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Quel rapport peuvent avoir ces horreurs avec les principes de l'Evangile et la morale de Jésus-Christ? Et si Ton abuse à ce point des choses les plus sacrées , de quoi n'abusera-t-on pas sur la terre ?
Princes et nobles ont-ils fait mieux? Il fut un temps à Rome où avec de l'or on se faisait empereur; qu'était l'autorité du sénat, et celle du peuple lui-même, lorsqu'un seul homme , dont les largesses avaient séduit le soldat, était à la fois tribun , proconsul , censeur, grand pontife et consul , s'il le voulait encore? Lorsque , pouvant à lui seul accuser, juger, faire traîner au supplice l'innocent et le coupable , il s'embarrassait peu que sa puissance parût injuste et oppressive?
Sage et économe, un empereur redoutaitles soldats avides qui juraient sa mort et désignaient son successeur parmi les plus riches. Oppresseur et cruel , les conspirations, les arrêts du sénat le menaçaient à toute heure. Un tel état de choses troublait Rome et ne cessait d'épouvanter l'univers.
L'or et la corruption avaient aussi perdu la Grèce , et depuis long-temps la tribune de Démoslhène n'était occupée que par les lâches flatteurs des tyrans. En France , depuis le supplice de Brunehaut , les maires avaient gouverné sous les rois , mais la famille des Pépin s'éleva , et les princes furent esclaves. La seconde race tendit à détruire ce pouvoir immense usurpé par les maires , et à réduire ces grands vassaux trop indépendants du trône; mais, dans ces débats , rien ne fut fait pour la nation , et elle parut seule rester neutre dans sa propre cause. Long temps elle ignora à qui resterait le pouvoir , mais elle n'était que trop sûre d'être opprimée par le vainqueur , quel qu'il fût.
C'était de bonne foi qu'un roi considérait alors son peuple comme une propriété dont il pouvait user et abuser à son gré; et l'ordre de succession sembla toujours établi moins dans l'intérêt de l'état que pour la seule commodité <le la famille régnante. (Montesq. )
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Le prince, accoutumé aux abus, dédaigna même souvent jusqu'aux plus simples formalités de la loi , non qu'elles lui parussent dangereuses , mais parce qu'il les croyait indifférentes. Le jugement des Guises eût épouvanté la ligue; leur mort ne fut considérée que comme un assassinat , et leur parti en fut fortifié , comme celui des protestants par la mort de Coligoy.
Cependant le peuple , étranger à ces grandes querelles entre les rois et les nobles , était sans cesse invoqué par les uns et' par les autres. C'était à lui que s'adressait le duc de Berry lorsque , l'appelant au secours des gentilshommes armés contre Louis XI , il reprochait , dans ses manifestes , au roi son frère d'avoir des ministres « qui » forçaient les tribunaux à juger non selon la justice , mais » selon leurs volontés. » Le peuple sentit que ces reproches étaient fondés , mais il sentit aussi qu'un maître était plus supportable que cent maîtres, et il prêta son appui au roi , qui terrassa et humilia ses ennemis.
Les abus de toute espèce , dont je ne rappelle qu'un petit nombre , devaient un jour frapper la multitude éclairée. Quand le moment fut venu , elle jeta un regard en arrière , et se demanda quel était le sort de l'Europe depuis onze siècles. Elle vit celte belle partie' du monde écrasée par l'empire romain, déchirée par les barbares, dévastée par les Normands , en proie à l'anarchie des fiefs , aux malheurs des croisades , aux querelles sanglantes des prêtres, des rois et des orgueilleux patriciens , enfin , opprimée par une foule de despotes subalternes, changeant de maîtres sans changer de sort, et désolée également par la torche du fanatisme et le fer des guerriers ambitieux. Dès lors on a osé parler de lois et de réformes. Le mot de liberté a retenti dans les airs. L'Angleterre la première a déclaré la guerrejaux abus, et elle a abusé de ce qu'elle venait de conquérir. L'anarchie et Cromwel , qui lui a succédé , se sont chargés du soin de la punir. Cette leçon devait servir à la France. Une
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révolution a eu lieu. C'était encore les abus qu'il fallait détruire , et le peuple a encore abusé de ses droits et de sa liberté.
Cependant quel temps fut plus favorable pour la raison et la philosophie? Le fanatisme avait cessé, la superstition était éteinte; plusieurs rois tendaient aux peuples une main magnanime , et leur disaient eux-mêmes : « Vous »avez aussi des droits. » La noblesse, impuissante et désarmée, ne pouvait plus nuire. On n'a point été satisfait. Ce qu'on devait obtenir par la justice, on a voulu le conquérir par la force. Sous prétexte de poser des limites au pouvoir , le peuple a pris un pouvoir sans limites.
Puisqu'il est vrai que l'exemple de l'histoire ne nous a point servi , profitons du moins de notre propre expérience. Sachons bien , et gardons-nous d'oublier, qu'un mal quelconque n'est pas plus à craindre qu'un bien dont on abuse. Certes la religion , si consolante et si douce au cœur des hommes; la royauté, maintenue dans les limites qu'impose le bien public , protégeant tous les citoyens et n'opprimant personne ; la noblesse, servant d'intermédiaire entre le trône et le peuple , assez forte pour comprimer l'arbitraire, et trop faible pour tyranniser à son tour: toutes ces choses non seulement sont compatibles avec le bonheur des nations, mais peuvent encore fonder leur repos et assurer leur puissance. Mais j'ai dit ce qu'il en avait été jusqu'à notre temps ; j'ai dit aussi où conduisait l'abus des forces populaires. Que faut-il en conclure? que même dans tout ce qui est juste et bon la modération est nécessaire. Nous sommes à l'époque du patriotisme et de la philosophie. Ces deux vertus ont aussi leurs abus. La première peut conduire à l'égoïsme national, qui n'atlache a la patrie qu'en isolant du reste de l'humanité ; l'autre , ennemie de l'intolérance , doit se garder de l'imiter dans ses fureurs, et se rappeler sans cesse que certains hommes , s'ils ne sont pas plus que les autres , sont du moins autant qu'eux et ont droit aux mêmes égards.
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Sachons être fermes pour réclamer nos droits; mais sachons être modérés en les exerçant. Quoi qu'en disent les fanatiques de tous les partis et de toutes tes sectes, la modération est forte et puissante , car son empire perut être éternel, quand celui des passions est inconstant et passager comme elles. ITéfions-nous des hommes , et demandons des institutions; car les hommes ont des caprices, et les choses n'en ont pas. Puis, avec le passé, léguons le présent à la postérité, et disons-lui : Si les hommes furent malheureux / c'est qu'ils abusèrent de tout. Ne souffrez pas que d'autres abusent, et vous-mêmes n'abusez de rien.
ABUS (Appel comme d' ). (Législation.) Ce mot a toujours été spécialement employé pour désigner les entreprises des ecclésiastiques contre la juridiction et les droits des laïques: alors pour arrêter l'abus on en interjette appel.
On a eu deux fois le projet de déférer la connaissance des cas d'abus aux cours royales , mais ils sont restés dans les attributions du conseil d'état.
C'est au mot Clergé que nous parlerons des mesures législatives qui nous paraîtraient de nature à concilier la dignité de la religion avec la tranquillité publique et les droits des citoyens. C.n.
ABYDOSou ABYDUS. [Antiquités.) VilledelaTroade, sur l'Hellespont, patrie de Léandre. L'ancre et le poisson sont le symbole ordinaire de ses médailles. On y voit aussi un masque et un aigle posé. L'ancre et le poisson convenaient bien à une ville maritime placée dans un fond, d'après son nom, qui vient du grec a privatif et (3u9bç fond, gouffre profond , et est une variante de ctëoaaoç sans fond, abîme1. On en attribuait la fondation aux Milésiens, sous Gygès , roi de Lydie et de toute la Troade. Elle a fait frapper des médailles impériales grecques en l'honneut d'Auguste, de Marc-Aurèle , de Vérus, de Commode,
1 C'est sans doute parce qu'elle était daus un fond, et comme dans ua cloaque, que ses habitants avaient la réputation d'être mous et clic mines, et qu'on disait proverbialement : N'abordez pas sans précaution à Abydos,
ABY ,o3 de Sévère , de Caracalla , de M animée. Sur l'autre rive de l'Hellesponl , en Europe, et à Popposite, était la ville de Sestos, patrie de Héro , amante de Léandre. Il y avait ine ville en Égypte nommée aussi Abydos : elle est céèbre par l'oracle dû dieu Béza , par le temple et le tom- )eau d'Osiris , et par le palais superbe du roi Memnon , {tri en avait fait sa résidence; c'était la plus grande après Thèbes. E. J.
ABYSSINIE. ( Géographie. ) Grand pays de l'Afrique >rientale au sud de la Nubie. Les limites qui le séparent le cette contrée de celle des Gallas au sud et au sud- >uest , et du royaume d'Adel au sud-est, varient suivant e sort incertain des armes. Si l'on y comprend les côtes de a mer Rouge à l'est de l'Abyssinie , qui autrefois dépendaient immédiatement de ce royaume, et les provinces occupées par les Gallas , il peut avoir 200 lieues de longueur du i5e au 7e degré de latitude nord, sur 25o lieues de argeur du 32e au 42<î degré de longitude est de Paris. L'Abyssinie forme un plateau doucement incliné au nord- )uest. avec deux grands escarpements, l'un à l'est vers a mer Rouge , l'autre au sud vers l'intérieur de l'Afrique. Les plus hautes cimes sont le Lamalmon , l'Amba-Gédéon . e Samen , le Naméra ; ce n'est que sur ces deux dernières [ue l'on voit la neige rester un certain temps.
Un grand nombre de rivières considérables arrosent ce iays; la plus célèbre est le Bahr-eL-Azreck ou Nil d'Abysîinie , PAstapus des anciens , qui traverse le lac de Dembea. Ce sont les sources de cette rivière que Bruce a prises )our celles du Nil d'Ègypte : elles avaient été découvertes ( ivant lui , en 1618, par le P. Paëz, missionnaire portugais.
L'élévation du sol, l'abondance des pluies pendant ceraines saisons, les nombreux courants d'eau, rendent le :limat des parties hautes de l'Abyssinie plus tempéré que sa )osition géographique ne le ferait croire; mais dans les plaides et les vallées basses , les chaleurs sont étouffantes à intérieur du pays. La saison des pluies, qui commence en
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juin , dure jusqu'en septembre; elles sont fréquemment accompagnées d'orages affreux , et si abondantes qu'elles font suspendre tous les travaux et même cesser les opérations militaires. Les mois les plus sereins sont ceux de décembre et de janvier. Sur les bords de la mer Rouge, à Test des montagnes , la saison des pluies commence lorsqu'elle a pris fin dans l'intérieur.
Les voyageurs qui ont visité cette contrée montagneuse ne parlent pas des mines qu'elle doit renfermer; quelques relations disent néanmoins qu'il s'y en trouve de fer, de cuivre et de plomb ; probablement leur exploitation est très imparfaite. On retire de l'or extrêmement pur du lavage des sables et graviers de quelques fosses peu profondes. On trouve l'or le plus fin au pied de quelques montagnes des provinces occidentales. Dans les plaines situées au bas de la chaîne, on rencontre du sel gemme en cristaux d'une dimension considérable.
De vastes forêts couvrent plusieurs cantons de l'Abyssinie; on y remarque le cusso, le vouginos , l'érythrine à fruit de corail, le tamarinier, diverses espèces d'acacias épineux, le dattier et d'autres arbres curieux. Le cafier croît spontanément sur quelques montagnes : les plus arides nourrissent des euphorbes ligneuses.
L'on cultive le sorgho ou millet , le froment, l'orge , et le tef, graminée du genre des poa, dont la graine est extrêmement mince et sert à faire des gâteaux. Deux récoltes ont lieu tous les ans, l'une pendant la saison des pluies, en juillet, août ou septembre; l'autre au printemps : dans quelques endroits la terre donne jusqu'à trois récoltes. L'ensété, espèce de bananier, et la vigne obtiennent aussi les soins des Abyssins , mais ils font peu de vin; ils aiment mieux une espèce d'hydromel. Les jardins offrent plusieurs espèces d'arbres fruitiers et de légumes; les champs produisent des plantes oléagineuses inconnues en Europe. On trouve en Abyssinie le cypérus h papier , l'arbre qui donne le baume de Judée, et celui de la myr-
ABY io5 rhe; enfin les campagnes sont embaumées de l'odeur suave qu'exhalent les roses , les jasmins , les lis , et les oeillets.
Beaucoup de bêtes féroces, entre autres les Kons, les léopards , les panthères , les lynx bottés , les hyènes , infestent l'Abyssinie. La girafe , diverses espèces de gazelles , des singes , des sangliers , des buffles , l'éléphant, le rhinocéros à deux cornes, et l'hippopotame, se trouvent aussi dans ce pays. Quelques voyageurs ont dit que le zèbre y errait au moins dans les provinces méridionales; ils font aussi mention de l'achkoko , petit animal de la famille des pachydermes. Les bœufs sont très gros; l'âne et le mulet remplacent le cheval dans cette région montagneuse; les lacs et les rivières sont remplis de crocodiles. Les oiseaux aquatiques y sont rares ; plusieurs oiseaux singuliers font l'ornement des campagnes et des forêts ; on y voit plusieurs espèces d'aigles et l'autruche. On ne connaît pas bien les sortes de poissons de cette contrée. Les abeilles y donnent un miel excellent. Quelques unes construisent leurs ruches sous terre. Les sauterelles causent quelquefois des dégâts effroyables; mais l'insecte le plus funeste est le zemb ou tsaltsalya , espèce de mouche dont la vue et même le seul bourdonnement répand plus de terreur et de désordre parmi les animaux que tous les monstres de ces contrées ne pourraient en causer quand ils seraient le double plus nombreux qu'ils ne sont.
Le nom d'Abyssin vient d'Abbas-chi, terme par lequel les Arabes désignent ce peuple , pour indiquer qu'il est d'une origine mélangée; les Abyssins ne s'en servent pas volontiers. Ils sont d'une taille élancée et bien prise; ils ont les cheveux longs et les traits du visage assez semblables à ceux des Européens; leur teint est bronzé ou d'un brun foncé; quelques uns l'ont d'un brun olivâtre, d'autres» • de la couleur de l'encre pâle. On aperçoit dans leur physionomie quelques vestiges de celle des nègres. Les
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Énaréens , qui habileut dans le sud-ouest , ont le teint le plus clair; les Chihos, qui vivent sur les côtes de la mer Rouge, sont les plus noirs ; les Hazortas , leurs voisins , sont cuivrés.
Au milieu de FAbyssinie vivent des peuples barbares presque semblables aux nègres; ils demeurent dans les cavernes et dans les bois. Ce sont les Agôs , les Founghis , les Gougas , les Gafates et les Gallas , qui occupent actuellement plusieurs provinces de ce pays. Les Falasjas sont une tribu juive qui formait autrefois un état à peu près indépendant.
Les Abyssins s'appellent eux-mêmes dans leurs livres Itiopiavans ou Éthiopiens; ils se désignent aussi par le nom de leurs provinces , par exemple Amharéens, Tigréens, etc. , ou bien se donnent celui de Cachtams , c'està-dire chrétiens : c'est un titre dont ils sont très fiers. Le nom de leur pays est Manghesta Itiopia (royaume d'Ethiopie) , ou , en ghéez, Ag-azi Ag-azian (pays des hommes libres). Les Grecs les ont nommés Axumites , d'après la ville d'Axum , dans la province de Tigré ; c'est l'ancienne métropole. On les a même appelés Indiens.
La langue ghéez , qui se parle dans le Tigré , et dans laquelle les livres abyssins sont écrits, est regardée comme un idiome dérivé de l'arabe. Son alphabet a de la ressemblance avec celui des Coptes; il n'est plus en usage que comme langue classique. Le ghéez est difficile h prononcer, mais moins encore que la langue amharique, usitée h la cour depuis le quatorzième siècle, et parlée dans la plupart des provinces. Ces deux langues ont surtout sept consonnes dont un organe européen ne saurait rendre la rudesse. L'amharique offre aussi beaucoup de racines arabiques; mais on reconnaît dans sa syntaxe des traces d'une origine particulière; il n'a pas cette variété de formes grammaticales qui est un des caractères des langues asiatiques. Enfin les Gallas el d'autres peuples ont des dialectes et même des idiomes particuliers.
ABY 107 Ces faits semblent indiquer que l'Abyssinie, peuplée d'abord d'habitants indigènes, en reçut ensuite qui lui vinrent de l'Arabie. La chronique destois d'Axum commence, comme celle de la plupart des peuples , par des fables. A une époque difficile à déterminer, une tribu d'Arabes Couchi tes, dont il est question dans les livres des Hébreux, s'établit dans les parties septentrionales et maritimes de l'Abyssinie. Les rois de ce pays font remonter leur origine à Menilehek , fils de Salomon et de la reine de Saba : il portait aussi le nom de David. Ses descendants régnèrent sans interruption jusqu'en 9^0 de J.-C. Cette période fut la plus brillante de l'Abyssinie ; ses rois avaient porté leurs conquêtes jusque dans une partie de l'Arabie. Axum leur capitale était une ville magnifique et faisait un commerce très étendu. Ils reçurent des ambassadeurs des empereurs de Conslantinople; leur puissance dans la mer Rouge les faisait respecter de tous les peuples voisins; ils sont nommés plusieurs fois par les écrivains grecs et rrabes, dont les récits sont en général très conformes , quoique la différence d'orthographe des noms et divers passages obscurs aient jusqu'à présent causé de grandes difficultés lorsqu'on a voulu les concilier.
Cette splendeur s'éclipsa. En 925 , Gudit , femme juive , fille des souverains de cette nation , qui occupaient un canton de l'Abyssinie, réussit , par ses intrigues , à se faire un parti puissant dans la province dont son mari était gouverneur. Profitant de la mort du roi décédé après un règne très court , et de la désolation qu'une maladie contagieuse avait répandue dans l'empire , elle surprit la montagne de Damot , fit massacrer tous les princes de la famille royale qui, d'après l'usage, y étaient détenus, -détruisit Axum , et transféra le siège du gouvernement dans le Carta. En langue amharique Gudit est nommée* Assaut (le feu.) Une nouvelle dynastie monta sur le trône elle professait le judaïsme ; au bout de cinq générations elle s'éteignit ; celle qui lui succéda embrassa le christia-
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nisme. Cette dynastie zagaïque rendit volontairement la couronne , en 1 268 , à un prince de l'ancienne race salomoniqtie, qui s'était conservée dans la province de Choa. Celle-ci y fixa sa résidence qu'elle transféra ensuite à Gondor. Elle règne encore aujourd'hui , mais elle ne possède plus la totalité de l'Abyssinie.
Des guerres civiles désolèrent ce pays. Vers la fin du dixhuitième siècle, elles le bouleversèrent entièrement; les Gallas en envahirent une partie. L'Abyssinie est aujourd'hui divisée en trois états indépendants les uns des autres : le Tigré au nord - est , l'Amhara à l'ouest, les provinces de Choâ et d'Eflat au sud. Le rejeton de la race de Salomon végète obscurément à Gondar, dans une province de l'Amhara,; un ras ou vice-roi a la réalité du pouvoir; un autre ras commande sans contrôle dans le Tigré : il a dans sa dépendance l'ancienne métropole d'Axum , et règne de fait. Sa résidence est à Antalo , dans la vallée de Chelicut. Les Gallas occupent en maîtres les deux provinces du sud , et, par leurs incursions, tiennent l'Amhara dans des alarmes continuelles. Leur capitale est Ankoher. Cet état de choses représente assez bien celui de PEurope féodale vers le treizième siècle. .
A l'est du Tigré , différents territoires sont gouvernés par des chefs qui tous ne reconnaissent pas également l'autorité du ras. Enfin la côte d'Abesch , ou la lisière comprise entre les montagnes et la mer Rouge, et dont la partie méridionale a été nommée Dankali , est peuplée par les Hazorta , les Bejah, les Chiho, les Danakil, les Goba et d'autres hordes barbares , qui n'obéissent qu'à leur chef indigène. Les ports de Massonah et de Souakem sont entre les mains des mahométans , commandés aujourd'hui par des lieutenants du pacha d'Egypte. Leurs extorsions font le plus grand tort aux relations commerciales de l'Abyssinie de ce côté.
Une partie de cette côte aride et sablonneuse est inhabitable à cause du manque d'eau et de l'excès de la chaleur;
dans la saison des pluies , les lagunes fréquentes le long du rivage se remplissent de même que les puits creusés par les habitants. Des dattiers et d'autres arbres couvrent les îles et les plages. Le fond de la mer, peu profonde, abonde en corail. Un peu de pain , du poisson , du lait de chèvre ou de chameau , rarement la chair de ces animaux, font la nourriture des habitants. Les creux des rochers furent dans les temps anciens et sont encore leurs demeures : c'est de là qu'est venu le nom de Troglodytes , par lequel on les désignait. La misère de ces hommes est si grande qu'ils ne peuvent offrir que de l'eau aux étrangers qui abordent chez eux : sous leur climat brûlant c'est un présent inestimable. Des voyageurs rapportent que les femmes Danakil ont la physionomie fort agréable.
L'empereur d'Abyssinie prend le titre deNeguça Nagast'z Aitiopia , roi des rois d'Ethiopie; ce qui l'a fait désigner par quelques voyageurs sous le nom de Grand Négus» Certains écrivains l'ont aussi nommé Prêtre-Jean, par suite de l'ancienne confusion de l'Inde avec l'Ethiopie. On savait que le monarque de l'Abyssinie était chrétien , et on ne crut pouvoir lui attribuer une dénomination plus convenable que celle qui impliquait des fonctions sacerdotales. Ce nom, qui prit naissance au milieu des ténèbres du moyen âge , est une corruption de Presla-Kan, prêtre -roi. Il appartenait à un prince mogol, de la secte des nestoriens ; les relations italiennes le travestirent en Prêtre- G ianni. Le premier voyageur qui parla de ce prêtre Jean > le plaça dans l'Inde habitée par des nègres. Or , lorsque les Portugais, dans le cours de leurs découvertes, furent arrivés au Congo , ils apprirent des habitants que, très loin derrière eux , vivait dans l'intérieur de l'Afrique un prince chrétien ; il n'en fallut pas davantage pour transformer le Grand-Négus en Prêtre-Jean.
Quoique doués de bonnes qualités , car ils sont affables, prévenants et hospitaliers , et de dispositions heureuses qui se manifestent chez ceux auxquels l'éducation permet
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de les développer, les Abyssins, entourés de peuples à demi sauvages et dégradés par le gouvernement despotique , languissent dans un état voisin de la barbarie. Leur bravoure n'étant pas dirigée par la tactique ne leur sert qu'à se faire massacrer en plus grand nombre s'ils succombent dans le combat. Vainqueurs, ils se livrent à nue extrême férocité , et dans leurs triomphes, peu fréquents, ils portent en trophée les parties sexuelles de leurs ennemis restés sur le champ de bataille. Bruce, voyageur anglais qui raconte cette coutume atroce , est d'accord sur ce point avec Ludolf. C'est aussi lui qui dit que dans leurs festins d'apparat, les Abyssins découpent, pour les manger sur-lechamp, des tranches de chair d'un bœuf vivant, dont le sang ruisselle dans le vestibule, et dont les mugissements se mêlent aux cris de joie des convives ; il ajoute que l'hydromel renforcé d'opium anime la brutale gaieté de ces odieux banquets. Un autre Anglais, M. Sait, qui a visité l'Abyssinie depuis Bruce , affirme que sur ce point , comme sur quelques autres, son compatriote a exagéré les faits. Il convient que les Abyssins mangent de la viande crue qu'ils assaisonnent d'une sauce de sang frais ; il convient que cette chair crue est servie pendant que les fibres sont encore palpitantes , mais il assure que l'on commence par séparer la tête du corps de l'animal. Il dit aussi que Bruce s'est trompé en racontant que les grands seigneurs abyssins , par l'effet d'une indolence dédaigneuse , se font mettre par leurs serviteurs les aliments dans la bouche. Du reste, les Abyssins se feraient scrupule de manger avec d'autres qu'avec des chrétiens.
Les maisons des Abyssins sont des cabanes rondes, couvertes d'un toit conique, lis ont pour vêtement une robe de coton et une espèce de manteau. Les enfants vont nus jusqu'à l'âge de puberté. Quelques tapis de Perse , de la poterie de terre noire , forment leurs principaux objets de luxe. Les arts et les métiers sont en grande partie abandonnés aux étrangers , et surtout aux
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juifs; ces derniers sont les seuls forgerons , maçons et couvreurs qu'il y ait dans le pays.
Les rois et les ras ont auprès d'eux des bouffons qui plaisantent tout le monde, comme le faisaient les fous que les princes de l'Europe entretenaient autrefois à leur cour, et qui, de même , disent parfois des vérités.
Chez un peuple vif et gai comme le sont les Abyssins , les mariages, les naissances, en un mot tous les événements importants sont célébrés par des fêtes et des réjouissances. C'est, dit M. Sait , une chose remarquable que la joie et la bon ne intelligence qui régnent dans ces réunions ne soient pas troublées par les scènes d'ivresse qu'elles ne manquent jamais de produire. Il est très rare qu'en pareille occasion il s'élève une querelle entre les personnes d'un rang élevé.
Le principal amusement des classes inférieures dans les fêtes qui suivent la fin du carême , est le jeu du kersa , qui ressemble beaucoup au mail. De grandes troupes se réunissent ; quelquefois des villages entiers se défient réciproquement. Dans ce dernier cas , la partie est vivement disputée, et lorsque les joueurs sont à peu près d'égale force , il faut souvent une journée entière pour la décider. Les vainqueurs retournent chez eux en dansant et en poussant de grands c%is , et sont reçus au milieu des acclamations des femmes de leur parti. Souvent on s'échauffe tellement de part et d'autre que les antagonistes s'accablent mutuellement d'injures et s'adressent des menaces terribles; enfin , comme cela n'arrive que trop souvent dans des pays bien plus policés, on en vient aux coups,, mais alors même on ne se sert que des crosses avec lesquelles on a joué : ton tefois plus d'un combattant est laissé. mort sur la, place.
Il n'est pas étonnant que les Abyssins , joignant à une imagination vive une grande ignorance , soient en proie aux idées les plus extravagantes et les plus absurdes. Ils croient que la plupart de leurs maladies sont causées par la funeste influence de l'esprit malin. Us supposent à tous
les ouvriers en fer la facullé , de se transformer en hyènes pendant la nuit et de se repaître alors de chair humaine» et sont persuadés que si ces hommes sont blessés durant leur métamorphose , la plaie se retrouve à la partie correspondante de leur corps lorsqu'ils ont repris leur forme naturelle. Du reste celte opinion existait chez les Grecs et les Romains.
Plusieurs usages des Abyssins rappellent ceux du peuple hébreu avant le règne de Salomon. M. Sait dit qu'il fut si frappé de cette ressemblance que parfois il avait peine h ne pas s'imaginer qu'il se trouvait au milieu des I^élites, et que, reporté à quelques mille ans en arrière, il vivait au temps où les rois étaient pasteurs et où les princes de la terre, armés de lances et de frondes, allaient sur des ânes ou des mulets combattre les Philistins. Les Abyssins nourrissent contre les Gallas les sentiments de haine invétérée dont les Israélites étaient animés contre leurs ennemis.
Presque tout le commerce de l'Abyssinie a lieu par Adoueh, ville du Tigré; on y apporte de Massouah du plomb , de l'étain , du cuivre, des feuilles d'or, de petits tapis de Perse de couleur éclatante , mais à bas prix ; de la soieécrue,du coton, du velours , du drap de France, des maroquins d'Égypte, de la verrerie^d de la verroterie de Venise; la plupart de ces marchandises qui viennent d'Europe sont expédiées d'Égypte par mer à Djeddah, sur la côte d'Arabie, d'où elles vont à travers le golfe à Massouah. L'Abyssinie commerce aussi par des caravanes avec l'Égypte ; mais les marchands sont exposés à mille périls dans le long trajet par terre qui sépare les deux pays , et surtout en traversant la Nubie. L'Abyssinie fournît aux pays étrangers de l'ivoire, de l'or , enfin des esclaves , cette marchandise si commune en Afrique.
Le commerce intérieur ne peut que souffrir beaucoup des troubles continuels du royaume. Cependant Adoueh a des fabriques de toiles de coton fines et grossières. La matière première est fournie par les territoires que baigne k
ABY n3 Tacazze , ce coton passe pour meilleur que celui que Ton tire de Massouah. Gondara aussi des manufactures de toile, de qualité inférieure à celles d'Adoueh. Les provinces situées au sud de cette dernière ville abondent principalement en bétail et en grains. On fabrique dans la province de Samen de petits tapis que M. Sait a trouvés bien supérieurs à ce qu'il s'attendait à voir sortir des ateliers de l'Abyssinie. Les habitants d'Axum et des environs sont renommés pour la préparation du parchemin. On façonne le cuivre et le fer dans toute l'étendue du royaume , mais les chaînettes de ce dernier métal les mieux finies viennent des provinces du sud; on dit qu'elles sont l'ouvrage des Gallas.
Les Abyssins aiment beaucoup les peintures. Les murs de leurs églises en sont couverts : il n'est pas de chef qui ne soit charmé d'avoir un tableau peint sur une des parois de sa salle principale. Les peintres abyssins exagèrent toujours d'une manière étrange les dimensions de l'œil , et représentent constamment le visage de face , excepté lorsque le personnage est un juif; alors ils le montrent de profil.
Il est difficile d'avoir des données précises sur la population d'un pays gouverné d'une manière si peu régulière. On a évalué le nombre des habitants à 3,5oo,ooo. Ce nombre n'offre rien d'improbable. Il est même très faible relativement à la surface du pays. Les revenus des souverains proviennent de la dîme en nature de toutes les productions des domaines, des péages, du tribut payé par les gouverneurs.
Peu de voyageurs européens ont pénétré en Abyssinie. Pierre Covilham , Portugais , y fut envoyé par son gouvernement à la fin du quinzième siècle. On pense qu'il y fut retenu par force ; il y finit ses jours. Les Portugais y envoyèrent ensuite une ambassade pompeuse qui fut suivie de tentatives pour y établir la religion catholique ; il en résulta des guerres qui ne finirent que vers le milieu du dix-septième siècle. Elles engendrèrent une haine pro-
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fonde contre les chrétiens de l'Europe. Poncet, médecin français , alla en Abyssinie en 1 700 , pour guérir le roi d'une maladie devant laquelle Tari des docteurs du pays avait échoué; il réussit, et put quitter le royaume. Des missionnaires , guidés par leur zèle, essayèrent ensuite d'y pénétrer : ils périrent. Enfin en 1769, James Bruce, Ecossais, excité par le désir de voir un pays si curieux , y arriva , y fit un long séjour , et en parcourut quelques provinces. Depuis son retour en Europe , jusqu'en i 8o5 , aucun voyageur n'avait obtenu la permission d'entrer en Abyssinie. A cette époque , M. Sait y parvint , et laissa en partant quelques uns de ses compatriotes, pour essayer d'établir des relations commerciales entre cette contrée et sa patrie : il y est retourné en 1809 , et en est reparti sans avoir pu effectuer son projet.
Legatio magni Indorum presbyteri Joannis ad E m manu de m regcm Lusitan'ute, etc. , i5i3, par Dam. A. Gocz. Anvers, i55a, 1 vol. in -8°.
Alvarez (Franc.) verdadetra information dat terras do Preste Joam das Indias. Litsboa , i54o, in loi.
Relation do ambaixada gâJoad Dermudez trouva do imperadorda Ethiopia. Lis boa, 1 5Gô , in-.j ".
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Historia gérai de Ethiopia , par J. F. dos Santos. Evora, 1609, in -loi.
Relation historique de t' Abyssinie, trad. du portugais de Lobo , par Legrand. Paris, 1728 . in-4°.
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Lilterœ annuœ patrum Soc. Jesu. Gandavi, 1626.
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Bruce. V oyaget en Nubie et en Abyssinie , S vol. in -4°. \ gQnt ^juits Sait. 1" Voyage, dans ceux du lord Valentia. Y ^
— a» Voyage. Londres, i8o3, in-4°. )
ABYSSINS. (Religion.) Les Abyssins, avant leur conver-
ABY ll5 sion , adoraient les dieux des sabéens, avec lesquels on croit qu'ils ont une origine commune. Ils ont été appelés au christianisme par Frumentius, que saint Athanase leur donna pour premier évêque. Leur croyance , dégénérée de la pureté primitive, se rapproche de celle des protestants; ils admettent, comme profession de loi, le symbole de Nicée, et non celui des apôtres : ils rejettent la tradition, ne reçoivent comme parole de Dieu que les saintes écritures, avouent les canons et les constitutions apostoliques , nient le purgatoire, ne prient pas pour leurs morts, révèrent le pape , sans croire à sa primauté de droit divin , et traitent les orthodoxes d'hérétiques.
A l'exemple de quelques premiers chrétiens , les Abyssins observent le samedi ou sabbat aussi religieusement que le dimanche; deJà leur carême, qui est très rigoureux, commence dix jours plus tôt que celui de l'église romaine, avec la même durée, parce qu'ils ne. jeûnent ni le samedi ni le dimanche , et que le samedi saint n'en fait point partie. Ils croient que nos âmes émanent do celle d'Adam , et ne seront heureuses qu'après la résurrection générale, ils honorent la sainte Vierge, en ardents adversaires de Nestorius, qui , comme on sait , ne voulait pas qu'on la nommât la mère de Dieu; ils invoquent les anges et les saints ; ils ont en horreur les statues et les bas-reliefs qui les représen tent. Aussi ne voit-on que leurs images en peinture et la croix dans leurs temples, où ils n'entrent jamais sans y porter quelque offrande. Ils ont enfin une vénération extraordinaire pour l'archange saint Michel. Leur grande fête est celle de l'Epiphanie, qu'ils célèbrent tous les ans avec beaucoup de pompe , le 1 1 janvier. Leur ère date de la 19' année de Diocléticn , et de la 3o2e de l'ère vulgaire.
Les moines abyssins n'ont pas la faculté de mendier : leurs prêtres sont mariés ; ils célèbrent le mystère de l'Eucharis.tie sur une table et non devant un autel. Ils ne conservent pas le pain sacré , et ne l'exposent jamais à l'adoration. Ils administrent la communion sous les deux espèces et la
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donnent aux enfants. En prononçant l'absolution des fautes, ils Aappent le pénitent sur l'épaule avec un rameau d'olivier.
Le patriarche ou prélat suprême a le nom àyAbuna> notre père. Ce n'est point lui , mais l'empereur ou grand négus, qui a la nomination des évêchés et de tous les bénéfices. A sa mort , le prince s'empare des biens et des revenus du patriarcat. Ce patriarche dépendait autrefois de celui d'Alexandrie; il n'en relève à présent que sous quelques rapports de déférence et d'égards religieux : ainsi le patriarche d'Alexandrie est nommé avant lui dans quelques prières. Tous les sept ans il fait et bénit le chrisrae et l'envoie en Abyssinie. Comme lui, le patriarche et l'église des Abyssins sont jacobites euty chiens , et honorent les trois saints de cette secte : Dioscore, patriarche d'Alexandrie, successeur de saint Cyrille; Sévère; et Jacob ou Jacques, Syrien d'origine, qui contribua beaucoupdans l'Orient à la propagation de la doctrine d'Eutychès. Les jacobites appellent melckites ou royalistes les catholiques romains , parce qu'ils prétendent que le concile de Chalcédoine ne condamna Eutychès que par l'influence du pouvoir impérial. Le mot metchi en syriaque et en hébreu signifie roi.
Les Abyssins n'observent plus autant qu'autrefois la cérémonie de, la circoncision, quoiqu'il ne paraisse pas qu'elle ait jamais eu parmi eux un caractère religieux. Grotius prétend qu'ilsavaient pris cet usage des enfants de Céthura, l'une des femmes d'Abraham, qui s'étaient établis en Éthiopie. Hérodote raconte que la circoncision existait chez les Éthiopiens de temps immémorial. Aussi le jésuite espagnol Suarès admet-il les Abyssins à la communion catholique, quoiqu'ils s'obstinent à retenir la circoocision , parce qu'il n'est pas constant qu'ils la regardent comme un article de foi.
Les Abyssins étaient dans une situation prospère et tranquille , quand tout à coup des troubles religieux et politiques survinrent pour les diviser. Le parti faible invoqua
ABY U7 lesecours des Portugais, qui contribuèrent à les pacifier et leur donnèrent un des leurs pour patriarche. C'était un médecin appelé Bermude, qui demanda à l'empereur abyssin un serment d'obéissance au pape, et, sans trop de ménagement pour un prince encore schismatique , l'exigea avec une instance et d'un ton qui déplurent. Il fut chassé: un moment soutenu par ses compatriotes , il ralluma les troubles ; mais, obligé de fuir de l'Éthiopie, il laissa son siège à Oviédo , qui, rappelé par le pape, lui demanda des troupes au lieu de lui obéir , et lui promit la conquête des états de Mosambique et de Sofala à la religion catholique. Les jésuites, entrés avec lui chez les Abyssins , leur donnèrent la première idée des missions ; ils eurent plus de succès. Oviédo mourut sans réaliser ses projets.
Presque en même temps, le sultan Segud envahit l'autorité suprême; ses violences lui avaient aliéné ses nouveaux sujets. 11 sentit la nécessité d'un appui; les Portugais le lui offrirent par l'organe d'un missionnaire , à condition qu'il favoriserait la religion catholique , et il accepta. La dispute des deux natures de Jésus-Christ amena des excès de part et d'autre; et peut-être Segud sacrifia-t-il avec une aveugle cruauté à l'exaltation des opinions religieuses. La doctrine apostolique dut être adoptée par tous ses sujets , sous peine de la vie. Les troubles furent graves et sanglants. Segud éprouva le besoin d'y mettre un terme : il déféra sans effort à l'avis des grands qui soutenaient que la contestation engagée était plus du ressort des théologiens que d'un peuple qui ne la défendait ou ne la repoussait qu'en couvrant de morts les champs de bataille ; et la liberté du culte et des sentiments religieux admise par ce prince arrêta l'effusion du sang. L'Abyssinie célébra par des transports de joie le rétablissement de l'ordre et de la paix qui furent les suites de cette tolérance.
La mort de Segud eut lieu peu de temps après, et fit passer la puissance entre les mains de Basilide, qui , épouvanté des souvenirs du passé, exila le patriarche catholi-
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que Mendès , refusa de céder aux prières qu'il lui adressa pour rentrer dans son siège , bien qu'il promît de n'élever jamais qu'avec les savants de la nation la discussion du dogme qui avait été la source de tant de maux, et finit par 1 l'exclure tout à fait de ses états quand il fut instruit que ce prélat cherchait à lui susciter une guerre avec le viceroi des Indes. Cette précaution dissipa toutes les inquiétudes du prince , et ne permit plus de retour aux dispensions des sujets. B...T.
Abyssins. {Histoire naturelle.) Espèce du genre homme. ( Voyez ce mot. )
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ACACIA. {Histoire naturelle. ) Comme les noms vulgaires ne désignent pas toujours les objets qui portent scientifiquement les mêmes noms , l'arbre ordinairement appelé acacia n'est pas celui que les botanistes appellent ainsi. L'acacia des botanistes est un genre fermé aux dépens de celui des mimeuses de Linné; la multitude des espèces assez disparates que celui-ci renfermait a suffisamment motivé la division qu'on en a faite. Il sera question plus tard de ces mimeuses {voyez ce mot) , qui méritent qu'on les distingue dans les forêts des pays chauds, par l'utilité qu'on retire de plusieurs d'entre elles.
L'acacia des gens du monde est fort différent; il appartient au genre robinier {robinia). Quoique ce nom de robinier ne soit pas aussi distingué que celui d'acacia , il doit être préféré, puisqu'il est celui de Jean Robin, professeur de botanique à Paris , au commencement du dixseptième siècle, et auquel on doit l'introduction en Europe d'un arbre qui fait l'ornement de nos promenades et de nos massifs de verdure , d'un arbre dont les fleurs répandent un parfum si doux , dont les feuilles sont une excellente nourriture pour les animaux domestiques , dont le bois n'est pas sans utilité , et qui réussit dans les mauvais terrains qui semblent repousser toute autre végétation.
A C A 119 Le premier pied d'acacia ou plutôt de robinier qui parvint en Europe fut planté à Bruxelles dans le jardin de l'archiduc, qui fait maintenant partie de l'établissement scientifique créé par le laborieux Dekin , et maintenent si bien dirigé par le savant Drapier. Cet arbre y existe encore ; la foudre l'a cependant plusieurs fois frappé. Il est énorme, au moins par rapport à tous les rejetons qui sont sortis de lui , et qui se sont répandus si promptement dans toute l'Europe. Cet Adam des robiniers est originaire de l'Amérique septentrionale, ainsi que les robiniers roses et visqueux , connus également sous le nom impropre d'acacia.
L'arbre désigné dans certains mystères sous le nom d'acacia ne peut donc être le robinier , car ces mystères antérieurs à la découverte du nouveau monde n'en ont rien emprunté. Leur symbole vient des acacias qu'on trouve dans le Levant. C'est probablement le gommier, sorte de mimeuse, qui est le véritable acacia de la franche-maçonnerie. [Voyez Mimeuse. ) B. de St. V.
ACADÉMIE, àxa&ifjKa. (Antiquités.) C'était un gymnase avec un jardin ou verger , situé dans le Céramique , un des faubourgs d'Athènes , à six stades et au nord-ouest de la ville. Ce lieu est devenu célèbre par les assemblées que Platon , qui y était né , et ses sectateurs y tenaient pour converser sur dqs matières philosophiques. Il était rempli d'eaux stagnantes et malsain. Cimon le dessécha , y planta des allées d'arbres et des bosquets , et il devint la promenade des Athéniens les plus distingués , et surtout des philosophes platoniciens , nommés de là académiques ; comme le lycée, autre gymnase situé au sud -est d'Athènes, était la promenade des philosophes de la secte d'Aristote , appelés péripatéticiens ( du grec iriptiraTiw , obambulo, je me promène à l'entour). On appelait l'académie, la promenade d'en bas, ou le gymnase inférieur; le lycée, la promenade d'en haut, ou le gymnase supérieur. L'académie, faisant partie du Céramique, dont le nom vient de w'papoç , terre de potier , vase de terre, et qui était
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rempli en effet d'urnes cinéraires , était aussi consacrée aux sépultures : on enterrait dans son verger, comme dans un élysée , ceux qui avaient rendu des services signalés à la patrie.
Le nom académie vient $ Académus , qui découvrit à Castor et Pollux l'endroit où Hélène leur sœur s'était cachée avec Thésée son ravisseur : ils étaient venus, à main armée, la redemander aux Athéniens, qui ayant répondu qu'ils ne savaient où elle était, Académus , pour arrêter la guerre qui allait commencer , leur apprit qu'elle était cachée à Aphidna. Ces deux frères allèrent attaquer cette ville , la prirent d'assaut et la rasèrent. Les Lacédémoniens , par reconnaissance de ce service , épargnèrent la maison et les jardins d'Athènes , appelés de son nom Académie, toutes les fois qu'ils ravagèrent les faubourgs de cette ville, et comme ils adoraient les Dioscures , ils - honorèrent aussi la mémoire d* Académus; mais Je farouche Sylla détruisit ses bosquets délicieux, et fit construire, avec les arbres, des machines de guerre pour s'emparer d'Athènes.
Quant au nom d'Aeadémus même, il vient du grec oxoç <5%oç , le remède ou le sauveur du peuple : ce nom est en rapport avec la fable , qui lui attribue d'avoir sauvé sa patrie , avec les surnoms d'Acos çt de Sauveur (Swrîip) , donnés à Bacchus. Académus était, par conséquent, un surnom de Bacchus, qui était aussi appelé Sauveur, et qui était honoré à Athènes d'un culte particulier. Ce passage d'Eupolis, entre bien d'autres, h tfoxiotç ffpupotw 'Axaârifjwv 3eoû, dans les bosquets ombragés du dieu Académus, achève de prouver qu'Académus était en effet un dieu et non pas seulement un héros.
C'est par conséquent à Bacchus Académus , ou le remède du peuple, c'est-à-dire au soleil bienfaisant des signes ascendants, qué Y académie et ses jardins lurent consacrés; comme le lycée et son téménos ou lucus était consacré à Apollon Lycéen, dont le nom vient de )uxoç loup ,
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c'est-à-dire au soleil ravisseur ou destructeur des signes descendants. Ces deux maisons étaient donc deux thèmes célestes, ou les symboles des deux maisons des deux solstices , l'académie du solstice inférieur, le lycée du solstice supérieur : de là la position opposée de ces deux gymnases, et leurs noms de promenade inférieure et de promenade supérieure.
Cicéçon voulut faire revivre le nom de Y académie; il le donna à sa maison de campagne près de Pouzzole. C'est là qu'il se plaisait à converser avec ses amis sur divers sujets de philosophie , et qu'il composa ses quœstiones academicœ , ses livres de la nature des dieux, et ses six livres de la république qui viennent d'être en grande partie retrouvés si heureusement par M. Angelo Majo, bibliothécaire du Vatican. E. J.
ACADÉMIE. (Littérature.) On désigne par ce mot une réunion de personnes qui professent les belles-lettres, les sciences ou les beaux-arts. Ce terme remonte à une haute antiquité. C'est dans les retraites mystérieuses des jardins d'Académus , si favorables par la fraîcheur de leurs ombrages aux méditations de la philosophie , que le divin Platon , surnommé le Cygne de l'académie , établit son école , rassembla ses disciples et professa sa morale sublime. La secte de cet illustre philosophe prit de là le nom de secte académique. Les sages qui adoptèrent ses doctrines furent appelés académiciens. Ce titre ne désigna pendant long-temps que les disciples de Platon , mais il fut donné par la suite à tous ceux qui firent partie des diverses sociétés savantes ou littéraires instituées sous le nom d'académies, pour étendre , à l'exemple de l'école d'Athènes , le domaine des connaissances humaines.
Les anciens , qui exprimaient leurs pensées par des allégories ingénieuses, représentaient l'académie sous les traits d'une femme d'un âge mûr , et d'un caractère grave , la tête ceinte d'une couronne d'or et revêtue d'un voile de couleurs variées. De la main droite elle tenait une lyre, avec cette
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devise , Detrakit atque polit , elle retranche et polit ; et de la gauche une guirlande entrelacée de laurier , de lierre et de myrte , plantes poétiques qui faisaient allusion à la poésie héroïque , lyrique et pastorale : à la guirlande étaient suspendues deux grenades , symboles d'unio*.. Elle était assise , au milieu d'un pays délicieux , sur un siège orné de branches d'olivier et de cèdre, emblèmes de la paix et de l'immortalité. Des livres étaient entassés à ses pieds, et les instruments de musique dont elle était entourée annonçaient que l'harmonie est nécessaire aux arts. j
Plusieurs académies s'établirent dans Athènes et ne purent égaler la gloire de celle de Platon ; ces académies n'étaient, à proprement parler, que des écoles où Arcésilas, Garnéade, Philon , Antiochus et d'autres philosophes moins connus, expliquaient les différents systèmes qu'ils cherchaient tour à tour à faire prévaloir sur ceux de leurs prédécesseurs , et qui sont tombés depuis dans un profond oubli.
Ptolémée Soter , après qu'il se fut assuré par de brillantes victoires la paisible possession de l'Egypte , voulut unir au titre de conquérant le titre plus glorieux de pro lecteur des lettres. II fonda , sous le nom de Muséon , la célèbre académie d'Alexandrie , dans laquelle il réunit les philosophes et les savants les plus distingués de son temps , et les chargea de travailler à la recherche des vérités philosophiques et au perfectionnement des arts. C'est par leurs soins que se forma la fameuse bibliothèque brûlée depuis par le farouche Omar. Cette académie s'honora par d'utiles travaux, étendit l'empire des sciences, et servit de modèle aux académies modernes, soit dans les formes, soit dans le but admirable de son institution. Elle s'as sociait tous les poètes , tous les philosophes étrangers ; on venait de toutes les parties de la terre puiser ou déposer dans son sein de nouvelles connaissances. On s'y enrichissait mutuellement par l'échange des pensées et des découvertes. Cette illustre académie fut long- temps le
centre de l'instruction. On y recueillait tous les trésors littéraires épars dans les contrées qu'envahissait la barbarie; elle hérita vers le temps de la décadence de la Grèce , de la sagesse du portique , de la gloire du lycée , et brilla sur les bords du Nil, comme un phare étincelant , d'où partaient toutes les lumières qui éclairaient alors le monde , et dont les rayons ont traversé les âges et guidé les académies modernes dans la recherche des clartés et des vérités nouvelles.
Rome n'eut point d'académies. Les sciences ne parurent qu'un objet secondaire et de peu d'importance aux yeux des conquérants de l'univers. Virgile le reconnaissait luimême , quand il disait dans l'Enéide que les Romains devaient céder aux autres peuples la gloire des arts , et se borner à la gloire des armes. Les poètes et les écrivains latins se formèrent à l'école des Grecs. Aucun établissement national ne favorisa leurs progrès , ni sous la république qui les dédaignait , ni sous les tyrans qui les redoutaient. Auguste lui-même ne récompensait dans les poètes que ses flatteurs; les réunions des écrivains célèbres chez Mécène pouvaient seules être regardées comme une sorte d'académie, dont le but était moins de propager la gloire des lettres que de goûter, dans les douceurs d'un commerce entièrement épicurien , les jouissances que leur doivent les esprits éclairés et délicats.
Quand le moyen âge commença à repousser les ténèbres dont plusieurs siècles d'ignorance avaient enveloppé l'Europe , la passion de l'instruction devint une mode , et créa une foule de sociétés savantes qui marchèrent simultanément à la recherche des sciences et des arts , oubliés et presque perdus dans les contrées mêmes où ils avaient eu le plus d'éclat. Les Gaules , éclairées par les Romains et par Julien le philosophe , étaient retombées, sous les rois fainéants de la première race et les maires du palais , dans la plus profonde ignorance : les moines y passaient pour savants lorsqu'ils savaient lire. Ils s'opposaient par politique à fin-