques de THel- ▼étîe.
Le premier malheur arriye quand le peuple , en perdant ses mœurs républicaines , consenre son esprit de liberté , que sa corruption doit nécessairement changer en esprit dludépendance. Alors toute loi qui tend à le conserver selon la fin de son institution , est despotique ; tout pouvoir qui peut faire équilibre avec le sien , est tyrannique ; cette anarchie qu^on encense sous le titre de souveraineté du peuple en permanence , est née de la corruption.
Le second suit toujours ces belles époques historiques où les citoyens , 'fiers de Içur commerce , de leur luxe , de leurs richesses, cmblient la cité pour donner à la fortune le temps qu'ils consacraient jadis à la liberté. Le pouvoir alors tombe des mains du peu • pie ; il est recueilli par le sénat , et la république disparait, par la raison toute simple qu'il n*y avait plus de républicains.
Voilh pourquoi Carthage, Athènes, Florence , Gènes , Pîse , Pistoïe , ont vu leur Hfoerté périr par les mains du peuple ; voilà pourquoi Venise a vu son indépendance absorbée par le sénat, et pourquoi la Suisse marche vers une fin aussi déplorable. Tous ce* peuples étaient également corrompus ; mais les premiers, idol&tres de liberté ou de licence , ne regardaient la servitude qu'avec mépris. Entourés d'États despotiques « leur mépris pour les esclaves étranger^ les préserva de Tesclavage intérieur.
Athènes fait périr Phocion, Carthage veut livrer Annibal , les republiques italiennes multiplient les tortures contre les Guelfes , en haine des formes aristocratiques. Les autres peuples , entourés de monarchies d'où ils tiraient leurs richesses , se corrompirent à leur exemple. Venise leur demandait de l'or, la Suisse leur donne ses soldats à.jiourrir ; et c*est déjà se façonner des fers domestiques que se familiariser avec les fers étrangers. *
Cette petite république de Genève, la seule peut-être où la religion ait fondé la liberté , subsiste , protégée par Tesprit de résistance dont Calvin l'imprégna ; et la cité de Rousseau pourrait longuement encore jouir de sa liberté , si de petites coteries aristocratiques ne s'opposaient au rétablissement d'un équilibre entre les conseils
qui pât rendre k chacun ses immunités premières. Je n*ai rien à dire de cette chétive république de Saint- Marin , que ne put troubler cet Albéroni , qui avait bouleversé TEspagne : de pareils Élats , qui vivent de tolérance , ne sauraient servir de règle.
Monarchie ainstaeratique. Les despotisme est un efiroyable gouvernement qui remplace la «loi par la force ; l'oligarchie , pire que le despotisme , a le funeste malheur de multiplier les despotes. Qu'est donc un peuple asservi h ce double joug ; et que dire du gouvernement féodal, monstre politique qui eiU épouvanté Thumanité dans des siècles moins stupides que ceux qui le virent naître ? Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avOrfs dit S l'article FéoDALiré. Observons seulement que, pour se délivrer de cette monstruosité , la Suëde a recours à là guerre civile ; le Danemarck , au pouvoir absolu ; la Suisse, h la révolte; la Hollande et la Flandre, h l'insurrection ; TAngleterre , la France, la Hongrie, la Boliéme , l'Espagne même et le Portugal , h ces discordes intestines , dont les Guelfes et les Gibelins ont laissé le long et funeste modèle.
Partout ces Jidèles qui suivaient les rois pour leur part du butin, ces Uudes qui obéissaient pour obtenir leur part des bénéfices , ces vassaux devenus seigneurs de leurs^^, se h&tèrent de fausser leur foi , et de ne rtleuerque de Dieu et de leur épée. Partout ils voulurent lutter contre la monarchie qui les absorba, et qui partout devint absolue lorsqu'elle ne fut plus pressée dans les étreintes féodales. En Allemagne , les possesseurs des grands fiefs se liguèrent entre eux , ne s'isolèrent pas du peuple , n'établirent pas Tesclavage civil , adoucirent même l'esclavage politique. Par \k , les empereurs se trouvèrent constamment dans leur dépendance , et ces fiefs devinrent des royaumes.
En Angleterre , les hauts barons se liguèrent avec le peuple ; il réparèrent la défaite de Harold ; ils éludèrent le despotisme de Guillaume ; ils prirent l'épée contre lé roi Jean. Ce prince ayant frappé trop fort sur resclatage , en fit jaillir la liberté.
Lorsqu^on veut se rendre compte de l'état moderne des nations de l'Europe, il faut chercher quelle main a terrassé l'iiydre féodale et hérité de ses ruines.
n faut remarquer que la féodalité renverse la république : elle succède aux Champs-de- Mars et de Mai , à la Constitution gothique d'Italie et d^Espagne , dont Martinez Marina
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vient de réunir les lambeaaz , Siuxjors d^Àmgon , que Llorente a coUigés. A son tour , la féodalité succombe pour faire place aux gouvernements représentatifs. Les nations parcourent un cercle ; elles reviennent sans cesse au point de départ.
Dans les républiques où la monarchie, Taristocratie et la démocratie se partagent la souveraineté , Tétat de guerre est moins imminent; mais la prédominance de Tun des principes est également marquée.
Dèmoctatie prédominante. Le sénat et le peuple romain s^aperçurent que la puissance royale, dont les consuls avaient hérité , dévorait les privilèges du patriciat et ^s libertés de la nation ; le consulat fut démembré, la prédominance monarchique disparut.
Le peuple fut assez aveugle pour remettre au sénat toutes les prérogatives royales. Alors l'aristocratie prédomina ; et les Romains , effrayés de n'avoir que changé de maitres , en appelèrent à la révolte. Pour les apaiser , on leur députa un vieux consulaire , le premier qui eût obtenu les honneurs du -triomphe , honorable citoyen qui vécut dans la gloire et qui mourut dans Tindigence , tellement vénéré, qu'à sa mort le peuple slmposa volontairement pour fournir à sa pompe funèbre et à Tentretien de sa famille. Les rhéteurs vantent chaque jour, dans les écoles , l'éloquence et Tapologue d* A grippa calmant les dissensions romaines. Un publiciste n'y voit que les concessions arrachées au sénat par la violence. Toutes les dettes furent éteintes , le tribunat fut créé, le mont où la révolte avait éclaté reçut le titre àe. sacré, les lois qui avaient organisé le tribunat furent nommées sa^^ crées, la personne des tribuns fut déclarée sacrée. Le peuple emporta la balance , la démocratie fut prédominante ; et, devenue la plus forte , c'est elle qui imprimait la vie et le mouvement au corps politique. Le malheur des Romains naquit de ces violences qui firent tour à tour triompher les trois corps de l'État. Ils s'affermirent par des victoires, et non par de paisibles conventions.
De là , ce défaut d'équilibre , ces guerres intestines, ces révoltes, ces ruses poucagran* dir ou détruire la liberté. Rome eût péri , si la guerre, but unique de cette grande nation , n'avait contraint les discordes domestiques de céder au besoin d'attaquer ou de repousser les ennemis extérieurs.
Rome nous a prouve' qu'à la naissance des États, lorsque les mœurs sont dans leur
force native , l'élément démocratique peut être prédominant sans danger ; il sent qu'il a les vertus du commandement et de robéiisance , et il ne cherche à bien commiiider que pour pouvoir mieux obéir ; il excelle à choisir ses magistrats , il sait estimer ie> adversaires ; et cette série de grands hommes que les Romains élevèrent au contulateoest la preuve évidente. Même lorsqu'il se défend des usurpations de ses adversaires, il a toujours, dans le feu de ses dissensions ^ respecté la forme du gouvernement , tapi que la morale politique conserva sa sève et sa vigueur.
Mais lorsque les richesses introduiseot b corruption , que les privilèges penoDoels font naitre l'inégalité , le peuple qui perd ta liberté cherche une compensation dans la licence. Ne pouvant compter sur la perpétuité de son bonheur,. il accepte tout changement quelconque' dans son état , et se livre'à tous les ambitieux dont l'audace veat troubler le pays. Il est impossible que le temps n'amène point la corruption : on a voulu la conjurer par des lois; mais que peuvent des lois contre la corruption , lorsqu'elles sont à la merci de citoyens corrompus ? De là , quelques publicistes ont pensé qu'il fallait enlever au peuple les immonitci qu'il tient de la nature , les libertés que lui assure l'état social. Insensés , qui veulent interdire au peuple l'entrée ou souverain, lorsque la souveraineté n'a été créée que pour son bonheur, lorsqu'elle ne peut exister légitimement sans sa participation'.
La démocratie prédomine dans celte belle république formée par ItTnion américaine.
C'est elle qui s'oppose à la centralisation des pouvoirs ; c'est elle qui assure à la liberté cette terre hospitalière. Sans doulc aussi , et le jour n'en est pas éloigné , elle causera la scission des états lointains et des provinces pauvres , qui préféreront leur indépendance populaire à l'ascendant qu'exercerait l'aristocratie financière des villes maritimes , et l'aristocratie gouvernementale des grandes villes de l'intérieur. Née sans les privilèges du sacerdoce et de la féodalité , cette république eût pu conserver longuement ses immunités démocratiques : cependant, formée de citoyens de la vieille Europe , aj-ant ses mœurs et ses habitudes, elle vit à sa naissance les soldats républicains chercher , par lliérédité de l'ordre de Cincinnatus , à fonder le patriciat. Mais le courageux Jcfferson, mais ce Samuel Adams,
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si jastement nommé le Caton de rAmériqae, et surtout la prévoyante circonspection du $age Washington renversèrei^t toutes les espérances. Ce que la volonté n*a pu faire , le temps le fera ; et si Ton accroît les prérogatives de la présidence, ce temps viendra avec moins de lenteur.
jfrittoemtie prédominante. Elle se divise et se corrompt comme le peuple , et n a pas comme lui cette force physique toujours prompte h défendre les droits que la constitution lui garantit. £Ue tend au despotisme comme le monarque , et, comme lui', n*a point celte volonté une , indivisible , incorruptible , cette autorité que Tarmée et les finances prêtent an prince. Sa destinée est d'être auiiliaire dans les républiques , et de se rallier au plus faible pour résister au plus fort. Le monarque veut-il envahir le pouvoir absolu? Taristocratie, craignant de voir son patriciat se changer en noblesse et ses droits politiques en titres vains , se réunit au peuple et lui prête son contre-poids sa-> lutaire. Le peuple devient-il usurpateur ?
Taristocratie se ligue avec la royauté pour écarter cette égalité démocratique qui réduit la noblesse à rien.
Lors de l'éphémère proclamation des con* stitutions de Naplés , d'Espagne, de Portugal , un grand nombre de membres des cortès firent consulter quelques publicistes français sur rutilité d'une chambre hérétMtaire. Les uns craignant les usurpations sans cesse croissantes de la pairie anglaise ; les immenses propriétés territoriales delà grandesse et du sacerdoce d'Espagne^ lln- ^ fluenoe d'un clergé dont le fanatisme incrédule maîtrise une nation superstitieuse ; la difficulté de reculer assez les privilèges pour faire place aux libertés; l'impossibilité de donnera la monarchie assez d^ascendant pour résister à une domination aristocratique établie dès loug- temps , considérèrent une chambre de pairs comme inutile et nuisible.
Les autres se déterminaient par des vues actuelles qui , sans être d'une haute portée, n'en étaient pas moins d'un grand intérêt , et Lanjuinâis leur donna Tautorité de son nom et de la publicité. Mais la plupart de ceux qui partagèrent son avis partaient d'un principe plus fixe et plus élevé dont, h l'article Rèi^olution, nous ferons l'application à l'Assemblée constituante. Il faut ici se borner h remarquer qn'un'corps intermédiaire, intéressé , par sa conservation privée , a la conservation générale , peut seul forcer les Tome 19.
querelles parlementaires à ne pas dégénérer en guerres intestines , et empêcher les for'> ces morales de se transformer en forces phy^ siqnes.
En Pologne , où les seigneurs étaient peuple et où le peuple n'était rien , diètes et diétines n'étaient que des réunions tumultueuses où le palatin menaçait da glaive , révêque de l'excommunication , où la parole s'appuyait sur la violence , et les prétentions de chacun sur le trouble public .
Ce n'est certes pas que j'ignore la tendance de l'aristocratie à devenir prédominante. En absorbant tous les emplois, les patriciens deviennent les exécuteurs des ordres légaux , et par suite pouvoir exécutif et gouvernement. L'histoire de toutes les monarchies féodales atteste celte vérité , dont l'Angleterre offre la preuve vivante :
c'est ainsi que le sénat de Sparte , de Rome et de Suède , réduisirent la royauté à une mesquine magistrature. Pour réfréner le peuple , l'aristocratie imagine partout une autorité supérieure )x la loi même : les éphores , les dictateurs , les inquisiteurs d'état, les grands justiciers, les tribunanx secrets, les cours vhémiques, ont bien moins pour objet le salut de la patrie que la sûreté des sénateurs , la haine et la crainte de la démocratie. Qu*on se rappelle VeflTroi du sénat romain , lorsqu'un consul plébéien put être appelé à la dictature.
L'aristocratie se dévore elle-mêtne pour craindre moins ses propres divisions : l'oligarchie lui convient, comme plus active, plus compacte, plus rapprochée de l'unité :
toute la noblesse de Venise avait cobcentré sa force dans le conseil des dix ; les trente mille Spartiates étaient réduits à sept cents citoyens ayant voix délibéra tive dans rassemblée à l'époque d'Agis ; encore sur ce nombre six cents étaient privés de toute propriété , et cent individus étaient les uniques maîtres de tout le territoire de Lacédémone. Ce jeune prince veut accroître le nombre des citoyens et des possesseurs de terres ; l'aristocratie se soqjève. Agis est étranglé dans un cachot , et sa mère Agésistrate est massacrée siir le corps de son fils ; et son aïeule Archidamie meurt d'un horrible supplice entre leurs deux cadavres, en s'écriant : a O mon fils ! c'est l'amour de la patrie qui nous a perdus ; puisse notre mort être utile à la liberté de Sparte ! • On voit par Ih jusqu'où l'aristocratie porte la constance
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iie acsenvabissemenU et U cruauté de ics
vengeances. u
Toutefois dans Tordre habituel, pressée cnlrc le monarque et le peuple , e»t-elle moins disposée a attaquer qu'k se défendre, à conquérir un pouvoir nouveau ({uk conserver ses vieux privilèges , à sortir du cercle qu'à y ramener les autres éléments. Amie de Tordre , parce qu'elle est Irop faible pour gagner au désordre, elle se borne h maintenir la couslitution , à détourner toutes les violations ,à faire respecter les lois d'où elle tire son existence. Aussi , dans les républiques, Taristocratie est'elle considérée comme dépositaire de toutes les prérogatives et des antiques traditions j et, sans preudre garde a la nécessité qui la contraint à être modérée, on lui tient compte de sa modération.
Il est possible ^ dans une riche monarchie, que la corruption des sénateui*s Baisse par corrompre le sénat ; que Tinlérct des individus détruise Tinlérêt du corps : ce vice .naît de l'hérédité des patriciens ; il disparait dcvaut un palricial éligible. .
M onai'chie prédominante. La présence de la monarchie dans la république effarouche aujourd'hui tous les esprits ; ils pensent qu'elle ne peut constituer seule un des corps du souverain sans que la cité soit asservie.
La jeune génération surtout qui n'a point vu les atrocités démocratiques de 1793, la pusillanimité corrompue et corruptiice de Tcpliémère et vénale aristocratie du direc- .toii'e et des conseils , attribue ses espérances tvoUipées et ^cb craintes qu'elle s'ejiagère â la seule présence de la rojauté. Un encLaijiement de destinées fatales semble, depuis la chutt;de Napoléon, justiGer cette répugmmce. La liberté promise à tous les peu-^ pics , et tout le Nord encore asservi ; ces <?oiisti tu lions conquises à Madrid, à Lisi>onnc , à Naples , à Turin , et tous les rois ligués pour conjurer ces météores d'indépendance; les troubles excités, alimentés d^ns les républiques de TAmérique-Sud pour rendre la liberté comptable du désor- «Ire qu'y trame le despotisme; cette Grèce qui veut être, en sûreté , religieuse et libre, et qui , après avoir levé Tancre au nom de la liberté , voit cet antique vaisseau du premier étal civilisé , échouer à Técueil de la monarchie; ces divisions helvétiques où la démoa*atic des petite cantons lutte égale*' ment contre l'aristocratie suisse , et les monarqucB de Te^tériçur; ces chartes accordées comme des utopies à quelques royaumes
d'outre -Rhin , el les eitojens traies ée révoltés lorsqu'ils en sollicitent Tapplieatiiw réelle; cette multitude de congrès lîberiicides; ces dragonnades contre ce qu*on appelle radicalisme, libéralisme, toléraDlîsne, comme si la langue usuelle n'avait pas astes d'injures contre les amis et les dêfenseun du pays; ce retrait opéré avec (incsse de droits solennels qu'on crut octroyés avec loyauté; les Pays-Bas considérant lears chambres comme <\ei conseîK* ministériels ; ùts écrivains stipendias par le pouvoir , conirovcrjaut chaque jour la nécessité d'engloutir le régime parlementaire dans Tabline de la prérogative; la France ayant déiàperd»
Tégalilé du vole entre les électeurs, le juiy dans les délits de la presse, la garde iiall»nale, les institutions des dépaHemcnts et des communes; enfin Ténormitédes impôts, la mulliplicité des emplois, la quotité des salaires : celle esquisse d'un tableau qui deufandcrait un pinceau plus sûr et des cmtleurs plus sombres , jette la dcliance dans louti^s les auies; et dans cette anxiélé p«hlique , la jeunesse , avec la candeur et i'effervesccoce de son fige , passe m pidemeot du soupçon à Talarmo, et de la crainte à la huiue.
Mais enlever la monarchie , c'est défendre les ressorts du gouvernement ; c'est lui faire penlre son activité; c'est aflaiblir la Aslion. Placer, par une volonté unanime , toutes les forces dans les mains done volonté unique , n'est-ce pas les réanîr , les augmenter par leur union , rendre leur direction plus facile , leur action plus sûre et plus prompte, leur énergie plus salutaire?
N'est-ce pas em])êcher les divisions d'un corps à plu^eurs tètes , qui perd à parler le temps destiné ï, agir; qui se divise dans le péril , &u moment où le salut ne peut naître que du concert ? Dans les tenaps de crise , les Romains n'avaient-ils pas un dictatenr?
Dans la guciTe, le consul n'était- il pas an monarque ? Les Etats Unis , où les répuhli« cains accordèrent si peu aux fédéralistes , o« ils revendiquaient dans tonte son intégrité U liberté religieuse, politique et civile, n'ontils pas conservé la monarchie sous le titre de présidence?
Les monarchies actuelles' sont égaleoeat administrées, également aguerries , également fortes: diviser la puissance de l'Étal en haine de la monardiie , en présence d'ennemis constamment armés, c^est détendre tons les ressorts du gouverncmenlj çtU cnialc
REQU
IXBSE
cl*iiDe domioalion intértenre doit-elle livrer un pajrs k la merci de ]*étranger ? La monarcliie.,il est vrai, est constamment usurpatrice; mais tant que la formedeTÉlat subsiste, tant r|ae la constitution dure, rien u*est désespéré. Un excèf de faiblesse suit nn e%ch$ de ibrce , et dans ces paroxismes politiques il est facile de regagner ce qu*on a perdu.
Un grand avantage des républiques monarcbiques consiste h. proportionner le degré de liberté qu'elle^ donnent au degré de vertu de ceux qui reçoivent. L^étendue de la prérogative est en raison directe de retendue de la corruption. La monarcbie ▼ent-elle usurper les immunités du peuple ?
La Pologne a des princes électifs , les États- Unis des pi'ésidents temporaires. La monarchie a-t-e)le trop muiliplié' et rétribué les emplois? Sparte attribue une partie de ce privilège au sénat, Rome au sénat et au peuple, TAuglcterre aux hauts barons, la Pologne aux palatins. La raonarcUie prodigue -t-elle les finances à intimider, k diviser, à corrompre? Le vote de Tirapôt est annuel , la spécialité est établie , des eommissaires sont nomrmés pwir qu^aucune somme ne sorte du trésor , à Rome , saus Taveu du sén<it ; à Lor.dres, saus le vote des communes. La moniirchie peut-elle mésuser do la force publique coiUre la paix ou la liberté du pays ? La constitution interdit au monarque les déclarations de guerre et les traités de paix ; elle refuse des armes et un salaire aux mercenaires élraEkgers ; elle confie la défense de TÉtat aux seuls citoyens f et, craignant encore leur corruption, elle borne le temps de leur service. *
Cest ainsi que les États mixtes, par une snge pondération des pouvoirs , reculent répoqûe des usurpations ; que tous les corps se balancent sans se choquer, et que l'harmonie naît de celle force égale et contraire qui les atltire et les repousse.
On se demande comment celte harmonie peut s'établira perpétuité? comment cet esprit d''usurpaltou peut être à jamuis détruit? Kes auteurs de constitutions pensent tous avoir atteint ce but; mais qnel'esprit assez profond a pénétré tous les replis du coeur de l'homme , a sondé toutes les sinuosités du corps politique? J. P. PAcès.
* R£QU£NO Y VIVES ( ViKCErr ) , sa- Tant jésuite espagnol, membre de TAcadéntie des sciences d'Aragon , né k Calatrabo en 1743, mort h Tivoli en 18Uy rlaissé :
Saggia $tU' fùtabiiùnento ddl' aniiea arte
de'grècie de' romani pktoii, Venise, 1784, in-4o, réimprimé à Parme, 1787, 2 vol. in-8o, et plusieurs autres ouvrages iialiens.
* REQUESENS ( Louis de ZUNIG A Y ), grand-commandeur de Caslille , et l'un des plus braves capitaines espagnols du IG» siècle , signala plusieurs fois sa valeur soUs D. Juan d'Autriche, qu'il suivit dans son expédition contre les Turcs. Il passa snccessivement ensuite du gouvernement do Milanez, à celui des Pays-Bas , où son prédécesseur, le duc d'Albe , avait allumé la guerre par son injustice et ses cruautés.
Obligé de continuer cette guerre désastreuse , et n'ayant pu calmer ni la révolte des habitants , ni Thisubordination des troupes espagnoles, qui ravageaient te pays par leurs brigandage) \ Requesens mourut à Bruxelles eu 1576, d'une lièvre violente c[\\^ lui avait occasionée l'embarras de sa sîtua>tion ; et les malbeureuses provinces dans le gonvernemeot desquelles il eut D. Jnan pour siiccesseor, demeurèrent alors dans la plus afifreuse anarchie.
* REQUIER (Jeau-Bapt.), littéralenr, né en Provence en 1715, mort en 1799, avait débuté dans la carrière des lettres par une ode snr la convalescence de Louis XV, qui hti mérita un accessit à l'Académie de Marseille. Il fut cbargé ensnite de la traduction des Mémoires sea*ets de Villorio Siri , don!
il a laissé 24 vol. in-l2 , et a aussi <lonnc }^ traduction du Mercure du mtune auteur, en 18 vol. iB-I8 , et beaucoup d'autres ouvrages, dont on trouve la liste dans I»
France liuéraire de Ersch.
REQUIN. Tores PomOHS.
RliQUISITOlRE. Forez Accosattow ,
InSTBVCTIOR CRIMIIf KLLE (Code O'), MlNISTÂOM
pcBuc, Peikes et PnocinoaB.
* RESENDE (LucTUs AwDRiÉ) , le restaurateur des lettres dairs le Portugal , né à Evora en 1198, embrassa l'état ecclésiastique , et s'appliqua avec tant de succès ^ rétudedes langues, à celles delà littérature ancienne et de la théologie , qu'il se fit de bonne heure une grande réputation , nonseulement dans sa patrie , mais dans les diverses contrées qu'il parcourut pour étendre ses connaissances. De retour en Portugal , il ydevint gouverneur des infants, travailla avec ardeur à la réforme des études dans le royaume, et ouvrit lui-même une école, d^où sont sortis des savante et des littérateurs distingués. 11 mourut en 1573, laissant plusieurs ouvrages hi^onqocs fort estimés,
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et des poésies qai eurent dans leur temps beaucoup de succès. Les OEuures de Resende ont été réunies à Cologne en 1600 , 2yol. in-8o , à l'exception des écrits suivants : de verborum coujugatione Comment. , Lisbonne , 1540 , in-4o ; f^ida do infante D.
Duarte, ibid., 1789, in-8», publié par T Académie de Lisbonne. — Rbsbndb ( Garde de) , bis toriogra plie du Portugal, est auteur d^une vie du roi Jean II , suivie de celle de l*iufaute Béatrix de Savoie , et de quelques autres pièces j Evora , 1554 ; réimprimée plu- . sieurs fois à Lbbonne, enti*e autres en 1622, in-folio.
* RESENIUS (Pibrbb), savant et laborieux écrivain , professeur en morale et en jurisprudence à Copenhague, où il mourut en 1688 , à l'âge de 63 ans , a publié deux edda (recueil de poésie) des Islandais ; Copenhague , 1665-73 , 4 parties in-4o , dont Mallet a donné une traduction françabe.
RÉSINE. ( Technologie. ) On peut dire qu'en général une résine est une huile végétale , volatile , épaissie à Tair. Cet épaississement est dû à la perte d'une grande portion de son hydrogène et à l'absorption d'une petite partie d'oxigène. On dislingue plusieurs espèces de résines : les unes sont coulantes , d'autres sèches et cassantes ; il j en a de jaunes, de rouges, de brunes. Le poids spèciBque de l'eau étant 10,000, celui des résines varie de 10,452 à 12,289. La plupart des résines sont insipides et ont peu d'odeur , à moins qu^elles ne soient échauffées; elles ont toutes la propriété d'être électriques par le frottement.
Nous allons donner une idée suffisante des procédés employés pour extraire les diverses résines récoltées sur le territoire de la France.
La térébenthine est fournie par le pin , qu'on ne commence à exploiter que lorsqu'il a atteint l'âge de trente ans. On commence par faire au pied de l'arbre avec une hache construite exprès, une entaille d'uu centimètre et demi de large sur huit centimètres • de hauteur ; on renouvelle ces entailles une ou deux fois la semaine au plus , en s'élevant toujours. Au bout de quatre ans , la hauteur de l'entaille est de huit à neuf pieds, environ trois mètres.
Lorsque l'entaille est parvenue h cette élévation, on en commence une autre du côté opposé , et successivement tant qu'il reste de l'écorce. L'entaille 'abandonnée se ferme dans l'intervalle , et lorsque l'arbre a
eu des entailles tout autour , on en recommence de nouvelles sur le bord de celles qoi sont fermées : de sorte qu'un arbre qui k trouve sur un bon sol , et qui est hien ménagé dans l'exploitation , dure et prodoit des matières pendant cent ans. On commence la récolte au mois de février, ooU termine en octobre.
Au bas de l'incision , on pratique dam la terre un petit creux bien solide. Ce créai sert de récipient pour la résine qui décooie. Il se remplit ordinairement tous les inoii.
dès que les chaleurs commencent à r^nv. On la nomme téréhitnthine brute oa risine molle; elle a une couleur laiteuse.
. L'hiver , on récolte le galipot, qui est 1* même matière figée pendant Tété, sur la surface de l'incision , et y formant one croûte d'environ trois centimètres d'épai»seur , qu'on enlève avec un fer trancbaot courbé, large de sept eentimètres, attaché à un manche de bois assez long pour atteindre au haut de l'incision. On reçoit la matière sur une toile mouillée qa'oi étend an pied de l'arbre ; on la met en masse sous des- hangars , pour la purifier de même que la térébenthine , et en séparer les corps étrangers.
La purification de la térébenthine se fait de deux manières : 1» on met troii ceoti livres de matière dans une 'chavdike de cuivre montée sur un fourneau ; ob cbsofs à petit feu , et lorsqu'elle est paifeitement liquide, on la passe sur un filtre en paille fait expi'ès , placé sur une cuve. Le clair qui a une couleur dorée , lorsqu'il est fro'iil, coule dans la cuve , et sert , soit 3i faire des envois , soit à en extraire l'huile essentieUe.
2o On emploie pour filtre une grande caisse carrée de deux mètres et demi de cûté, dont le fond est percé de petits trow; on le place sur un réservoir également et planches , mais sans trous. On remplit le filtre de huit pouces de matière , les dens tiers de la hauteur des bords ; on l'expose a l'ardeur du soleil pendant toute la journée.
A mesure que le soleil l'écbauffc , la térébenthine se liquéfie , et tombe par les pelHi trous dans le récipient ; les corps étraugcn restent dans le filtre. La térébenthine purifiée par ce procédé est beaucoup pins dorée que la précédente , plus liquide et beaucoup plus estimée.
BuiU etientielU de térébenthine. La matière purifiée , comme nous vmons de le dire, est placée dans un aUmbtc ordinaire.
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capable d*eii contenir detu cent cinquante liyre* , rempli aux trois quarts. Un récipient est placé sous le bec du serpentin , et Von chauffe doucement d'abord pour liquéfier la matière, et Ton pousse jusqu'^ l'ébullition; on entretient la même clialeur jusqu'à ce qu'il ne coule plus rien. L'on obtient de cette distillation trente kilogrammes dliuile essentielle.
Le résidu de la distillation se relire, pendant qu'il est encore très-chaud et liquide , dans une auge qu'on place au-dessous ; de là on le yerse dans des moules. Cest ce qo^on appelle brai sec ou colopliane.
' Le galipot se puriQe exactement comme la térébenthine; on emploie le filtre de paille, et Ton suit le premier des deux procédés.
Comme il n'est pas dépourvu de son bulle es* sentielle , il conserve une consistance grasse ; on le nomme poix Jaune ou pois de Bourgogne. Lerobmàkd et Mbllbt.
RÉSISTANCE. ( Mécanique, ) Toutes les fois que les forces s*exercent à produire le mouvement dans un système , elles ne s'y transmettent pas en totalité : il existe des obstacles qui détruisent une partie plus ou moins notable de ces 'puissances. Ces pertes sont dues h ce qu'on appelle des résistances» Il en est de plusieurs espèces , selon les conditions d'action des forces et de disposition du système ; telles sont le frottement , la cohésion , les milieux où le mouvement s'opère, la fle^iion des cordes ou des chaînes, rélastlcilé des matières , etc. , etc. Il en résulte que lorsqu'une force agit sur une mai chine , l'eSet qu'elle produit , le .travail qu'elle exécute, ne sont le plus souvent que les trois quarts, ou même beaucoup moins encore, de ce que la même force aurait donné , si l'on eût pu l'appliquer directement , et sans le secours de cel agent. Par exemple , la meilleure roue hydraulique ne peut remonter au niveau du cours d'eau qui la fait tourner que les trois quarts au plus du volume d'eau écoulée, ou faire un travail équivalent à cette quantité. Les frottements de l'axe de la roue sur les tourillons , ceux de la pompe qui remonte l'eau , la partie du fluide qui se perd sans produire d'effet , la vitesse qu'il conserve encore au bas de la roue , l'obstacle qu'oppose l'eau inférieure au passage de la roue ou à celui de l'eau , etc. , dissipent donc environ le quart de la puissance motrice.
Ce n'est pas à dire pour cela que les machines soient nubibles eu général ; car sou-
Tcnt , sans leur secours , on ne pourrait rien faire, et même elles donnent aux puissances une facilité d'action qui , sous certaines conditions , accroissent l'effet utile. Où en serait-on , si l'on était privé du levier pour mouvoir des masses considérables , du plan incliné, du treuil , pour les élever , etc. ? 11 est reconnu qu'un manœuvre qui veut élever des poids avec la maui, ne peut, dans un travail continué pendant six heures de la journée , monter que 73440 kilogrammes h un mètre de hauteur. Mais appliquez son bras à une manivelle qui serve ^ soulever les fardeaux, et il montera à un mètre 1 29600 kilogrammes en six heures , c'est-à-dire, près du double. Et même , comme la force sera appliquée d'une manière plus commode , il fatiguera moins , et pourra prolonger soQ travail pendant deux heures de plus ; ainsi ^ il élèvera chaque jour 172800 kilogrammes à un mètre, et fera deux fois un tiers plus de travail pendant huit heures.
La détermination de l'effet dort une machine est capable théoriquement,* et abstraction des résisUnces, résulte du principe des vitesses virtuelles {vojyz Mâchikxs et Vitesse). Mais Vqffet utile, c'est-à-dire le poids que la force élève à un mètre de hauteur dans un temps» donné , est très-différent du premier, parce que les résistances absorbeot une partie plus ou moins grande de la puissance. L'art de composer les ma- ' chines a pour objet, indépendamment de certaines conditions spéciales , de perdre le moins possible d'effet, et défaire, autant qu'il convient aux circonstances données , le sacriGce de la vitesse au poids , ou réciproquement, car l'une ne s'accroît jamais qu'aux dépens de l'autre.
Il serait impossible d'exposer ici la théorie des résistances j ce champ serait beaucoup trop vaste pour l'étendue que nous devons y consacrer. Nous nous contenterons d'énoncer quelques théorèmes fondamentaux , renvoyant pour le surplus aux ouvrages spéciaux, tels que les Mémoires de Coulomb, de MM. deProny, Maynicl j l'jlrchitecture hydrtiulitiue, de Bélidor, avec des notes de M. Navier j la Science de l'ingénieur , du même , etc.
lo Le frottement est proportionnel à la pression. (Tout ce qui se rapporte à ce sujet a été exposé à l'article Frottemkwt. )
2o La cohésion est proportionnelle aux surfaces de contact.
3o Lo frottement ne dépend ni de Téten-
RÉSO
ftÉSO
due des sarfaces firottantes , ni de U vitesse du mouyemeat.
4o La résislauce des milieux est généralemeot proporlioanelle au carré de la vitesse, à la densité du fluide où le mouvement a lieu , à la surface plane sur laquelle le dioc du fluide s'exerce perpendiculairement; elle est en raison inverse de la masse du mobile.
{F'ojrez ma Mécanique , n» 315.)
5o La perte de force diius Temploi d^une machine est d'aulaût plus considérable, que le mouvement éprouve des chocs plus forts, ou des changements brusques de direction.
6« La raideur des cordes produit une augmenlaliou du bras de levier du poids P à
mouvoir, laquelle est évaluée h D« f 6-4-- J ;
D est )e diamètre de la corde a et 6 des eonstantes qui dépendent de sa constitution, et n un exposant qui varie de 1 , 7 à 1 , 8.
{f^ojrez Tovrage cité, n» 140.)
7o La résistance des cordes k être rompues par les poids quelles supportent est , en kilogrammes , = 4 D* , D étant le diamètre de la corde en millimètres; mais le résultat est souvent trop fort ou trop faible d*iin cinquième.
Frahcoeur.
RÉSISTANCE. ( Polilîque, ) A Parlicle PaéttOGATivB, nous avons traité de la résistance dans les gouvernements constitutionnels ; au mot RivoLOTioir , nous traiterons de la résistance dans les États absolus.
Faces.
* RESNEL DU BELLAY ( Jbaw-Frahçois du) , abbé de Sept-Funlaines , membre de TAcadémie française et de celle des inscriptions , né à Rouen en 1692, mort à Paris en 1761, s'est fait connaître par ses traductions en vers des Essais sur la critïcfue et sur l'homme y de Pope, publiées en 1730 et 1737.
On a encore de lui un panégyrique de St' Louis, et divers mémoifes dans le recueil de TAcadcmie des inscriptions.
* RESNIER (N.), né vers 1757, mort en 1807, fut successivement sous-bibliothécaire
. de la bibliothèque Mazarine, envojré de la république française à Genève, puis archiviste des relations extérieures^ et enfin membre du sénat conservateur en 1800. 11 avait été pendant long-temps Tun des ré> dacteurs du Moniteur,