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de l'écliptique , doivent être plus ou moins alongées, et que la quantité de leur aberration augmente ou diminue selon qu'elles s'approchent de l'extrémité du grand on du petit axe.
Bradley découvrit en 1728 la cause de l'aberration des étoiles. L.
AB IRATO. {Législation.) Par un homme en colère : on applique ces expressions, parmi nous, aux actes dont la colère et la haine ont été le principe et la cause. V oyez Donation, Notaire, Testament.
Un testament n'est pas le seul acte qui soit de nature à porter ce déplorable caractère; un acte administratif en peut être entaché , et il rentre souvent dans la classe des actes arbitraires et punissables. ,
La colère peut aussi dominer une assemblée; le calme, si nécessaire pour délibérer avec maturité sur de grands intérêts , fait place à l'emportement ; c'est ainsi qu'au sein des révolutions et des orages politiques tant de lois ab irato ont été portées; on ne saurait trop tôt les abroger. ( Voyez Abrogation , Loi. ) C...N.
ABJURATION. L'abjuration , dans le sens le plus général , est l'acte par lequel on renonce solennellement et avec serment à une chose, à une erreur, surtout à une hérésie.
L'histoire et la jurisprudence nous offrent quatre espèces d'abjuration, civile, féodale, politique , religieuse,
i° Abjuration civile. Les Romains appelaient abjuration de la chose la dénégation faite , avec faux serment , d'une dette, d'un gage , d'un dépôt. Abjurare mihi certiiis est quant dependere (Cicéron) ; j'aime mieux nier avec serment que de payer. Dans ce sens , l'abjuration est la même chose que le parjure , et l'opposé d'éjuration.
Abjuration féodale. Les anciennes coutumes d'Angleterre appelaient abjuration l'acte par lequel celui qui s'était rendu coupable de félonie jurait de quitter le royaume pour toujours , et par là s'affranchissait de toute
ABJ 47 peine. Il sortait librement d'Angleterre, en portant à la main une croix appelée bannière de mère église. Étrange manière de pourvoir à la sûreté et de faire justice! Elle fut abolie parle statut 21 de Jacques 4er.
5° Abjuration politique. L'Angleterre nous fournit un exemple de cette espèce. Après la révolution de 1G88 , le parlement , qui avaitappelé abdication la fuite de Jacques 1J en France, appela abjuration l'acte par lequel tout fonctionnaire civil , militaire ou ecclésiastique , jurait de ne jamais reconnaître l'autorité royale dans la personne du monarque fugitif ou de ses descendants.
4° Abjuration religieuse. C'est l'acte par lequel on reconnaît fausse la religion dans laquelle on a vécu, ou bien la doctrine qu'on professait , et qui est condamnée par l'église. On appelle apostats ceux qui renoncent à la foi chrétienne. ( Voyez Apostasie). Nous ne parlerons ici que de la conversion des païens au christianisme , et de celle des protestants au catholicisme; nous ne citerons que les abjurations de quelques personnages célèbres, et nous renvoyons au mot Christianisme celles des peuples entiers.
On ne peut nier , et l'expérience le prouve , qu'il est bien rare d'embrasser par conviction une religion dont les principes n'ont pas été gravés en nous dès l'enfance. L'intérêt est si souvent la cause d'un tel changement, que l'abjuration excite presque toujours le mépris des honnêtes gens: on lui soupçonne un autre motif que l'amour de la vérité. Mais il faut convenir qu'en général le zèle est pur et désintéressé dans les premiers temps d'une secte nouvelle ; alors les abjurations portent un caractère manifeste d'enthousiasme et de sincérité. La persécution ne les étouffe pas , elle les multiplie ; elle afFermit la foi, souvent même elle l'inspire. Le courage des martyrs frappe d'abord les imaginations , et finit par subjuguer les consciences. Les cœurs attendris sontbientôt convaincus., et la croyance véritable aux yeux des peuples est celle que sanctifient les supplices. Sanguis martyr um, semen christianorum.
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En 3 h* Constantin le grand, maître de la Gaule se préparait à passer en Italie à la lête de toutes ses forces pour détrôner Fempereur Maxence. On dit qu'il aperçut dans les airs une croix lumineuse sur laquelle ces mots étaient tracés <?h lettres de feu : In hoc signo vinces ; par ce signe tu vaincras. On ne trouve aucun monument contemporain de ce prétendu miracle. Ce ne fut point l'apparition d'une croix dans les nuées , mais une habile politique qui détermina Constantin à se faire chrétien : sa conversion le mit à la tête d'une secte nombreuse et animée d'un enthousiasme invincible. L'année suivante il franchit les Alpes , remporta une victoire décisive sous les murs de Rome , et fit monter avec lui la religion chrétienne sur le trône des Césars.
Chlodovech , que nous nommons Clovis , roi des Francs, nouvellement établi dans le nord de la Gaule, avait pour voisins et pour ennemis les Visigoths , peuple redoutable qui occupait la partie méridionale de cette contrée. Afin de pouvoir leur résister avec plus d'avantage , il rechercha l'alliance des Bourguignons , possesseurs de la Gaule orientale , et demanda la main d'une princesse de leur sang; c'est ainsi qu'il épousa Clotilde ou plutôt Chrotéchilde , nièce du roi Gondebaud. Cette princesse , élevée dans la foi catholique , tâcha de convertir son époux idolâtre. Elle dut à la politique le triomphe de ses pieuses exhortations. La Gaule était remplie de chrétiens orthodoxes; les Visigoths professaient l'arianisme : Clovis sentit que le plus sûr moyen d'affermir et d'étendre sa domination était d'embrasser le christianisme et d'entrer dans la communion romaine. Il se déclara dans un de ces moments qui décident du sort des empires. Les Allemands avaient envahi une partie de son territoire ; il leur livre bataille; déjà son armée commençait à plier; il s'écrie: Dieu de la reine Clotilde, si vous m'accordez la victoire, je fais vœu de recevoir le baptême et de n'adorer que vous. Ses troupes se rallient, et les Allemands sontenfon-
/ A B J 49 cés. Clovis fut baptisé à Reims , le 25 décembre 496 . par l'évêque saint Remi. Sicambre , lui dit ce prélat, baisse la tête , et désormais adore ce que tu brûlais , et brûle ce que tu adorais. Saint Remi ajouta à la cérémonie du baptême celle du sacre ; mais la fable de la sainte ampoule apportée du ciel par une colombe blanche n'a été inventée que 36o ans après par Hincmar, évoque de Reims. Trois mille Francs , et un grand nombre de femmes , parmi lesquelles se trouvaient les deux sœurs de Clovis, Alboflède et Lan techilde , se firent baptiser en ce jour mémorable. La conversion de Clovis eut les résultats qu'il s'en était promis. En peu de temps elle rangea sous sa dépendance tous les pays situés entre le Rhin , la mer , la Loire , et le royaume de Bourgogne. Alors la monarchie française fut assise sur des fondements solides. Clovis l'étendit par de nouvelles conquêtes ; il marcha contre les Visigoths, et leur enleva les provinces méridionales. Il est remarquable qu'il déploya ses étendards au nom de la religion , et qu'il exhorta ses peuples à exterminer les hérétiques \
L'inquisition , ce tribunal à la fois atroce et absurde ( car , comme le dit Montesquieu , en fait de religion il faut éviter les lois pénales ) , l'inquisition , dis -je , admettait à l'égard des hérétiques trois espèces d'abjuration: dans le cas de soupçon léger, de levi; dans le cas de soupçon véhément, de vehementi; et dans celui de l'hérésie notoire , de formait. Chacune de ces espèces était accompagnée de certaines cérémonies, qui avaient lieu dans l'église , en présence de tout le peuple. La France n'a jamais adopté ces distinctions , ni ces diverses solennités. Ses évêques et ses pasteurs puisaient, en gé-
1 Grégoire de Tours ; — Mémoire sur la politique de Clovis, par le duc de Nivernois , dans le tome 20 des Mémoires de l'académie des inscriptions et belles-lettres ; — les livres 4 et 5 de l'Histoire de l'établissement des Francs dans les Gaules, par l'abbé Dubos; — le P. Daniel, l'abbé Vély, le président Hénault, etc.
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néral, les formalités de l'abjuration dans le pontifical romain.
Le jour de Pâques 1 55 1 le parlement de Toulouse fit arrêter un grand nombre de citoyens qu'on soupçonnait d'avoir renoncé à la foi catholique pour embrasser le luthéranisme. Parmi eux se trouvait Jean Boissoné , professeur en droit civil, lequel , par sentence de ('officiai ou des grands vicaires , fut condamné à faire publiquement abjuration de ses erreurs, avec l'amende de 1 ,000 livres envers les pauvres et confiscation de sa maison. — Ces abjurations ordonnées par justice se faisaient avec un appareil infamant. Le condamné , vêtu d'une robe grise , la tête nue et rasée , paraissait à genoux , sur un échafaud dressé contre le mur d'une église. L'inquisiteur de la foi , monté dans une chaire , voisine de l'échafaud, prononçait un discours , adressant la parole tantôt au peuple, tantôt au pénitent; après quoi celui-ci abjurait ses erreurs à haute voix, et signait le procès-verbal de son abjuration.
Le grand , le bon Henri IV , né dans la religion protestante, parvint au trône de France le 1er août 1589, par la mort de Henri III. La Ligue et l'Ëspagne étaient alors toutes - puissantes , et la France faisait des vœux pour que sa religion devînt celle du nouveau monarque. Henri se fit instruire , et assista à plusieurs conférences entre des prélats et des ministres protestants. Voyant que ceux-ci convenaient qu'on pouvait se sauver dans la religion catholique , Quoi ! dit Henri , tombez-vous d'accord qu'on puisse se sauver dans la religion de ces messieurs - là ? Les ministres ayant répondu qu'ils n'en doutaient pas , pourvu qu'on y vécût bien , le roi repartit : La prudence veut donc que je sois de leur religion et non pas de la vôtre, puisqu étant de la leur 9 je me sauve selon eux et selon vous ; et étant de ta votre , je me sauve bien selon vous , mais non pas selon, euœ. Or, la prudence veut que je suive le plus as -
ABJ « 5i suré \ Le 25 juillet i5o,5 , à neuf heures du matin , Henri se rendit à l'église de Saint-Denys, où l'archevêque de Bourges , faisant l'office de grand-aumônier, lui demanda : Qui étes-vous? — Je suis le roi , répondit Henri. — Que demandez-vous ? — Je demande d'être reçu au giron de la sainte église catholique > apostolique et romaine. — Le voulez-vous sincèrement? — Oui, je le veux et le désire. Et à l'instant , à genoux et tête nue , il fit verbalement sa profession de foi en ces termes : Je proteste et jure à la face du Tout - Puissant de vivre et mourir en la religion catholique , apostolique et romaine 9 de la protéger et défendre envers tous , au péril de mon sang et de mu vie, renonçant à toutes hérésies contraires à icelle. Il remit ensuite par écrit à l'archevêque de Bourges sa profession signée de sa main et ainsi conçue : •Moi , Henri , par la grâce de Dieu , roi de France et de «Navarre, reconnaissant l'église catholique, apostolique «et romaine , être la véritable église de Dieu , maîtresse » de vérité et hors de toute erreur , promets à Dieu et jure » garder , observer et entretenir tout ce qui a été arrêté » et déterminé par les saints canons , conciles et constitutions reçues en ladite église , suivant les instructions « qui m'en ont été données par les prélats et docteurs qui « m'ont assisté , et les articles qui m'ont été lus et donnés «à entendre, et d'obéir aux ordonnances et commande- » ments d'icelle , et me départir , comme de fait je me «dépars, de toutes opinions et erreurs contraires à la » sainte doctrine de ladite église. Promets aussi obédience » au saint-siége apostolique , et à notre saint-père le pape , «telle qu'elle lui a été ci-devant rendue par mes prédécesseurs, et ne me départir jamais de ladite religion «catholique , ains d'y persévérer et mourir avec la grâce » de Dieu ; ainsi me soit-il en aide. Fait à Saint-Dcnys, le 23e • jour de juillet 1595. Signé HENRI. » Alors le roi fut
1 Péréfixc, Histoire de Henri IV, page 211, édition d'Amsterdam, EIzévirs, 1661 , petit in-i 2.
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absous par l'archevêque de Bourges; on chanta le TeDeum , et on célébra la grande messe du Saint-Esprit.
Sully explique très bien les motifs et les circonstances de cette abjuration célèbre; il avoue qu'elle fut dictée non seulement par la politique , mais encore par la conviction ; en même temps il insinue que celte conviction n'eût pas été acquise si , dans les conférences tenues pour la conversion du roi , les minisires protestants eussent voulu défendre leur croyance. Voici ses propres paroles : t Je » trahirais la vérité , si je laissais seulement soupçonner que «la politique, la menace des catholiques, l'ennui du tra- » vnil, l'amour du repos, le désir de s'affranchir de la ty- » rannie des étrangers , le bien du peuple même , quoique »fort louable en soi , soient entrés seuls dans la dernière » résolution du roi. Autant qu'il m'est permis de juger de
• l'intérieur d'un prince que je crois avoir mieux connu »que personne, ce fut bien à la vérité par ces motifs que » lui vint l'idée .de sa conversion, et j'avoue moi-même »que je ne lui en inspirai point d'autres , fortement per- »suadé, comme je l'ai toujours été, quoique calviniste , »sur l'aveu que j'en ai arraché aux minisires réformés les
• plus savants , que Dieu n'est pas moins honoré dans l'é- » glise catholique que dans la protestante ; mais , dans la » suite, le roi se sentit amené au point de regarder la reli- »gion catholique comme la plus sûre. Le caractère de » candeur et de sincérité que j'ai toujours remarqué dans » ce prince me fait croire qu'il aurait mal soutenu , pen- » dant tout le reste de sa vie , un pareil déguisement. Au «reste, qu'on ne juge point mal de l'aveu que je fais ici. » Il n'est pas surprenant que Henri , qui n'avait jamais «entendu parler de religion que dans ces conférences et » controverses , se laissât entraîner du côté qu'on avait soin «toujours de rendre victorieux; car tout le monde , » jusqu'aux protestants , je dis plus , jusqu'aux ministres mêmes réformés, employés dans les conférences , «étaient convaincus que le changement de religion du
ABJ 55 *roi élail absolument nécessaire pour le bien de l'é- » lat , pour la paix , enfin pour l'utilité même des deux » religions. Les ministres réformés , ou ne se défendaient «plus, ou se défendaient si faiblement que l'avantage de- » meurait toujours du côté de leurs adversaires , ne mur- » murant point de ce que souvent on se passait d'eux dans y» ces conférences. Quelques uns qui approchaient le plus nâe la personne du roi, et qu'il consultait le plus sur ses » difficultés, trahirent formellement leur croyance , ou flal- » tèrent par un embarras concerté la religion qu'on regar- » dait déjà comme celle du prince \ »
Christine, reine de Suède , abdiqua en i654* Luthérienne , elle avait déjà préparé sur le trône son changement de religion. Elle quitta la Suède, et traversa le Danemarck et l'Allemagne , en visitant tous les monastères et toutes les églises qui se trouvaient sur sa route. Enfin , après avoir embrassé la religion catholique à Bruxelles , elle abjura publiquement le luthéranisme à Inspruck, et prit cette devise assez peu dévote: Fataviam inventent, les destins dirigeront ma route. Cette action fut pour les catholiques un grand triomphe , comme si elle eût donné quelque nouveau degré de force à la religion romaine. Les protestants, au contraire, en ont témoigné, avec aussi peu de raison, un grand désespoir. Ils ont prétendu que Christine, indifférente pour toutes les religions, n'en avaitchangé que par convenance, pour vivre plus à son aise en Italie, où elle comptait se retirer. Ils citent , comme autant de preuves de cette indifférence , quelques lettres et quelques discours de Christine. On assure , par exemple , que les jésuites de Louvain lui promettant une place auprès de sainte Brigitte de Suède, elle répondit : J'aime bienmieuà qu'on me mette entre les sages. Un certain Nicolas Pallavicini composa un ouvrage intitulé : La défense de la providence divine par ta grande acquisition qu'a faite
1 Mémoires de Sully, mis en ordre par l'abbé de l'Écluse , livre 5 , vers la fin.
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la religion catholique en la personne de la reine de Suède. Ce traité ne fut pas imprimé à cause de cinquante-quatre hérésies qu'on prétendait qui s'y trouvaient. Admirons la patience qui les a comptées1.
Turenne , après avoir refusé l'épée de connétable , parce qu'il ne voulait pas quitter la religion protestante dans laquelle il avait été élevé , abjura ef 1668 , sans y être excité par la cour , et sans aucun motif humain. Ce fut pour la conversion de ce grand capitaine que Bossuet composa son livre intitulé , Exposition de la doctrine de l'église catholique sur les matières de controverse; ouvrage qui passe généralement pour ce qui a été fait de plus solide contre la réforme.
Sous Louis XIV, on employa pour la conversion des huguenots un moyen souvent efficace, ce fut l'argent. Pélisson fut chargé de ce ministère secret. C'est ce même Pélisson si long- temps calviniste, si connu par ses ouvrages , par une éloquence pleine d'abondance , par son attachement au surintendant Foucquet , dont il avait été le premier commis, le favori et la victime. Il eut le bonheur d'être éclairé et de changer de religion dans un temps où ce changement pouvait le mener aux dignités et à la fortune. Il prit l'habit ecclésiastique , obtint des bénéfices et une place de maître des requêtes. Louis XIV lui confia le revenu des abbayes de Saint - Germain et de Cluny, vers l'année 1677 , avec les revenus du tiers des économats, pour être distribués à ceux qui voudraient se convertir. Pélisson envoyait l'argent dans les provinces. On lâchait d'opérer beaucoup de conversions pour peu d'argent. De petites sommes distribuées a des indigents enflaient la liste que Pélisson présentait au roi tous les trois mois , en lui persuadant que tout dans le inonde cédait à sa puissance ou à ses bienfaits a. Le prix courant
1 D'Alembertj Mémoires sur Christine , dans ses Mél. de littèr. , lome 2. » Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. 36.
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de ces conversions était de 6 livres par tête; il y en avait à plus bas prix. La plus chère qu'on ait trouvée , pour une famille nombreuse , est de si 4 livres. Des commis examinaient si chaque quittance était accompagnée d'une abjuration en forme. Les dévots eux- mêmes plaisantaient de cette éloquence dorée, moins savante, disaient- ils , que celle de Bossuet, mais bien plus persuasive. D'année en année on augmenta les fonds destinés à cette corruption religieuse \ En 1686, on acheta l'abjuration du marquis de Belzunee et de la dame Lance-Rambouillet , pour 2,000 livres de rente. Vivans, ancien brigadier de cavalerie, vendit la sienne pour une pension de deux mille écus*.
Des mesures rigoureuses contre les protestants annoncèrent la révocation de l'édit de Nantes ; elle fut prononcée par un édit du 22 octobre i685, mais elle n'eut lieu qu'après la mort de Colbert , comme le remarque très bien le président Hénault. On lit dans un discours prononcé par l'archevêque de Reims , à la tête du clergé , au mois de mai 1700 : « Nous protestons, sire, que ce » n'est point par la violence , mais par la douceur et la » persuasion que les évêques veulent les ramener et les «retenir (les prolestants) , également résolus à les inviter • par la force des instructions et de la charité , et à éloi- »gner de la participation aux saints mystères ceux qui «n'ayant pas la robe nuptiale ne peuvent que la profa- %ner. » Paroles dignes du vertueux et tendre Fénélon! Ce discours, précédé de tant de lois tyranniques , fut suivi des ordonnances et jugements rendus, en 1 703 et en 1 704, contre les camisards. Nous ne rapporterons pas ces derniers monuments de l'intolérance ; nous verrions des abjurations arrachées par les armes et par les supplices ; nous
1 Éclaircissements historiques sur les causes de la révacation de l'édit d? Nantes , par Rulhière, tome i , chap. vu. * Histoire de Paris , par Dulaure.
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verrions la patrie ensanglantée , la religion outragée se voilant et versant des pleurs. TH.
ABLATIF. {Voyez Cas.) ,
ABLES. [Histoire naturelle. ) Poisson delà famille des cyprins, vulgairement appelés pot ssons blancs , et dont diverses espèces fort répandues dans les eaux douces de l'Europe sont connues sous les noms d'ablette , d'aphie , d'aspe, de meunier , de vandoise , de véron , de gard et gardon ,etc. Leur chair est généralement peu estimée , mais une propriété , que quelques unes de leurs espèces partagent avec les argentines, rend les ables remarquables entre les poissons dont l'industrie humaine a su tirer parti.
L'ablette , ou Table proprement dit , a les écailles des parties inférieures du corps d'un brillant argenté , dont l'aspect métallique frappe d'abord les regards. La substance qui produit cet effet est d'un grand usage dans la fabrique des perles fausses, et mérite toute l'attention des chimistes, qui ne l'ont pas suffisamment examinée. Cette substance ne se trouve pas seulement à l'extérieur , elle s'étend encore dans l'intérieur de la poitrine , de l'estomac et des intestins , parties qui en sont entièrement tapissées. Elle passe fort promptement à l'état putride quand il fait chaud , et devient aussitôt phosphorescente. On verra à l'article perles , comment cette substance est employée, sous le nom d'essence d'Orient, à l'un des principaux articles de la pa~ rure des dames. [Voyez Perles.) B. de St.-V.
ABLUTION. [Religion. ) Nous ne dirons point avec la hardiesse d'un savant moderne : Les ablutions sont en morale ce que les talismans sont en médecine. Il ne faut considérer ici que l'origine de cette cérémonie religieuse chez les anciens, et le but de son institution primitive. Établie d'abord par un motif d'utilité générale , la propreté du corps, tous les peuples la pratiquèrent bientôt ; et comme partout , chez les adorateurs des faux dieux et dans le vrai culte , la purification du corps est le symbole naturel de celle de l'âme , l'usage fut donc de se laver
AB L 57 avant les sacrifices. Profitant de cette coutume si nécessaire à la santé dans les pays chauds , les législateurs et les théurgistes en ont fait un acte religieux. Jacob, avant d'offrir un sacrifice à Réthel , ordonne à ses serviteurs de se laver ; Moïse prescrivit aux Hébreux un grand nombre d'ablutions , et Jésus-Christ les a consacrées par le baptême. ( Voyez Baptême. )
Les mahoniétan* ont emprunté cette pratique des juifs: chez eux l'ablution précède toujours te prière ; ils ont à cet effet des fontaines dans les parvis de toutes les mosquées. On peut lire dans les Mœurs des Turcs comment leurs dogmes altèrent et dénaturent ce rît extérieur qu'ils multiplient à l'infini , parce que la moindre circonstance , comme le cri d'un porc, l'approche d'un chien , suffit pour neutraliser l'effet de l'ablution.
On sait que les païens pratiquaient aussi différentes espèces d'ablutions ; s'ils les tenaient des patriarches adorateurs du vrai Dieu , il faut convenir qu'ils en ont profané l'usage en leur attribuant une vertu que certes elles ne sauraient avoir.
Énée, tout fumant de carnage, se fait scrupule de toucher ses dieux pénates ; il commence d'abord par laver ses mains teintes de sang dans une eau vive.
Les eaux du fleuve avaient-elles la propriété de purifier Turnus de l'horrible massacre qu'il venait de faire des Troyens ? C'est le cas de s'écrier avec un autre poète : , Hommes trop indulgents pour vous-mêmes , pensezvous que des meurtres puissent être effacés par les ondes ? »
sixième livre de l'Énéide nous parle de plusieurs autres genres de purifications ablutoires. Horace nous représente une mère superstitieuse qui , à l'aide de l'ablution , espère ôter ou rendre à son gré la fièvre au jeune enfant qu'elle nourrit.
Les Lacédémoniens de Lycurgue plongeaient leurs nouveau-nés dans l'Eurotas, coutume qu'on retrouve aussi chez les Gaulois nos ancêtres ; et ce qui prouve que l'on no
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devrait pas croire entièrement à la vertu des eaux , c'et qu'on ne peut attribuer qu'à cette pratique la difFormiU corporelle du célèbre Agésilas.
Nous pourrions citer encore divers peuples modernes qui emploient l'eau dans leurs purifications ; il en est même, tels que les Parsis et les Indiens, qui croient se purifier avec l'urine de vache. D'autres enfin sont convaincus du pouvoir magique d'une pièce d'or trempée dans l'eau. Mais tous ces exemples ont moins de force que ceux qui nous sont donnés chaque jour par les nations du Nord. Et , eo effet, les ablutions juives et celles des Orientaux ne sauraient faire consacrer cet usage : parce que les disciples de Moïse et de Mahomet l'ont adopté , il ne s'ensuit point qu'il doive être universel. Sous des climats aussi brûlants , cette précaution est nécessaire, indispensable pour prévenir les maladies de la peau , et le fléau plus terrible encore de la peste. On sait que les croisés , qui négligèrent les précau lions de propreté dans la Palestine , rapportèrent la lèpre en Europe. Notre fameuse expédition d'Égypte fut suivie des mêmes résultats. Déterminés par tous ces motifs , les législateurs hébreux et orientaux ont donc pu rattacher à des principes de religion un acte de propreté personnelle; il entrait même dans leur politique de le consacrer comme une doctrine , pour que l'exécution en devînt rigoureusement obligatoire. I
Mais pourquoi les peuples du Nord ont -ils adopté cet usage comme le reste de la terre ? Pourquoi le Lapon et le Russe , au milieu de leurs glaces éternelles, reconnaissentils aussi le grand principe de l'ablution?... Le premier réformateur des Moscovites , Pierre le grand , ne put jamais cependant surmonter la crainte que lui inspirait l'aspect d'une vaste étendue d'eau. Mais il n'en était pas de même de ses sujets , ni des Suédois leurs dignes rivaux de gloire; d'où l'on doit conclure que les peuples les moins favorisés par le climat pensent au sujet des ablutions comme les nations les plus civilisées.
U est de mode chez les chrétiens de tourner en ridicule toutes les superstitions païennes ; cependant ne leur devonsnous pas la plupart de nos cérémonies expiatoires , l'usage des bains, des purifications , des ablutions, et toutes nos imitations de Veau lustrale des anciens ?
Dans tous les temps et chez tous les peuples , les ablutions religieuses ont été en usage; l'église chrétienne n'a pu donc abolir un rit qui remonte au berceau du inonde. Pendant les rogations., on bénit Veau des puits , des citernes , des fontaines , des rivières et des sources , en priant le Seigneur d'en rendre l'usage salutaire aux fidèles* Pourquoi donc blâmer la crédulité des païens lorsqu'ils consacrent le culte de l'eau , lorsqu'ils peuplent les fleuves de divinités , qu'ils leur adressent leurs vœux et leurs hommages ? L'utilité générale de cet élément doit rendre au moins une telle erreur excusable.
Ce qui fait que les ab lut ions n'ont point obtenu l'assentiment de quelques théologiens , c'est que , dans l'Écriture sainte, on compare quelquefois au débordement des ondes le fléau de la colère divine. Cependant les eaux désignent plus souvent les bienfaits de Dieu.
Chez les anciens, parmi les poètes et les philosophes du paganisme, les eaux sont également prises dans un sens méaphorique et dans deux significations opposées. On connaît la victoire remportée par le dieu de Canope sur celui des Chaldéens; dans le début de sa première olympiade , Pinlare fait un éloge magnifique de l'eau.
ABONDANCE. [Antiquités.) Divinité allégorique qu'on trouve représentée sur les médailles et sur les monuments , »ous la figure d'une belle femme, couronnée d'une guirande de fleurs , et tenant une ou deux cornes d'Amalthée emplies de toutes sortes de fruits , penchées vers la terre , it un faisceau d'épis. Sur les médailles on place à ses pieds 'n boisseau d'où sortent des épis et un pavot , symbole l'abondance et de fécondité. Elle est aussi nommée Ops,
qui méfait croire que c'est alors la même divinité, sous
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un autre nom. Ovide dit qu'elle suivit Saturne lorsque Ju- ' piter le détrôna , ce qui doit être vrai , puisque l'abondance était un des attributs de l'âge d'or ou du règne de Saturne , et quOps ou Rhéa était la femme de ce roi fabuleux du Latium. Mais, sous le nom d'Abondance, elle n'avait ni temples ni autels. On l'honorait encore dans le moyen âge , comme une fée, sous le nom de Dame Abonde ou Habonde. E. J.
ABONDANCE. ( Économie polit. ) 11 y a abondance dans un pays lorsque ses produits agricoles ou industriels dépassent ses besoins. Ce n'est pas le nécessaire , c'est le superflu qui constitue l'abondance. Elle provient de trois sources , l'agriculture, l'industrie, le commerce.
Dans plusieurs utopies l'on a cherché lesquels devaient plutôt parvenir à l'abondance , des peuples chasseurs , pasteurs, ou agricoles. On n'a point vu , i° que les chasseurs, dévastant les forêts ou les rivières qui les nourrissent , sans avoir la puissance de les repeupler , devaient être incessamment dans la nécessité dépérir de faim ou de se changer en peuples pasteurs , la vieille Amérique est la preuve de cette observation; 2° que les pasteurs, dans l'impossibilité de nourrir toujours leurs bestiaux dans les mêmes pâturages , devaient vivre en nomades comme les Tartares , et étaient forcés comme eux , par la stérilité des prairies et l'excès de population , de se changer en peuples agriculteurs ou de se répandre dans les pays nourris par les produits agricoles; 5° que les états exclusivement con- . sacrés à l'agriculture ne pouvaient même arriver à l'abondance. La Chine , qui n'exporte jamais et conserve toujours l'excédant de ses besoins , voit chaque année , malgré sa prévoyance , quelques provinces en proie à la famine , tandis que dans les autres un peuple nu et dans la plus dégoûtante misère ne peut assouvir que sa faim.
Cette dernière observation suffit pour démontrer Terreur des économistes, qui voyaient l'abondance partout où ils voyaient un superflu dans les produits agricoles. Les
gouvernements d'Europe ont imaginé , depuis Colbert , qu'il y avait abondance chez tous les peuples qui vendent à l'étranger; mais les exportations prouvent seulement qu'il y a un plus grand bénéfice dans les marchés extérieurs : elles peuvent provenir non d'une supériorité de richesses , mais de l'inégalité de misère.
C'est le concours de l'agriculture, de l'industrie et du commerce qui peut seul produire l'abondance. Nous examinerons au mot règlements comment ces trois sources de la richesse publique peuvent être diminuées ou taries', nous verrons au mot liberté comment on peut les vivifier et les accroître.
En Europe , les gouvernements sont aussi embarrassés de l'abondance que de la disette. Pour remédier^ à l'une et à l'autre, Napoléon avait imaginé les greniers d'abondance. C'était transporter la Chine à Paris. Le gouvernement y trouvait deux bénéfices : il achetait à bon marché dans les années fertiles pour vendre cher dans les temps malheureux , et suivait ainsi l'exemple des accapareurs; d'un autre côté , en restant le maître de pourvoir aux premiers besoins du peuple ,. il prévenait ces déplorables rébellions inséparables des jours de disette , et que quelquefois une autorité trop impitoyable a punies de peines cruelles. Il est encore un moyen usité par le pouvoir , mais qui est toujoursarbitraire: dans l'abondance, il favorise outre-mesure les exportations ; durant la disette , il donne des primes d'encouragement aux importations. Cette sagesse est ellemême imprévoyante : les exportations sont si multipliées , qu'une année d'abondance se termine ordinairement par la disette ; et les importations sont si lentes , parce que le commerce va acheter loin du pays qui manque pour avoir meilleur marché , que les deurées arrivent toujours trop tard et en trop petite quantité.
Une science nouvelle, la statistique, a fait aujourd'hui assez de progrès en France pour qu'un ministre qui voudra sortir de l'ornière de la routine puisse facilement
faire en sorte que ce beau pays ne manque jamais du nécessaire, et que le superflu devienne une source inépuisable de richesse. Pour y parvenir , il faut traiter la disette comme si on était très loin de l'abondance , et l'abondance comme si on était a la veille de la disette. ( V oyez Disette.) J.-P. P.
ABORDAGE. (Marine.) Choc de deux bâtiments qui
se heurtent par accident , où qui s'approchent pour que leurs équipages puissent combattre corps à corps. On se sert par extension du mot abordage et du verbe aborder dans divers autres cas. On dit qu'un vaisseau aborde un quai , une cale , lorsqu'il s'en approche pour débarquer ou embarquer divers objets, h' abordage est un / genre de combat favorable à l'impétuosité française. Les marins anglais, plus flegmatiques que les nôtres, sont par là plus propres à soutenir un combat au canon , quelque long- temps qu'il se prolonge. Le marin français, trop ardent, se trouve bientôt avoir épuisé ses forces. C'est ce qui a déterminé autrefois les amiraux et capitaines de vaisseaux français à envoyer leurs marins à Vabordage. Celte manière d'attaquer leurs ennemis fut jadis couronnée par de nombreux succès. Les deux guerres maritimes de la révolution en ont offert aussi quelques exemples. L'un des plus honorables pour nos armes fut l'enlèvement à Vabordage à? la frégate anglaise Y Embuscade par la corvette française la Bayonnaise. Un combat à Vabordage est terrible. Il exige beaucoup d'audace. Un capitaine doit donc être bien sûr de son équipage avant de se décider à tenter une action aussi vigoureuse. Il ne saurait même y songer s'il n'a , par de fréquents exercices, habitué ses marins aux divers mouvements qu'exige un abordage , et surtout au maniement des armes dont ils auront à se servir. Tous les marins indistinctement ne vont pas à Vabordage. Un équipage entier ne peut abandonner son bâtiment pour envahir le bâtiment ennemi , et l'on est obligé de mettre un frein à l'ardeur française qui porterait tout le monde, officiers,
ABO 63 lalelots et soldats à se précipiter sur leurs ennemis. Des scouades ou divisions destinées à Yabordage sont forîées à l'avance. Chacun des hommes qui les composent et ce sont les plus alertes qu'on choisit ) est armé dV ance , ou connaît l'arme qu'il doit prendre , en abandonant le service de l'artillerie ou la manœuvre du bâtiment our aller à Yabordage ou pour repousser l'ennemi , si estlui qui tente Y abordage; cette dernière action s'appelle léfendre Yabordage. Les armes dont on se sert commuément pour défendre Yabordage sont le fusil armé de sa aïonnelte et la pique. Les gens qui vont ou , comme on it plus généralement , qui montent à Yabordage , sont rmés de pistolets , de sabres et de haches d'armes. ( Voyez Iache d'armes.) En disant plus haut que deux vaisseaux 'approchaient pour que leurs équipages pussent combatre corps à corps, nous n'avons pas voulu dire qu'ils cherchaient tous deux à se joindre et à s'aborder; ce cas est exrêmement rare. Il arrive plus ordinairement, et même >resque toujours , qu'un des deux bâtiments cherche à tborder l'autre, ce qu'on appelle lui présenter Y a bordage, andis que celui-ci met tout en œuvre pour éviter d'être bordé, c'est-à-dire , techniquement parlant , refuse Yabordage. Lorsque le bâtiment qui veut aborder son ennemi st parvenu à le joindre , il faut qu'il tâche de l'accrocher , >our empêcher qu'il ne vienne à bout de s'écarter pendant action et de s'enfuir , emmenant avec lui la partie les assaillants qui seraient passés sur son bord. Un bâtiment n accroche un autre au moyen de forts crochets de fer t plusieurs branches nommés grappins d'abordage. Ces :rappins, attachés à une chaîneqni tient elle-même à un fort ordage,sont suspendus au bout des basses vergues, d'où on es lance de manière à accrocher quelque partie du gréenent du bâtiment ennemi. Lorsqu'ils tiennent bon , l'on iale sur le cordage , et les deux bâtiments s'approchent :* demeurent accrochés tant que les chaînes qui tiennent es grappins ou les objets qu'ils ont saisis, ne rompent
pas, ou que les abordés ne parviennent pas à s'en débar rasser. On lance aussi, de dessus les gaillards ou passavant* du bâtiment, d'autres grappins plus légers nommés grappins à main.
Lorsque deux bâtiments sont accrochés de la sorte , ils s'envoient une dernière décharge pour vider leurs canons; puis les sabords se ferment afin d'empêcher que l'ennemi ne s'introduise par ces ouvertures , et l'on se dispose de part et d'autre à l'attaque et à la défense. Il n'arrive guère que l'équipage du bâtiment qui est venu aborder l'autre passe immédiatement à bord de l'ennemi. La difficulté du passage est très grande, et résulte, i° delà rentrée des deux bâtiments, qui, bien que se touchant par le bas, sont séparés , à la hauteur du plat bord , par un espace plus ou moins large selon le rang des bâtiments; 2° des mouvements de roulis ; 3° du danger de tomber et d'être écrasé entre les deux bords ; 4° de la présence sur le bord opposé d'hommes qui, au lieu de vous tendre la main, vous repoussent à coups de piques et de baïonnettes. Il est donc nécessaire, avant de s'élancer sur le pont de l'ennemi, de l'en avoir délogé, sinon entièrement, au moins en partie, afin d'avoir un point sur lequel le passage puisse s'effectuer sans trop d'obstacles. C'est par un feu très vif de mousqueterie, et en lançant, des passavants et du haut des hunes, des grenades sur le pont de l'ennemi, qu'on parvient à le lui faire évacuer. Ou il l'abandonne tout-à-fait pour se réfugier dans les entre-ponts, et dans ce cas la conquête du bâtiment devient facile, ou il évacue seulement un des gaillards et se retranche sur l'autre et sur les passavants. Alors les assaillants se précipitent en foule sur la partie du pont évacuée, et de là se portent sur l'ennemi. Celui-ci peut désormais non seulement se défendre avec intrépidité, mais même chercher à repousser les assaillants sur leur bord , parce que la crainte de tuer leurs camarades dans la mêlée oblige les matelots restés sur le bâtiment abordeur à cesser en partie leur feu de mous-
ABO 65 qucterie et à ralentir le jet des grenades. En ce moment le combat devient sanglant , la victoire peut être longtemps disputée , mais le plus souvent elle demeure aux assaillants.
Uabordage n'a pas lieu seulement entre deux bâtiments de guerre de haut bord ou de bas bord. On voit souvent des embarcations , c'est-à-dire des chaloupes et des canots , venir attaquer (le plus ordinairement par surprise et lorsqu'ils sont à l'ancre) des bâtiments de guerre , tels que corvettes, bricks, canonnières, etc. , pour les prendre à V abordage. Ces tentatives réussissent quelquefois ; d'autres fois elles échouent. L'une des attaques de ce genre les plus remarquables des dernières guerres est celle que les Anglais , sous les ordres de Nelson , tentèrent contre la flottille réunie dans la rade de Boulogne , en thermidor de l'an 9 de la république. La bravoure française triompha des vaillants efforts des marins anglais. Pas un seul des bâtiments de la flottille républicaine ne tomba en leur pouvoir. Les embarcations de Nelson , au contraire , furent prises, coulées ou mises en fuite après avoir perdu un très grand nombre d'hommes , parmi lesquels plusieurs officiers de marque. Ce célèbre amiral avait été plus heureux dans une attaque semblable contre la flottille espagnole dans la rade de Cadix, en 1797.
Lorsque deux bâtiments s'abordent par accident , cet abordage cause d'ordinaire à l'un d'eux, et souvent à lous deux , un dommage qui , excepté le cas où ce sont deux bâtiments de l'état , peut donner lieu à une action civile. Le code commercial maritime, art. 218 , statue que si l'événement a été purement fortuit , le dommage est supporté sans répétition par celui des navires qui Ta éprouvé. S'il y a eu de la faute d'un des capitaines , c'est lui qui paie le dommage. Lorsqu'il y a doute sur les causes de l'abordage , le dommage est réparé à frais communs , et par égale portion , par les navires qui l'ont fait et souffert. Dans les deux derniers cas , il y a lieu à expertise. J.-T. P.