‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 17 sur 62 · ABU · texte numérisé non relu

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i°Le nom abstrait est celui qui n'exprime ni des individus ni des choses entières, mais des qualités, des manières d'être ou d'agir que Ton considère indépendamment des êtres en qui elles se trouvent, ou qui en sont l'objet : tels sont ces mots, amitié, crainte, vertu, sagesse, etc.

Dans ce sens , nom abstrait est opposé à nom propre et à nom commun ou appellatif.

2° Le verbe abstrait est celui qui n'exprime que l'idée d'existence sans déterminer la manière dont un être existe. Le verbe être est le seul qui porte ce caractère : tous les autres verbes expriment l'idée de quelque attribut mêlée à celle d'existence , et par conséquent sont concrets: j'aime est pour je suis aimant; on les nomme , par opposition au verbe abstrait, verbes concrets ou attributifs. B...T.

ABUS. {Politique.) L'abus est le mauvais usage que l'on fait d'une chose d'ailleurs bonne, vraie ou utile.

Les peuples ont souvent dû leur bonheur à la religion , à la royauté, à la liberté, à la noblesse même; souvent aussi les abus de ces choses ont produit le fanatisme , la tyrannie, la licence populaire, et l'oppression féodale.

La conservation des institutions humaines, sages dans leur origine, ne put être confiée qu'à des hommes suje#coinme tous les autres aux passions , aux erreurs, et dont l'intérêt privé ne fut pas toujours d'accord avec Fintérêt général.

De là , l'abus de la force; dans l'ordre social , l'abus de tout ce que le genre humain avait fondé pour assurer sa conservation et son bonheur.

Un gouvernement imposé aux hommes au nom des dieux dut leur paraître sublime. Ils s'inclinèrent avec respect devant l'interprète de cette puissance invisible qui gouverne l'univers. Le druide inspiré les trouva dévoués et dociles. Prêtre, son pouvoir était grand; homme, son ambition n'était point satisfaite. Il appela à son secours la superstition et le fanatisme; on le prit lui-même pour un dieu. Pour persuader les hommes, il ne pouvait créer la vie, mais il pouvait donner la mort; et, mêlées à de vils ani-

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maux, des victimes humaines, frappées du couteau sacré, vinrent ensanglanter les autels.

Seuls ils avaient gouverné les hommes , mais des chefs guerriers et des rois voulurent gouverner à leur tour. Il fallut faire alliance et partager le pouvoir. Les rois dirent aux prêtres : Annoncez les dieux aux peuples , et nous vous don lierons une part des dépouilles. Les prêtres répondirent aux rois : Partagez avec nous, et nous dirons aux peuples que les dieux ont fait les rois.

D'autres prêtres, en annonçant d'autres dieux, tinrent le même langage , car ils avaient le même intérêt.

Mais pourquoi , dans les temps modernes , une religion véritable et sainte a-t-elle dû éprouver aussi la cupidité de quelques hommes ? L'intolérance , la superstition , le fanatisme, ont tenté de travestir la pureté de la morale évangélique. On sait ce que Charlemagne , Philippe-Auguste , saint Louis et Philippe-le-Bel ont fait pour réprimer les abus du clergé. « Vous n'avez pas le droit , écrivait au dernier de ces rois l'orgueilleux Boniface VIII , de conférer des bénéfices, car vous nous êtes aussi soumis pour le temporel; et ceux qui croiront autrement seront réputés hérétiques.» — « Noiy en avons le droit , répondit Philippe , et ceux qui croiront autrement seront réputés fous et insensés. »

Tantôt le zèle religieux fait exterminer tous les juifs de l'Alsace; en vain Louis de Bavière veut les protéger, sa dévote épouse lui fait servir de la viande un jour de jeûne. « Puisque les juifs sont vos frères , lui dit-elle avec indignation , vivez comme les juifs ,«sans respect pour les lois de l'église.» —Tantôt, abusant de la faiblesse d'un jeune prince, on épouvante l'univers par l'horrible massacre de la Saint- Barthélemi.

Ici, Philippe-le-Long chasse les Israélites de Frande pour avoir empoisonné les fontaines publiques; là, Louis XI, aussi superstitieux que cruel, passe un contrat avec la vierge Marie , au sujet du droit et du titre de foi et hommage du comté de Boulogne.

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