ABR
Ce qui me le persuade, c'est i° qu'on trouve ce dernier mot dansl.es anciens manuscrits, écrits en lettres grecques, ABPAG AAàBPà , où le C est la figure de l'ancien sigma grec ; c'est 2° que ce mot est évidemment composé du nom à'abrasax et à'abra, les quatre premières lettres de ce nom répétées, en retranchant l'X finale, et ajoutant la lettre D en place , pour former les onze lettres de chacun des trois côtés de cette figure magique, qui est celle i° d'une pyramide renversée ; 2° d'un triangle équilatéral , symbole des trois personnes égales de la Trinité ; 3° du delta grec A, lettre qui a remplacé sans doute pour cela l'X, dans le nom à'abrasax.
Je pense donc qu'on a tort d'écrire avec un C latin ABRAGADABRA , qu'il faut l'écrire ABRASADABRA , avec l'S, pour remplacer le sigma grec ancien ; car ce mot mystérieux perdrait toute sa vertu si on remplaçait ce sigma par le C latin , puisque cette vertu consiste dans la valeur numérique des lettres grecques qui le composent. Si les anciens l'ont écrit avec un C grec en caractères latins , o'était sans doute pour conserver cette valeur numérique, qui ne peut être exprimée en caractères latins ni par le C , ni par l'S; ce qui prouve qu'on ferait mieux de ne l'écrire, comme autrefois, qu'en caractères grecs.
- Sérénus Sammonicus, médecin du 2e siècle , sectateur de l'hérétique Basilide , qui a composé un poëme latin, en vers hexamètres, des préceptes de la médecine, marque la disposition de ces caractères, et indique l'usage de les écrire sur une plaque, et de les attacher au cou des malades pour les guérir de leurs maladies. Voici la traduction de ce passage: «Tu écriras sur une plaque le mot ABRAC ADABRA, et tu le répéteras plusieurs fois, en écrivant chaque mot au dessous de l'autre, et en en retranchant la dernière lettre, de manière qu'il forme une pyramide renversée ou un triangle équilatéral. Souviens-toi ensuite de suspendre cette plaque au cou d'un malade , parce qu'elle guérit la langueur, et qu'elle chasse le9 maladies mortelles, par une puissance admirable.»
ABR Go
Les anciens croyaient sans doute , et cela est assez naturel, qu'en suspendant au cou d'un malade le nombre des 365 jours de l'année, on prolongeait ses jours d'autant. Le peuple s'imagine encore aujourd'hui que si l'on faisait telle chose on mourrait dans Tannée. Pausanias , parmi nombre d'auteurs anciens, parle de cette croyance superstitieuse : il dit que c'était encore de son temps la croyance, que quiconque aurait osé entrer dans l'enceinte consacrée à Jupiter Lycetts* serait mort dans l'année. Ce qui provenait* sans doute de ce que le surnom de ce dieu était dérivé de Xuxoç, loup ou soleil, et de ce que Lycabas, nom sacré de l'année, était composé du même mot. ( Voyez ma diss. sur l'origine du nom de J'année en grec, dans les Mém. de l'acad. celt. t. 3 , p. i45. )
Des auteurs modernes ont trouvé le même nombre de 365 dans les lettres qui composent le nom de Belenuset celui de Mithras ; mais ces noms n'étant pas factices, c'est-à-dire imaginés pour faire ce nombre, et ayant un sens dans la langue à laquelle ils appartiennent, en outre ne s'écrivant pas exactement de même , comme ces auteurs l'ont supposé pour trouver ce nombre, leur remarque est futile et ne mérite pas la moindre attention.
Parmi les abraxas publiés dans les Miscellanea de Spon , on lit, pag. 297, sur un jaspe au milieu duquel est un serpent debout, numen dei abrasses , pour numen dei abraxas. Sur une croix, Jupiter assis tient un foudre d'une main et a son aigle à ses pieds; on lit au revers, lao Sabaoth ; d'où l'on voit que les basilidiens étaient à la fois païens et chrétiens. Sur un autre onyx , nn dieu , la main gauche élevée, est debout sur une base , entre deux enfants et deux flambeaux , un de chaque côté; on y lit AIA*IAA2SE, et au revers 2ABAOO, conserve Sabaoth. Sur un jaspe on lit IAQ 2AAOMON SABAO0. Sur un jaspe vert on voit un serpent debout; àl'entour on lit IAO CABAQ; et au revers, MOTCH (Moïse).
11 existe encore beaucoup d'autres talismans anciens ,
7o ABR
tels que des plaques de métal , des pierres gravées , de petites figures chargées de caractères qui offrent le nom de Jékova , celui d'un ange ou d'une puissance céleste , tantôt en grec , tantôt en hébreu , tantôt des mots grecs et hébreux mêlés ensemble, quelquefois même des mots et des lettres qui n'ont aucun sens. Ce qui est inintelligible a toujours paru plus mystérieux. E. J.
ABRÉVIATIONS. [Antiquités.) 11 y a deux méthodes d'abréviations: l'une est appelée ftpa/yy?*?'1*, l'art d'écrire par abréviations; l'autre rocxyypafta , l'art décrire promptement. Les abréviations reçurent différentes formes , et se multiplièrent surtout dans les écritures du moyen âge. Plusieurs antiquaires ont formé des recueils d'abréviations latines, rangées par ordre alphabétique , et suivies de leur explication , en faveur de ceux qui s'appliquent à lire les manuscrits et les diplômes. On n'a rien de plus étendu ni de plus parfait en ce genre que le Lexicon diplomatique de Walter, qui contient 22b planches d'abréviations expliquées. Ou trouvera dans le Dictionnaire d'antiquités de C Encyclopédie méthodique, une table alphabétique des abréviations les plus usitées chez les Romains, et une autre des abréviations en usage dans les bulles. E. J.
ABRICOTIER. {Histoire naturelle, Botanique.) Tout le monde connaîteet arbreetles nombreuses variétés qu'on en cultive; mais on ignore en généralla première patrie de cet ornement de nos vergers, qui donne tant de sortes de fruits délicieux. L'abricotier, dont on a trouvé quelques pieds sauvages dans les collines du Piémont, paraît originaire de l'Arménie , d'où le nom de prunus armeniaca ( prunier d'Arménie) que lui avait donné Linné en le plaçant dans un genre dont il est effectivement fort voisin , mais dont les botanistes d'aujourd'hui ont cru devoir l'extraire pour en former un genre particulier. Ce genre ne renferme que deux espèces : l'abricotier commun , souche de tous les abricotiers dont les fruits parent nos desserts ; et l'abricotier de Sibérie, arbre que la culture peut aussi perfectionner, et
qui commence à se répandre dans les jardins de l'Europe. ( F oyez Arbres fruitiers. ) B. de St.-V.
ABROGATION. {Législation.) Action par laquelle on révoque ou annulle une loi ; et comme elle est un acte de souveraineté, quelle ne peut émaner que d'un pouvoir qui est la toute - puissance humaine, il n'appartient qu'à celle toute - puissance d'abroger la loi qu'elle a faite.
L'abrogation est expresse ou tacite. La première doit être littéralement prononcée par une loi nouvelle; la seconde, dont il faut se garder d'étendre l'influence, résulte de cette maxime : Posteriora dérobant prioribus. On peul considérer encore comme une abrogation tacite l'anéantissement de l'ordre de choses pour lequel la loi avait été faite.
Enfin l'usage, quand il est général, peut abroger une loi : telle était l'opinion du chancelier d'Aguesseau '.
J.-J. Rousseau a prétendu, au contraire, qu'il ne fallait jamais souffrir qu'aucune loi tombât en désuétude ; qu'on devait l'abroger formellement ou la maintenir en vigueur'.
D'autres questions d'une haute importance se rattachent a Yabrogation des lois ; nous en renvoyons l'examen aux mots Belgique , Conquête , Législation , Traité. Mais , •lès ce moment , nous devons , sous le rapport de leur abrogation, distinguer les lois dites fondamentales ou constitutionnelles , notamment ces chartes , augustes contrats . qui lient les peuples aux souverains en fixant leurs droils et leurs devoirs mutuels, d'avec le* lois qu'à l'exemple de Domat nous appellerons arbitraires.
Les premières (et nous n'avons besoin pour établir cette distinction que d'emprunter les expressions de ce savant jurisconsulte ) , « les premières sont tellement essentielles » aux engagements qui forment l'ordre de la société, qu'on
' Tome 9, page 446, lettre du 39 octobre 17^6. ■ Sur U Pologne, cliap. 10.
w ne saurait les changer (et à plus forte raison les abro-
• ger ) , sans ruiner les fondements de cet ordre y les
• secondes peuvent être différemment établies , changées ict même abolies, sans blesser les principes de l'ordre »de la société » {Voyez Ab irato, Charte, Constitution. ) G.. . N.
ABROUTISSEMENT. Se dit des arbres qui ont été broutés par les bestiaux ou par le gibier.
ABSENCE , — ABSENT. {Législation.) On est absent lorsqu'on est hors de son domicile; mais , dans le sens de la loi , l'absent est celui dont on n'a pas de nouvelles , et qui , par cette raison , laisse des doutes sur son existence.
Le droit romain ni l'ancienne législation française ne contenaient point de dispositions précises sur ce sujet important ; les questions qu'il faisait naître étaient abandonnées à l'arbitrage du juge. Les relations du commerce extérieur , les temps de trouble , des guerres sanglantes et prolongées 5 avaient plus que jamais multiplié les absences; on était donc arrivé au moment où il fallait remplir cette lacune : tel est l'objet que les législateurs se sont proposé dans le titre 4 du livre iw du Code civil.
La loi a gradué les précautions qu'elle a prises sur les différents degrés d'incertitude de la vie ou de la mort de l'absent. ( V oyez Absent. — Mathématiques. )
La présomption d'absence suffit pour que le ministère public soit spécialement chargé de veiller aux intérêts de l'absent.
Après quatre ans , l'absence est constatée par une en- , quête ; le jugement qui la déclare ne peut être rendu qu'un an après celui qui a ordonné cette enquête ; la loi exige qu'il soit donné à ces différentes décisions la plus grande publicité.
Si l'absent a laissé une procuration, elle a son effeî
1 Traité des lois, chap. il.
A B S -5 pendant dix années depuis les dernières nouvelles ; l'absence ne peut être déclarée qu'à l'expiration de ,ce terme.
Quand l'absence est déclarée, les héritiers présomptifs de l'absent peuvent se faire envoyer en possession de ses biens, à la charge de donner caution.
Après trente ans depuis l'envoi en possession provisoire, ou cent ans depuis la naissance de l'absent, les cautions sont déchargées, et l'envoi en possession définitive peut être prononcé.
Si l'absent reparaît , ou si son existence est prouvée après la déclaration d'absence , il recouvre ses biens ; mais la loi l'oblige à laisser aux possesseurs provisoires une portion des revenus , et cette portion est plus ou moins forte suivant la longueur de l'absence ; s'il ne revient qu'après l'envoi en possession définitive, il n'a droit a aucuns revenus, et il est obligé de prendre sa fortune dans l'état où elle se trouve.
Lorsque , pendant son éloignement , le décès de l'absent est prouvé , la succession est ouverte au profit des héritiers les plus proches à cette époque ; la loi n'autorise à réclamer un droit échu à un absent qu'autant que son existence aura été préalablement établie.
Quoique le Code ne se soit pas formellement expliqué sur la faculté ou l'incapacité de l'époux de contracter un nouveau mariage , une jurisprudence constante a établi que la présomption résultant de l'absence la plus longue et de l'âge le plus avancé, fût-il de cent ans, ne doit point être admise comme pouvant suppléer à la preuve du décès de l'un des époux. {Voyez Mariage, Succession , Testament. )
La législation anglaise ne renferme pas de dispositions précises relativement aux absents ; et cependant combien seraient-elles nécessaires chez une nation où les spéculations d'un commerce cosmopolite , les relations avec de nombreuses et riches colonies, le goût des arts , l'amour
des découvertes , déplacent sans cesse les citoyens et les entraînent dans dés régions lointaines !
En Autriche, la loi veille aux intérêts de l'absent Sa mort est présumée après trois ans , s'il a été vu grièvement blessé à l'armée , ou exposé sur mer à un danger imminent; hors ce cas d'exception, il faut qu'il se soit écoulé trente ans depuis la disparition , ou quatre-vingts ans depuis la naissance; lorsque la demande de déclaration de mort est formée , il est nommé un curateur à l'absent , dans la personne duquel il est sommé de paraître ou d'indiquer son domicile; après ces formalités, et dans le délai fixé par le tribunal, la déclaration de mort est prononcée , et elle peut étendre ses effets sur le lien matrimonial. Le même code ne permet pas qu'on intente une action contre un homme ayant seulement quitté les états autrichiens, et quoiqu'on connaisse le lieu de sa résidence dans un pays étranger, sans qu'il lui ait été nommé un curateur, et qu'il y ait eu trois citations insérées dans les papiers publics.
Le code prussien 3 renferme des dispositions analogues à celui de* l'Autriche auquel il a servi de modèle ; seulement la déclaration de mort ne doit être demandée qu'après soixante-cinq ans, à dater du jour de la naissance , et prononcée que cinq ans après la demande. Cette déclaration peut cependant être rendue après dix années révolues, à dater du jour de la disparition aperçue ; quant à l'absent vu blessé à l'armée , il est réputé mort s'il n'est pas rentré, et qu'on n'en ait obtenu aucunes nouvelles un an après la signature du traité de paix.
La législation espagnole* ne renferme sur l'absence qu'un petit nombre de dispositions éparses et applicables dans quelques circonstances; c'est ainsi qu'elle ordonne la muni
» Code autrichien , promulgué en 1811.
' Publié en 179^
1 Code principal, Partidas del rey don Alonzo , et la collection espagnole , ISuevis'tma recopilacion.
nation par le juge d'un curateur aux biens abandonnés par l'absent, et qu'elle permet la rupture du lien matrimonial, si l'un des époux a été absent sans donner de ses nouvelles pendant trois ans.
Nous avons pensé que quelques points de législation des principaux peuples de l'Europe, rapprochés des codes français , seraient plus utiles que des détails purement historiques, et tant de fois reproduits dans divers ouvrages.
Il est maintenant facile d'apercevoir toute la supériorité de la loi française sur celle des autres peuples dans la partie qu'elle a non seulement améliorée , mais en quelque sorte créée à l'avantage commun de ceux qui s'absentent de leur famille et de ia société entière.
La législation des Hébreux établissait une distinction remarquable entre l'absence volontaire et l'absence involontaire. On peut consulter à cet égard Talmud Maimonide, M anus fortis, tit. des successions , chap. 7 , Karo.
Les conséquences graves et souvent incalculables de Vabsence d'un monarque que la politique , la guerre et ses chances entraînent et retiennent assez long- temps loin de ses états, appartiennent encore à la législation; on doit rappeler, sous ce rapport, les règnes de Jean II, de Louis IX , de François P'et de Charles XII , et l'entreprise audacieuse qui menaça le trône de Napoléon à l'instant même où il entrait triomphant dans Moscou. Différentes constitutions en Europe ont, par de sages dispositions, prévu de pareils dangers; nous en parlerons aux mots Congrès , Constitution , Diplomatie , Politique. Dans tout corps ou assemblée quelconque, ou ne doit point avoir égard aux absents , lorsqu'ils ont été dûment convoqués , à moins que l'assemblée ne soit plus en nombre suffisant pour légalement délibérer; dans quelques pays et dans certains cas, les absents peuvent charger les présents de tenir leur place, ou douner même leur suffrage par écrit. ( Voyez Assemblée , Délibération , Vote. )
Malheur aux favoris qui s'absentent! c'est poureux qu'on! a raison de dire , l'absent a toujours tort.
Il n'en est pas heureusement ainsi entre les amis : les j liens de la vérilable amitié seraient plutôt resserrés quel rompus par l'absence ; que d'exilés et de proscrits l'ont I éprouvé ! I
Sur l'absencô en matière criminelle , voyez Contumace. I
ABSENT. (Mathématiques.) C'est une question qui intéresse la législation , que de savoir jusqu'à quelle durée l'absence doit être prolongée , pour qu'un individu puisse être vraisemblablement décédé. Il ne s'agit pas simplement de fixer l'époque du décès probable, ce qui dépendrait des tables de mortalité (voyez ce mot) , construites pour des voyageurs, dans des circonstances et des contrées analogues à celles où l'absent est allé ; mais il faut en outre consulter la profession , le caractère , le tempérament de celui-ci, et une foule d'autres causes qui se rattachent nécessairement au sujet. Ainsi, la question est véritablement insoluble, parce qu'elle dépend d'éléments tout-à-fait inconnus. Mais ce qui complique encore plus le problème, c'est l'ordre légal des successions: car, suivant qu'un individu meurt avant un autre , ou lui survit , il arrive quelquefois que l'héritage prend des directions différentes dans des branches collatérales; en sorte qu'il faut que , si un jour on venait à apprendre avec certitude l'époque du décès, aucun héritier ne se trouvât lésé.
C'est Nicolas Bernoulli qui le premier s'occupa de cette question. Suivant lui, il suffisait, pour qu'on pût réputer l'absent mort, qu'il y eût deux fois plus à parier contre la vie que contre le décès. D'après cette hypothèse , il fallait chercher dans les tables de mortalité le nombre de vivants de l'âge qu'avait l'absent lors de son départ, prendre le tiers de ce nombre , et chercher , dans la même table , à quel âge correspondait ce tiers : cet âge est celui auquel il y a deux fois plusà parier que l'absent est mort qu'il n'y a
à parier qu'il vit. Mais il est encore évident que, dans cet état de la question, il faudrait consulter des tables de mortalité construites pour les voyageurs qui sont dans le cas de celui dont il s'agit.
Buffon et Condorcet se sont déclarés contre l'hypothèse de Bernoulli , et on doit avouer que , malgré les travaux de ces savants, la question est encore indécise. 11 reste toujours à déterminer avec équité quel est le temps qu'on doit laisser écouler pour réputer l'absent décédé, d'abord en exigeant caution des héritiers pour les biens qu'on leur livrerait, afin qu'en cas de retour l'absent pût rentrer en possession du capital et des intérêts , et aussi à quelle époque la caution même devrait être jugée inutile. Si la justice exige que la propriété de l'absent soit respectée , elle n'exige pas moins que, si l'absent est réellement mort, ses héritiers soient saisis. On conçoit combien ces deux conditions sont difficiles à remplir. F.
ABSOLU. (Grammaire.) Ce mot, en grammaire comme en philosophie , est opposé à relatif. Les mots , en général , sont employés d'une manière absolue quand , pour être «ompris, ils n'ont pas besoin d'être accompagnés d'autres mots qui les déterminent. Dieu est pris absolument dans cette phrase, Dieu aime tes hommes; et relativement dans cette autre , Le Dieu des J uifs est tout- puissant.
Outre cette signification générale, le nom d'absolu s'applique spécialement à certaines espèces de mots ou à certaines formes ; ainsi l'on distingue
i° Des cas absolus; ce sont les formes que reçoit le nom quand il est exempt de toute dépendance antécédente, quand il n'est gouverné par rien : tels sont, dans les langues qui ont des cas , le nominatif et le vocatif. On donne alors le nom de cas relatifs aux formes que revêt le nom quand il est soumis à quelque dépendance : tels sont le génitif, le datif, l'accusatif, l'ablatif. ( V oyez Cas. )
<j* Des verbes absolus; ce sont ceux qui peuvent être employés sans complément : Je dors , je veille , etc. On
nomme alors relatifs les verbes qui , pour former un sens, ont besoin d'un complément : Je vois le cieL
5° Des modes absolus; ce sont ceux dans lesquels le verbe exprime un fait exempt de toute condition t de toute dépendance : tel est l'indicatif. On nomme relatifs ceux dans lesquels le verbe est soumis à quelque dépendance: tek sont le subjonctif, l'optatif, etc. ( F oyez Modes.)
4° Des temps absolus; ce sont ceux qui expriment simplement l'époque du fait exprimé par le verbe , sans aucun rapport avec un événement soit antérieur, soit postérieur : Il viendra demain , il est parti. On nomme temps relatip ceux qui , outre l'époque soit passée, soit future d'un fait, indiquent son rapport à quelque autre fait soit passé, soit futur aussi : II sera venu quand vous partirez; il était parti quand vous vîntes. ( V oyez Temps. )
Enfin on admet aussi des propositions absolues , et l'on en donne des exemples tels que ceux-ci , chemin faisant; eoconsule , etc. C'est ce que la routine des classes appe/le en latin ablatif absolu; mais on a judicieusement remarqué que ces locutions ne sont ni des propositions , puisqu'on n'y trouve ni sujet, ni verbe, ni attribut; ni absolues, pu isqu», soit en français , soit en latin , ce sont toujours des expressions elliptiques devant lesquelles on sous-entend une pré position , et qui, par conséquent , sont sous une dépen dance. On a proposé de les nommer plus philosophiquemen t propositions adverbiales. B . . . t.
ABSOLU. \ V oyez Pouvoir absolu.)
ABSOLU. (Philosophie.) Connaissances absolues. (Voy. Connaissances.) Une connaissance est une idée , un jugement. Les connaissances absolues sont des jugements abso lus. Comme telles , elles sont indépendantes des circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons placés , et restent invariables au sein des changements que notre existence éprouve. L'examen de cette espèce de connaissances formera un des objets particuliers de l'article gé néral auquel nous le renvoyons. Pu.
ABS 79 ABSOLUTION. {Législation.) ( Payez Jugement.) ABSOLUTION. {Religion. ) L'absolution se donne en proportion de la fante.ou du péché ; elle est particulièrement relative à l'état du coupable ; c'est le ministre ecclésiastique ou le juge civil qui la prononce; c'est par elle que l'accusé ou le pénitent rentre dans les droits de l'innocence.
Dans le droit canon , l'absolution est un acte juridique par lequel le prêtre, en qualité de juge et comme représentant de Jésus-Christ , remet les péchés à ceux qui, après la confession , paraissent avoir les dispositions requises.
L'absolution , chez les catholiques romains , forme une partie du sacrement de pénitence. ( Voyez Pénitence.) Ego te absolvo à peccatis tuis : telle est , d'après les conciles de Trente et de Florence, la formule de ce sacrement.
Absolue dans l'église romaine, et déprécatoire dans l'église grecque , elle fut en vigueur dans l'église d'Occident jusqu'au i3* siècle.
Les protestants soutiennent que le prêtre, en donnant l'absolution , déclare simplement au pénitent que Dieu lui a remis ses péchés, sans qu'il puisse les lui remettre luimême, comme délégué de Jésus-Christ. Mais cette doctrine est en opposition avec celle de l'église catholique.
Lorsque l'absolution signifie une sentence déliant ou relevant un individu quelconque de l'excommunication qu'il avait encourue, elle rentre àansY excommunication. (Voy. ce dernier mot. )
Dans ce sens , l'absolution s'emploie également chez les protestants et les catholiques. Dans l'église réformée d'Écosse , l'assemblée est-elle satisfaite de la pénitence d'une personne , le ministre adressant sa prière au Christ, le conjure de l'agréer et de pardonner; ensuite il prononce l'absolution: le premier arrêt aboli, le pécheur est admis de nouveau a la communion.
Dans le droit canonique , l'absolution a encore une accep-
8o ABS
lion différente : elle signifie la levée des censures. Il y en a de deux sortes , lorsqu'il s'agit de relever quelqu'un de l'excommunication ; l'une absolue et sans restriction , l'autre restreinte et sous réserve. Cette dernière est encore de deux genres : Absolutio ad effectum; absolut io gcLcautt lam.
La première a pour motif de rendre celui qui l'ob tient capable de jouir de la communion apostolique. [V oyez Excommunication, Pape, Cour de Rome. ) La seconde n'est en quelque sorte qu'une absolution provisoire.
Dans la chancellerie romaine , absolution a sacvis , est la levée d'une irrégularité qu'un ecclésiastique a encourue pour avoir assisté à un arrêt ou à une exécution capitale.
La prière qui termine chaque nocturne et les heures canoniales s'appelle aussi absolution : on donne aussi ce nom aux prières en l'honneur des morts.
Chez les anciens, pour obtenir l'absolution des prêtres ou hiérophantes , il fallait subir une foule d'épreuves et d'initiations plus redoutables les unes que les autres. Comme parmi nous , il y avait des pénitences réglées , des* ablutions, des purifications, des sacrifices expiatoires, avant que d'être relevé de ses fautes par une absolution complète. ( Voyez Expiation , Résurrection , Sacrifice.) Il est inutile de signaler les abus qui s'introduisaient dans ces diverses cérémonies; le savant auteur d'Anacharsis offre sur ce grave sujetdes pages pleines d'éloquence et de philosophie. On peut encore consulter à cet égard , sans toutefois en adopter entièrement les principes, Y Origine de tous les cultes, Y Antiquité dévoilée , le Dictionnaire des hérésies, le De pœnitentiâ du P. Morin , Y Introduction à CÈcriture sainte du P. Lamy, de l'Oratoire.
Nous renvoyons à l'article Sépulture les refus d'absolutions ecclésiastiques dans les décès.
Depuis que le tribunal de l'inquisition a été aboli en France , on ne voit plus se multiplier ces sectes de pénitents qui , pour obtenir l'absolution de fautes sou-
vent imaginaires , se soumettaient aux plus rigoureuses épreuves.
Cependant il n'est encore sorte d'austérités et de rigueurs que ne s'imposent les fanatiques idolâtres de l'Inde ; les vies des premiers solitaires et anachorètes de l'église chrétienne n'offrent rien de plus frappant. Mais quel que soit l'excès de leur aveuglement , de leur stupide obéissance au culte de leurs divinités mensongères , on préférera toujours les supplices et les tortures physiques dont ces malheureux s'accablent eux-mêmes, à ces pratiques féroces des nations du Nord qui croyaient ne pouvoir mériter l'absolution de leurs crimes que par des sacrifices de victimes humaines.
ABSORBANTS. ( Médecine. ) En général on désigne par ce mot toutes les substances capables d'absorber , de neutraliser un liquide nuisible à l'économie ; mais, dans l'acception la plus propre, les absorbants sont des moyens destinés h se combiner chimiquement avec des acides développés dans les voies digestives.
Lorsqu'on attribuait toutes les maladies à des altérations acides ou alcalines des humeurs , les médecins faisaient des absorbants un usage très étendu; ils employaient comme tels une foule de préparations ayant pour base la magnésie, la chaux ou leurs carbonates; c'étaient des yeux d'écrevisses, des os de poissons, des écailles d'huîtres, des terres bolaires , des coquilles d'œufs.
Aujourd'hui , les progrès de la chimie ont conduit à substituer ici , comme dans la plupart des cas , les substances simples aux composées, et l'on préfère la magnésie pure ou son carbonate , et la solution aqueuse de chaux qu'on administre de différentes manières.
Les théories médicales actuellement en faveur ont beaucoup restreint la confiance qu'on accordait aux absorbants; on ne les applique plus guère que comme moyens palliatifs, dans les affections qui ne laissent aucun espoir de guérison , et dans lesquelles on doit remédier i. 6
aux aigreurs très incommodes qui tourmentent les malades.
Les absorbants se prescrivent sous forme solide en pastilles et en masticatoires, et sous forme liquide en tisanes et en potions. Quelquefois aussi on les emploie comme antidotes dans l'empoisonnement par les acides.
Nous rappellerons encore ici qu'on a considéré vicieusement comme absorbants, les poudres diverses, la charpie, et les autres corps destinés à s'imprégner et à s'imbiber des liquides qui s'écoulent des plaies et ulcères. F. R.
ABSORPTION. {Histoire naturelle.) [Voyez Nutbi-