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à miel, parce que le couvercle en est bombé, tandis que celui des magasins est parfaitement plat.
La larve, instantanément emprisonnée, file d'abord autour d'elle une soie très fine au milieu de laquelle sa forme change ; elle revêt la peau plus dure et tendue d'une nymphe , dans la demi- transparence de laquelle on peut distinguer l'organisation préparatoire de l'animal parfait. C'est au bout de douze jours que la jeune abeille brise les langes qui la tenaient captive; elle ronge le couvercle de sa prison et s'élève sur ses bords, où , surprise et comme interdite des facultés que lui révèle son nouvel état, elle demeure d'abord immobile : aussitôt des nourrices se pressent autour de la nouvelle compatriote , la nettoient en la léchant comme le font les animaux mammifères; elles lui donnent son premier repas, et pendant une nuit entière la jeune abeille se tient immobile au milieu de l'atmosphère chaude de la ruche, qui achève d'emporter l'humidité surabondante dont elle était imprégnée.
Après avoir essayé ses ailes, dès la pointe du jour elle part avec des aînées expérimentées, chargées de diriger sa première excursion , et bientôt , initiée à toutes les fonctions d'une bonne ouvrière, elle prend part aux travaux communs.
Les reines, plus robustes, et se développant dans des cellules beaucoup plus considérables que celles de leurs sujettes , y sont solidement murées ; leur prison est tellement renforcée de cire que, pour en rompre les parois, elles ont dû acquérir toutes leurs forces. Comme si, dépositaires delà puissance, elles ne devaient se montrer à leur peuple que majestueuses, et pour ainsi dire surnaturelles , elles ont eu , entre l'instant où elles sortirent de la nymphe et celui où elles sortent de leur cellule, le temps de se sécher, de se lécher elles-mêmes, et de se purifier de toutes les impuretés de l'enfance ; aussi paraissent-elles , au sortir du berceau , resplendissantes de force , en état de faire respecter leur pouvoir , et capables de se livrer aussitôt au vol. Naître et
ABE 56 s'abandonner au vague de l'air en déployant ses ailes , sont deux choses simultanées chez l'abeille qui va régner, et le peuple entier reconnaît sa dominatrice dans les indices d'une si grande supériorité d'instinct.
Mais cette supériorité morale, cette force physique, celte précieuse faculté de se reproduire et de goûter toutes les douceurs de la maternité après avoir épuisé les jouissances de l'amour, la reine les doit à son peuple, elle les tient de ces ouvrières laborieuses qui récoltèrent les matériaux de sa première habitation, de ces soigneuses nourrices surtout qui préparèrent ses premiers aliments; aliments de choix, d'une nature particulière, véritable ambroisie qui faisait participer les abeilles à la nature divine selon les anciens. Surpris du merveilleux accord et de l'admirable stabilité qu'on reconnaît dans l'ordre social qui les rassemble , les anciens supposèrent ces animaux doués d'une parcelle de cette âme universelle dans laquelle ils cherchaient eux-mêmes la source de leur intelligence. Ainsi , pour des philosophes de l'antiquité , l'âme des abeilles et la leur avaient une origine commune.
Cette nourriture préparée pour les nourrissons royaux donne seule la royauté ; c'est uniquement à elle qu'une larve doit l'avantage de parvenir à la première dignité. Plus substantielle que celle dont le reste des abeilles furent alimentées , ses propriétés sont telles qu'elle peut développer dans la larve d'une ouvrière qui en devait être dépourvue ce sexe dont aucune ne se soucie , -encore qu'il donne la domination. Ce fait est tellement singulier, et présente si peu de rapport avec tout ce qui nous est connu, qu'on serait tenté de n'y point ajouter foi , si les observations les mieux faites , et le plus souvent répétées par des savants laborieux et dignes d'une parfaite confiance , n'en avaient démontré la réalité. En effet , c'est une chose étrange qu'un empire donné par la volonté de nourrices qui, ayant la faculté de constituer physiquement une femelle toute-puissante à leur choix, trouvent dans la pâtée qui résulte de leur digestion et
qui se dégorge de leur estomac les titres d'une royauté légitime. Cependant tel est l'veffet de cette pâtée royale , qu'on a vu, dans des ruches d'où la reine avait été soustraite, les nourrices choisir dans le couvain des neutres une larve qui n'eût point encore atteint sa troisième journée, agrandir sa cellule en la fortifiant, lui servir abondamment la nourriture transformatrice, et en faire une femelle en état de pondre et de régner, tout aussi féconde et tout aussi sage que celle qu'on songea sans doute moins à pleurer qu'à remplacer sans délai. Et dans ce cas, comme, la nouvelle cellule royale ne se trouvant pas isolée , des gouttes de la nourriture qu'on y porte tombent parfois dans les cellules voisines , les larves qui se trouvent déposées dans ces cellules avalent de ces gouttes égarées, et participent, en proportion de ce qu'elles en ont pris, au sexe que cette nourriture développe. Cette nourriture royale irrégulièrement donnée a produit des femelles incomplètes, qui s'étant unies à des mâles ont produit des œufs; mais ces œufs ne donnaient que des individus du sexe de leur père. Sage précaution de la nature , qui , par cette restriction , mit un obstacle organique à l'établissement d'une sorte d'aristocratie qui n'eût pas manqué de s'établir où l'ordre social offrait des chances de domination !
On dirait que ces princes musulmans absolus, dont la politique consiste, pour éviter toute concurrence, à faire égorger, lorsqu'ils montent sur Je trône, des frères dont ils redoutent l'ambition et les droite, ont calqué cette politique sur celle des abeilles , où le premier acte de la véritable reine est de se porter dans les cellules où d'autres femelles ont pu commencer à se développer, et de les exterminer jusqu'à la dernière. Celte manière violente de se réserver l'exercice du pouvoir est souvent imitée par les neutres , qui , dans la crainte de voir les mâles détruire l'égalité, base unique de toute société raisonnable, ne se bornent pas à exterminer ceux-ci quand la femelle, commençant à pondre, d <f montre leur inutilité , mais tuent dans leurs cellules toutes
les larves de mâles qu'elles peuvent reconnaître. Ces cellules sont aussitôt vidées du petit cadavre, nettoyées, réparées , ainsi que celles d'où sont sorties naturellement les jeunes abeilles du couvain , et mises bientôt en état de servir de berceau à quelque nouvelle génération.
De tels massacres ont lieu particulièrement dans ces ruches d'où certaius observateursavaient, par expérience, soustrait toutes les .femelles et introduit à leur place l'une de ces ouvrières chez lesquelles des gouttes égarées de la nourriture royale avaient imparfaitement développé le sexe. Accueillie, respectée, au moment de la ponte, la reine illégitime n'ayant produit que des œufs de mâles, et rempli conséquemmeat tous les gâteaux du couvain d'éléments de discorde et d'usurpation , /'on vit les ouvrières, non seulement cesser de nourrir des larves proscrites , mais les tuer et les jeter dehors, à mesure que leur masculinité était reconnue.
Ce serait une question nouvelle et curieuse à examiner que l'origine de la société des abeilles. Cette société est-elle l'état innédeces animaux? Nedut-elle pas commencer avec eux, ou coinmença-t-elle plus tard , en se perfectionnant par degrés , avant de parvenir au mode de stabilité qu'elle a enfln acquis par l'organisation même des individus dont elle se compose? Les différences anatomiques qui distinguent les diverses castes dont se forme cet élat social , doivent , au premier coup d'oeil , faire supposer que les abeilles ne parent, dès l'origine, faire autrement que de se réunir, afin d'exercer une sorte d'existence commune , puisque , sans cette communauté d'existence, des mâles désarmés, qui sont incapables de pourvoir à leur propre nourriture , et des mulets auxquels tout sexe semble avoir été refusé, ne pouvaient guère se perpétuer.
Cependant il est possible que long -temps l'abeille soit demeurée dans un étal sauvage. On en trouve encore qui vivent à peu près solitaires ou réunies en petit nombre dans les creux de quelques rochers écartés , ou dans les trous obscurs des vieux arbres. Comme d'autres
apiaires , les bourdons et les guêpes par exemple , ces abeilles se construisent quelques rayons grossiers ; mais leur association est toujours languissante , et semble l'effet d'un instinct peu développé. Dans un état de réunion si précaire, les abeilles ont pu remarquer à quel point leur existence comme espèce était menacée ; des mâles ne voulant ou ne pouvant rien faire , les femelles plus puissantes, lasses de travailler pour eux, et réduites à voir périr la presque totalité de leur progéniture qu'elles ne pouvaient nourrir, étaient de mauvais éléments de conservation. Les abeilles mères durent, d'ailleurs, s'apercevoir bientôt de l'influence qu'exerçait le genre de nourriture donné aux larves de leur sexe sur le développement des organes de la reproduction; elles purent concevoir un état social dans lequel cette nourriture , distribuée avec la mesure convenable , amoindrissant en quelque sorte la presque totalité de leurs enfants, leur en ferait nécessairement des sujets subordonnés. C'était imaginer une sorte de castration dans le berceau, au sortir duquel des êtres privés de la faculté de se reproduire , sans en éprouver de douleur ni de regret, purent bientôt reconnaître un si grand avantage dans cette modification d'eux-mêmes qu'ils la voulurent étendre à toutes les générations à venir. Dès lors les neutres, plus nombreux, actifs et laborieux par besoin, poussés par un instinct fraternel qui tenait aussi de la maternité, à nourrir leurs pareils , s'emparèrent de l'élection des chefs, puisque c'est par la nature des soins donnés aux larves qu'ils étaient les maîtres de développer les organes caractéristiques de la domination, ou d'anéantir sans retour l'influence de ces organes. Ils purent se réserver le choix de leur reine dès le berceau , puisque l'existence de celle-ci ne dépend que de cette pâtée royale donnée à la larve qu'il est question d'élever au trône. Point de dissension civile ou d'usurpation à redouter. Toutes les larves à qui la reine donne le jour sont sœurs ; aucune n'est plus qu'une autre l'objet d'une prédilection maternelle, qui,
ABE 39 détruisant l'égalité, fonderait la dynastie; les nourrices décident seules quelle est celle des larves dont les organes détermineront la puissance future , et, par la plus admirable combinaison de réciprocités , une reine est l'ouvrage de son peuple, comme ce peuple» véritable race royale , est l'ouvrage de sa reine. Harmonie étrange , qui s'est établie sur des réalités de conformation qui assurent ' son éternelle existence , tandis que la civilisation humaine , fondée jusqu'à ce jour sur des choses hors de nature, conventionnelles , sujettes par force à des changements continuels, ne saurait encore présenter de stabilité. Celleci ne pourra jamais sans doute s'établir, comme celle des abeilles, sur la constitution organique des individus; mais, lorsque des vérités démontrées seules lui serviront de base, elle obtiendra, par d'autres moyens, cet équilibre que les abeilles ont trouvé dans la nature de leurs organes générateurs et de>leur estomac.
Les abeilles qui naissent dans la belle saison , ne pouvant plus être contenues dans les ruches , forment des essaims ou colonies qui ne tardent point à quitter le lieu de leur naissance pour aller chercher une nouvelle patrie. Des signes certains annoncent leur départ. La reine se promène avec inquiétude au milieu des ouvrières, qui, cessant de travailler, ne tardent pas à participer à son trouble et produisent un bourdonnement sourd et particulier. Bientôt le signal est donné et l'émigration commence ; l'essaim sort de la ruche et se disperse aussitôt dans l'air ; mais dès que la reine s'arrête sur quelque branche , toutes ses sujettes s'y viennent grouper autour d'elle, et souvent en une masse compacte. C'est alors que l'homme recueille dans une ruche nouvelle , frottée de plantes odoriférantes et de miel , la jeune colonie , qui se hâte d'y construire les gâteaux destinés à nous fournir de la cire et du miel.
Une ruche bien peuplée peut émettre sans s'épuiser jusqu'à trois essaims par an ; chaque essaim peut peser de cinq à six livres, et on en a observé qui en pesaient huit; le
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nombre des individus oui les composent est ordinairement de trois à quatre mille ; on assure en avoir vu quelquefois qui allaient à quarante mille.
L'économie rurale s'est emparée de? abeilles, et leur fait payer la protection qu'elle leur accorde dans ses ruches artificielles , par le larcin d'une partie des richesses de leurs récoltes. C'est dans l'article suivant qu'il sera question de la manière dont on ravit ces trésors à l'abeille et dont on les approprie à nos besoins.
Les abeilles ont des ennemis dangereux : les principaux sont des larves qui vivent aux dépens de leurs gâteaux, quelques petits mammifères qui viennent ronger ceux-ci; le mérops ou guêpier, oiseau auquel son plumage sert de cuirasse, et qui vient, sans craindre leurs piqûres, les dévorer jusqu'à l'entrée de leur habitation. Les ours en détruisent aussi beaucoup, et , parmi les reptiles , les crapauds en sont très friands. •
Les anciens, croyant tout extraordinaire dans les abeilles, supposèrent que leur multiplication tenait aussi du prodige. C'est ainsi qu'ils imaginèrent qu'on en pouvait produire d'un taureau mort , comme ils pensaient que la moelle alongée d'un homme pourri produisait des serpents, et la chair d'un âne des limaçons. Quelque essaim arrêté sur le cadavre d'un taureau , comme on dit que Samson en avait trouvé un dans la gueule d'un lion , a pu donner lieu à de telles fables.
La chaleur est nécessaire aux abeilles ,dont la réunion la développe à un certain degré. L'intérieur des ruches est fort chaud , et pour y renouveler l'air les ouvrières agitent leurs ailes comme autant de ventilateurs pendant leur travail. Elles s'engourdissent dans les hivers rigoureux , et ne sortent point de leur habitation pour aller, durant la mauvaise saison , courir la campagne , où elles savent bien qu'elles n'auraient nulle récolte à faire.
Les mémoires de Réaumur et de M. Hubert, savants laborieux et patients qui se sont occupés spécialement de
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l'histoire des abeilles , sont les ouvrages qu'il faut consulter sur ces intéressants animaux; ils laissent peu à désirer, nous y renvoyons le lecteur. B. de St. V.
ABEILLES. ( Technologie.) Le miel et la cire que produisent ces insectes sont employés dans l'économie domestique et dans plusieurs arts ; ils sont une source de richesse pour le cultivateur. Nous allons indiquer comment on fait la récolte de ces produits, après que nous aurons exposé la manière de recueillir les essaims et de disposer les ruches pour cet usage.
Pour arrêter un essaim qui s'enfuit , on jette en l'air de l'eau , du sable ou de la terre. Lorsqu'il s'est fixé en un lieu voisin , sur un arbre ou sur un buisson , on place la ruche dessous, et, en secouant la branche, on fait tomber les abeilles et on les y fait entrer.
Mais pour ne pas s'exposer au risque de perdre l'essaim, le cultivateur doit faire lui-même le partage des abeilles en devançant de quelques jours l'époque du départ. Le moment le plus favorable pour cette opération est le com mencement du mois de mai , vers les dix heures du matin , parce qu'alors la moitié des ouvrières étant dehors , on en est moins embarrassé, on ne les fatigue pas inutilement , et on est assuré de l'égalité du partage. On dirige contre la porte de la ruche la fumée d'un linge à moitié brûlé. Aussitôt les gardes de service , ayant reconnu le danger , en portent la nouvelle dans toute la ruche , et on ne tarde pas à voir arriver une grande quantité d'abeilles pour le vérifier j il faut alors leur envoyer une nouvelle bouffée de fumée qui les oblige à remonter et à se réunir autour de la mère abeille pour la défendre. On peut alors soulever la ruche sans danger d'être piqué , et , pour plus de sûreté , on passe par dessous le linge fumant et on le promène pendant une ou deux minutes sur l'extrémité des gâteaux.
On emporte ensuite la ruche à quelque distance des autres , on la renverse sens dessus dessous , et on la re-
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couvre de celle qui est vide et qu'on a eu soin de mouiller. Bientôt les abeilles montent dans la ruche vide, accompagnées de la reine , et , ce passage étant effectué , on n'a plus qu'à séparer les deux ruches et les reporter à leurs places.
Les ouvrières de la nouvelle ruche se mettent aussitôt à l'ouvrage et le poursuivent avec une ardeur incroyable : souvent à la fin de la première journée il y a déjà quatre ou cinq gâteaux commencés , dont celui qui occupe le centre a i5 centimètres de long.
La vieille ruche, privée de femelle, s'occupe sur-lechamp d'en faire une ; et comme il y en a toujours plusieurs prêtes à naître à l'époque où l'on opère , elle en est de nouveau pourvue au bout de peu de jours.
On fait ordinairement la ruche en paille , en lui donnant la forme d'un dôme conique, ou bien en osier travaillé à la manière des paniers ; dans d'autres endroits c'est un coffre en bois de 5 à 6 décimètres de large sur 8 de hauteur. Dans tous les cas , on la pose sur une plate- , forme en pierre ou en bois , un peu élevée au dessus du terrain afin de la préserver de l'humidité.
Les ruches de forme nouvelle sont plus commodes et d'un service plus facile pour l'extraction du miel et de la cire : qu'on se figure quatre tiroirs sans fond posés exactement les uns sur les autres en forme de parallélipipède vertical et recouvert supérieurement d'une planchette; on aura une idée des ruches nouvelles. Chacun de ces quatre cadres est traversé par des barres horizontales qui servent à soutenir les gâteaux. Cette disposition donne la facilité d'enlever le cadre d'en haut et celui d'en bas sans déranger les intermédiaires où se fait le travail. Ainsi rien de plus aisé que de faire la récolte du miel dans ces sortes de ruches. Lorsque la saison est venue , c'est-à-dire en automne , on commence par briser avec un couteau l'espèce de pâte résineuse avec laquelle les abeilles ont soudé les deux cadres supérieurs
et bouché la lente qui les joint. Ensuite, avec un fil de laiton , on coupe à ras tout ce qui se trouve dans la place de ce joint , et on enlève le cadre de dessus. On place une autre planchette sur le second cadre devenu le premier , et on met un nouveau cadre vide en bas : on recueille alors facilement les gâteaux que contient le cadre qu'on a enlevé et qui forment le produit de cette année ; on répète la même opération l'année d'après, et ainsi de suite, de sorte que dans l'espace de quatre ans tout est renouvelé.
Cette méthode présente les avantages suivants : on enlève chaque année une portion de miel et de cire sans faire périr les abeilles , ainsi qu'on a la coutume de le faire , ce qui épargne une barbarie inutile et funeste même aux intérêts du cultivateur ; on ne court pas le risque d'être piqué , pour peu qu'on s'y prenne avec adresse ; enfin, on peut augmenter ou diminuer la capacité de la ruche pour la proportionner à la population des abeilles , qui d'ailleurs s'aperçoivent à peine de la soustraction qu'on leur fait. D'un autre côté, le miel se trouvant dans la partie supérieure , le couvain n'est jamais attaqué , parce que celui-ci se trouve en bas avec le rouget , espèce de miel imparfait destiné à la nutrition des jeunes vers. Aussi le miel qu'on retire est-il toujours le plus pur et de la meilleure qualité. (Payez Cire et Miel.) L. S. L. et M.
ABERRATION. [Physique.) On distingue deux sortes d'aberrations en optique , l'aberration de sphéricité et l'aberration de réfrangibilité.
Lorsque des rayons de lumière qui ont été réfractés en passant par divers milieux , ne se réunissent pas au même point , il y a nécessairement une confusion dans les images représentées, et c'est là ce qu'on nomme aberration.
Cette confusion se manifeste si l'on regarde des objets au travers d'un verre lenticulaire dont la courbure est sphérique; les rayons qui le traversent, en se réfractant, ne se réunissent pas en un seul point , mais dans un espace qui
a d'autant plus d'étendue que la surface sphériquc qui les reçoit est plus grande ; il n'y a que ceux qui traversent une même circonférence concentrique à l'axe qui aboutissent à un même point de cet axe ; ceux qui passent par une plus grande circonférence se réunissent à un point de l'axe plus voisin de la surface réfringente. Or cette surface pouvant être considérée comme si elle était composée d'un nombre infini de circonférences inégales , il y aura sur cet axe un foyer qui sera alongé , tandis qu'il devrait n'être qu'un point; d'où il résultera une multitude d'images de grandeur inégale , de l'objet observé , qui empêcheront que la plus vive paraisse nette et bien tranchée. On nomme aberration de sphéricité cette différence de point de concours.
11 était important , pour la perfection des lunettes , de chercher à faire converger les rayons en un même point. Descartes, Newton, etc., trouvèrent qu'en donnant aux verres une courbure parabolique ou hyperbolique , le foyer aurait moins d'étendue ; mais les artistes éprouvèrent tant de difficultés à construire des lentilles de cette forme qu'il fallut y renoncer. On verra à l'article lunettes que l'on est parvenu à atténuer cette aberration en multipliant les lentilles et en diminuant l'ouverture des lunettes.
Aberration de réfraingibilité. Il existe une autre aberration qui s'opposerait, bien plus que la première, à la perfection des lunettes; elle est causée par la différence de réfrangibilité des rayons lumineux.
La lumière blanche est composée d'un assemblage de rayons hétérogènes de diverses couleurs ; Newton en a distingué sept ( Voyez Lumière ) , et ces rayons , lorsqu'ils traversent un verre lenticulaire, se réfracient inégalement; ils forment sur l'axe autant de foyers qu'il y a de couleurs. Les images qui s'y produisent sont plus ou moins superposées et bordées de franges irisées.
Cette dispersion de couleurs est très considérable et produit une aberration en longueur et en largeur.