‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 7 sur 135 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

» turellement de leur plénitude, est plus » nourrissant que ce qui a été médité de- » puis (1). *

On a* agité la question de savoir si les catholiques ne feraient pas mieux de lire leurs sermons , k l'exemple des protestants , que de les apprendre par cœur et de les réciter.

Je n'hésiterai pas un instant k dire franchement qu'il me semble que les senpons doivent être débités de mémoire. Sans doute il en coûte , surtout daus un âge avancé , d'apprendre sa leçon comme uni écolier, et d'être exposé à rester court devant un auditoire attentif, et parfois peu indulgent, fionidaloue et Massillon , qui avaient une mémoire ingrate, en ont souvent fait k triste épreuve. Mais aussi quel avantage n'obtient pas le prédicateur qui récite sur celui qui lit son sermon? U a un air d'inspiration qui donne de l'ascendant h ses paroles , et qui rompt l'uniformité que doit entraîner nécessairement un monologue d'une heure au moin».

Combien de personnes , en entendant la lecture d'un discours ordinaire , ne s'imagineraient • elles pas qu'elles ont perdu leur temps , et qu'elles pouvaient tout aussi bien remplir Içur devoir en lisant un sermon de quelque orateur célèbre ; tandis qu'il est bien rare qu'un prédicateur qui récite son sermon leur laisse ce regret ! D'ailleurs , si les orateurs français ont élevé l'art de la chaire à un si haut degré de supériorité et de gloire , c'est qu'ils apprennent et qu'ils débitent leurs sermons. En gravant dans leur mémoire un sujet qu'ils n'avaient peutêtre qu'ébauché , ils l'ont envisagé sous tous ses rapports ; ib l'ont approfondi ; ils ont coordonné leurs idées , limé leur style , et conduit leur composition à ce point de perfection qui en fait un chef-d'œuvre.

Je ne m'arrêterai point à examiner s'il est avantageux pour un prédicateur d'improviser ses sermons; il est impossible, sans avoir écrit, d'entretenir long-temps des auditeurs sur des matières aussi ardues que le dogme et la morale , sans les ennuyer , sans se répéter. La tradition nous apprend que Bossuet et Fénelon prêchaient souvent d'abondance, et qu'il leur arrivait de parler quelquefois dans le désert.

La méthode de diviser les sermons , généralement adoptée , u'est«pas du tout ridicule , comme le prétendent quelques rhéteurs. Suivant M. Andrieux, les sermons

(1) Dt^/ensê de la tradition et des saints Pères.

PEÉD

PRÉD

ditisés en deux ou trois poÎDtB sont des espèces de bottU riméx; et, à Tappui de sa découverte , il cite les sermons de Bourdaloue, de Massillon sur la Passion, Qu'est-ce que cela prouve T Si ce n'est que ringcnieux académicien a voulu amuser son nombreux auditoire par un paradoxe qui fât de son goût.

n est vrai que les discours des Pères, comme parle Tabbé Fleury , sont-simples , sans aucun art qui paraisse , sans divisions , sans raisonnements subtils, sans érudition curieuse ; quelques-uns sans mouvement ; la plupart fort courts. Il est vrai que les sermons des prédicateurs du quatorzième , du quinzième, du seizième siècle sont tout Topposé des Homélies des Pères; qu'ils sont divisés et subdivisés jusqu'il la dissection , s'il est permb de s'exprimer ainsi ; qu'ils sont surchargés d'uûe érudition pédantesque et ridicule. Il est vrai aussi que les discours des orateurs les plus célèbres et les plus récents de la Grande-Pretagne nous ofirent communément quatre , six , et jusqu'à \u\l points , comme les sections'scolastiques de la Somme de saint Thomas. Mais y a-til raison suffisante pour adopter en tout la manière des Pères , ou pour rejeter c\)ntinuelleD;ieiit celle de nos vieux prédicateurs et des Anglais , parce qu*ils ont successivement multiplié leurs divisions 7 « Laissons , dit le cardinal

• Mauiy , bl&mer la méthode des divisions

• comme une contrainte funeste à 'Télo- » quence, et adoptons «la, sans craindre » qu'elle ralentisse la rapidité des mouve-

• ments oratoires , en les dirigeant avec plus

• de régularité. Le génie a besoin d'être

• guidé dans sa route , ou de se guider lui- M même , en nous disant d'où il vient et où

• il va ; et la règle qui lui épargne des écarts 9 le contraint pour le mieux servir , quand » elle lui donne de salutaires entraves 'y car » le génie n'en est que plus ferme et plus

• grand lorsqu'il marche avec ordre , éclairé » par la raison et dirigé par le goût. L'au- « diteur qui ne sait où Ton veut le conduire » est bientôt distrait, et le plan est tellei> ment nécessaire pour fixer son attention , » qu^il ne faut -plus délibérer si le prédica- » teur doit Tindiquer (1). »

On devrait bannir de la chaire Tusage de farcir les discours de citations latines qui sont si contraire^ au bon goût , qui entravent la marche de la diction , qui ne font que Talonger , et qui ne sont point entendus '

(1) Essni, eu. , lom. 1. ptg. 61.

de la plus grande partie de l'auditoire. Il est des prédicateurs qui ne peuvent invoquer l'autorité de l'Écriture ou des Pères , sans rapporter le passage tout entier en latin.

Ces latinades , comme on les appelle dana les idiomes de nos provinces méridionales , forment une bigarrure qui déplait et qui choque. Massillon ne s'en permettait que très-rarement , et le président Agier s'en est déclaré l'ennemi le plus prononcé. £n général , les citations , en quelque langue quelles soient, quand elles sont trop fréquentes , deviennent désagréables. Le père Isla n'a eu rien tant à cœur que de faire sentir le ridicule de ces sermons pat-semés au hasard de toutes sortes de témoignages , d'autorités et de citations, a Si ou entasse les » citations , dit-il, si elles sont vulgaires, si » elles n'ont ni âme ni esprit , c*est un fa- 1» tras ,et non de Térudition. Le prédicateur » acquiert plutôt la réputation de génie en- » fantin , qui saisit tout ce qu'on lui pré- • sente , que celle d'homme judicieux et sa- 9 vanl (1). •

Il ne faut pas qu'un prédicateur se montre trop relâché dans sa morale; il ne faut pas nou plus qu'il exagère la sévérité de l'Évangile , de peur de mériter qifon lui applique répigramme, aiguisée contre le père Bourdaloue : // surfait en chaire , mais il inbat dans le confessionnal. 11/ a un juste milieu, dont il ne doit jamais s'écarter; s'il ne fait point aimer sou ministère , il le fait détester.

C'est un des plus graves abus de la prédication que celui de nommer les personnes que Ton se propose de corriger, ou de les désigner de telle sorte qu'il soit impossible de ne pas les reconnaître ; ce n'est plus la parole de Dieu , c'est une vraie difl*amation , et cependant rien de plus commun. Il parait que les prédicateurs de Louis XIV ne l'épargnaient pas en chaire , puisqu'il disait à l'un d'entre eux : J'aime à faire ma part d'un sermon, mais je n'aime pas ifu'on me la/asse; et que madame de Sévigné était effrajée que Bourdaloue , préchant devant le grand roi, tonnât contre l'adultère y Jrappdt de droite et de gauche,,,, sauve qui peut! Le duc do Saint-Simon raconte avec cfl*roi , qu'étant à l'abbaje de La Fontaine-Saint-Martin , près de la Flèche , avec son ami Chamiliart qui venait d'être disgracié, le prédicateur adressa

(1) Histoire du fameux prédicateur Fray Ge" rundio de Campazas , tom. 2 , pag. 294.

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