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avant Tévénement , les détails de faits qui dépendent de la libfe détermination des particuliers ou des peuples, ou qui supposent une suspension des lois ordinaires de la nature. Dieu seul peut faire des prophéties ,parce que Dieu seul , par son incompréhensible prescience, voit comme présents les événements qui n'existent pas encore, et qui doivent être le résultat de l'exercice de sa toute-puissance ou de la libre détermination de lu volonté humaine. La prophétie prouve donc par elle même que celui qui la fait est envoyé de Dieu.
Les Pères ( Tertullien , saint Augustin, etc. , et après eux un grand nombre de théologiens des diverses communions chrétiennes ( Âddison , le père Bal tus , etc. ) ont avancé que les démons, à cause de leur facilité à se transporter d'un lieu dans un autre, de leur intelligence supérieure et de leur puissance contre les hommes , peuvent leur communiquer, sur le passé, le présent et l'avenir , des connaissances que Tintelligence humaine ne peut point acquérir par ellemême. Plusieurs théologiens , des savants , Van Dale , Fontenelle sou traducteur , et de nos jours M. Clavier, semblent avoir prouvé que les oracles du paganisme , qui servent de fondement a l'opinion que nous venons de rapporter , devaient leur crédit aux fourberies des prêtres et à la crédulité des païens. M. de Maistre s'est prononcé contre ce qu'il appelait la pesante érudition de Van Date et les jolie* phrases de Fontenelle. Mais il est bon de se le rappeler, ce célèbre écrivain affirme que la puissance prophétique est un apanage inné de l'hçmme , que l'esprit prophétique lui est naturel ; et il invoque le témoignage de toute C antiquité , qui s' est accordée à reconnaître daiu les oiseaux quelque chose de dtvin, et qui les a toujours interrogés sur l'avenir. (Soirées de Saint- Pétersbàurg, etc., pages 311, 314, 269, tome 2. ) '
Pour qu'une prophétie prouve par ellemême que celui qui la fait est envoyé de Dieu, il faut premièrement qu'elle ait été faite avant l'événement ; secondement , qu'elle ait été accomplie ; troisièmement , que son accomplissement ne puisse pas être attribué au hasard.
« Aucune prophétie , dit J.-J. Rousseau, » ne saurait faire autorité pour moi , parce » que , pour qu'elle la . fit , il faudrait trois » choses , dont le concours est impossible , v savoir : que j'eusse été tén^oin de la pro-
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I» f >hétie , que je fasse témoin de réTénemenl, T> et qu'il me fût démontré que cet événe- 1» ment n'a pu cadrer fortuitement avec Ja I» prophétie; car , fût-elle plus précise, plus » claire , plus lumineuse qu'un axiome dé » géométrie, puisque la clarté d'une pré- 1) diction faite «u hasard n*en rend pas Tac- « complissement impossible , cet accomplisi> sèment, quand il a lieu, ne prouve rien « h la rigueur pour celui qui l'a prédit. « ( ÉmiU j etc. , tom. 3. )
Les deux premières conditions exigées par Rousseau , et sans lesquelles la prophétie ne saurait faire autorité pour lui, supposent que nous ne pouvons acquérir la certitude que dos faits dont nous sommes les témoins.
Cette supposition est désavouée par la raison. Rousseau reconnaît lui-même que les faits de Sacrale, dont il n'a pas été témoin , ne peuvent pas être révoqués en doute , et que les faits de Jésus-Christ, dont il n*a pas été témoin non plus, sont encore mieux, attestés que les faits de Socrate. Rousseau suppose, en troisième lieu, que Ton ne peut jamais </^iîion<rer que l'événement prédit n'a point cadré fortuitement avec la propIUtie, Rousseau se trompe : la clarté de la prophétie et la nature de l'événement prédit combinées peuvent fournir celte démonstration.
Rousseau soutient que la prophétie ne fait point autorité , s'il n'est pas démontré que son accomplissement ne peut pas être attribué au hasard. Cette assertion est incontestable. Elle a néanmoins été combattue par M. de La Mennais , dans les ouvrages duquel trop souvent la vérité dégénère en paradoxe, l'éloquence en déclamation , la logique en sophisme, et l'érudition en citations inexactes. (Essai sur C indifférence ,' e^ic, <, tom. 4, pag. 232. )
« Dieu , dit saint Paul , a parlé autrefois « h nos pères par les prophètes en diverses » occasions et de différentes manières. •
Dieu parle aux hommes, lorsqu'il leur donne une connaissance surnaturelle du présent , du passé , de l'avenir , et lorsqu'il leur inspire de manifester de vive voix ou par écrit des vérités et des faits qu'ils connaissent ou qu'ils peuvent connaître naturellement.
Les divers temps dans lesquels Dieu a parlé aux hommes avant Jésus-Christ , peuvent être distribués en quatre époques : la première, depuis k création du premier homme jusqu'à Abraham ; la seconde , de- ' puis Abraham jusqu'à Moïse ; la troisième
depuis la promulgation de la loi jusqu'à la mort de Moïse ; la quatrième , depuis la mort de Moïse jusqu'après la captivité de Babylone.
Dieu a parlé aux hommes par lui-même et par le ministère des anges. Il leur a parlé par le moyen des signes sensibles et par la voie des inspirations. Ces signes sensibles leur apparaissaient dans le sommeil et dans la veille. C'était une voix qu'ils entendaient réellement ou qu'ils croyaient entendre ; c'étaient des représentations symboliques qu'ils avaient réellement ou qu'ils croyaient avoir devant les yeux. Les inspirations avaient lieu , ou lorsqu'ils étaient tom^ bés en défaillance , et qu'ib étaient hors d'eux-mêmes dans Textase , on bien lorsqu'ils étaient de sens rassis. Dans le premier cas , ils n'étaient plus les maîtres de leurs pensées ni de leurs paroles ; ils ne faisaient que prêter leur langue uu leur plume à l'esprit de Dieu , qui les remplissait. Dans le second cas , Dieu leur présentait d'une manière claire et distincte des vérités qu'ils ne pouvaient pas connaître naturellement , et les portait, par un mouvement irrésistible , à les manifester de vive voix ou par écrit ; ou bien 11 les dirigeait dans l'exposition des vérités qu^ils avaient découvertes par de^ moyens naturels , et cette direction les empêchait de parler ou d'écrire coptre la vérité. Cette seconde espèce d'inspiration était regardée par les juifs comme le second degré de prophétie.
Les hommes auxquels Dieu daignait parler reconnaissaient aisément la présence de l'esprit divin dans leur âme. «Des signes sensibles faciles à constater, un buisson ardent, une colonne de lumière ou de nuée, etc., les en avertissaient , lorsque la révélation était extérieure , qu'elle avait lieu durant la veille et dans des moments où ils jouissaient de leurs facultés. Une lumière intérieure et sûre les éclairait, lorsque la révélation se faisait dans le songe ou dans ' l'extase , ou qu'elle s'opérait par le moyen de l'inspiration. C'est au milieu des éclairs et au bruit de la foudre que Dieu donna la loi au peuple juif. Les signes qui firent comprendre à Moïse que Dieu lui parlait eurent un éclat particulier. Moue, dit FÉcriture, fut le seul prophète qui vit la, gloire 4fA Seigneur , et à qui Dieu paria face à face.
Tantôt l'esprit prophétique s'emparait à ^improviste de l'âme de l'homme que Dieu
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▼•ulait ioêpirer, et tantdt il fallait provoquer l'irruption de cet esprit. Oo provoquait cette irruption par le jeâoe , par la prière , par le chant , par le son des instrumenls , etc. Diea avait pi-omis de répondre au grandprétre juif, quand il viendrait le consulter. Le grand-prêtre devait être revêtu dç IVph€Mi en consultant le Seij^eur. « Cest la <» raison , observe Dupin , pour laquelle il
• est dit que Vuritnei le thummim , la lu- » mière et la vérité sont dans Véphod, parce
• que le grand* prêtre , revêtu de cet orne- ^ ment , recevait de Dieu la lumière et la » vérité qu'il annonçait aux hommes. »
( Dissertation préliminaire ou prolégomènes sur la fiibl^, tom. 1.) L'homme rempli de Tesprit prophétique avait pour Tordinaire une connaissance distincte des vérités qui lui étaient révélées ; quelquefois il n'était qu'un instrument passif et aveugle dont se servait l'esprit de Dieu.
Les hommes auxquels Dieu a parlé étaient appelés prophèus : ils étaient désignés en hébreu par les mots roè et nabi; roè signifie 'oojrant. Ce nom était donné à tous les hommes qui avaient sur le présent , le passé et lavenir, des connaissances extraordinaires que Dieu leur avait révélées d''oiie manière spéciale. Nabi signiBe orateur , prophète. Ce nom était donné à tous ceux qui recevaient de Dieu la mission de parler ou d'écrire en son nom. Ainsi , les auteurs de cantiques, les prédicateurs de vérités révélées , sont appelés prophètes.
D'après les livres saints , le don de prophétie ne fut pas exclusivement accordé aux descendants d'Abraham. Dieu l'accorda quelquefois à des hommes qui n'étaient pas de la race de ce patriarche. On ne peut pas déterminer le nombre de ces hommes. Plusieurs pères ( saint Augustin , saint Thoma*» ) pensent qu'il a été assez considérable. L'Écriture rapporte le nom de deux prophètes qui ont existé parmi les gentils. Mais chez les juifs , le don de prophétie fut répandu avec abondance. Aucune tribu n'en fut privée ; toutes les classes de la société en jouirent. Ce don ne fut pas refusé au souverain.
n fut accordé an pAtre. Il était héréditaire dans quelques familles.
Les prophéties vivaient pour l'ordinaire dans la solitude \ ib se livraient aux plus rudes austérités. Quand ils sortaient de leurs retraites et qu'ib venaient parmi les hommes , fls tonnaient contre les vices des grands et du peuple : ils menaçaient les méchants
de la colère du Dieu de» armées; ils flétrissaient' l'hjrpocrisie ; ils éclairaient la superstition ; ib développaient le vrai sens de la loi ; ils prenaient la défense de la veuve et de Vorphelin, et s^interposaieut entre le peuple opprimé et les rois persécuteurs. Plusieurs de ces hommes , dont le monde n'était pas digne, expièrent par les tourments les plus affreux la vivacité de leur foi et l'héroïsme de leur courage. I^es principaux prophètes ont eu des disciples.
Les prophètes manifestaient de différentes manières les vérités que Dieu leur avait révélées. Ils les énonçaient de vive voix ; ib les exprimaient par des actions symboliques, que souvent ib expliquaient immédiatement après , et dont ils laissaient quelquefois l'interprétation à l'intelligence de leurs auditeurs : ils les consignaient dans des écrits que les juifs ont conservée, et dont l'authenticité a été prouvée. ( f^ojrez l'article LivBBs SAivTS. ) Les prophéties de Moïse sont renfermées dans le Pentateuque, Ce livre occupe une place particulière dans le canon des juifs, qui distinguent ensuite Ici anciens et les nouveaux prophètes. Us rengent parmi les anciens les fauteurs des livres de Josué , des Juges , de Samuel et des Rois; parmi les nouveaux, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les douze petits prophètes , ainsi nommés parce que leurs écrits sont moins étendus. Les juifs n*accordent point à David, h Daniel, etc., le premier degré de prophétie. C'est, à ce qu'on croit, parce que ces saints personnages n'ont pas vécu dans la solitude , comme les prophètes proprement dits.
Les prophètes fabaient des prédictions dont Taccomplissemeot avait lieu, ou prochainement , ou dans un temps éloigné.
L'accomplissement des unes devait déterminer à ajouter foi aux autres , et établissait la mission divine de leurs auteurs. Plusieurs prophètes , Élie, Elisée, et surtout Moïse , prouvèrent par des miracles que Dieu les inspirait et qu'ils étaient ses envojés. Dieu a permis plusieurs fois , dans des vues impénétrables à la sagesse humaine , que les juifs aient confondu les faux prophètes avec les prophètes véritables, et qu'ils aient mal interprété les paroles de ces derniers. C'est dans ce sens que, suivnut l'Écriture, Ûieu a trompé les juifs par les prophètes. Mab les juifs avaient , pour éviter ces erreurs , les moyens que nous venons d'indiquer. Ib en avaient encore un autre. Les faux pro-
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phèt«s, bien loin d'imiter la grnérensc conduite det prophètes véritables , caressaient les passions et Timpiété des rois et du peuple. Les juifs, s'ils avaient voulu consulter leur raison, leur conscience et leur loi, auraient aisément reconnu que les fauteurs de Tidolâtrie, les apologistes du vice et les adulateurs des tyrans, ne pouvaient pas être les organes du Dieu un, juste et saint.
Moïse avait expressément averti les juifs de ne point écouter le faux prophète qui se prévaudrait de l'accomplissement de ses prédictions pour les entraîner dans le culte des dieux étrangers. Cet accomplissement n'aurait pu être que Teffet du hasard. Au reste , le don de prophétie ne fendait pas impeccable. Dieu se servit même de la bouche des méchants pour prédire Tavenir ; mais ces prédictions étaient toujours en faveur de la vérité.
Les prophètes, chez les juifs, avaient pour objet les desseins de Dieu sur son peuple, les faits qui intéressaient le bonheur temporel des particuliers ou les destinées terrestres de toute la nation ; mais c*est surtout le libérateur par excellence que les prophètes avaient en vue. ( Fojrez Tartide Messie. ) L'accomplissement des prophéties qui avaient pour objet les intérêts temporels des juifs y devaient affermir la foi dans la prophétie que le Messie devait accomplir.
Les prophètes ont 6xé Tépoque à laquelle ce libérateur devait paraître. Ils ont détaillé les diverses circonstances de sa naissance, de sa vie et de sa mort; ils ont décrit les œuvres miraculeuses qu'il devait opérer ; ils ont signalé le contraste de ses sou&ances et de son triomphe, la gloire de son sépulcre, la conduite des juifs à son égard , et les effets de sa venue sur les gentils.
Quelques siècles s'étaient écoulés depuis que le dernier prophète de Tancienne loi, Malachie , avait annoncé comme prochaine Tarrivée du libérateur. Jésus-Christ parait.
Les juifs alors attendaient le libérateur, et les gentils partageaient cette attente. Ces deux faits sont attestés par Thistoire. Jésus- Christ prouve qu'il est le Messie attendu , en faisant les œuvres miraculeuses que lé ^Messie devait opérer , suivant les prédictions des prophètes ; et ses miracles lui donnent le droit de s'appliquer les prophéties dont le sens était encore caché « et dont, plus tard, les diverses circonstances de sa vie et de sa mort et les effets de sa venue sur les juifs et sur les gentils, devaient montrer le par.
fait accomplissement. Jésus-Christ quitte la terre et s'élève dans les deux. Conformément aux ordres de leur divin maître, les apdtres annoncent l'Évangile aux juifs et aux gentils. Leurs miracles sont des marques éclatantes de leur mission et attestent leur droit d'intei'préter les prophéties. Ils prouvent aux juifs que Jésus-Christ est le Messie, en invoquant l'autorité des prophéties dont l'accomplissement dans la personne du Sauveur devenait de jour en jour plus manifeste. Ils ne parlent point de prophéties aux nations idolâtres : ces nations ne reconnaissaient pas l'inspiration des prophètes de l'ancienne loi , et on ne pouvait pas leur opposer encore l'accomplissement de cet oracle qui annonçait que le Messie devait être la lumière des gentils.
Le christianisme compte des sectateurs dans tout le monde connu des anciens , et alors les saints docteurs prouvent , par l'accomplissement des prophéties, aux juifs et aux gentils , la mission divine de Jésus-Christ.
Quatre faits éclatants , évidemment annoncés par les prophètes , mettaient cet accomplissement à l'abri de toute attaque. Ces faits étaient l'attente du Messie qui avait été générale à Tépoque où Jésus - Christ parut , les miracle) qu'il avait opérés , la conduite que les juifs avaient tenue à son égard « et la eonnaissance du vrai Dieu répandue chex toutes les nations par les prédications de ses disciples.
DepuM les saints Pères , les apologistes de la religion chrétienne se servent de l'autorité des prophéties pour établir la divinité du christianisme. Pascal a dit : « La plus » grande des preuves de Jésus-Christ, ce
• sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu
• a le plus pourvu ; car l'événement qui les » a remplies est un miracle subsbtant de- » puis la naissance de l'Église jusqu'à la » fin.... Quand un seul homme aurait fait un » livre des prédictions de Jésus-Christ, pour » le temps et pour la manière , et que Jésus- » Christ serait venu , conformément à ces » prophéties , ce serait une force infinie.
• Mais il y a bien plus ici. C*est une suite
• d'hommes durant quatre mille ans, qui con- » stamment et sans variation viennent , ron « ensuite de l'autre , prédire* ce même avè- » nement. C'est un peuple tout entier qtri » l'annonce , et qui subsiste pendant quatre » mille années , pour rendre encore témoî- » gnage des assurances qu'ils en ont , et dont » ib ne peuvent être détournés par qndques
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» menaces et quelque persécution qu^on » leur fasse : ceci est tout autrement consi- » dérable. » ( Peruées, )
Orotius, les sociniens, et de nos jours, aurtouten Allemagne , plusieurs théologiens non catholiques, Eichhorn , Rosen-Mùl- 1er , etc. , n'admettent point la preure tirée des prophéties. Bossuet et le père Baltus ont réfuté Grotius. Au cinquième siècle, Théodore de Mopsueste avait interprété les prophéties comme les socioiens. Il fut condamné par le pape Vigile et par le second concile de Constantinople.
Lia preuve tirée des prophéties , comme la preuve tirée des miracles , prouve par ellemême la mission divine de Jésus- Christ.
Dieu seul,' qui est la vérité suprême, est Tanteur de la prophétie ; mais la prophétie , comme nous Tavons déjà remarqué , nejait autorité que lorsqu'il est établi premièrement qu'elle a eu lieu avant l'événement , secondement qu'elle a été accomplie , troisièmement que son accomplissement ne peut pas être attribué au hasard. Or , il est certain que les prophéties de l'ancienne loi qui regardent le Messie existaient avant Jésus- Christ ; les mahométans et les juifs en conviennent. Pascal a dit, en parlant de ces derniers : a Le livre qui les déshonore en » tant de façons , ils le conservent aux dé- » pens de leur vie; c'est une sincérité qui • n*a point dVxemple dans le monde ni sa B racine dans la nature. » 11 est encore certain que les prophéties ont été accomplies en Jésus-Christ. En effet , que l'on rapproche les prédictions des prophètes , que l'on pourrait appeler des hittoiirs , et les récits des évangélistos ; et que l'on ne perde ^pas de yne deux faits incontestables : Tobstination des juifs et la conversion des gentils , et Ton en sera pleinement convaincu. Il est enfin hors de doute que Taccomplissement des prophéties , dans la personne de Jésus- Christ, ne peut pas être attribuée au hasard. La nature des faits prédits et accomplis en fournit une preuve sans réplique.
Jéius-Christ a fait des prophéties. Les unes regardent les diverses circonstances de sm mort, et sa résurrection; les autres ont pour objet la conduite de ses disciples envers lui , le sort cruel qui les attendait , et le succès miraculeux de leur prédication dans l'univers; il en est qui signalent les horribles malheurs qui devaient être la punitioirde l'incrédulité des juifs. Ces diverses prophéties ont été accomplies , et leur ac-
complissement ne peut pas être attribué au hasard. Josèphe , par ses récits de la destruction de Jérusalem , prouve que les prédictions de Jésus-Christ sur la catastrophe du peuple juif ont été justifiées par Tévénement ; et les apologistes de la religion chrétienne établissent que les évangiles où il est question de la destniction de Jérusalem , ont été écrits antérieurement {voyez l'article ÉvAtfGiLB). L'évangéliste saint Jean a consigné des prophéties dans TApocalypse ; mais llntelligence de ce livre , dont toutes Us paroUê sont des mystères , ne nous sera donnée que. lorsque les événements qui y sont prédits seront accomplis. La perspicacité des plus grands génies a été impuissante pour expliquer l'Apocalypse. L'esprit de parti et l'esprit de secte en ont étrangement abusé.
Les déistes soutiennent que les prophéties de l'ancienne loi ne peuvent pas établir la mission divine de Jésus-Christ ; ils nous disent : Suivant les juifs , les prophéties que les chrétiens appliquent î^ Jésus-Christ ne se rapportent point au Messie, et ont été accomplies dans la personne dedivers grands hommes , qui n'étaient pas le Messie promis , et qui ont existé avant Jésus -Christ.
( Voyez le l'ecueil de fVagensetius, intitulé Tela ignea Satanœ, ) Les juifs qui ont eu , ou qui ont recours à ces défaites , abjurent la doctrine de leurs anciens rabbins , et méconnaissent leurs anciennes traditions. D'après ces rabbins , et d'après ces traditions , la synagogue appliquait autrefois au Messie les principales prophéties que l'Église lui applique."! Adores, dans la Polyglotte d'An^ gleterre, les Targums d'Onkelos, de Jonathan et de Jérusalem; voyez encore les Lettres de M. Drach, )
Les déistes disent encore : le Messie promis aux juifs devait être un conquérant; il devait faire la gloire du peuple d'Israël, Jésus-Christ n'est donc pas le Messie ; il est mort sur une croix , et il a été rejeté par les juifs, a Les juifs, répond Pascal , en tuant • Jésus-Christ pour ne pas le recevoir pour » le Messie , lui ont donné la dernière mar- » que du Messie ; en continuant à le mécon- » naftre, ils se sont rendus témoins irré- » prochables ; et, en le tuant , et continuant » à le renier , ils ont accompli les prophén ties. « D'ailleurs , les humiliations dont le Messie devait être abreuvé , suivant les prophéties , montraient évidemment que son règne ne devait pas être de ce monde.
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Jésus-Christ , dit encore Pascal, a régné sur les juifs et sur les gentils , « en détruisant • et le culte judaïque dans Jérusalem , qui » en était le centre, et dont il fait sa première » église ; et le culte des idoles dans Rome, » qui en était le centre , et dont il fait sa » principale église. » De nos jours , plusieurs juifs interprètent dans un sens moral les prophéties qui annoncent le règne du Messie.
Les déistes ajoutent : Le6 prophéties sont obscures ; les passages qui en sont extraits , et dont'la réunion forme le portrait du Messie , sont des phi*ases isolées , d^mots que , Ton. a détachés de ce qui les précède et de 'ce qui les suit , que Ton prend tantôt dans un sens littéral , et tantôt dans un sens figuratif, et que Ton a placés dans un ordre arbitraire. Ce tableau de fantaisie , formé de traits pris ça et U , peut-il être regardé comme le ?éritable portrait du Messie dessiné par les prophètes, et comme limage fidèle de Jésus-Christ?
On répond : Parmi les prophéties, les unes sont d'une clarté manifeste ; les autres sont, suivant les paroles de saint Pierre, comme un flambeau qui nous sert de guide dans un lieu obscur, Jusqu'à ce que le Jour, venant à luire, dissipe entièrement les té' nèbres,
La lumière de ce flambeau a été progressive. Porphyre disait des prophéties de Daniel, qu'elles étaient si claires qu*il était impossible qu'elles n'eussent pas été composées avant 1 événement. Les prophéties qui regardent le Messie sont directes ou indirectes ; le Messie est littéralement Tobjet exclusif des premières ; il est l'objet caché des secondes. Les juifs avaient des règles pour déterminer dans quelles circonstances il fallait reconnaître le Messie caché dans les prophéties indirectes ou typiques. ( Foyez le troisième volume des Réponses critiques de Bullet.) Quelques savants ont prétendu que des prophéties directes avaient littéralement un double objef. ( f^oyez les Principes discutés, etc. ) Leur sentiment n'est pas suivi.
Il n'est point exact d*avancer que les prophéties qui regardent le Messie , et qui sont appliquées à Jésus-Christ , ne soient que des propositions détachées et des mots isolés. Ces prophéties se trou vent dans de longs passages , dans des psaumes tout entiers ; et quand TÉglise applique à Jésus-Christ quelques propositions détachées , et quelques mots isolés , elle y est autorisée par les rè-
gles que les juifs eux-mêmes ont proposées^ Au reste , les apologistes de la religion chrétienne ne 8*appuient que sur les prophéties directes.Xes écrivains ecclésiastiques , lorsqu'ils développent le sens des prophéties indirectes ou typiques qui ont étc exprimées , chez les juifs , par la parole , par des symboles , et par les événements , dont le peuple de Dieu était Tobjet , ont uniquement pour bat de montrer Tharmonie qui existe entre les deux Testaments. Les célèbres écrivaius de Port-Royal ont (ait ressortir avec une grande supériorité de talent cette harmonie merveilleuse entre les figures de Tancienne loi et les réalités de la loi nouvelle.
Les déistes opposent , aa sujet de la prophétie de Daniel, quelque» difficultés de chronologie ; mais ces difixcultés disparaissent devant un fait indiqué par Daniel : la venue du Messie avant la destruction totale des juifs. Ce qui a fait dire à Bossuet : <» Dieu » a tranché la difGculté , s'il y en avait , par » une décision qui ue souffre aucune répli- » que. Un événement manifeste nous met » au-dessus de tous les raffinements des chro- » nologistes; et la ruine totale des juifs qui a > suivi de si près la mort de notre Seigneur, • fait entendre aux moins clairvoyants Tac- » complissement de la prophétie, t ( /><>cours sur l'histoire universelle, deuxième partie , chapitre 9. )
Les déistes disent enfin : Les anciens prophètes ne peuvent pas être régardés comme les interprètes de la Divinité ; ils ont accompagné leurs prophéties d'un langage d'action que la raison désavoue , et qui blesse toutes les convenances Les déistes n'ont pas fait attention qu'ils jugeaient les représentations symboliques des prophètes , d'après les usages modernes et d'après les mœurs des Européens. Chez les anciens et surtout ches les Orientaux , ce qu'on disait le plus viVement ne s" exprimait pas par des mots, mais par des signes ; on ne le disait pas on U montrait. L'objet qu'on expose aux yeux ébranle l'imagination , excite la curiosité , tient l'esprit dans l'attente de ce qu'on vn dire, et souvent cet objet seul a tout dit, D ailleurs , Voltaire , que l'école philosophique du 18e siècle a imité , dénature les représentations symboliques des prophètes :
l'abbé Guénée la démontré. ( f^oj-ez les Let^ très de queues Juifs , etc. )
On trouvera dans les ouvrages des commentateurs et des apologistes l'explication des prophéties directes ou indirectes qui re-
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-gardent le Messie , et la réponse «as difficaltés de détail que les juifs et les déistes ODt opposées.
Un miracle est la suspension des lois auxquelles la matière est assujettie ; une prophétie est la suspension des lois auxquelles rintelligence humaiue est soumise. Une prophétie est donc un miracle dans Tordre moral. Or , Dieu , être infiniment sage, ne déroge à ses lois que dans des cas trés-rarcs , et dans des vues dignes de s<i sagesse. ( l^oyez M^BACLBs. ) Cependant , depuis les premiet^ siècles du christianisme jusqu'à nos jours, on a rapporté d'innombrables révélations SUT le présent , le passé, l'avenir , qui sont supposées avoir été faites à des chrétiens de toutes les communions. Ces révélations semblent mériter peu de confiance. La bonne foi les imagine, et veut les faire accueillir par la - crédulité j l'hypocrisie les invente , et a la prétention de les imposer. Dieu sans doute est le maitre de ses dons , mais il ne «é contredit pas lui -même. Depuis rétablissement de la religion chrétienne, de nouvelles révélations paraissent inutiles ; d*ail- . leurs , ne sont-elles pas en opposition avec Tesprit de TÉvangile , qui se propose de comprimer Torgueilleuse curiosité de l'esprit humain , et qui recommande , avant tout , une humble et entière résignation à tous les événements que la Providence nous ménage dans l'avenir ? Les disciples de Jécus^Christ lui demandèrent si le temps oà il devait rétablir le rojraume d'Israël était arrivé. Saint Pieri-e l'intoiTOgea sur le sort qui était réservé sur la terre au disciple bien-aimé ; Jésus-Christ répondit à ses disciples qu'il ne leur avait pas .été donné de connaître les temps et les moments qui dépendent de la tfolonté du père. Il dit à saint Pierre , en parlant de saint Jean : Je n'ai pas assuré que ce disciple ne dût pas mourir; mais si je veux qu'il reste jusqu'il ce que je -vienne j que vous importe f
Coasollct \du But et de V Usage des prophéties , par Skerlo«k ; le Sens littéml de l'Écriture Sainte de Staekhonse . la Bièie de V«nc« , le Dictionnaire tkéologique de Bergier , etc. Flottbs.
* PROPIAC ( CathbumJoseph Ferm- VAvo GIRARD DE ) , traducteur et compilateur infatigable , né vers 1760, d'une famille noble de la Bourgogne , niourut en 1823, membre du comité* de lecture du théâtre de b Gaîté et chevalier de Saint-Louis. M . Mahui adonné le catalogue de ses écrits au tom. 4 de son Annuaire nécrologique.
PROPOLIS, roj-ez Abbih.b.
PROPORTIONS. ( Analrse. ) Quatre nombres ,a,b ,c,d, sont en proportion , quand le premier étant divisé par le second , et le troisième par le quatrième , ces deux quotients sont égaux. Le quotient est appelé 9Yrpport ou raison. On est convenu d'écrire ainsi ce système a :b :: c: d, qu*on énonce : A est à h comme c est à d. On appelle a et c les antécédents, b et d \e$ conséquents, a et d les extrêmes ^b et c les mojrens de la proportion.
Par définition on a 7 = -î, d'où Ion tire ad=:bc, en chassant les dénominateurs :
ainsi , dans touu proportion , le produit des extrêmes est égal au produit des mojrens.
Réciproquement l'équation W = bc donne a c
^ = ^; en sorte que quatre nombres qui forment deul produits égaux sont en proportion. On peut donc intervertir l'ordre des termes d'une proportion , et même changer leurs grandeurs , sans que la proportion cesse de subsister, pourvu qu'on retrouve ad = bc. Ainsi on a c : a : : d : b , c X d : a X b : : c: a^ etc.
Connaissant trois fermes d'une proportion , on peut aisément trouver le quatrième ;
bc car , par exemple , on a fl? = — : on trouve
un extrême en multipliant les mojrens et divisant par l'extrême connu.
Un grand nombre de questions d'arithmétique se résolvent par un calcul de celte espèce , auquel on a donné le nom de règle de trois. On reconnaît qu'un problème dépend d'une proportion , quand l'énoncé remplit les conditions suivantes : cet énoncé est formé de deux périodes , dont chacune renferme deux nombres , l'inconnu compris ; ces nombres sont homogènes deux à deux , ou de même espèce ; l'inconnue ne varie pas lorsque l'on multiplie ou divise , par un même nombre quelconque , les d«A)x termes homogènes , ou ceux de la première période.
Ainsi dans cette it]uestion : 30 ouvriers ont fait 20 mètres d'ouvrage, combien 25 ouvriers feraient-ils de mètres dans le même temps ? Je vois que ces conditions sont remplies , puisqu'on pourrait substituer au problème proposé l'un des suivants , dont l'inconnue a risiblement la même valeur :
60 ouvriers ont «fait 20 mètres , combien 50 ouvriers ?
6 ouvriers ont fait 4 mètres , combien 25 ouvriers ?
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Si Ton savait quel ordre observent , dans la proportion , les quatre nombres du problème , nue multiplication et uue division achèveraient la solution. Voici la règle qu'il faut observer à cet égard. En comparant les deux termes d^une période , on trouve que si Ton augmente Tun, il faut , pour que Tinconnue conserve sa valeur, ou augmenter, ou diminuer convenablement l'autre ; ce qui conduit à distinguer deux sortes de règles de trois, Tune directe, Tautre inverse.
10 Règle directe. Les deux nombres augmentent ensemble ; dans ce cas , écrivez les quatre nombres de la question dans un tel ordre que les termes de la première période forment le premier rapport , et ceux de la seconde le second rapport , les homogènes étant aux deux antécédents d*une part , et aux deux conséquents de Tautre. Ainsi la question ci-dessus posée est une règle de trois directe , parce que plus on emploie d^ouvriers, et plus ils font d'ouvrage : on pose donc 30o ; 20«" : : 25* : x" ; les antécédents 30 et 25 sont des ouvriers , les conséquents 20 et X sont des mètres. On trouve
25 V 20 ensuite x = — - — = ^6| pour le nombre
de mètres demandés.
2o Règle inverse. L'un des termes de la première période augmentant, Tautre doit diminuer pour que l'inconnue reste la même.
Alors on pose , aux moyens de la proportion, les deux termes de la première période , et aux extrêmes ceux de la seconde.
•Par exemple , un ouvrage a été fait par 57 ouvriers en 5 jours , combien faudrait-il d'ouvriers pour faire le même ouvrage en 15 jours? Si la règle était directe, on poserait 5i : 57o : : 15 i : X»; mais ce n'est pas ici le cas : la question est bien résoluble par les proportions, puisqu'on peut visiblement doubler, tripler 5i et 15î sans changer Tinconnue ; mais notre règle est inverse , parce que plus on emploie d'ouvriers , et moins il faut de jours pour accomplir une tâche.
Ainsi, on doit poser 57° et 5i aux moyens , 15 et X aux extrêmes de la proportion
15 : 57 : : 5 : x; d'où x = -ys" = ^^' Il faut 3 fois moins d'ouvriers, parce qu'on les fait travailler 3 fois plus de jours.
11 a fallu 6<" d'une étoffe large de \ pour couvrir un meuble , combien en faudrait-il d'une étoATe large de -i ?> Plus Tétoffe est large, moins il faut de longueur; règle inverse; donc |.:|:: 6 :x=6 Xi:-j,oux=6{.
La plupart des questions commerdalet se rapportent aux règles de trois directes ; telles sont les règles d'intérêt, d'escompte, de société , etc.. Les règles inverses se présentent plus raremept; les principes qu'on vient d'exposer serviront à les distinguer et à poser la proportion. Fbahcobub.
PROPORTIONS CHIMIQUES. (Foyez
AFFIVITi.)
PROPOSITION. {Grammaire,) On la définit d'ordinaire l'expression du jugement ; mais comme il est certaines propositions qui expriment non un jugement , mais un souhait , une volonté , il vaux mieux employer un terme plus général que celui de jugement , et dire « la proposition est l'assemblage des mots nécessaires pour exprimer une pensée. » Dieu est fttste , soyez keu^ reux; voilk des propositions : la première est l'expression d'un jugement; la deuxième l'expression d'un vœu; toutes deux énoncent une pensée.
De même que dans tout jugement, on distingue dans toute proposition trois éléments : le sujet, qui est l'expression de la chose dont on juge ou à laquelle on pense ; l'attribut , qui est l'expression de la qualité, de la manière d'être que Ton remai^ue dans cette chose ; le rapport du sujet et de l'attribut , le lien qui les unit , qui dans la langue est représenté par le verbe , par le seul verbe est , soit qu'il soit exprimé à part , soit qu'il soit confondu dans l'expression avec attribut. Ainsi dans Dieu est jusim , Dieu est le sujet, juste l'attribut, est exprime le rapport. Dansye lie, Je est le sujet, et^#, qui est pour Miû lisant, exprime à-lafois Tattribut et le rapport. Le sujet et l'attribut portent en commun le nom de tenues de la proposition.
Quand on fait l'analyse de la proposition , il faut bien distinguer deux sortes de sujets et deux sortes d'attributs. Considérés logiquement , c'est-à-dire dans la pensée ellemême, le sujet et Tattribut se composent de tons les mots nécessaires pour exprimer soit la chose dont on parle , soit ce que Ton attribue à cette chose : considérés grammaticalement, le sujet et Tattribut ne sont jamais que les deux mots principaux dont Tnn commence la phrase, lorsqu'elle est construite dans Tordre direct , et dont l'autre est immédiatement placé après le verbe substantif est. Ces deux mots n'expriment que les deux idées principales, qui servent en quelque sorte de point de ralliement à tou-
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tes les autres , autour desquelles toutes les antres yieunent se grouper. Ainsi, daus cette période qui commence Toraison funèbre de la reine d^Angleterre : o Celui qui rè* gne dans les cieux , et de qui relèvent tons les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté , Tindépendance , est aussi celui qui se glorifie de faire la loi aux rois , et de leur donner , quand il lui plaît , de grandes et terribles leçons; « le sujet logique est Fensemblc de tous les mots qui servent h déterminer l'être dont on parle, celui qui règne, etc., jusqu'à indépendance ; le sujet gramoAitical est le seul mot celui; l'attribut logique est celui qui se glorijie , jusqu^à la fin de la phrase ; l'attribut grammatical est encore le mot celui placé après est. Quand on étudie les langues , il est de la plus haute importance de faire cette distinction : ce n*e8t que quand on a trouvé le sujet et Tattribut grammaticaHx $ que Ton tient , pour ainsi dire , le fil du labyrinthe , et que Ton peut découvrir le sujet etTattribut logiques , avec lesquels on saisit tout le sens de la phrase.
On reconnaît on assez grand nombre d*es' pècès de propositions ; mais ici encore , pour introduire quelque ordre dans les divisions que Ton en fait , et ne pas mêler les éléments les plus hétérogènes ', il est indispensable de distinguer le point de vue logique du point de vue grammatical.
Considérées sons le point de vue logique , c'est-h-dire dans la pensée qu*elles expriment , les propositions se classent de différentes manières , selon que l'on envisage ou la nature du rapport qui se trouve entre le sujet et l'attribut, ou la réalité objective de ce rapport, ou la manière dont l'esprit saisit ce rapport , ou la nature des termes qui servent de sujet ou d^attribut, ou les rapports qui se trouvent entre les différentes propositions.
Classées d'après la nature des rapports qui se trouvent entré leurs termes , les propositions sont positives ou négatives , selon qu'elles expriment un rapport de coeiiistence, de convenance {Dieu est bon, le ciel eH pur), ou un rapport de séparation , de disconvenance (Dieu n'est pas cruel), — Identique* ou non identiques , selon qu'il y a entre .les termes qu'elles unissent un rapport d'identité ou de dilTérence. Elles soni identiques , si les deux termes expriment une même idée sous des formes différentes (comme dans les définitions : un globe est un Tome 19.
corps rond dans tous les sens , ou dans les divisions : L'homme est àme et corps ) \ non identiques , si ces termes expriment des idées différentes ( le sucre est doux , l* homme est mortel ), — Nécessaires ou contingentes , selon qu'elles expriment des faits dont le contraire est impossible ( tout triangle a trois angles ) ^ ou des faits qui pourraient être autrement (ce triangle a trois pieds de haut).
Classées selon la réalité objective du rapport qu'elles expriment, elles sont vraies oajausses, certaines ou incertaines, dou' teuses ou probables , possibles ou imposst' hUs.
Classées selon les différentes vues de l'esprit « les propositions sont affirmatives ou dubitatives ou volitives , selon qu'elles expriment un jugement certain (j'aime l'étude) ; un doute , une question ( aimez-vous tétudef)'y une volonté, un ordre (aimez l'étude).
Classées selon la nature des termes entre lesquels se trouvent les rapports qu'elles expriment, les propositions sont universelles , particulières et singulières , si on les envisage sous le point de vue de l'étendue, et selon qu'elles s'appliquent à une classe entière (les hommes sont mortels) , h une partie de classe ( quelques hommes sont heu" reux ) , ou h un seul individu ( cet homme est heureux , Cicéron est éloquent), — Incomplexes ou complexes , si on les considère sous le point de vue du nombre des idées qu'elles expriment : incomplexes , si le sujet et l'attribut n'expriment qu'une seule idée (Dieu est juste)) complexes, si le sujet et l'attribut, ou tous les deux se composent de plusieurs idées dont le concours soit nécessaire pour former un sens total ( te plus grand roi qui ait régné sur la Macédoine est Alexandre).
Classées selon les rapports qui sont entre elles , les propositions sont simples, si elles n'expriment qu'un fait, si elles n'ont qu'un sujet et un attribut (le ciel est juste) • composées, si elles expriment plusieurs faits , si elles ont plusieurs sujets ou plusieurs attributs (le ciel est juste et sage).
Dans les propositions composées , on doit distinguer les propositions principales , les propositions subordonnées et les propositions incidentes. Les propositions principales sont celles qui pourraient subsister par elles seules , celles auxquelles se rattachent toutes les autres , comme servant à en cojn-
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pléter ou à eu déterminer le sens ; les propositions subordonnées sont celles qui , quoique pouvant subsister grammaticalement par elles seules, sont néanmoins nécessaires pour développer le sens de la proposition principale ; c'est pour cela qu'on les nomme aussi comptémentanvs ; les propositions incidentes sont celles qui sont en quelque sorte enclavées dans une proposition, de manière à ne faire qu'un avec elle , celles qui s'ajoutent au sujet ou ii l'attribut , soit pour en expliquer , en développer le sens , et alors on les nomme expticaliues , soit pour en déterminer , en restreindre l'idée , et alors on les nomme déurminatives. Ainsi , dans cette phrase : u Lorsque Alexandre eut conquis la Perse , ce prince , qui jusque là n'avait montré que des vertus , se livra \ tous les excès de la débauche et de la cruauté.» Les mots , ce prince se livra à tous les excès , etc., «ont la proposition principale ; ffui nauaU montré gue des vertus , est une proposition incidente, incidente explicative ; lorsqu'il eut conquis la Perse , est une proposition subordonnée.
La réunion de toutes les propositions, soit principales , soit subordonnées , soit incidentes , qui concourent à exprimer une pensée complète , forme une période.
Si en6n nous allons plus loin dans l'analyse de la proposition , et que nous considérions la nature môme du rapport qui unit la proposition subordonnée à la principale, nous verrons naître différentes sortes de propositions composées, les propositions copulatiues, conditionnelles , causales , comparatives , adversatives j disjonctives , selon que les deux parties de la proposition composée sont liées par de simples rapports de coexistence, ou par ceux de condition , de cause , d'égalité ou de supériorité, de différence ou d'incompatibilité absolue.
Les logiciens distinguent encore des propositions contraires , contradictoires , équivalentes , converties , réciproques.
Considérées sous le point de vue purement grammatical , les propositions , qui alors prennent plus particulièrement le nom de phrases, sont :
Pleines ou explicites , si le' sujet et l'attribut, ainsi que les mots qui servent à en compléter le sens , sont tous exprimés. £xempie : Qu'un ignorant ne se mêle pas de vouloir instruire Minerve. — Elliptiques ou impliciies f si quelqu'un des mots nécessaires dans l'ordre grammatical est supprimé ou
sous-entendu ; ce qui a lieu la plupart dti temps dans les proverbes et dans les devises Exemple : Ne sus Mineruam , sous • entendu doceat. — Directes , si tons les mots en sont disposés selon Tordre on la nature des rapports successifs qui fondent leur liaison :
J'ai toutes les fureurs de Vamour. — Inver^ ses y quand l'ordre naturel est interverti :
De Vamowfai toutes les fureurs.
Parmi ces différentes sortes de proposi.
lions , celles qu'il est le plus important de bien distinguer pour l'étude des langues , celles- sans la connaissance desquelles il est impossible de jamais faire une analyse raisonnée , et de débrouiller le sens d'une pé*riodeétenduc et compliquée, ce sont surtout les propositions principales, subordonnées et incidentes ; les propositions directes ou inverses, pleines ou elliptiques. Comment, en effet, comprendre un passage, si l'on ne sait d'abord y distinguer les membres principaux, si Ton ne sait suppléer les mots qui manquent et les mettre dans leur ordre naturel ?
Pour compléter ce que nous venons de dire , il pourrait être utile de faire une analyse détaillée d'une proposition prise pour exemple \ mais ce travail fastidieux nous pa-« rait devoir être renvoyé aux livres élémentaires et spéciaux. ( Voyez Discours. )
Boou^BT.
PROPOSITION DES LOIS. Voyez Li- GISLATB0R , Lois , Pairib, Mihistrb et Pai-
ROGÀTIVB.
PROPRIÉTÉ. { Économie poUtique.) Le système social tout entier est fondé sur le droit de propriété. L'homme tient de la nature , des besoins et la faculté d y pourvoir par ses travaux. Sa première propriété est donc celle de sa personne , de son intelligence et de ses bras. De celle-là dérivent toutes les autres ; car toute propriété a commencé par le travail. Celui-ci , à son tour , n'est pas, comme le disait uuéditde Henri III, un droit régalien, qu'aucune autorité puisse concéder ou refuser ; c'est celui de tout homme venant en ce monde.
Le sauvage se construit un wigwam. Il fabrique ses instruments pour la chasse et la pèche , des armes pour se défendre* Tout cela est à lui. Le daim qu'il a percé de ses flèches , le 'poisson qu'il a enveloppé dans ses filets sont .encore à lui : c'est le fruit de son adresse et de ses peines. Nul n a le droit de le lui ravir. L* Arabe dans le désert , le Tartare dans ses steppes , sont les maîtres
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4t U tente quils oot dressée . dn troupeau que nourrissent leurs pâturages , du coursier, agile compagnon de leurs fatigues.
Deux tribus se rencontrent : si la voix de la n»on et de Téquité remportent sur une fureur arengle , elles règlent d*un commun accord les limites de leurs territoires. Aucune des deux n'aura le droit de chasser, de pêcher, ou âe faire paitre ses troupeaux sur les domaines de Taulre. Une démarcation de frontières entre des peuplades de chasse.'irs , ou de pasteurs , fonde la diplomatie et prélude à la délimitation des empires.
Do wtgwam habité par le sauvage et sa fimilte, de la tente qui abrite celle de TAnbe et autour de laquelle se réunissent ses troupeaux , il n'j a pas loin à la cabane et au jardin du cultivateur. La plantation et la cahure d'une graminée , voilà ce qui crée les champs , ce qui en augmente Téteiiduc : des conventions seront nécessaires pour 6xer et (me r&<(pecter les limites de chaque terrain. Le culte du dieu Terme protège la propriété, et Cérès est lé|;islatrice.
Quelques peuples, les Péruviens sous les Incas , les habitants du Paraguay , dans les nitsions des jésuites , ont mis la culture de U terre en commun. Les véritables proprié' taires du sol étaient , chez les uns , les en- C|Bts et les prêtres du Soleil ; chez les autres , les missionnaires. Les sueurs , et trop souvent le sang des Ilotes, fécondaient aussi les terres de la Laconie pour la communauté unKtaire de Sparte. Le travail en ^commun avec le partage égal des produits, n'existe plus et ne saurait exister que dans de petites corporations, telles que Tassociation reU« gieuse des frères Moraves, ou les sociétés coopératives de Rupp et de M. Owen , en Amérique. Appliquée k un peuple , la culture eonunune n*est qu'un système de servitude plus ou moins déguisée»
Cependant , si le genre humain n'est <,aW seule et même race , qu'un peuple de ïVères , la tefre entière est la propriété de tons, et si celte propricîté doit être partagée, chacun a droit à sa portion. Une famille , one tribu maîtresses d'un territoire sans hai>itaots, se le distribuent par lots égaux.
I/amoor héréditaire du sol que Ton cultive ^t en effet l'aiguillon qui stimule le mieux l'animal robuste attelle à la charrue ; c'est l'énergique activité du maître ,qui , plus fécondante encore que la rosée , fertilise les àiloDs. Quel plus puissant mobile que l'espoir d'une abondance toujours croissante
pour la famille ! Le partage primitif des terres , les labeurs assidus du possesseur et de ses enfants dan^chaque héritage, voilà donc les titres originaires , les vrais fondements de la propriété du sol : titres sacrés , sur le respect desquels repose l'ordre de la société. Plus d'indolence , plus de discorde- pour la répartition du travail ou le partage des fruits , périls toujours imminents dans une exploitation en commun.
Si la civilisation était parvenue h son dernier terme , ce qui est la même chose , si la justice , l'huaianité , la vertu i>égnaient sur la terre , comme les poètes l'ont rêvé pour r&ge d'or, comme le commande le livre sublime des chrétiens, nul ne serait deshérité; tout homme trouverait un. champ h cultiver. Car le .globe , quoi qu'on en ait dit , est assez vaste pour offrir k chaque famille un foyer et un enclos. En niant ce fait, M.Malthus n'a pas vu qu'il sapait l'édifice social dans sa base. En effet , pour qu'il se forme des liens sociaux , pour qu'il y ait solidarité entre les membres d'une société , pour qu'une obligation morale grave dans les cœurs , ainsi que dans les lois , la sanction des droits respectifs de chacun, celui de vivre avec sa famille , au prix de ses sueurs , trouve dans 'l'ordre social, comme dans l'ordre naturel , un plein et libre exercice. Où serait l'objet d'une association entre des êtres de conditions si diverses , que les uns seraient dans l'impossibilité physique de garantir aux autres la jouissance du plus sacré des droits , de celui sur lequel tout autre droit est fondé 7
Supposez un seul homme déshérité par la nature de la faculté de féconder un coin de terre à l'aide de son travail , cet homme, n'ayant plus d'intérêt commun avec la société , est hors de la loi sociale. La nature n'a créé que des malti'es et des esclaves , ou, semblables aux plus vils animaux, les hommes sont condamnés , en naissant , h se disputer leur pâture. Plus de droits, plus de liens communs. Tout est sous l'empire du hasard , de la force et de la ruse. Tel est en effet l'affligeant spectacle que semblent encore nous présenter la plupart des contrées du globe. Dans l'Asie , eu Afrique , le sol , le travail, et jusqu'à la vie de Tbommc , sont la propriété du despote. Ce pouvoir exorbitant est encore le principe du gouvernement dans le grand empire du Nord, quoique ce principe funeste se modifie de plus en plus dans la pratique-, depuis l'apparition du
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génie créateur qui a jeté les fondements de la civilisation pour cet empire. Plus de la moitié du globe ne connaît d#nc encore qa'voï très-petit nombre de maîtres du sol ^ dont le caprice dispose d'une foule d'esclaves ou de serfs. Dans beaucoup d'Iles de Tocéan Atlantique , la possession de la terre est le privilège de la couleur. Les Noirs ne peuvent que Tarroser de leurs sueurs et de leur sang.
La propriété du sol fut toujours mieux répartie et plus assurée dans les contrées plus civilisées de TOccident. Nous avons montré ce .qu'elle était chez les peuples libres de l'antiquité , en Grèce , à Rome , en Italie , dans les Gaules. Nous avons dépeint les tristes eflels du servage , aux derniers temps de l'empire romain et sous le régime féodal, dont les stigmates ont laissé leur douloureuse empreinte sur tant de pays. ( f^ojrez Paivil^gb. )
C'est Tindépeudance progressive de la propriété agricole , qui, dans l'Europe occidentale, a créé une prospérité croissante. La vie champêtre , la plus naturelle à Thomme , la plus conforme à des goûts simples , est ordinairement , Le dernier terme de nos vœux.
L'industrie agricole est aussi la première de toutes : c'est la nourrice du genre humain , eu même temps qu'elle prodigue aux autres industries les plus riches éléments de leurs travaux ; la bêche et la charrue libres sont les ancres sur lesquelles s'appuie le vaisseau de l'État : c'est sur ces nobles instruments que repose toute la manœuvre. Heureuse cette Amérique du. nord, cette vaste confédération de vingt-quatre États indissolublement unis, où chaque chef de famille peut à si peu de frais ériger son loghouse, et ouvrir les sillons qui le nourriront avec f es descendants !
Pourquoi nos yeux cherchent-ils en vain dans la vieille Europe le riant aspect de c«ttè félicité générale ? Pourquoi la posses- ' sion du champ nourricier n'y est-elle qu'un monopole , que le privilège d'un certain n<»mbre d'élus?
Dans des États qui se touchant , l'égalité primitive des domaines est bientôt altérée :
l*inégalité de forces, d'intelligence, d'nctivitc , laccroissement des familles , les succcssipns, les mariages, les partages nouveaux , les usurpations ont bientôt rompu l'équilibre. Dans l'antiquité, l'on voit les villes grecques , attentives aux besoins d'une population nouvelle , transporter la
fleur de leur jeunesse ( ver sacrum ) dans les fertiles campagnes de TAsie-Mineure, de l'Italie et de la Sicile ; des colonies libres , liées par une affection Bdèle à leurs mèrespatries, portent dans leur patrie adopUve la culture , la langue et les arti de la Grèce. Les voiles athéniennes vont chercher au loin de nouvelles richesses qu'elles font afiluer dans la cité de Minerve. C'est %u contraire par les armes que Rome agrandit son territoire : la guerre est son industrie ; l'épée de ses légions distribue des champs aux plus pauvres de ses citoyens.
Le glaive est encore le grand distributeur des terres entre les barbares qui se précipitent sur le cadavre de l'empire romain , pour s'en arracher les dépouilles. Ce même droit du glaive préside à la répartition du sol de l'Angleterre entre les conquérants normands.
C'est aussi le fer qui grossit tous les domaines féodaux en Europe : partout il rive les chaîne» de la servitudf , qui , sur tant de point , même de nos jours , tiennent le laboureur attaché à la glèbe. Que de luttes et de révolutions n'a-t-il pas fallu pour am^ ner, dans quelques pays , une nouvelle division des domaines , pour appeler un plus grand nombre de possesseurs à la propriété du sol , et pour affranchir les i^oissons ! .
C'est à une plus ample distribution , h une meilleure répartition de son territoire , que la France doit les progrès immenses de l'a* griculture , depuis quarante ans. OEuvre bienfaisante et réparairice, surgie du seio des tempêtes , au milieu du Aang et des ruines. Protégée par les libertés publiques , la propriété en a gravé Tamour dans le cœur des nombreux habitants de nos campagnes. Qui de nous n*a pas lu avec douleur, dans une foule d'écrits , le récit de leur ancienne misère ? L'illustre auteur des Éludes de la nature, si attentif k rechercher les symptômes , les causes et les remèdes des maux publics , portait, en 1784 , le nombre des indigents dç la France à sept milliona sur vingt-quatre millions d'habitants. La concentration de la propriété du sol dans les mains des deux premiers ordres de l'État, la main-morte , les substitutions , obstacles invincibles à U circulation des héritages, l'exemption des impCts, privilège révoltant de ses possesseurs oisifs , mais toujours habiles à faire'retomber tout le poids des charges communes sur le pauvre cultivateur, la multi'nde des redevances et des servitudes
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dont le fardeau avilissait autant quUl accablait cette classe si digue d'intérêt, tous CCS traits signalaient les principales sources de rcîTroyable misère , d'où sont sortis tant de désustres. Les propriétés rurales mieux réparties et dégagées de tant d'entraves , les progrès de Taisance dans nos campagnes ont créé cette corne d'abondance qui verse aujourd'hui tant d'or dans le trésor de TËtat, jadis si difficile à remplir et ai souvent épuisé. Tels sont les bienfaits de la propriété héréditaire du sol , quand Tarbre de la liberté fleurit le premier sur le champ du propriétaire , et lorsque les lois tendent constaniment à rendre la possession d*un domaine accessible à tous. On discute encore sur la prééminence de la grande ou de la petite propriété , de la grande pu de la petite culture ; c'est mettre en question si l'homme est fait pour la terre , ou si la terre n'est pas plutôt faite pour l'homme , si la production est le but de la société , dont les membres ne seraient que des moyens , ou des instruments . Convenons que l'objet de l'économie sociale , c'est la prospérité commune , c'est Taisance générale, et nous aurons bientôt reconnu que la source de cette prospérité est bien m^ins dans la quantité que dans une heureuse distribution des biens et des produits. ^ Le pa/s où. règne le plus d'aisance -u^est donc pas celui où la concentration des propriétés dans un petit nombre de familles opulentes ne laisse pour ressource à la masse de ses habitants que le partage d'un salaire variable , et tendant toujours à décroître.
Cest bien plutôt TÉUt dont chaque habitant peut aisément fonder son bien-étrc sur la possession d'un coin de terre. Qui pourrait hésiter long^temps sur le choix de cette Angleterre, si éblouissante de magnificence, mais où des millions d'hommes réduits h l'unique propriété de leurs personnes , travaillent quinze heures par jour pour uu salaire qui ne pourvoira pas à leurs besoins, et cette Amérique du nord , beaucoup moins brillante sans doute , mais où chaque habitant trouve l'abondance dans la culture de son cbanip , où personne n'est condamné à recevoir d'un officier de paroisse sa part à une taxe des pauvres , supplément nécessaire d'un salaire insuffisant.
« Le plus heureux pays , disait J.J. Rous- • seau, et après lui d'Argenson^ ce serait » celui où pas on n'aurait trop , et où tous » auraient quelque chose. « Que pas un n^ait trop , e*est assurément ce qu'aucun législa-
teur ne pourrait empêcher; mais l'osuvre d'une bonne législation est de travailler sans relÂche pour que> chacun ait quelque chose.
a L'Etat , a dit encore le grand écrivain » que nous venons de citer , fiemardin de » Saint-Pierre , est semblable à un jardin , '^ où les petite arbres ne peuvent venir s'il y a en a de trop grands qui les ombragent ; » mais il y a cette différence . que la beauté » d*un jardin peut résulter d'un petit nom- » bre de grands arbres , et que la prospérité • d'un État dépend toujours de la multitude » et de l'égalité des sujets , et non pas d'un » petit nombre de riches. •
Nous n'avons encore parlé que de la propriété du sol , la plus ancienne de toutes, la souixe des autres propriétés et la plus importante. Celles qui en dérivent sont créées par l'accumulation des produits superflus et par la division du travail. Dans un payv où toutes les terres sont occupées , un échange de services et de salaires s'établit bientôt entre l'industrie sans ' propriété foncière et le propriétaire foncier. A Torigine de la société , chaque famille agricole fabrique ses instruments , ses armes , ses vêtements , sa chaussure , la voiture qui transportera ses récoltes , tous les objets , en un mot , dont elle éprouve le besoin. Mais on ne tarde pas h s'apercevoir qu'il y aura plus de profit pour tous , si les uns se livrent entièrement aux travaux de la culture . tandis que les autres fabriqueront les objets de nécessité commune. L'accroissement des familles , l'arrivée d'hôtes industrieux , k qui l'on n'a plus de terres à donner ,* accélèrent encore cette division des travaux. Les voilà établies, ces deux classes de propriétaires et de salariés , qui , suivant le mot de Mirabeau , composent toute société. Les salaires et les profits accumulés forment ce|>endant une nouvelle espèce de propriété : nnais celle- ci , plus mobile , est plus sujette à dépérir. Tous les arts industriels , le commerce des productions qu'ils créent , le remplacement des échanges en nature par les métaux précieux , promptement convertis en monnaie,; la valeur de cette monnaie , toujours acceptée en retour des autres produits ,-n'en constituent pas moins une nouvelle classe de propriétaires, celle des capitalistes et des entrepreneurs de travaux. Tous ces phénomènes d'un ordre social qui se complique ne sont que le développement de la division du travail.
C'est surtout dans les pays comme ceux de l'Europe , où les lumières ont introduit
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une liberté plus ou moins étendue , et où la propriété du sol est en même temps à peu près fixée , que U multiplicité des besoins , stimulant Factivité générale , met en jeu , avec une' rapidité qui tient du prodige, les efforts de l'industrie et du commerce pour centupler les ressources. Les capitalistes , possesseurs du numéraire , à-ia-foiâ le signe des produits accumulés et le gage de nou- ▼eauz produits, ne tardent pas à égaler, souvent même à surpasser en richesse et en puissance les plus opulents propriétaires du . êù\ * car la propriété mobile , ainsi que la propriété fixe , tend toujours , quoique avec moins de chances pour un succès complet , à «e concentrer dans un certain nombre de mains plus sTctives , plus habiles ou plus avides que les autres. Cette tendance constante au monopole , heureusement contrariée par la concurrence universelle, n^en est pas moins la grande plaie sociale. Elle est une des principales sources du contraste si affligeant de richesse et ^e misère qui décoloré Taspect des plus brillantes sociétés. Ce malheur d*une lutte perpétuelle entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont que leur intelligence et leurs bras pour ressource, est surtout le triste attribut des pays où domine la propriété mobile , fille de l'industrie. Les arts qui façonnent les produits bruts , et qui en multiplient à Tinfini les métamorphoses; le commerce , qui transporte partout ces ingénieuses productions , et qui ei^ propage au loin le débit , créent sans doute d'abord de merveilleuses ressources pour la multitude déshéritée de la propriété foncière.
Mais , h mesure qu'augmente cette foule d^hommes sans propriété , à mesure que les capitaux mobiles tendent h se concentrer, que les débouchés deviennent plus rares , et que les mécaniques , ces prodiges d'une science féconde en inventions destinées à suppléer de plus en plus le travail de l'homme , poussent sans cesse à la réduction du prix de la main-d'œuvre , la concurrence toujours croissante des bras sans travail et la diminution des salaires nous signalent , non loin de ces hôtels magnifiques , où éclatent toutes les pompes de l'opulence, une population nombreuse qui meurt de faim.
Voilà cependant à c^oi aboutissent l'activité si étonnante et la splendeur de la nation la plus riche et la plus habile du globe. La taxe des pauvres dévore le huitième des revenus de l'Angleterre , et ce partage légal du riche avec l'indigent , cet équivalent d'une
loi agraire, contre lequel s'élèvent tant d'iirconséquentes réclamation^ , n^est , au vrai , qu'un supplément de salaire , consenti par les uns et accepté par les autres , comme la condition et le gage de la paix publique. Les vices de distribution que l'on reproche à cette taxe , les mauvais effets qui peuvent en résulter, ne changent rien à la nécessité qui en impose la loi.
Cette lutte interne des sociétés entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien , cette guerre intestine , si féconde en désordres , et qui éclate souvent en révolutions si terribles , sont-ce des consétpences nécessaires de la propriété héréditaire du sol , et des progrès de l'industrie? ou bien peut-on prévenir ces malheurs? peut-on y porter remède , en empêcher le retour, et par qneU moyens ?
Vouloir prévenir ou effacer toutes les inégalités de fortune produites par la concurrence combinée avec l'inégalité des facultés naturelles entre les hommes , ce serait folie. Si la nature nous a faits égaur, quant aux droits communs , elle ne nous a pas créés égaux en puissance. L'ordre social se conforme à ses lois qu'il ne peut changer. Prévenir l'oppression des plus faibles par les plus forts , c'est tout ce qu'il se propose.
D'insensés réformateurs ont seuls rêvé de nouveaux partages des terres. Des législateurs tout aussi peu éclairés ont seuls imaginé de régler la marche de l'industrie , en limitant le nombre de ceux qui l'exercent , en fixant le prix des denrées , le taux des salaires , en multipliant les restrictions , les prohibitions. Outre qu'elles violeraient le droit sacré de la propriété acquise primitivement par le travail , les lois agraires décourageraient la culture , en lui ôtant son plus puissant stimulant , une possession à jamais assurée ; les inégalités , effacées par un nouveau partage ne tarderaient pas d^ailleurs à se reproduire , lors même qu*à l'exemple des Hébreux, on rétablirait le partage primitif à chaque demi-siècle.
Quant au système des restrictions, des prohibitions, des maximum pour l'industrie et le commerce , de longues et tristes expériences en ont assez signalé les funestes effets. Tous ces prétendus remèdes sont pires que le mal.
La liberté de toutes les industries, à commencer par l'agriculture, voilà le seul régime à suivre. S'il ne prévient pas tous les maux, ce qui est impossible, il ne peirmettra du
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moins que ceux qui sont inévitables. Afirauchiftsez Tagriculture de toute entrave ; que la propriété du sol se divise et circule librement; elle tendra toujours assez ^ se concentrer. Point de loi de caste et de privilège, point de main-morte , ni de substitutions qui enchaînent , pour ainsi dire , les terres , ou qui les stérilisent ; point de règlements qui limitent la production, point d'impôts arbitraires, point de taxes onéreuses qui arrêtent lessor de la culture. N'oubliez pas que labourage et pâturage sont, comme le disait Sully, ies deux mamelles de lÉtat.
Gai*dez-vous de favoriser, comme le faisait Colbert , Tindustrie et le commerce à leurs dépens *y mais que vos lois laissent aussi à Tindustne et au commerce toute leur activité. Veillez en même temps à ce que les ouvriers ne soient point opprimés par les maîtres; n'arrêtez point les travaux de la science, quand elle crée ces automates ingénienz, qu'elle emploie à multiplier, à perfectionner les produits dont ils diminuent les frais ; coiiis bâtez-vous d'assurer aux classes laborieuses rinsti'ucliou qui leur donnera l'aptitude a varier utilement leurs travaux, à passer rapidement d'un travail à un autre; surtout ouvrez à ces classes un accès facile dans tout pays où elles pourront trouver ce que l'état de la société leur refuserait dans leur patrie : le bonheur avec le travail et Tespoir de la propriété.
Le reste doit être l'œuvre de la bienfai* sance. C'est \ l'amour de riiumanilé inspiré par une morale et une religion éclairées , autant que sincères , qu'est dévolu le pouvoir de soulager les maux que les lois ne peuvent ni prévenir, ni guérir. C'est dans le cœur de l'homme de bien que la nature a placé le plus sûr appui du malheureux.
« Miseris succurrere disco, n Cet adage de la muse romaine est la loi du monde. Si la bienfaisance a ses erreurs , elle n'en est pas moins l'ancre de salut pour le genre humain.
Elle n'cytpas seulement un sentiment généreux; elle est aussi un devoir. Dès qu'il existe un malheureux qui ne l'est pas par sa faute , la société , dont l'ordre établi cause son malheur, lui doit assistance. Mab le plus riche trésor de bienfaisance pour les peuples , c'est le génie des L'Hôpital , des SoUj, des Turgot , des Malesherbes , de ces véritables amis des hommes , à qui de longues méditations éclairées par uue ardente et sublime sympathie , ont révélé les maux
de la société , les causes de ces maux , et les moyens d'en alléger le poids.
Pour compléter l'aperçu qu'on vient de lire , nous hasarderons un coup d'œil rapide sur une question devenue récemment l'objet d'une attention spéciale. 11 s'agit de la propriété littéraire ou des droits d'auteur, que ni l'opinion ni les lois n'ç>nt encore définitivement fixés. On sait que le règlement de ces droits a occupe les méditations de noire législature.
Les créations du génie , du talent , de la science, ces œuvres destinées à rendre les hommes meilleurs et plus heureux, peuventelles descendre de leur sphère élevée jusqu'au niveau des travaux alimentaires 7 Orphée, Homère, Socrate, Platon, écoutaient-ils d*dutres inspirations que celles de leur haute vocation , et les lumières de ces grands hommes ne sont elles pas le patrimoine des peuples qu'ils ont éclairés ? Qui pourrait en douter? Mais le génie qui se dévoue au bonheur des hommes a droit aux témoignages de leur gratitude. C'était , sans doute , à juste titre que Socrate imposait aux Atliéniens l'obligation de le nourrir au Prytanée avec sa famille. Le Christ luimême , quand il envoie ses disciples prêcher l'Évangile, leur promet que l'œuvre de paix obtiendra son légitime salaire. A Rome , Virgile , Horace , avaient part aux pains d'Auguste; car, lorsque leurs poèmes admirables ne se multipliaient que par l'industrie des copistes, en revendiquer la propriété était diiBcile. C'est l'imprimerie qui a vraiment créé la faculté d'une possession spéciale , dont les lois ont sanctionné le privilège en le réglant , comme c'est l'usage des spectacles offerts à prix d'argent qui a donné naissance aux conventions entre les poètes dramatiques et les comédiens. Le droit s*est, en quelque sorte , constitué avec le pouvoir de l'exercer; le (aient, la science, sont deivenus des moyeus de fortune , des capitaux quelquefois très-féconds en riches produits.
Toutefois , les œuvres de la littérature et de la science peuvent-elles , comme la possession du sol et des capitaux matériels , créer des droits héréditaires , transmissiblea 'd'une génération à l'autre ? Ou bien ne donnent-elles titre qu*à une récompense , à un prix fixé de gré à gré , à un privilège temporaire, tel que les brevets d'invention en accordent aux découvertes utiles ? Conunent concilier l'intérêt de la société , qui réclame
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la joaissance des bienfaits du génie? comment faire concorder ce généreux dévouement , le plus beau de ses attributs , sa dignité, sa gloire, avec les besoins du citoyen , avec les droits du père de famille ?
Mettre en harmonie ces intérêts divers ne parait pas facile. C'est cependant la tâche imposée au législateur.
L'œuvre si noble du talent et du génie devient cependant aussi une œuvre matérielle par le mode de publication. Tous ceux qui en profitent doivent concourir h la rémunérer.
C'est surtout par la vente de l'ouvrage que se paie la rétribution, dont le produit se distribue d'après les conventions entre l'auteur etTéditeur; mais Tœuvre, une fois livrée au public , il prend aussi part à la propriété : car c'est pour lui que l'ouvrage a été composé, imprimé; c'est sur lui que fauteur et Téditeur ont prélevé le double tribut de la gloire et du proBt. On ne peut plus lui ravir ce qui a été consacré à son usage , lui enlever une possession à laquelle la renommée nouvelle , créée par son suffrage , et le prix payé pour d'honorables travaux , lui ont acquis des titre». De là l'intérêt et le droit du public h une dui-ée de jouissance; de là celui de veiller à ce qu'elle ne se dénature ni ne se perde ; de là enfin la faculté accordée à llndustrie d'accomplir le vœu général, de pourvoir au besoin universel , «i , à une époque fixée , l'auleur , l'éditeur ou leurs héritiers négligeaient de satisfaire ce besoin , ou se prêtaient, par cupidité, au projet d'anéantir l'ouvrage. La nature et la destination des travaux littéraires les rangent donc dans une classe h part. Le tort grave que pourrait causer au public , co*propriétaire , un droit héréditaire et perpétuel de propiiété dans la famille de l'auteur, rend impossible la consécration d'un pareil privilège. Celui-ci ipentrerait donc, en effet, naturellement dans la classe de ceux que l'on accorde aux découvertes utiles pour un monopole dont la durée est fixée. Toutefois , • d'importantes considérations parlent hautement en faveur d'une prolongation au profit de la veuve et des héritiers immédiats. C'est, en effet, pour eux autant que pour lui-même, c'est sous rinspiration de son amour pour une épouse , pour des enfants chéris , peutêtre aussi pour les enfants d'un frère ou d'une sœur , adoptés par sa tendresse , que l'auteur a élaboré le pénible fruit de ses veilles. N'est-il pas juste que le prix s'en
accroisse pour l'avantage des objets de sa prédilection, de ceux dont Taffection, les soins empressés, quelquefois les avis, lui ont rendu l'accomplissement de son œuvre plus agréable et plus facile ?
Tel est à peu près, et autant que nous avont pu l'indiquer si rapidement , le point de vue sous lequel Tun de nos citoyens et de nos écrivains les plus recommanda blés , M. Kératry, a envisagé ces questions « lorsqu'il a été appelé, comme député, à les examiner.
Ainsi que lui, nous sommes portés à croire qu'on ne pourrait guère les résoudre autrement sans s'exposer à de graves inconvénients. AXJVIRT DE VlTRT.
PROSCRIPTIONS. ( Histoire politique et religieuse. ) La diversité des intérêts et des pensées qui elles-mêmes se rattachent presque toujours aux intérêts positifs de la . vie , ne cessera d^agiter l'espèce humaine et ' de la partager en deux camps ennemis , partout où une raison éclairée n'aura pas présidé à l'œuvre de la législation. Le sujet que nous allons traiter en est la triste preuve. Si des peuples se sont précipités contre des peuples , tantôt pour des tributs exigés et refusés, tantôt pour les limites contestées d'un territoire , le sage s'afQige sans s'étonner; mais qu'ils descendent dans cette arène sanglante pour de simples opinions, souvent contradictoires , quelquefois également fausses , et d'une importance exagérée , à en juger par le mépris où elles tombent un peu plus tard , c'est ce qui a droit d'exciter au plus haut degré la surprise. Ici , on sent qu'il faut étudier la nature humaine, et que c'est à elle seule qu'il convient de demander le secret des grandes calamités^ dont nos pères ont été tour k tour les instruments et les victimes. Ne nous le dissimulons pas : il existe en nous une soif de domination qui veut, par tous les moyens, se satisfaire.
Chacun cherche à étendre le cercle de sa puissance. Là où il ne règne pas par sa force physique , il aspire à primer par sa force intellectuelle. Que lui importe au nom de laquelle des deux il vous commandera ? Lorsqu'au défaut de son bras, il vous a imposé l'infaillibilité de sa logique , son but n'estil pas également atteint? Du moment où il a soumis votre intelligence, vous êtes à lui , car la servitude du corps sufvra de près ceHe de l'âme. Mais , dans c-e(^e tendance vers le pouvoûr ,, tous se présentant avec les mêmes droits et les mêmes titres , les guerres s*alhi-
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nent. Celles qui mettentles «hms aui i d^iuie population née smf le même toi , nour^ rie du méxne «ir , et réchauffée parie même soleil V ont les caractères les plus sinisti'es ; on ne sait sons quelles tentes y chercher la patrie ; toujours elles sont accompagnées <le proscriptions, ei Texil est la plus douoe peine que les partis 8*infligeni : car , par la iMlare même Je leurs prétentions, ils se eondasoneat à des combats à outrance , d^où il arrive que la fortune leur étant altemati- Tomeat adverse et prospère , il n'est pas rare àm voir des cités entières s'éteindre au sein <ie leurs désordres.
L'échelle dea proscriptions a ses degrés :
elles peuvent eiister de peuple à peuple , comme entre Rome et Carthage ; de classe à classe, comme à Rome encore, entre les patridens et les plébéiens ; de famille li famille , comme à Vérone , entre les Capulei ei les Montaigu ; en6n , d'individu à individu , ainsi qu'il arriva dans Athènes , entre Thémistode et Aristide, Akibiade et Nicias« Les unes tiennent à des intérêts généraux en présence , les autres à des rivalités d'orgueil ou d'ambition , concentrées dans leneeiate d'un château ou dans la demeure d^un simple particulier.
$i TAge des sociétés en détermine les for* mes , il influe encore sur leurs malsdies morales , sur leurs diverses sortes de délires , et sur les paroxismes de leurs fureurs. Aa<^ tant de gourememeots , autant de proscriptions diverses : nous ks passerons rapidement en revue.
Qu'estee qu'une guerre étrangère T Dans le véritable acception du mot, c'est la^vxtj* cHption d'une nation par une autre , jalouse de sa liberté , de son territoire , de son industrie ou de sa prospérité commerciale.
Sous ces rapports , la Grande-firetagne , bien que ses villes et ses hameaux abondent en caractères généreux , a prononcé, par l'or** gane de son cabinet, la proscription de l'espèce humaine. Devant ses comptoirs, des empires ont disparu dans Tlnde ; et la civiliaatioo a tremblé en Europe, soit sur le continent, soit dans les archipek, partout où ses gouverneurs ont porté leurs pas. Pour les trois royaumes-unis , tout ce qui n'est pas l'Angleterre , .soumis à l'Angletere , est na ennemi qu'il faut abattre. Prince ou peu* pie , qu'il se tienne sur ses gardes , pour peu que sa fortune rivalise avec celle d'Albion , car il en a tout à eraindre : en pensée , il est déjii proscrit. ^Ihîon est arrivée à un tel Tome 19.
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degré de besoins , que pour vivre il lui firat le commerte du monde ; par la loi même de •on exbtenoe , elle sera en guerre avec l'univers , jusqu'à ce qu'elle ait suooookbé ou qu'elle Tait envahi.
Qu'est-ce qu'une guerre intestine? C'est \m proscription du parti qui résiste dans une société , par le parti qui veut se saisir du pouvoir , dftns Tintention de s'approprier exclusivement les bienfaits de l'ordre social , ou seulement d'y .partidper par l'introduetion d'un nouvel ordre de choses , qu|nd le précédent lui a été trop défavorable. Ces tentatives sont flétries du nom de sétUtion , lorsqu elles avortent; le succès les anoblit presque toujours : alors on les nomme des révolutions ; mais on ne saurait se dissimuler qu'il est bien rare qu'elles ne soient accompagnées de* grandes douleurs , l'autorité ne se déplaçant jamais sans que la société ne soit remuée dans ses fondements. Alors les dasses se heurtent- avec l'espoir de conquérir et la crainte de perdre , et , après avoir foulé aux pieds les lois saintes de la justice, elles finissent souvent par ne régner que sur des débris. Plus les forces des partis se balancent, plus la lutte se prolonge, et plus elle est sanglante : c'est ce que l'on vit dans les querelles de Marins et de Sylia , où le peuple et les grands se saisirent tour à tour du pouvoir personnifié dans ces deux chefs.
Quoi qu'on ait pu dire , il n'y a eu rien de très-tranché ches nous entre Robespierre et Danton. Avec des formes individuelles , mais . non des vues diflërentes , ils aspiraient an mémo but ; c'était le même levier qu'ils met» taient en mouvement. Il s*agissait , tout an plus , de savoir qui en resterait le maître, et qui régnerait sur une nation dédmée, après avoir expldté les fureurs de sa populace.
Dans la lutte, chacun des rivaux crut devoir exagérer sa colère : ainsi , ils furent poussés au-delà de leur propre cruauté. A peine se furent-ils enlendMs pcUir renverser les girondins , placés avant eux sur la route du pouvoir , qu'ils ne firent plus que se battre avec des cadavres ; c'était à qui en entasserait le plus à ses edtés , en manière de rempart. A des proscriptions ils opposèrent des proscriptions , s'accordent tout réciproquement, jusqu'à la chute dé celui des deux qui , avec le plus d'audace, était le moins à eraindre, et que vengèrent, un peu plus tard , quelques hommes réunis dans le sentiment d'un péril commun. Jours afi'renx, où le sang versé , même celui des patriotes , de