‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 123 sur 135 · B£ST · texte numérisé non relu

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• RE5TAURAN0 (Batkokd) , médecin, péà Pont-Saijit-Ësprit ,dans le X^nguedoc,.

jeu 17e siècle, exerça son art avec succès à Nîmes , et publia plusieurs écrits où peree un respect aveugle et servile pour les décisions d'Hippocrate. Outre des Iraduclions française et latine de quelque -uns des traites de ce père de la médecine, on cite de Restaurand : Monaixhia microcosmi , Orange, 1657, in-4oj Fi^ulus, excitât, med»

4e principiis Jœtus , Ibid. , in-Ç» ; enfin le Magnus Hippooraiet Cous vediyifutt Lyon, 1681 , in-12 , dont Haller parle avec éloge.

RESTAURATION. ( Politique, ) Rétablissement d'une dynastie dans un empire d où elle a été chassée par une révolution.

Nous verrons ailleurs que les révolutions sont la destruction d'un état social existant. /Si les personnes tombeqt avec les choses ', c'est que , incorporées dès long-temps avec ces choses , elles refusent de s'en détacher. C*est ainsi que des architectes placés au sommet d*une vieille tour qui s'écroule , périssent dans ses ruines.

Les révolutions sont ennemies des choses matérielles ; le personnel ne leur importe guère. \^h% que Thomme se sépare de ses usurpations , il cesse d'être adversaire. Elles uç naissent pas des inimitiés , mais des besoins.

Aussi lorsqu'elle a fait table rase, la révolution ouvre avec joie les portes de la patrie. 11 sulfit d'abdiquer le vieil ordçe social et des'aflilier au nouveau, pour. arriver à une ailoptiun nouvelle. Lu protectorat d'Angleterre rappela tous les royalistes qui de leur personne n'étaient pas attachés à la personne des Sluaris. La république, le consultât, l'empire accuciilircut tous les émigrés qui voulurent répudier les Bourbons.

Ainsi fuit la politique. Lu morale , plus sévère , verrait je ne sais quelle trahison honteuse dans ces transfuges de lusiirpationqui s'enfuient avec la légitimité, et qui plus tard désertent la légitimité pour retourner à l'usurpation.. Ils quiilcnt l'uue duns le péril , Tautrc dan^ liui'orlune. Mais la morale traite des hommes comme ils doivent être ; la politique , des hommes comme ils sont :

indulgente pour les apostasies dont elle profite , elle pardonne à l'espèce humaine de fuir la faiblesse pour la force , et de répudier le mallieur pouir s'attacher à la prospérité.

Les princes' même, tombes du tr))ne,

frappés par les calamités publiques , éclairés par leur propre infortune , finissent par , voir la volonté d*iin peuple entier entre Tordre ancien et Tordre nouveau; et entre eux et le trône , un échafaud teint du sao| royal : ils s'éloignent alors des tradiliooi qui les ont perdus , de l'éducation qui les a trahis, ils se façonnent aux innovations} ^ l'ambition et l'exil les contraignent d'adopter ces principes de liberté qui causèreol leur chnte , et qui peuvent encore relever leur splendeur.

De ce moment , une restauration devient possible. Lorsque Charles II eut considért la révolution d'Angleterre comme un fait «ccopapli, qu'il eut promu de respecter Tordre politique qu'elle avait fondé, et que le peuple put croire à sa pa^^ie, la questiop devint simple et facile ^ résoudre. On dut examiner si la maison de» Stuarts tUiée à toutes les maisons royales et protégée p»r elles , si ses vieilles racines populaires , si la longue habitude réciproque de Tobéisssnce et du commandement , si le nœud qui rattachait entre elles toutes les traditions nationales, le passé au présent, le présent à raveoir, n'oflraient pas à la Grande Bretagne de pU»s fortes garanties d'ordre, de paix, d'indépendance et de prospérité que la famillfl àA Cromwell , déjà destituée de ce qui fit «a force et sa popularité. Olivier fut l homme de la révolution anglaise 5 son génie avait tracé la roule , son bras avait aplani le chemin. On lui devait le triomphe des id^e»

nouvelles , la prospérité maritime, commerciale , manufactui'ière , et cette haoleur insulaire qni imprima le respect de l'usurpation à toutes les légitimités du contine»!- Mais Olivier n'était plus. Richard , donll« qualités passives eussent pu sufiire a en prince légitime , n'avait pas le» bras asso forts pour réunir en faisceau les éléments contraires delà révolution. Dès-lors la question élait résolue. Charles H remonte en triomphe sur ce trône, doù son pèreét*' tombé sur Técliafaud.

La révolution française se lève coniBie un géant au sein de l'Europe étonnée. Du Ta?

à la Moscowa, d'Anvers aux Pyraniidci.

elle promène ce drapeau tricolore , symbole de notre rénovation, ces aigle» impériales, emblèmes de notre grandeur, la terreur»

nos armes et la gloire de notre nom. bofc politiques, civiles, criminelle»,magistraUin:i odministration, armée, sacerdoce, noble***' génération même , tout est renouvelé, l^

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itamrljonn tirent tout consoîUmé. Fait» ac- I «omplU , ordre établi , lois existantes , faotinetffs conquis , ils adofrtèrcnt tout, ils promirent de tout roainrenir. Quoi de plus simple alors que leur retour? Alors , selon llicureuse expression de M< le comte d'At'^ lois, • la restaoralion n'était qu'un Français de plus • .

En Angleterre , où n'eût pu la tenter sans violence kous le proteblorat d'Olivier Cromwell. Oiei nous , Napoléon vivait encore î il vivait entouré des principes « désintérêts, des hommes de la révolution j du sacerdoce, qui avait porté la plus basse flatterie sur la chaire de vérité; de Témigration, qui , transfuge de la légilimild proscrite, formait la brillante domesticité de l'usurpation cou^ ronnée; de Tarmée, qui voyait, dans le grand capitaine, la plus haute renommée des temps historiques ; il vivait enfin au faite de sa puissance et de tn gloire ; et débout sur le trdne, avec son génie et son épce, il fallut KEnrope entière , et l'inclémence des saisons , et la félonie de ses alliés, et la trabièon de ses créatures , pour ébranler ce gigantesque pouvoir. Le colosse toînbe, et la restauration s'accomplit d'elle-même.

Au premier aspect , les restaurations semblent même -nécessaires. Elles s'oflTrcnt à plusieurs comme un moyen unique et facile ile légitimer les faits consommés. Nos idées stii* la souvei*aijieté sont obscures , et par \h même mystérieuses. Les peuples se figurent que les rois contre lesquels une révolution s'élève, la consacrent par leur retour. Pépin, <yui saava la France ; Charles-Martel, qui sauva la chrétienté ; Charlemague, qui sauva le catholicisme, ne purent qu'à peine désense^guer aux Français les enfants de Clovis.

De Robert-le Fort à Hugues-le-Blanc, on e^aie en vain de leur désapprendre Tobéissadce qu'ils ont vôuce aux Carlovingiéns; et l'usurpateur Hugues Capet laisse h ses •ticccsseurs soixante ansdercvolle. Les peuples aiment leurs usages, leurs traditions , leur existence coutumière. Les changer , e'est attentera celte continuité d'habitudes, à cette uniformité de vie qui forment leurs ttuKurs , leur être , leur bonheur. De là cette faicilité que trouvent toutes les restaurations, lorsque l'exaltation se calme, que la haine se lasse , que la crainte s'apaise , que le besoin dé rentrer' en soi-même se fait enfin tfentir.

Si les fils de Jacques II ne purent jamais remonter sot le trdné , c'est que leur père

aTâît vOdlu plus qu'une restàUf'àtiàn. Les révolu tioiis s'opèrent lorsque l'ordre établi , devenu intolérable au peuple, te met dans la nécessité de le bouleverser par la violence, et d^établir une forme sociale plus en harmonie avec ses besoins. Jacques II pensa qu'une restauration se composait non-seule-* ment du rétablissement de la djrnastié e»

puisée, mais encore du rétablissement des choses détruites.

Cette seconde tentative ptcnd lenom particulier de contre - révolution. Toujours étrangère^ toujours contraire aux iutéréts réels de la dynastie restaurée , elle est longtemps convoitée par les classes qui ont souf^ fert de la première catastrophe , et qui veulent reprendre ce qu'elles ont perdu dans lai révolution passée, au hasard de perdre en* core ce qui leur reste dans une révolution nouvelle.

J'ai dit que les restaurations étaient fa* elles ; il me reste à prouver que les eontrerévolulious sont impossibles; que la pensée en est téméraire, la tentative périlljuse, rissue funeste.

Faut-il tenter une contre-révolu tioû , an hasard de susciter une révolution rouvellc? E*t-»I sage de lutter corps h corps avec les révolutionnaires ? a Le nombre en est trop grand, écrit Louis XIV aux 6tuarts ; il est de la prudence, d'une juste et éclairée politique , de leur persuader qu'on n'a aucun ressenliment du passé , et qu'on l'accepte avec franchise. » — a Étudiez et respectez la constitution du pays , écrit J .cques II à son , fils ; un roi n*esl jamais en sfireté , si ses sujets ne sont contents. Ne troublez personne dans sa conscience, sa liberté , sa propriété \ qu'aucun de y os agents ne tourmente aucun citoyen. Qui veut toujours monter, finit par s'abîmer. >» Voilà ce que pensaient des contre -révolutions un roi qui les voyait de haut, un prince qui les avait vues de 'près , et qui était tombé leur victime.

La révolution anglaise avait pour objet la destruction de ce pouvoir absolu donfié à Henri VIII pour se soustraire à la tyrannie des papes , de ce despotisme protestant livré à Elisabeth potir se venger du despotisme catholique de Marie , de cet arbitraire jésuitique qne les Stuarts avaient apporté d'Ecosse. Charles I*' crut posséder de droit divin cette autocratie que l'Angleterre avait laissée à ses aïeux pour l'accomplissement de ses vengeances. Il voulut agir d'après Ces principes ; il périt sur l'échadfaad , sur le

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seuil de son palais . au pied de son tr^ne.

Le sort de ses enfants jette un si grand jour sur le sujet qui nous occupe, qu'il est impossible de n*en pas offrir le tableau.

Chassé d'Angleterre par Tassassiuat de Charles I", d'Espagne et de France par lombrageuse fierlé de Cromwell , san&asile, presque sans habits et sans pain « Charles II vit arriver h Bredales députés de la Grande- Bretagne. Il promit : il eût dû tenir ses promesses pour le propre bonheur des Stuarts ; car la prospérité de l'Angleterre s'accomplit sans eux et contre eux , parce que les peuples n'ont pas besoin des rois. Il déclare au parlement qu'il respectera ses privilèges, qu'il se conduira par ses conseils , et que leur union est si nécessaire , que Ton ne peut exister sans l'autre. Il déclare h la na- . tion qu'aucun crime quel qu'il soit, commis contre lui ou contre le roi son père, ne serait porté en justice , et qu'il ne serait fait aucun dommage h aucun Anglais dans sa vie, ses biens ou sa liberté : il promet à la cité de Londres le renouvellement de ses chartes, et de nouveaux prinléges. Ces promesses d'union et d'oubli exaltèrent l'enthousiasme du peuple h un tel degré, qu'il serait impossible de dire avec quelle ivresse la restauration fut accueillie.

Cette scène théâtrale fut tout le bonheur que les Stuarts donnèrent h leur patrie.

Charles composa son conseil des royalistes les plus aigris par les proscriptions et les confiscations; une poignée d'intrigants tourmenta tout un peuple. Les presbytériens furent livrés aux anglicans, les anglicans aux catholiques , les catholiques aux jésuites. L'ordre civil fut également troublé ; républicains , constitutionnels , modérés, royalistes simples, royalistes exaltés, cabale enfin, divisèrent le peuple par catégories. Les vengeances commencèrent: la Convention propose de proscrire , de juger.^de confisquer, d'assassiner; Charles accepte tout. Ici finit )a restauration, et la contre-révolution commence. On casse l'armée , on forme une garde royale , on convoque un nouveau parlement , et les députés , élus au moment où l'on provoquait l'exaltation des uns , la terreur des autres , portèrent jusqu'au délire la fièvre des vengeances. On crée des crimes pour trouver des coupables ; on découvre les conspirations qu'on a faites soi-même. L'acte d'uniformité jiarut enfin : Charles s'en sert contre les presbytériens-; Jacques en préserve les catholiques. On proscrit en masse

cinq mille citoyens ; les assassinats priiés s'accumulent , et l'incendie de Londres vient 4 couronner Fœuvre contre-révolutionnaire.

Les hommes peuvent éprouver une folie durable , les corps ne sont frappes que de passagères hallucinations. Le parlement voit enfin que, loin de restaurer rAngletent, il la bouleverse et la pousse h l'jbime,' Charles s'indigne , et le proroge. Le besoin d'argent amène une convocation nouvelle; le bill du test est acheté par des subsides.

Jacques épouse une catholique ;le parlement s'agite ; Charles s'effraie et le proro^.

BieQtdt il le rappelle. Charles s'aperçoit que les papistes , dont il n'osait seconder toutes les folies , se liguent avec son frère. Les jésuites, qui avaient couvert l'Écoise de pillage et de meurtres , abusent de b protection du pouvoir , et , par la prédication , le confessional , l'espionnage, de sourdes menées , poussent l'Angleterre à la guerre civile. La conspiration des catholiques éclate, les patriotes se vengent ii leor tour; Jacques s'épouvante et fuit loin d'Angleterre f les communes proposent le bill d'exclusion ; elles obtiennent de la frajear du roi cette loi célèbre d'Itabeas co/fat, qui à elle seule pouvait consoler de toutes les calamités de la restauration. Étonné de cette conquête , le roi dissout en6n ce parlement qui commença sa carrière a veefarear atroce contre la révolution , et qui la fioit avec courage contre la restauration Dcoie dont il était enfin désabusé.

. Un nouveau parlement s'^assemble f il réclame avec force le bill d'exc/usMR ; il est dissous;

Un autre parlement se réunit h Oxford.

Charles y vient à la tête d'une armée ; les députés, les pairs s'y reudent en armes. Le roi propose d'exclure la personne de &on frère ; les communes exigent l'exclusion de sa famille. La dissolution est prononcée.

Charles nage alors à pleines voiles dam l'océan de l'arbitraire. Ne |>ouvant régner par les lois , il tyrannise par le meurtre et U terreur. 11 tient à ses gages une horde de faux témoins; JcfTery es systématise les assas* sinals juridiques; la cabale, les meurtres | extim-légaux ; les prisons s'emcombreut , le* échafauds ruissellent ; Guthrye , Wcir, d'Argyle , précèdent au martyre Baxter, Russel< d'Essex , Sidney. Les plus grands hommes, les plus vertueux citoyens périssent sous k fer des bourreaux. La conspiration de fij' est le prétexte convenu d'une fureur nou-

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i^le ; la cliftrte «le la dté de Londres , les chartes des comtés , tous les titres écrits des libertés publiques sont annulés ; les gens de inen sont exclus des fonctions publiques ; le sage Locke est chassé de TuniTersité d'Oxford ; les emplois sont envahis par Tignoble ignorance , livrés à une délatrice vénalité.

Les collèges proclament la liberté impie et athée, et Charles II meurt catholique!

Jacques loi succède, et la persécution redouble. Argyle fait une descente en Ecosse, Monmouth en Angleterre , Jefferyes accroit tes crimes juridiques , le roi convoque le parlement; il ose demander des subsides; les communes refusent ; le prince les proroge. Il veut s'attribuer le pouvoir législatif et constituant; la liberté de la presse est détruite ; les jésuites, sous le nom de missionnaires , vont prêcher le droit divin ; ils pensent fanatiser les provinces , et ne trompent que quelques îmbécilles ; ils élèvent des églises , il fondent des couvents , ils s'emparent des écoles. L'arbitraire , livré jadis aux anglicans contre les presbytériens , est commis aux jésuites contre les anglicans:

Le despotisme semble près du triomphe ; il touche au cercueil.

Les évéqnes , l'armée , la flotte , le peuple, murmurent enfin , le trône chancelle. La contre -révolution a tout effrayé , tout compromis, tout frappé; et, pour abattre ce monstre, l'Angletene éprouve le besoin d'une révolution nouvelle. Jacques va périr comme son père , et le fanatisme de la liberté suivra les (races du fanatisme religieux. L'ablme est creusé;- les jésuites sont en horreur; le catholicisme est synonyme d'esclavage; les royalistes qui ont causé plus de troubles, versé plus de sang que le parti de Cromwell , sont abhorrés; et la restauration parait enfin, selon l'expression de Fox, la plus mativaise de toutes les révolutions.

Heurensement l'épreuve des révolutions était faite. Celles qui se font par la populace , qui compromettent toutes les fortunes , tontes les libertés , toutes les existences, effrayaient les pairs , les communes , le pays. Les citoyens prévoyants qui possédaient une position sociale , quelque richesse , quelque talent, et qui par \h semblent h janaais les otages et les victimes de tous les «désoixlres , conti-aints de devenir révolutionnaires par nécessité, furent, pour leur propre salut , fatalement poussés h devancer le peuple, li conjurer ces fureurs qui les eussent engloutis avec la royauté, les jésuites Tome 19.

et la contre-révolution , 2i rentrer dans h liberté religieuse , politique et civile , à se liguer avec le prince d'Orange , à chasser enfin le pouvoir absolu, sans secoUsse et sans violence. Les supériorités anglaises se réunissent, les masses demeurent spectatrices , le calme n'est pas troublé ; Guillaume parait; Jacques tombe ; c'est un Anglais de plus , un jésuite de moins ; et tout est consommé.

La restauration des Stuarts fut une véritable contre-révolution ; les Stuàrts disparurent à jamais du trAne. La révolution de Guillaume fut une véritable restauration ; elle dure encore. Le prince d'Orange luttait contre un homme; il fut vainqueur; les hommes résistent peu. Jacques luttait contre les choses ; il fut vaincu ; la force des choses est au-dessus de la puissance des rois.

Le temps présent est l'arche du Seigneur; • il renverse ce qui le touche. Je ne puis me taire de la restauration française ; je vais me hiter avec elle. L'émigratibn et les jésuites ont voulu renouveler le règne des derniers Stuarts : en 18t4 ,ils faisaient la restauration de Charles II ; en 1815, celle de Jacques II. Nous avons eu nos proscriptions , nos cours prévôtales , nos catégories , nos lois de surveillance , notre censuK , nos Brassards , nos Verdets, nos Trestalions, nos Jefferyes, nos conspirations , nos destitutiohs , nos sociétés secrètes , noire cabale, nos missionnaires et nos jésuites.

Mais nous avions la charte ; et avec elle raccord de l'empire et de la liberté. Elle seule fait la restauration tout entière ; seule, elle élève une barrière que la contre-révolution ne saurait franchir. Par elle , la révolution est un fait accompli.

Toutes les tentatives ministérielles , les regrets publics , les espérances cachées , les prédications des jésuites , les affiliations des congréganistes, Texaltalion de quelques vieux émigrés , les calculs de quelques jeunes intrigants, la vénalité de quelques journaux , les sermons de quelques prédicateurs , les mandements de quelques évéques , le bavardage de quelques procureurs-généraux , la servilité de quelques fonctionnaires , la lAcheté de quelques députés , l'appui des espions, la docilité des gendarmes, tout se brise contre la charte. Malheur aux Bourbons ! malheur à la France ! si ce beau monument de sagesse et de prévoyance ne pouTait résister à la contre -révolution ! nous verrions aussitôt se grouper tous le^^ymp-

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idmeê d'une révolution nouvelle ; et le lion rugissant de TÉcriture , quœrens quem de^ voret^ apparaîtrait encore à la ùation épouvantée.

Ce malheur est loin de nous. Un ministère qui veut gouverner, tans avoir fait Tapprcntissage du gouvernement , s*appuie sur des fonctionnaires sans influence , sur une aristocratie sans racines , sur des jésuites sans croyance. Quand ces appuis se briseront dans ses mains , force lui sera de s'appuyer sur ce qui résiste. Il verra que la peur de la contre-révolution a fait plus d'amis à la liberté , que les excès de la révolution ne lui avaient suscité d'adversaires. L'agriculture, le commerce , Tindustrie , ne peuvent vivre sans elle ; ainsi , la nation entière est libérale. Sans elle , les impôts ne peuvent se payer, le crédit ne peut vivre ; ainsi le gouvernement sera contraiut d'être libéral. Hors ' de la pairie , la noblesse n'est rien \ elle se rejette dans les trois industries pour tenir à Tariitocratie deq richesses, lorsque celle des titres s'éclipse et s'éteint. Hors des libertés gallicanes , le sacerdoce n'est qu'uue triste domesticité ; le clergé placera les libertés de l'Église sous l'égide des libertés de l'État. Dupuis 1815, calculez les conquêtes de la liberté ; l'horreur qu'en avait inspiré 1793 s'est dissipée i l'obéissance passive que nous avait commandée l'empire a disparu. Les mœurs cliaiigent avec les intérêts et les besoins. Les ennemis de la charle qui n'étaient point destitués de sagesse et de prévision , ont déjà vu , ils verront mieux encore , qu'elle seule peut maintenir la sécurité ; l'ordre , la paix , la prospérité , nécessaires aux peuples nombreux et civilisés. La seule terreur, terreur vaine , qui règne encore , est celle des contre-révolutions.

Tant que cette crainte se débattra dans le cercle électoral , c'est une affaire de chambres et de collèges; rien n'est à redouter* Les cent mille individus qui prennent part au système représentatif sont trop intéressés au maintien de l'ordre; tout sera querelle de minorités à majorités , murmures de salon , cris de cafés , amertume de pamphlets.

Si des terreurs réelles venaient s'asseoir au foyer domestique , si de sérieuses appréhensioné troublaient les intérêts , si le présent menaçait l'avenir, le monde électoral serait en émoi ; mais le péril serait encore éloigné. L'énergie des collèges, de la tribune, du scrutin, culbuterait les majorités et le minbtère , et l'abîme serait comblé.

Mais si les collèges , si les chambres s'aveaglaieul ! Ce$ corps peuvent - ils vouloir se perdre eux-mêmes? Les chambres desStuarts furent remarquables , à leur avènement, par le royalisme exalté des uns , l'avide vénalité des autres , le dévoueioaent de tons. Au bruit des vents qui signalaient les orages, une résistance inattendue, universelle, voulut mettre le trône à l'abri des tempêtes. Si Ton abandonna la dynastie , c'est qu'elle ne voulut point reculer devant Tabime. L'ami se perd avec Ta mi qui veut se perdre; les grandes «assemblées ne bravent les périls qu'avec les rois qui veulent se sauver.

Ce malheur n'est donc pas probable; mais il est possible, et cela suffit pour le prévoir. De la théorie à la réalité l'espace est immense. Qu'arriverait-il alors 7 Parti du cercle électoral , l'esprit d'hostilité gagnerait les masses populaires. Trente-deux millions d'individus ne pouvant en appeler à leur volonté , en appelleraient à leur force; et la plus effroyable des révolutions serait imminente.

S'il eu était temps encore, la royauté aurait à décider si elle veut se perdre avec le despotisme ^ comme Jacques II ; ou se sauver avec la liberté , comme les Nassau.

Les chambres débattraient dans le mystère s*il faut se sauver avec le pays, ou se perdre avec la contre-révolution. Tel fut l'état da parlement anglais ; et le parti qn'i^ prit , le monde le connaît.

Qu'arriverait-il cependant si la contrerévolution était appuyée par l'étranger? La Suisse, la Hollande, les Pays-Bas, le Portugal ont déjà répondu. Louis XIV, parent, ami, protecteur de Jacques II, le laisse tomber du trône. Les rois de l'Europe laissent périr Louis XVI. Gustave ne sait où reposer son front décpuronné. Mai» les<leux invasions de la France ! Il faudrait en dtcr tout ce qu'il y avait de haine, de crainte de Napoléon, pour savoir au vrai ce qu*il y pouvait avoir d'affiection pour les Bourboas. Voyez les conférences de ChÂtillon.

. Au premier aspect, la longanimité des peuples semble favoriser les tentatives des partisans de la contre-révolution. Pourquoi donc en effet, lorsque la contre-révolution lève ses bannières , la révolution ne«e fa4tet-elle pas de déployer ses éteodai-dsTCrott-OB cependant que cette conflagration universelle soit libre de craintes et de périls?

Est-il donné aux hommes d'allumer, saw trembler, l'incendie qui les peut consumer!

Dévorant ses ennemis et se dévorant ellc-

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B, la rérolaiion inspire, une terreur égale à ses adversaires et ii ses défenseurs. C'est un moyen de salut que Taudace n'ose embrasser que' lorsque lui manque tout autre espoir de salut. C'est la terreur d'un çraod péril qui donne aux peuples le courage de se jeter dans un antre grand péril. C'est pour se sauver d*un danger certain, innninent, que les supériorités sociales se hasardent à déchaîner le Léviathan qui peut les perdre. Ainsi l'enseigne le cœur humain ; ainsi le disent les hommes qui ont le plus profondément pénétré dans les entrailles du corps politique. Écoutons le cardinal de Retï : « L'exécration contre un gouvernement ne snffit pas pour amener les révolutions. Il est une période juste avant laquelle c'est folie de les entreprendre. S'il est des feux qui embrasent tout , ce u*est aue lors- <piils sont allumés à propos. » Écoutons Charles Fox : « C*est lorsque les maux étaient il leur comble , après cinq ans d*une excessive tyrannie, qu'éclata tout-à-coup celte liberté attaquée par la violence , par la ruse « par toute l'adresse du pouvoir. C'est au milieu du découragement général , que l'énergie éclate, et que l'Angleterre se place soudain à une hauteur de liberté où jamais ne parvint aucun peuple. » Écoutons un irrécusable témoin: a Jamais, dit Jacques II, le pabis de Withehal n'avait été plus encombré de gens nous assurant de leur fidélité. Ceux qui prodiguaient le plus de serments , prenaient une part plus active aux complots. Ceux qui jurèrent de verser leur aang passèrent les premiers h Teonemi. Tout m'endormait dans une sécurité trompeuse.

Au lever de la toile , je fus étonné, et pns au dépounm. » Monarque insensé ! il avait oublié les cris du peuple , le biU d'exclusion, sa fuite d'Angleterre , et l'abtme qu'il avait creusé entre le trône et la liberté , entre l'Angleterre prolestante et un roi catholique !

C'est ainsi que les révolutions n'éclatent que lorsque la mesure de la patience est comblée. Les prémisses de la contre-révolution sont heureuses : le pouvoir excite , aide, protège , paie ; tout succède à souhait. Mais au moment oà la contre-révolution se trouve lace à face de la révolution qu'ellea excitée , tout est perdu. Le lâche fuit, le fourbe trompe , 1 intrigant trahit , et Jacques II seul avec l'infortune et la honte, traverse eu fugitif le royaume qui t'était donné h lui, (fue tons voulorent lui conserver, que lui

seul a voulu perdre. Et ce prince imbécille, jouet de la cour et des jésuites, averti par quinze ans de murmures , se crut encore pris au dépourvu !

Ainsi il faut distinguer avec soin les restaurations des contre-révolutions qui les suivent pour l'ordinaire. Les restaurations sont souvent faciles , justes , nécessaires.

Les contre -révolutions , odieuses et impossibles à la fois , susciteront toujours des révolutions nouvelles. PAcès.

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