‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 56 sur 135 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

QUIN

QUIN

pièces de sa composition. L'Amant indiscret , qu'il fit jouer en 1654 , fut couvert d'applaudissements : cette pièce se distingne , entre les comédies de QuinauU , par un style plus vif et plus comique, et Ton pense que Voltaire en a profilé pour sa comédie de TZ/zdiscret. Après la mort de son bienfaiteur, auquel il avait h son tour prodigué les plus tendres soins, QuinauU donna successivement au théâtre : la Comédie sans Comédie ; les Coups de l'Jmour et de la Fortune ; la Mort de Cjrrus , tragédie en 5 actes ; diverses autres pièces , et en 1681 , la tragédie d'^- ^rippa, ou le faux Tibéfinus^ qui fut jouée deux mois de suite et reprise plusieurs fois. S'éiant, marié vers cette époque , QuinauU prit le titre d'avocat au parlement, acheta une charge de valet de chambre du roi, et fbl pendant trois ans plus occupé de son bonheur domestique que de la littérature.

Il y revint en 1664 , et fit paraître sa tragédie d'j^strate , qui eut un succès prodigieux, et qui attira une telle aflluence de spectateurs que les comédiens doublèrent le prix des places. Cette pièce , malgré la critique de Boileau , eut , avec lejaux Tibérinus, Ihonneur assez rare d^être jouée pendant quatre-vingts ans ; mais le peu de réussite qu'elles eurent aux dernières l'éprises les a fait disparaître de la scène« Jusqu*alors notre poêle, s'abandonna ut à sa trop grande facilité , n'avait encore rien produit qui fût vraiment digne du suffrage des connaisseurs et de la postérité. Chez lui les succès amenaient les succès ; car il est à remarquer qu'aucune de ses pièces ne fut mal accueillie , si ce n'est Bellérophon , son avantdernièiT tragédie, qui tomba dès la première représentation. Mais sa comédie de V la Mère coquette , ou les Amants brouillés , représentée en 1665 , raffermit sa réputation dramatique qui avait souffert quelque atteinte. Pausanias, qu'il fit jouer un an après, fut «a dernière tragédie. Enfin il devint le ^créateur et le modèle d'un nouveau genre dramatique; il s'essaya dans la tragédieopéra ; et quoique ses premières, pièces en ce genre fussent loin de la perfection à laquelle il parvint ensuite , elles annonçaient du moilii que Lulli, qui avait obtenu lé privilège de rOpéra, ne s'éta»t pas trompé dans son choix en préférant QuinauU aux antres poètes de son temps. L'alliance de ces deux talents éleva i>ientét la scène lyrique française au-dessus de toutes les autres ,mais avec celte différence que k musique

du compositeur a passé de mode, tandis qoe les vers du poète seront toujours goûtés.

Déjh gratifié par le roi d'une pension de deux mille livres, QuinauU fut décoré du cordon de Saint-Michel , et continua d'élever la renommée de l'opéra français jusqu'en 1686, que parut Armide, son dernier ouvrage et son chef-d'œuvre. Depuis cette époque, cédant aux sentiments religieux que sa femme lui avait inspirés , il cessa entièrement de travailler pour le théâtre , et ne voulut plus composer de vers que pour chanter les louanges de Dieu. 11 mourut le 26 novembre 1688 à Tâge de 53 ans. La noblesse de ses sentiments , la bonté de son cœur, sa modestie et l'aménité de son caractère le firent regarder comme l'un des hommes les plus aimables de son siècle. Les QEutf rende QuinauU ont été imprimées avec sa Fie, Paris, 1739 et 1778, 5 voL in-12.

M. Crapelet a publié pour la première fois, dans le format in-octavo , les OEm^res choisies de QuinauU, précédées d'une notice fort intéressante, Paris, 1824,2 vol. in-3".

•QUINAULT (Jkah BAPTisT«-MAuaiCB), bon acteur comique , fut reçu au Théitre- Français en 1712, et mourut en 1744. Son père avait commencé h jouer en 1695, et s'était retiré du théâtre en 1717. QuinauU l'alné était aussi musicien. Il a fait, outre ses diifertistements , la musique des Amours des déesses.

* QUINAULT ( Jbahitb-Fbakç. ), sœur du précédent, née à Paris à la fin du 17* siècle, joignit à la réputation d^une excellente actrice oeUe d'une femme de société , pleine d'esprit et d'instruction , et mourut en 1 783. On trouve sur elle et sqr ses relations avec Duclos {voyez ce nom) , de curieux détails dans les Mémoires de madame d'Épinay, 1818 , 3 vol. in-8<».

*QU1NCY (Chaeles SÉVIN, marquis db), officier général , né vefs 166U, sigliala sa valeur dans les guerres que Louis XIV eut à soutenir depuis 1676 jusqu'à la paix d'Utrecht , et obtint, en récompense de ses services, le grade de lieutenant-général «dans Tarme de l'artillerie. Il se distingua encore à la mal heureuse bataille d*Hochsledt(1704), ott il reçut une blessure assez ^rave, et commanda en, 1707 l'artillerie de* l'armée, sous les ordres du maréchal de Villan.

L'année suivante , il fut employé h l'armée que dirigeait sur le Rhin l'électeur de Bavière. A la paix , il fut nommé lieutenantgénéral au gouvernement de la province

QUIN

f Aoyergne , et consacra ses loisirs \ la mise en ordre des matérianx qn*il avait recueipis (bas tes campagnes. On croit que cet offi* cier-géoéral mourut en 1728. On a de lui un oufrage assez estimé , ayant pour titre : Histoire militaire du règne de Louts^U'Grand , nide France, etc., Paris 1726, 8 vol. in-4o, arec cartes et plans.

* QUINCT ( Jbav ) , médecin anglab , mort k Londres en 1723 , a publié ( en angbis) : Dictionnaire de phjrsiifue, 1719; Pharmacopée universelle , 1721 , in*8<^; tradoiteeo français par Ctausier, Paris, 1745, io4o ; Pharmacopée chimique , Londres , 1723, in-4o. — QimcT ( Josias ), publiciste aoglo-anéricain , conseiller à la cour de justice de Boston , se signala en 1770 et en 1774 par son patriotisme, et mourut au cap Ann en 1775, h Tàge de 31 ans. — XJn antre QunrcT ( Edmond ), citoyen de Boston, mort eu 1688 à Tâge de 85 ans , est auteur d*un Traité de la culture du chanvre , Boston , 1765 , in.4«.

* QUINETTE (Nicolas-Maeib), membre de la convention nationale , était procureur on notaire à Soissons , sa ville natale , en 1789, lors des premiers troubles de la révolution. Nommé député à l'assemblée législative par le département de TAisne , il prit place au côté gauche , demanda , en 1792, que les biens (jies émigrés fussent séquestrés^ appuya vivement la motion de la mise eiv^occusation du duc de Brissac , commandant de la garde constitutionnelle du roi, et fut membre de la commission

(227) QUIN

d'État pour la section de llntérieur, et créa pour lui une direction générale de la comptabilité des communes et des hospices. En 1814 , Quinette donna son adhésion h la déchéance de Napoléon, qui, toutefois, le nomma son commissaire extraordinaire dans les départements de la Somme et delà Seine- Inférieure , et pair dans la chambre dite des eentjours. Après la seconde abdication de Napoléon , Quinette fut appelé par Fonché à faire partie du gouvernement provisoire.

A la fin de 1815, il fut banni comme régicide , et se retira à Bruxelles , où il mourut en 1821. On ne cite de lui que le /?«i^/>orr des représentants du peuple Camus , Bancal , Lamarque, Quinette et Drouet, sur leur détention , lu au conseil des Cinq-Cents , Paris, an IV (1796), in-8o, de 206 pages.

*QDINON£Z (Feavçois db), cardinal espagnol , né vers la fin du 15* siècle dans le royaume de Léon , était fils du comte de Luna {vojrez ce nom). Il entra de bonne heure dans Tordre des corde! iers , fut élevé à la dignité de général en 1.522 « et devint membre du con.«eil de conscience de l'empereur Charles-Quint. Chargé par Clément VII, alors prisonnier au château Saint-Ange , de négocier auprès de Charles-Quint l'élargissement de ce papC) Qninonez eut de la peine à l'obtenir, mais réussit enfin. Le chapeau de cardinal fut la récompense de ce service signalé. Quinonez fut également honoré de la confiance de Paul III, devint, en 1534, protecteur des franciscains , évéque de Cauria en 1539, dePalestrine en 1540 , et mourut

chargée de surveiller et diriger le gou- à Vénili dans le mois de septembre de cette

▼emement nommé après le détrônement de l'infortuné Louis XVI, Ré^hi ensuite à la convention nationale , Quinette fut un des premiers représentants du peuple envoyés aux armées , devint ensuite membre do comité de salut public, fut l'un des quatre commissaires envoyés à l'armée de Daojouriez pour faire arrêter ce général, qui fil saisir lui-même les commissaires , et les livra au général autrichien , priuce de Coboarg. Quinette fut échangé avec ses collègues, en 1795, contre Madame, fille de I^uis XVI , revint à Paris , devint membre do conseil des Cinq-Cents en 1796 , en sortit l'année-suivanle , fut nommé ministre de l'intérieur en 1799, et préfet de la Somme en 1800 , sous le gouvernement consulaire.

Il se montra sage administrateur, et fut désigné quelque tdnps après candidat au sénat conservateur, èoaaparte le fit conseiller

même année. On a de lui : Compilatio omnium privilegiorum minoribus conéêssorum , Séville , 1 530 , in-fol. ; Breviarium romanum ex sacrd potissimikm Scriplurd , et prohatiê sanctorum historiis nuper con/ectum, Rome, 1535, in-8o; Lyon, 1540, in-4o ; 1541 , in-8» , etc. j Paris , 1536 , in-4o, etc.; Venise, 1546, in-8«; Anvers, 1563, in-16, et, en plusieurs autres villes, in-4o , in-S" et in-16. La dernière édition , dont aucun exemplaire ne fut mis dans le commerce , fut imprimée h Paris, 1678, in-S», pour l'usage particulier de Colbert , sous le titre de Breviarium colbertinum. Le bréviaire de Quinonez, bien que vêtu de Tapprobâtion des papes Clément Vf I , Paul III , Jules III et Paul IV, n'obtint pas celle de la Sorbonne , à laqueUe l'auteur l'avait soumis. La censure de cette compagnie se trouve dans la Collection des jugements, etc., par d'Argentré, tom. 2 9

QUIN

QUIN

pag. 121 et fuirantes. En 1568, le pape Pie V défendit la récitation de ce bréviaire pai' une bulle , et depuis lors il a cessé d*éire en usage. Les reproches qu on faisait à l'auteur étaient d^avoir omis le pelit office de la Vierge , les Antiennes , les répons , les capitules , les homélies , l'ordre et le nombre i!4*s psaumes, tels qu^un les lisait dans TÉgll^e, etc., et surtout d'avoir tellement abrégé la vie des saints dont on y fait Toflice , qu'on ne peut être éclairé ni sur leurs vertus , ni sur les miracles que Dieu a opérés par leur ministère pour Tédification des fidèles. — D. Juau DB Qdivokb'a , de la famille du précédent, né en 1650 dans les environs de Tolède , mort en 1640 , est auteur des ouvrages suivants : Tréu'eé sur les langoustes et les sauterelles (en espagnol ), BTadrid , 1620, ia'4« ; el monte F'esuvio , ahora la montaJia de Soma , ibid., 1622 , in-i» ; un Essai sur les gitanos ou bohémiens, etc. (en espagnol ), ibid., 1728, in4«> , et quelques autre* écrits peu remarquables.

QUINQUINA. {Médecine.) On se rappelie toujours avec le plus grand intérêt les époques principales qui ont signalé la précieuse découverte du quinquina, llpnrait, d'après la tradition la plus ancienne, que les lodteos étaient depub long- temps en possession de ce médicament devenu si célèbre, dont le simple hasard leur avait manifesté les vertus ; mais ils s'obstinaient à ne point les révéler à leurs oppresseurs. L'histoire terrible des malheurs du Nouveau- Monde explique facilement celte rrpugnaace; d'ailleurs , il faut le présumer , des richesses de cette nature étaient peu propres à tenter l'avidité d'une armée composée d'Uommes barbares et sans instruction , qui ne respiraient que le pillage et l'amour de Tor.

Ce fut seulement en 1640 qu'un événement particulier 6t apprécier les a va otages de cette inestimable écorce^ Alors résidait à Lima un viçe-roi du Pérou : Geronimo Fernandez de Cabrein , comte delCinchon, Son épouse était en proie aux graves symptômes d'une Uèvreintermittenie; aucun moyen n'avait pu en modérer l'intensité. Un Espagnol , gouverneur de Loxa', proposa aussitôt cette poudre, dont les propriétés avaient été dérouvertes et constatées depuis long-temps dans ce pays. Ce merveilleux remède arrêta les paroxysmes. Un semblable succès chez une personne d'un si haut rang dut singulièrement U mettre en crédit; aussi la con-

naissance de ce nouveau ravdicanent ne tarda pas h se répandre dans toote l'Espagne. Peu de temps après , les jésuHes l'apportèrent en Italie, et l'on sait avec quel zèle charitable il fut distribué aux malades indigents de Rome , par les soins pieux du cardinal de Lugo , et de ton médecin , Sébastien Baido, dont la gloire est d'avoir écrit le premier sur les avantages et les propriétés médicales du quinquina. Presque aussitôt , la France , l'Angleterre , l'Allemagne, etc., s'approprièrent un secours si utile et si uni* versel.

Mais le quinquina ne tarda pas k subir le sort de toutes les découvertes modernes. Des hommes, aveuglés par l'amour-propre on par les préjugés , s'opposèrent à son introduction àaiïB la matière médicale ; ils motivl-rent sa proscription d'après quelques tentatives qui tenaient surtout à l'ignorance où l'on était des doses précises auxquelles il convenait de l'administrer. Heureusement un Anglais , nommé Robert Talbol , esprit hardi et entreprenant, encouragé d'ailleurs par l'autorité pubsante de Sydcnham , son contemporain , viol 6xcr les incertitudes sur cet olljel. Il assura les bons cflTets du quinquina par un nouveau mode de préparation, dont LouisXIVacheta les ecret; elce précieux remède recouvra bientôt sa première renommée par la munificence libérale d'un de nos plus grands monarques. Je passa sous silence les contestations dltérieuri» qui s'élevèrent à ce sujet j je ne dis rien tion plus des obstacles que lui opposèrent dans la suite des médecins d'ailleurs très-recommandables parleurs lumières. Lorsqu'une longue expérience a prononcé ses résultats immuables , il faut bannir les détails superflus.

Les prtunières recherches exactes qui aient été fournies sur l'histoire naturelle «la quinquina sont dues au zèle infatigable du voyagedr La Condamine. C'est néanmoins faute de n'avoir pas assez déterminé les différentes espèces dont on a fait usage jusqu'à ce jour, qu'on a publié sur sa manière d'agir tant d'opinions fausses et souvent contradictoires. £ii cfl*et , les médecins administrent indistinctement les écorces qui viennent en Europe par la voie du commerce.

Ils ne peuvent donc fonder leurs opinions que sur des expériences entreprises au hasard. La science est infiniment redevable aux travaux de feu Mutis , directeur en chef de l'expédiLion botanique de Santa-Fé de Bogobi , ainsi qu'.'i ceux de MM. de Hum^

QDIN

QUIN

boldl et BonpUod. Raiz et Payon , auteurs de la Flon pérutfienne, ont éffalement beaucoup contribué à dissiper la confusion répandue sur cet objet , durant le cours de leur$ mémorables yojages.

Le QuiiQuivâ ou Cihcbosa. ( Pent. , monog. , Liax.) forme, comme Ton sait, un geure très-bien tranché dans la famille des rubiacées ^ il est indigène du Pérou , et \e rencontre spécialement dans la vaste pro- Ytnce de Quito , sur le territoire de Loxa ; mais il abonde pareillement aux environs de Santa-Fé , dans TAmérique méridionale.

La récolte de cette substance si précieuse est un des spectacles les plus intéressants que puisse offrir l'industrie des habitants de Loxa. Les individus qui sont particulièrement chargés de cette corvée sont communément désignés sous le nom de cascariUe' ro$ ; ils se répandent en grtind nombre dans les forêts , escaladent les arbres qui couvrent •les hautes montagnes de ces lieux , sous les ocdres d'un chef éclairé qui dirige leur aèle, et encourage leur activité. Ils ont, à ce qo*on assure, des signes particuliers auxquels ils reconnaissent d'une manière infaillible si le quinquina est en maturité ou de misoR. ; ils en jugent plus ou moins favorablement par sa couleur intérieure qui reste* plus ou moins rougeàtre , dès qu'une fois les écorces ont été séparées des branches ; ils en décident pareillement par leur arôme plus ou moins prononcé , par leur sareur, par la consistance de leur tissu* Ces ^corcrs, une fou recueillies , on les expose aux rayons du soleil : cette dessiccation est toujours avantageuse, quand elle est rapidement effectuée j elle concentre le principe médicamenteux que lliumidité pourrait aflarblir ou entraîner avec elle.

Les écorces que Ton met en usage se rapportent uniquement h ciuq espèces bien connues , qu*on croit généralement être les Seules officinales. Cependant des observations faites par des médecins instruits ne permettent pas de douter que l'art de guérir ne pnitse en employer un plus grand nombre. Quoi qu'il en soit, ce sont ces cinq principales espèces que nous devont d'nboixl nous attacher à faire connaître ; nous ferons ensuite une mention rapide de celles que l'on pourrait introduire encore dans la matière médicale. 11 existe aussi dans beaucoup de pharmacies de l'Europe des écorces qui n appartiennent point au genre cindiona , et qu'on préconise néanmoins sous cette dé-

nomination^ Ost là un des résultats inévitables de rhabitude où l'on est d'envisager, comme étant de nature identi^pie ^ les substances qui se ressemblent par quelques caractères physiques extérieurs.

QuiHQUiKA GEis. ( Cùichona €tfficinalis de Lf RHA17S, cinchona condaminea de MM. Hum-

BOLDT et BOHPLAHD )

11 convient de parler d'abord de l'espèce qui a été la première connue , et mise en usage dans l'art de guérir. C'est celle que Ton désigne vulgairement sous le nom do quinquina gris , quinquina de Loxn. C'est la même qui a été observée et figurée par le célèbre voyageur La Condamine. M. Bonpland a comparé attentivement les ^ècbantillous qu'il a rapportés du Pérou avec ceux envoyés jadis par Joseph de Jussieu , et il sest assuré qu'ib appartenaient tous à la même espèce. Le caractère de cette espèce est facile h établir. Il est indiqué par un petit enfoncement qu'on observe sur les feuilles dans l'aisselle de chaque nervure principale : cet enfoncement n*avait été remarqué encore par aucun botaniste.

C'est dans le territoire de Loxa que se rencontre communément le quinquina gris , apporté jadis par La Condamine. L'arbre qui le fournit parvient à une élévation très-* considérable, tionpland assure que c^est l'espèce la plus précieuse qui ait été introduite dans le comlnercc. Les hommes du pays la décorent du titre de cascarilia Jina. On l'a successivement confondue avec d'autres espèces employées dans la matière médicale.

LinnsBus et Vahl n'ont point été exempts de ces erreurs. Le voyage de M. de Humboldt a beaucoup contribué , ce me semble , à débrouiller les différentes synonymies. Bonpland me remit , à sou retour , des écorces de cette espèce. Elles étaient presque sans odeur; elles étaient d'une saveur très-astringente.

QuiKQDiNâ OHAifos. (Cinchona tunita, Lofez ; cinchona lanc{folia , Moris \ cinchona nilida . Ruiz et Payov. )

Cette espèce est une des plus vantées; mais c'est mal h propos qu'on Ta regardée comme la véritable espèce officinale, primitivement employée pour combattre les fièvres intermittentes.' Mutis l'a fréquemment recueillie dans le^ forêts de Santa-Fé. Elle est très peu abondante aujourd'hui . et le comfaierce ne l'offre presque jamais. Maisileoest ainsi du quinquina de La Condamine ( cinchona condaminea ) , qui pourra bien nous

Quirc

QUIK

manquer un jour. Cette disette générale, des bonnes et fines écorces a déjà été expliquée par Ruiz et Pavon, et ultérieurement par Bonpland. En effet, mille fautes se commettent dans les procédés que Ton suit pour les recueil* lir et les faire circuler dans les ventes publiques. Par la plus absurde imprévoyance , on abat quelquefois les arbres , et on s'inquiète peu d'cD replanter de nouveaux. On néglige même d'en semer les graines , sous le faux prétexte qu'elles sont impropres h la germination. Pour réparer ce qui manque , on introduit par ruse , dans les caisses et les magasins , une multitude d'écorces hétérogènes d'une quantité plus ou moins astringente.

Vainement des inspecteurs sont-ils chargés de se rendre dans le» marchés pour y «urveiller un si coupable trafic ; Tastuce ingénieuse des vendeurs «e dérobe souvent à Tezameu le plus éclairé et même à la plus exacte vigilance.

Pour ne pas confondre le quinquina orangé avec le quinquina jaune , les bota' nistes proposent des caractères certains et invariables. Ils pensent qu'il est nécessaire de pulvériser l'écorce , er d'établir une sorte de comparaison avec la poudre et la teinture des deux espèces. La couleur intérieure de l'écorce est le premier signé quMl est importittl de i*emarquer. Elle est fauve et pins ou moins analogue à celle do miel ; mais la pulvérisation , aussi bien que Timmersion, la rendent plus foncée. Par la dégustation , ce quinquina n'imprime pas seulement h la langue une saveur amère { il est d'un goût aromatique très-manifeste; il est, en général , très-peu astringent. Le principe aromatique qui domine dans cette espèce , lui assure un empire particulier sur le système nerveux d'après l'observation de Mutis : de là son excellence dans les fièvres intermittentes essentielles et dans quelques névroses périodiques. JLia disette presque universelle de cette espèce devrait « tans doute , engager les habitante de l'hémisphère américain à la repropager par les soins assidus delà culture , et les succès qu'on obtiendrait en ce genre sefaient d'une grande utilité pour le genre humain .

QciVQUiKA aoroB. ( Cinchona ohtongifo^ folia^ MoTis; cinchona magnifolùt , Rciz et P4VOV. )

Cette espèce paraît avoir remplacé les précédentes dans les prescriptions médicales. Elle a été portée en Espagne par Sébastien-Joseph Lopez Ruiz. Ortega a beaucoup

contribué à la faire connaître: Efle est trèiabondante au Pérou. C'est celle que Foûrcroy analysa jadis , lorsqu'il voulut la comparer avec le prétendu quinquina qu\>ii avait apporté de Saint-Domingue. Elle est très-usitée en France. On la reconnaît aiaément à la surface interne de son écorce , qui est d'une couleur rougeâtre bien plus foncée , lorsqu'on la mouille. La poudre , infusée à froid, donne une teinture rouge trèscliargée , mais plus chargée encore , si «lie est infusée à chaud. Sa* saveur est d^une amertume austère ; c'est le quinquina astringent par excellence : de là vient que les médecins l'emploient principalement pour la guérison du scorbut , des fièvres adyinmiques et de la gangrène.

La vieillesse de l'arbre qui fournit ce quiuquina, l'influence du sol et plusieurs antres circonstances agissent également snr les caractères extérieures des écorces , aussi bien que sur leurs vertus médicinales. Cette remarque a été £aite par Fothergill , Irying et autres savants très-recommendables.

On se rappelle d'ailleurs les observalitms faites par M. Saundcrs sur les écorces larges du tronc des chênes , comparées avec celles qui avaient été prises sur les plus petits radeaux ; et l'on sait qu'un examen attentif lui M prouvé qu'elles présentaient absolumeat les mêmes différences physiques et chimi*ques.

QuiKQUiKA JAVVB. ( Cinchona coréifoUa y Muns ; cinchona ptUtescens , WaAi»; cûi^ chona micracantha y Ruiz et Patoh. )

Pour suivre la chronologie des espèces d'après les époques de leur découverte , nous ^ devons parler maintenant du quinquina jaune. Il est employé dans la médecine depuis l'an 1740. Il croit sur les montagnes les plus élevées du Pérou. 11 est très-abondant dans les provinces de Loza , de Cuença ; et M. Tafalla eut occasion de l'obserx'er en 1797 , xtT^ le bourg de Saint- Antoine et de Playa-Orande. Il en communiqua la description aux auteurs de la Flot-c pérut^ienne. On a cru long-temps que c'était la même espèce que le quinquina orangé; mais M. Mutis l'a signalée par des caractères distincte' trèsbien établis.

La surface intérieure de ce quinquina est d'un jauoe-paille, couleur qui devient plos foncée , si on le plonge dans l'eau , mais qai pâlit , si on le réduit en poudre. Son infîision à froid donne une teinture très faible , qui se charge par l'addition du calorique.

QUIN

QUIN

D aîHeofs , cette écorce m&chée offre beaucoup d*amertuine, qui en est le principe prédominant. £Ue n imprime aucune astrictinn, ni à la langue ni au |>alai8. De même que le quinquina orangé agit plus directement sur le sjrstème neryeux , de même aussi le quinquina rouge a une influence plus marquée sur rirriiabilité des muscles. Mutis ayait cherché à établir que le quinquina jaune exerçait une action particulière sur le» humeurs du corps viyant , en yertu du principe amer qu*il contient.

QmvQUiHA BLAvc. ( dnckona outdifolia , Mutis j dnckona maerocarxa, Wabi.. ) C'est le quinquina blauc de Santa-Fé de Bogota :

on n'a pu encore le rencontrer dans les forêts du Pérou. D'après les nombreux échantillons qui m'ont été remis , il est très-facile de distinguer ces écorces des précédentes.

Elles sont en général très-minces ; leur couleur observée intérieurement est blanchâtre, et comme basanée ; et cette couleur se prononce davantage quand on les plonge dans Teau. La teinture de ce quinquina à froid et à chaud se charge considérablement, et présente beaucoup d'écume à sa surface. Cette espèce se distingue par un goût acerbe trèsprouoncé.

Mutis a fait des remarques intéressantes sur le mode d'action de ce quinquina. Comme son astringence est presque nulle, il pense qu'on pourrait Tadmini^trer avec plus d'ayantage dans certaines affections fébriles et inflammatoires , qui n*admettraient pas les autres espèces ; il prétend enfin que son activité médicamenteuse se porte plus directement sur les systèmes glanduleux et lymphatique : de là , son exti'éme utilité dans les altérations particulières des membranes muqueuses.

Telles sont les notions principales acquises jusqu'à ce moment sur les cinq espèces de quinquina le plus fréquemment et le plus utilement employées. Il en est d'autres sur lesquelles on n'a point encore expérimenté.

Dans ce. nombre , il faut distinguer le dnckona ovata f trouvé dans les forêts des Andes par MM. Ruixet Pavon ; le cinchona dickoioma y découvert por M. Tafalla dans les vallées de Chicoplaya ; le dnckona roêea , dont les fleurs servent à orner les temples ; le dnckona grandiflom, des ri^es de Poznzo y le dnckona pwpurea , des montagnes de Pati ; le dnckona glanduli/era , le dnckona acutifolia , le dnckona lanceoiata^ le cinci^çna çorjmbifsra , et enfin le dn-

ckona laccî/era , ainsi désigné , parce qu'il fournit une belle couleur de laque. J'ai possédé long-temps des échantillons de cette intéressante espèce. M. Tafalla dit dans une lettre adressée à MM . Ruiz et Pavon , qu'en raclant avec un couteau la partie intérieure de ce quinquina , au moment où il vient d'être coupé , on recueille un suc qui , épaissi à la chaleur du soleil , peut remplacer la cochenille pour la teinture. Le P. Gonzalez Tavait envoyé de Lima , sous le nom de laque cinckonitfue,

< De quelques végétaux ropponés au genre cinchona. 11 appartient aux botanistes d'examiner s'il faut rapporter au genre cinchona plusieurs écorces de nos colonies , et parmi lesquelles on remarque particulièrement le dnckona catiboca , qui croit spontanément aux lies Caraïbes , spécialement à la Jamaïque, à Saint-Domingue; le cinchona mon^ tana de Badier, ou cinchona Jloribunda de Schwartz, vulgairement nommé quinquina piton y ou quinquina des montagnes , qu'on trouve en grande abonbance à la Martinique , à lu Guadeloupe , etc.

~ La première de ces espèces a été, comme l'on sait , très-exacleroent décrite par M. Wright dans les Ihrmsactions pkitotophiques de Londres. Ce sont communément des tuyaux roulés , à la surface desquels adhèrent de petits lichens. Lorsqu'on enlève l'épiderme mince et de couleur grise , on aperçoit une couche brune , à laquelle on attribue une saveur aromatique , comme celle du raifort.

Les fragments qui sont séparés du troue sont moins convexes. On y distingue aisément deux couches : l'une externe , plus épaisse , rugueuse , se brisant facilement ; l'autre ferme, fibreuse, d'un brun viridescent et d'une amertume extrême.

Pour ce qui est de la deuiième espèce , c'est Badier qui la fit connaître en France en 1777. On la reconnaît & la couleur grise de son épiderme , qui revêt un parenchyme fibreux d'un brun pâle. Les échantillons ont une ibrme roulée. Le priucipe amer domine dans ce quinquina ; son goût se rapproche de celui do la gentiane ; il manque d'odeur.

Les médecins de la Guadeloupe lui attribuent une propriété émétique très prononcée. Feu M. Dubuc , ancien intendant de la Martinique ,' homme d'un mérite rare et d'une science profonde , me fit parvenir , dans le temps , une grande quantité de ces écorces , dont je me servis pour confirmer d'anciennes çxpcriencas.

QUIN

Page 1