‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 19 sur 62 · AC A · texte numérisé non relu

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struction des peuples , ce qui faisait dire à Charlemagne : «Le clergé veut seul être savant, et rester seul l'inter- » prête des sciences et des lois. » Cependant ce prince, digne de vivre dans un siècle moins barbare, tenta de res susciter les lettres , dont il avait quelque connaissance , mais dont il retardait l'essor, sans s'en douter, en préférant trop exclusivement , selon les préjugés de cette époque , la littérature sacrée , qui n'est pas la meilleure , à la littérature profane. 11 reprochait à Reibode» archevêque de Trêves, son admiration pour les poésies de Virgile, et lui disait qu'il aimerait mieux posséder Cesprit des quatre évangélistes que celui des douze livres de l'Enèidt* Aussi eut-il la prétention d'être un habile théologien , et ne s'appliqua-t-îl qu'à composer quelques cantiques, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de fonder dans son palais même une académie consacrée à l'étude de la grammaire, de l'orthographe, de la rhétorique, de la poésie , de l'histoire, de 1'aslronomie et des mathématiques. Cette acadé» mie offrait plus de ressemblance avec notre institut actuel qu'avec l'université, dont quelques auteurs attribuèrent à tort la fondation à Charlemagne. Ce prince, qui aimait assez l'égalité pour dire aux nobles ambitieux et paresseux, «Je vois que vous comptez sur le mérite de vos aïeux, »mais apprenez qu'ils ont reçu leur récompense, et que » l'état ne doit rien qu'à ceux qui se rendent capables » de le servir et de l'honorer par leurs talents , » voulut effacer toute distinction de rang entre les académiciens, et exigea que chacun d'eux se choisît un nom purement littéraire , et qui ne rappelât ni sa dignité ni sa naissance. Egilbert, le plus spirituel des grands de sa cour, prit modestement le nom d'Homère; l'archevêque de Mayence s'appela Damœtus ; Alcuin, Albinus; Éginard, Calliopus; Adélard, abbé de Corbie, Augustin; Théodulphe se nomma Pindare; et Charlemagne lui-même , sans doute à cause de son goût pour la composition des cantiques , se décerna le nom de David. L'académie de Charlemagne

ACA i25 obtint une grande célébrité; quoiqu'elle ait laissé peu de monuments , elle prépara l'essor des sciences , en répandit le goût, et jeta peut-être les . premiers fondements de la langue française , idiome encore grossier, composé d'un mélange barbare du langage des Goths , du latin et du vieux gaulois. L'académie de Charles soumit cette langue à des principes, et en fit une langue régulière, qui devint la langue romance. Charles voulut, contre l'usage de son temps, faire rédiger dans cette langue les hymnes, les prières et les lois; mais le clergé s'opposa opiniâtrément à cette innovation , qui lui aurait enlevé une partie de son influence , en lui ôtant l'interprétation des lois civiles et divines, et retarda ainsi les heureux résultats que Charles espérait obtenir de la fondation de son académie, dont les travaux utiles , quoique entravés dès leur naissance par l'intérêt personnel des moines , ne furent pas moins la source des premières clartés qui se répandirent sur la France , et la préparèrent à sortir de la barbarie.

Dans le siècle suivant, Alfred le grand, roi d'Angleterre , digne émule du premier législateur français , fonda la fameuse académie d'Oxford. Vers la même époque, les Maures d'Espagne, célèbres par leur galanterie, leurs mœurs chevaleresques et leur goût pour la poésie , la musique et les lettres, eurent aussi des académies à Grenade et à Cordoue.

En 102 5 , la France vit naître à Toulouse , sous le nom d'académie des Jeux Floraux, la plus ancienne des académies qui subsistent encore aujourd'hui. Les membres de cette association littéraire prirent le nom de mainteneurs de la gaie science. Les prix que l'on décernait dans cette académie, et qui consistaient eu fleurs d'or et d'argent , entretenaient l'émulation parmi les troubadours languedociens. Cette société, que Clémence Isaure dota de ses biens et fit son héritière , jouit encore d'une réputation méritée; et presque tous les jeunes poètes, en attendant qu'ils soient dignes de se couronner des véritables lauriers du Parnasse ,

vont au commencement de leur carrière y disputer la violette, le souci, Yamarante, et Yéglantine.

La renaissance des lettres au quinzième siècle fit éclore une foule d'académies. C'est en Italie qu'elles furent plus nombreuses : chaque ville voulut avoir la sienne. Ces académies prirent les noms les plus bizarres ou qui peignaient le mieux la passion que l'on affectait alors, pour les sciences. Rome eut ses lincei , Naples ses ardenti , Parme ses insensati, et Gênes ses addormentati , uoms que pourraieot prendre beaucoup d'académiciens modernes. La plus célèbre de ces académies fut celle de la Crusca de Florence, qui a couvert le ridicule de son nom , qui veut dire son, et des attributs qu'elle s'est donnés , par des travaux utiles et la confection de son dictionnaire , Vocabolario degli academici délia Crusca, qui fait encore loi en matière de goût dans la patrie du Dante , de Bocace et de Pétrarque.

Sous Charles IX , le poète Ronsard réunit à Saint-Vie lor les écrivains dont on admirait alors le génie. Ils formèrent une académie que Charles IX venait souvent présider; car ce prince eut, comme Denys le tyran et Néron, avec lesquels il eut tant d'autres traits de ressemblance, la manie de faire des vers , et n'en fit comme eux que de mauvais. Cette société , renouvelée soixante ans après par Desmarets et Chapelain , devint, sous la protection du cardinal de Richelieu , V académie française, et reçut du roi Louis XIII, en i655, des lettres-patentes, que le parlement, qui craignait déjà les progrès des lumières, refusa de vérifier et d'enregistrer pendant deux ans.

Le chancelier Séguier fut , après la mort de Richelieu , le protecteur de cette illustre compagnie, qui réunissait tout ce que la France possédait de génies supérieurs. Elle dut bientôt une nouvelle splendeur à Louis XIV, qui la re créa pour ainsi dire, l'établit au Louvre et la gouverna despotiquement. Ses travaux, qui consistèrent principalement , comme ceux de l'académie délia Crusca, dans la confection d'un dictionnaire français, destiné à fixer le senset Tapplica-

A C A 12^ tion des mots de la langue, la rendirent moins célèbre que les talents et la réputation de ses membres. L'académie devint bientôt la pépinière des flatteurs de Louis XIV. Les grands seigneurs eurent l'ambition d'y pénétrer , et d'y remplacer des hommes de génie , ce qui fit dire à Patru « que lorsqu'il se brisait une corde à la lyre , on en remettait une d'argent qui ne rendait aucun son. » Cependant Louis XIV voulut, à l'exemple de Charlemagne, que l'égalité entre les membres fût la première règle de l'académie; et le cardinal d'Est rées , comme prince de l'église , s'étant fait apporter un fauteuil , le roi en fit donner à tous les académiciens. L'abbé Bignon, pour mettre la compagnie sous la dépendance du ministère et se rendre maitredes nominations* offrit de lui accorder des jetons d'or qui auraient pu valoir 1 200 francs de rente à chacun des membres ; mais les plus pauvres mêmes , que leurs successeurs actuels n'out guère imités, donnèrent le noble et inutile exemple de préférer leur indépendance à des pensions. Le mérite ne décida pas toujours du choix des candidats: Molière ne fut point admis parce qu'il était comédien ; Pascal, les deux Rousseau, Diderot et plusieurs autres , furent constamment repoussés ; Corneille m^ine ne fut reçu que lorsqu'il se présenta pour la troisième fois. L'académie a cependant contribué puissamment à la prospérité des lettres; les prix qu'elle a décernés ont enflammé les jeunes littérateurs , et l'espoir de parvenir dans son sein a sans cesse entretenu l'émulation parmi les écrivains. En 1792 l'académie fut dissoute, et rétablie en i8o3, sous la dénomination de classe de la langue et de la littérature française , faisant partie de C institut; depuis i8i5 elle a repris son ancien nom. Plusieurs membres furent alors éliminés ou nommés par ordonnance. Sans discuter l'équité de cette mesure , nous nous bornerons à faire observer que Louis XIV même laissa à la mort le droit des éliminations, et à l'académie l'apparence de la liberté dans ses choix. Depuis cette époque , les nominations , faites quelquefois sous l'influence

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de l'esprit de parti , n'ont pas toujours eu l'approbation générale. Le fauteuil est regardé comme le bâton de maréchal des littérateurs. On a vu souvent donner le bâton à des généraux qui avaient mal fait, mais rarement à des généraux qui n'avaient rien fait. Si l'académie ne revient à cet égard aux principes d'équité de Patru , si elle ne remonte sa lyre qu'avec des cordes d'argent, elle finira par perdre sa considération , sa gloire ; et sa devise , à C immortalité , ne sera plus qu'un vain mot.

Les académies des sciences, des inscriptions et belleslettres , de peinture et de sculpture, et celle d'architecture, dont les noms désignent assez la destination, se sont réunies à l'académie principale, sous le titre de classes , et n'en forment plus qu'une seule appelée l'Institut, foyer de sciences et de lumière , destiné à renouveler la gloire de la fameuse académie d'Alexandrie, et à la surpasser par ses bienfaits.

Parmi les académies étrangères qui rivalisent avec la nôtre ou marchent du moins sur ses traces , on cite surtout la société royale de Londres, et les académies de Berlin, de Madrid et de Pétersbourg.

On appelait jadis académie l'école où l'ont apprenait à monter à cheval et d'autres exercices militaires. Ce nom, qui désignait du temps de Platon l'école de la sagesse et de la morale, a été donné aux lieux infâmes où l'on joue sur une carte ou sur un dé sa fortune et son honneur.

Académie , en terme de peinture , est une figure entière dessinée d'après un modèle.

L'Opéra a reçu le titre d'académie royale de musique. Autrefois , quand Louis XIV figurait dans les divertissements de sa cour et montait sur le théâtre , les gentilshommes et les demoiselles nobles avaient le privilège de pouvoir chanter l'opéra sans déroger. Ce privilège s'explique aisément. E. D.

ACADÉMIE DES SCIENCES. — ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. Voy. Institut.

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ACADÉMIE DE PEINTURE, DE SCULPTURE , etc. On appelle ainsi une compagnie d'artistes qui se rassemblent , avec l'autorisation et sous la protection du gouvernement , pour s'occuper de tous les objets qui concernent la peinture, la sculpture, etc. , et pour en donner des leçons publiques.

L'Italie, que l'on regarde à juste titre comme le berceau de la civilisation moderne, vit naître dans son sein les premiers établissements de ce genre : Rome , Florence, eurent des académies qui servirent de modèles à toutes celles qui se formèrent plus tard chez les autres nations de l'Europe. Le but des fondateurs fut de favoriser le perfectionnement des arts , et d'honorer les hommes qui les cultivaient avec distinction.

Ce fut aussi par les mêmes motifs que Louis XIV créa , en 1648, l'académie royale de peinture et de sculpture. Les artistes qu'on jugea dignes d'en faire partie obtinrent , outre le titre d'académistes et celui de peintres et de sculpteurs du roi , les mêmes avantages et les mêmes privilèges dont jouissaient déjà les membres de l'académie française. Cette faveur était juste , elle était nécessaire pour établir une ligne de démarcation entre ceux qui n'exerçaient qu'une profession mécanique et les artistes proprement dits, que Ton désignait tous à cette époque sous la dénomination générale d'ouvriers et d'artisans. On confondait tellement ces deux classes , que les peintres et les sculpteurs de l'académie se voyaient continuellement en butte aux persécutions du corps des doreurs , estoffeurs et marbriers, qui, sous prétexte de les forcer à se faire passer maîtres, s'arrogeaient le droit de visite dans leurs ateliers, et poussaient l'audace jusqu'à saisir leurs ouvrages, et à en solliciter la confiscation. Plusieurs arrêts rendus par le conseil d'état ne purent faire cesser entièrement ces abus; les académistes, après plusieurs années de débats, furent obligés de transiger avec le corps de la maîtrise , et d'opérer la jonction des deux corps en un seul , pour parve- *. 9

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nir à faire enregistrer les lettres patentes du mois de février 1648, portant approbation des statuts de 1 académie. L'arrêt d'enregistrement est du 7 juin i652.

L'académie , qui avait eu si fort à se plaindre des tracasseries que l'esprit de corps lui avait suscitées, ne sut pas elle-même s'en affranchir. Elle s'était appuyée, dans toutes ses demandes, sur la nécessité d'accorder aux artistes cette noble indépendance , sans laquelle ils ne sauraient rien produire de grand et de digne de la postérité; mais elle fit voir bientôt qu'elle avait plaidé dans l'intérêt de ses membres plutôt que dans l'intérêt des arts : elle obtint, en i654, le droit exclusif de l'enseignement, avec défense d'ouvrir des ateliers, de poser le modèle, et de donner des leçons publiques de peinture et de sculpture sans son autorisation; bien plus, quelques artistes n'avaient pas jugé à propos de solliciter l'honneur d'être admis dans son sein; on les y contraignit, sous peine d'être abandonnés aux poursuites du corps de la maîtrise; en un mot, il ne fut plus permis de professer les arts et d'avoir du talent qu'avec l'agrément et sous le bon plaisir de l'académie royale de peinture et de sculpture.

Cette compagnie a conservé son ancienne organisation et une grande partie de ses privilèges jusqu'en 1789, époque de son entière dissolution. Les arts cessèrent alors d'être soumis à un monopole odieux; chacun put les cultiver avec liberté, et suivre, sans entraves, la carrière où il était appelé par son génie. Les expositions publiques, où les académiciens avaient seuls le droit d'étaler leurs chefs-d'œuvre privilégiés, s'ouvrirent aux ouvrages de tous les artistes sans distinction ; l'ignorance seule en fut exclue : utile concurrence, qui ne pouvait manquer d'exciter une noble émulation parmi les élèves , et d'empêcher les maîtres de se livrer à une orgueilleuse sécurité. On ne tarda pas à en ressentir les heureux effets : des jeunes gens presque inconnus parurent tout à coup avec un éclat qui fit pâlir les vieilles réputations académiques ; formés par les leçons et

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par les exemples d'un peintre habile , qu'ils reconnaissentencore aujourd'hui pour leur maître, ils travaillèrent, de concert avec lui, à la restauration de notre école, au milieu des dissensions intestines qui désolaient la patrie, et tandis que nos jeunes soldats combattaient avec gloire pour assurer son indépendance.

Cependant l'horizon politique commençait à s'épurer; on avait beaucoup détruit, on voulut reconstruire. Le désir de donner une grande impulsion aux sciences , aux lettres et aux arts , engagea le gouvernement à réorganiser sur un plan nouveau les anciennes académies : l'institut fut créé et divisé en quatre classes; on plaça dans la dernière l'académie de peinture et de sculpture et celle d'architecture, on y joignit une section de musique; et cette classe ainsi composée porte aujourd'hui le litre d'académie des beaux-arts. Elle compte au nombre de ses attributions la nomination de ses membres, le jugement des concours, et le choix des professeurs chargés de la surveillance et de la direction de l'école. Le mode suivant lequel elle exerce ses jugements a trouvé plus d'un censeur : on a prétendu, et ce n'est pas sans raison , qu'il était absurde de soumettre les ouvrages de peinture , de sculpture et de gravure aux suffrages des musiciens et des architectes; et qu'il ne l'était pas moins de faire juger par des peintres, des sculpteurs et des graveurs , les projets d'architecture et les compositions musicales. Mais si ce vice d'organisation peut causer quelques erreurs, il en est un autre bien plus grave, bien plus préjudiciable aux arts , puisqu'il tend à les corrompredans leur source, et à les précipiter dans une fausse direction, je veux parler du vice de l'enseignement. Ce sujet mérite, par sou importance, d'être traité avec quelque étendue. .

J'ai dit que l'académie avait été supprimée en i 789 ; malheureusement l'école ne fut pas comprise dans cette suppression. L'enseignement resta confié à d'anciens académiciens, qui, pour la plupart, dominés par les pré ju-

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gés de leur jeunesse , et ne pouvant se résoudre à con damner des principes qu'ils avaient professés toute leur vie, se montrèrent constamment les ennemis déclarés des nouvelles doctrines, ou du moins ne les approuvèrent qu'avec de dangereuses restrictions. Placés sous t'influence de ces vétérans de l'école française dégénérée , les élèves pouvaient-ils embrasser la réforme avec cette franchise, cet enthousiasme, je dirais presque ce fanatisme, si nécessaires pour la rendre complète et durable ? Non , sans doute. Le bien s'opéra, mais partiellement et avec lenteur; de précieuses semences commencèrent à éclore, mais mêlées à des germes vicieux qui en arrêtèrent le développement; la routine et le mauvais goût furent comprimés , mais non pas totalement anéantis; en un mot, la régénération de l'école était encore récente, et déjà tout semblait annoncer qu'une nouvelle décadence était prochaine et inévitable.

On m'objectera peut-être que cm fâcheux résultats n'au raient point eu lieu , si le choix des professeurs avait été fait avec plus de discernement. Ma réponse sera facile. Quelques circonstances favorables que l'on suppose , on ne pourra jamais trouver chez une même nation, et à une même époque , qu'un très petit nombre de peintres et de sculpteurs tous également distingués par la pureté de leur goût et par l'excellence de leurs principes : on sera donc obligé d'admettre dans le corps chargé de l'enseignement , des hommes d'un talent médiocre ; il est même démontré par l'expérience que leur nombre augmentera d'année en année, et l'on pourrait presque calculer le moment où ils s'y trouveront en grande majorité. Ainsi voilà, comme dans le premier cas, la jeunesse tombée entre des mains inhabiles et peu capables de guider son inexpérience. La conséquence se présente naturellement; les mêmes causes produiront les mêmes effets. En vain deux ou trois artistes, fidèles aux saines doctrines, viendraient, à de longs intervalles, lui indiquer la route qu'il faut suivre : leur voix étouffée par celles de leurs nombreux col-

Diçjitizod by CjOO^Ic

AC A. i35 lègues serait à peine entendue , et leurs sages conseils ne produiraient qu'une impression éphémère sur la génération nouvelle, qui, habituée chaque jour à un autre langage, se trouverait bientôt hors d'état de les 4Vmprendre.

Sous quelque point de vue que Ton envisage l'enseignement exercé par un corps académique , il est impossible de ne pas être frappé de ses imperfections. Quoi de plus dangereux , par exemple , pour les jeunes gens qui fréquentent l'école , que la diversité des avis qu'ils reçoivent tour à tour de chacun des professeurs en exercice ? Trop peu éclair és pour distinguer le vrai d'avec le faux , ils changent , malgré eux , de direction toutes les fois qu'ils changent de guide. Leur esprit se perd dans un chaos d'idées incohérentes et souvent opposées ; ils marchent au hasard , sans but fixe , sans appui ; et s'ils finissent , après de longues études , par acquérir quelque ombre de talent , c'est un talent sans ca^ ractère, sans originalité, où l'on peut remarquer un certain nombre de qualités médiocres , mais qui ne brille par aucune qualité supérieure.

D'un autre côté, comment le professeur pourrait-il prodiguer tous ses soins à un si grand nombre d'élèves à la fois? Quel intérêt veut-on qu'il prenne a leur avancement, lorsque la majeure partie d'entre eux n'appartiennent pas à son école particulière , et que leurs succès ne doivent faire rejaillir sur lui aucune espèce d'honneur ? Il faut avoir assisté soimême aux leçons académiques pour juger jusqu'à quel point elles sont données avec négligence et d'une manière tout-à-fait opposée au vrai système de l'enseignement. C'est presque toujours sans quitter son siège , et sans daigner jeter un seul regard sur le modèle , que le savant académicien , placé dans un des coins.de la salle , corrige à la hâte les dessins qu'on vient lui soumettre. Au lieu de comparer la copie à l'original qu'elle doit reproduire, il se contente de la juger d'après l'idée qu'il s'est formée, dans son imagination, de la ligure humaine en général. Cependant la nature peut être belle de tant de manières

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différentes , elle se montre sous des formes et avec des effets si variés, elle présente des nuanees si délicates et si difficiles à saisir , qu'il est impossible de la bien connaître et de la rendre avec fidélité et avec finesse, sans l'avoir étudiée d'abord avec une scrupuleuse naïveté. L'élève apprendra par la suite à distinguer ce qu'elle offre de beau ou de défectueux , son goût s'épurera , et, devenu imitateur moins timide , il l'embellira , mais en lui conservant ce caractère de vérité individuelle qui ajoute tant de charme aux productions des arts. Par la méthode opposée , il s'habitue à n'imiter de son modèle que les lignes principales de l'attitude et la disposition de chacune des parties; du reste, appliquant sans discernement à tous les individus le système de formes qu'on lui a démontré, il finit par dessiner une figure comme un architecte dessinerait une colonne, un pilastre, un entablement. Ainsi l'amour du beau et du vrai se perd insensiblement, et l'école se peuple d'une multitude d'artistes praticiens , véritables machines à peindre et à sculpter , dont les ouvrages , dépourvus de goût et de sentiment , tendent à faire redescendre les arts au rang des professions mécaniques.

Les inconvénients que présente le système d'enseignement pratiqué dans les académies , sont si évidents et si multipliés, que l'on pourrait ajouter beaucoup d'autres réflexions à celles qui précèdent; mais, resserré par l'espace , je crois en avoir dit assez pour qu'il me soit permis de conclure que ce système est faux, nuisible aux progrès des arts , et que la retraite lucrative qu'il assure à un certain nombre d'artistes est peut-être le seul avantage qu'il procure et qu'il soit impossible de contester. D. . .h.

ACADÉMIE. {Architecture,,) Monument dans lequel se rassemblent des savants , des gens de lettres ou des professeurs d'arts libéraux , soit pour y traiter de leurs recherches et découvertes , soit pour y enseigner.

L'académie d'architecture fut fondée , sous Louis XIV, et par les soins du grand Golbert , en 1671.

ACA i35 Elle était composée d'architectes célèbres. Le professeur et le secrétaire devaient toujours être pris parmi les architectes particulièrement attachés aux bâtiments du roi : le titre d'académicien était conféré par un brevet.

En 1717, Louis XV cpniirmant .cette académie, s'en déclara le protecteur et lui donna de nouveaux règlements. Il la forma de trente-deux membres divisés en deux classes de seize chacune : dans la première devaient être pris le professeur et le secrétaire perpétuel , qui étaient à la nomination du directeur général des bâtiments du roi. Aucun membre de cette classe ne pouvait faire d'entreprises ; ceux de la deuxième avaient cette faculté , mais seulement dans les bâtiments de la couronne.

Une place de la première classe devenant vacante, l'académie proposait trois candidats pris dans la deuxième. Le roi sanctionnait la nomination de l'un d'entre eux.

Par suite de vacances dans la deuxième classe, l'aca démie nommait trois candidats pris hors de son sein, parmi lesquels le roi faisait également son choix. Il fut aussi créé deux classes d'associés libres, douze associés correspon liants , dont neuf résidant en pays étranger, et trois en France , mais à cinquante lieues au moins de la capitale.

Les officiers des bâtiments du roi , tels que les intendants , contrôleurs généraux et autres , avaient droit de siéger à l'académie , sans pourtant être architectes. Le premier architecte du roi était directeur de la compagnie. Deux de ses membres étaient professeurs , l'un d'architecture , l'autre de mathématiques , de géométrie , de mécanique et de stéréotomie.

Tous les ans, à la Saint-Louis, on distribuait aux élèves deux médailles d'or : la première donnait le droit d'être pensionnaire de l'académie de France à Rome.

M. Bloudel obtint du roi de n'admettre au concours du grand prix que les élèves qui avaient remporté des prix mensuels , et qui , à ce titre , avaient reçu des médailles d'argent.

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L'académie d'architecture tenait ses séances au Louvre tous les lundis , depuis trois heures jusqu'à cinq , dans l'appartement dit le salon de la reine.

De la fondation de l'institut date l'organisation de l'école des beaux-arts, divisée ainsi qu'il suit :

Première section , école de peinture et sculpture ;

Deuxième section , école d'architecture.

Ces deux sections ont pris . par ordonnance du roi du 11 août 1819, le titre d'académie royale des beaux-arts.

Etal actuel de l'école royale et spéciale d'architecture. Cette école est sous la protection immédiate du roi.

L'enseignement de l'architecture se compose de leçons données dans des cours spéciaux par quatre professeurs: i° de théorie, 20 d'histoire de l'art, 3° de construction et de mathématiques, 4° de perspective. Ce dernier est commun aux deux sections.

Il y a en outre près de cette section , une commission pour l'assister dans les jugements des concours mensuels. Cette commission est composée de vingt membres choisis parmi les architectes les plus distingués ; ils sont élus par rassemblée générale des professeurs de l'école , sur une liste de candidats présentée par la section d'architecture : il est rendu compte des nominations au ministre de l'intérieur. Les fonctions de la commission sont purement honorifiques , et consistent, dans le jugement à porter, de concert avec les professeurs d'architecture , sur les résultats des différents concours d'émulation : ils jugent aussi le prix départemental ou d'excellence , qui est décerné à celui des élèves qui a réuni le plus de médailles dans le cours de ses études.

Les professeurs des deux sections se réunissent en assemblée générale , pour traiter de toutes les affaires qui intéressent l'école entière , et pour les élections aux places vacantes. Toute communication avec le ministre ne peut ' se faire que par une délibération prise par les deux sections réunies.

A C A 107 Chacune des deux sections s'assemble séparément toutes les fois que l'exige le service de la partie d'enseignement qui lui est confiée , et prend le titre de commission d'administration.

Un secrétaire archiviste est spécialement attaché à la section d'architecture, pour l'inscription des élèves, pour la rédaction des procès-verbaux des jugements des concours, et pour la conservation des archives de cette partie.

Toutes les élections aux chaires vacantes se font en assemblée générale, au scrutin secret et à la majorité absolue des suffrages. Le résultat en est transmis au ministre, sans l'approbation duquel cette nomination serait annulée. Les élèves d'architecture sont divisés en deux classes qui concourent séparément : la première , formée de cinquante élèves, a seule droit aux médailles ; la deuxième , dite d'aspiranis , concourt pour prendre rang dans la première lorsqu'il y a une place vacante. Cette promotion a lieu en faveur des élèves qui ont obtenu le plus de succès dans les divers cours de leur classe.

Concours du grand prix. Les élèves de première classe sont seuls admis au grand prix sur un concours préliminaire, dit d'essai. Le programme de ce concours est donné par l'école et jugé parles huit architectes, membres de l'institut, faisant partie de la troisième section de la classe des beauxarts , plus le président et le secrétaire perpétuel.

Trente élèves sont admis, sur ce premier concours , à un second, dont le programme est donné par les membres de l'institut ci-dessus désignés.

Huit des concurrents sont reçus et entrent en loge , pour faire la mise au net ou le rendu de leurs esquisses , dont ils ont levé un calque , et qui dès ce moment sont enfermées sous le scellé pour qu'il ne puisse y être fait de changement.

En sortant des loges, les projets des concurrents sont exposés dans les salles de l'école , et livrés à la censure publique.

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Le jugement qui décide la question du grand prix est prononcé par les trois sections réunies de la classe des beaux-arts, savoir : quatorze peintres, huit sculpteurs, huit architectes, quatre graveurs, six musiciens , et le secrétaire perpétuel de la classe.

Le premier et le deuxième prix consistent en deux médailles d'or délivrées en séance publique de l'institut ; mais l'avantage inappréciable du premier est la pension de Rome accordée à l'élève pendant cinq années.

C'est dans ce sanctuaire des arts que , logé et nourri par la munificence du gouvernement , il se livre plus particulièrement à l'étude de l'antiquité, dont les monuments, quoique en ruines pour la plupart , décèlent encore aux regards déjà exercés la grandeur de ce peuple , qui , après avoir conquis le monde entier par la force de ses armes, le couvrit de ses monuments , témoignages irrécusables de son savoir et de sa magnificence. D...T.

ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. C'est le nom que l'on donne au grand Opéra , peut-être parce que c'est une réunion de tous les arts libéraux. La peinture , la musique et la danse sont les parties qui constituent ce spectacle enchanteur. L'opéra prit naissance à Venise; l'abbé Perrin , introducteur des ambassadeurs auprès de Gaston , duc d'Orléans, fut le premier qui tenta ce spectacle à Paris. Il obtint des lettres patentes du roi , le 28 juin 1669, portant privilège pour l'établissement d'Académies d'opéra en musique et en vers français dans tout le royaume. Ce théâtre fut pendant quelque temps nommé Théâtre des arts; ce dernier titre lut sans doute inspiré par les vers suivants de Voltaire , qui donnent une définition juste de ce bel établissement :

11 faut se rendre à ce palais magique,

Où les beaux vers , la danse , la musique ,

L'art de tromper les yeux par les couleurs ,

L'art plus heureux de séduire les coeurs,

De cent plaisirs font un plaisir unique. B. . .X.

ACADÉMIE DE MARINE. 11 existait sous ce nom , avant la révolution, une société savante composée d'hommes instruits dans les différentes branches de la science

de la marine. Les premiers fondements de cette association furent jetés , en 1752 , par quelques officiers de marine et employés supérieurs du port de Brest , qui se réunissaient de temps en temps pour conférer sur des sujets relatifs à leurs fonctions. Sur leur demande , le ministre d'alors, M. Rouillé, donna à leur société, avec une organisation régulière, le titre d'académie de marine. Dès sa naissance, cette académie se distingua par d'utiles travaux et rendit d'importants services à la marine; mais la guerre qui éclata en 1756 lui porta un coup funeste en dispersant ses membres , ce qui engagea le ministre à arrêter le paiement des fonds assignés à l'académie. Au retour de la paix , plusieurs officiers d'un mérite éminent et quelques administrateurs éclairés travaillèrent au rétablissement de cette société. En 1 769 , le duc de Praslin la reconstitua sous le titre d'académie royale de marine.

II n'entre pas dans notre plan de faire l'énumération des travaux de cette académie ; les lecteurs curieux de les connaître peuvent consulter ses mémoires : il suffit d'en citer quelques uns, tels que le perfectionnement des moyens d'observer à la mer, l'invention du cercle répétiteur, la confection des cartes marines les plus importantes , la description claire et méthodique de la plupart des arts de la marine , la traduction des ouvrages de plusieurs savants étrangers, etc.

La guerre de 1778, quoique peu décisive, montra les heureux fruits retirés de l'établissement de l'académie de marine, dont elle n'interrompit pas entièrement les utiles opérations. Cette académie disparut daris la tourmente révolutionnaire avec toutes les institutions de l'ancien régime.

Au nombre des causes qui nous firent éprouver tant de revers dans les deux guerres maritimes que rrt)us eûmes à

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soutenir de 1793 à 1814, peut-être faut-il ranger la suppression de l'académie de marine. Le mouvement qu'elle imprimait aux sciences et aux arts se trouva arrêté; l'émulation qu'elle excitait parmi les officiers de l'armée navale cessa d'exister; on n'en vît presque plus unir de grandes connaissances théoriques à l'expérience acquise à la mer; la pratique seule, c'est-à-dire la routine, régna sans partage pendant vingt années sur nos flottes , et , comme les occa sions d'aller à la mer acquérir cette pratique devinrent de plus en plus rares, l'instruction s'éteignit graduellement dans le corps de la marine. L'un des moyens les plus sûrs pour en rallumer le flambeau serait le rétablissement de l'académie de marine. Huit ans se sont écoulés depuis le retour de la paix , et l'on a laissé passer l'époque la pins favorable pour ce rétablissement. Toutefois, si les circonstances ne nous engagent pas bientôt daus une nouvelle guerre maritime, il serait à propos de ne plus différer à ressusciter une institution aussi utile.

M. Charles Dupin, membre de l'institut, qui a publié, il y a quelques années, un mémoire sur la nécessité de rétablir l'académie de marine, s'exprime ainsi : « Quelle est la partie de la marine qui n'ait plus rien à demander, soit à la théorie, soit à l'expérience? Est-ce l'art de donner a nos vaisseaux les formes les plus parfaites , tandis que les plus simples phénomènes du mouvement des corps flottants sont encore autant d'énigmes pour nous? Est-ce la disposition militaire de nos vaisseaux, dont tous les marins habiles se plaignent amèrement? Est-ce l'art de manœuvrer nos vaisseaux, cette immense combinaison de tant d'éléments divers , et pour laquelle nous n'avons pas seulement un manuel uniforme de préceptes , tandis que tous les temps de la charge d'un fusil ont été calculés et sont méthodiquement enseignés à nos soldats d'infanterie? Estce enfin l'art d'appliquer les forces de l'homme et de la nature aux grands travaux de nos ports, quand jusqu'ici, malgré les meilleures intentions, tant de choses s'y font

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encore avec Je plus de temps, d'hommes et d'argent possible? Puisqu'il nous reste encore tant à faire pour arriver au but , cherchons donc sans relâche les moyens les plus propres à nous y conduire. Il n'est que deux moyens pour produire de grandes choses dans un état, c'est de former la jeunesse et de tirer parti de l'âge mûr. On atteindra le premier but en fondant des écoles d'après des vues grandes et libérales; mais, pour tirer parti des connaissances acquises par l'âge mûr, il est des institutions scientifiques dont l'utilité peut être immédiate et démontrée à tous les yeux , dès l'instant de leur création : ce sont les académies. 11 suffit que le choix des membres soit bien fait; leurs travaux parleront pour eux. »

Nous n'entrerons ici dans aucun détail sur lé plan qu'il conviendrait de suivre dans le rétablissement de l'académie de marine. Ce plan est parfaitement exposé dans le mémoire de M. Du pin que nous venons de citer, et nous y renvoyons nos lecteurs. Nous terminerons cet article en indiquant quelques travaux dont il importerait que l'académie de marine s'occupât aussitôt après son rétablissement. L'un des plus nécessaires serait sans doute la composition d'un dictionnaire de marine. En même temps que l'académie fixerait de la sorte notre langue maritime , elle pourrait entreprendre la description complète des arts de la marine. Les traités particuliers publiés sur ces arts sont presque tous à refaire. C'est principalement sur la manœuvre des vaisseaux , la navigation , l'artillerie et la tactique navale , que nous manquons de bons ouvrages , et qu'ils seraient le plus utiles, parce que c'est là ce qui touche le plus immédiatement à l'honneur du pavillon français , et à notre gloire nationale. J. T. P.

ACADÉMIE. (Philosophie ancienne.) On distingue trois académies, la première ou V ancienne, fondée par le philosophe Platon; la seconde ou la moyenne, par Arcésilas; et la troisième ou la nouvelle, par Carnéades : telle est la division généralement adoptée.

Quelques uns ajoutent une quatrième et une cinquième académie aux trois que nous venons d'indiquer, l'une instituée par Philon , et l'autre par Antiochus.

Première académie. La première académie eut pour fondateur Platon , dont l'école eut beaucoup de célébrité de son vivant, et jeta un grand éclat après sa mort par le nombre et le mérite de ses disciples/ {Voyez Platonisme.)

Seconde académie. Arcésilas , auteur de la seconde académie , s'écarta en quelques poinls de la doctrine de Platon ; le fond de son système était de ne rien affirmer, de douter de tout , de contredire dans la dispute tout ce qu'on avançait , soutenant ce qui paraissait le plus probable ou vraisemblable. Il ne voulut pas même admettre cette proposition de Socrate , Je ne sais autre chose sinon que je ne sais rien , observant qu'on pouvait faire contre cette maxime Pobjeclion suivante : U homme peut donc savoir quelque chose , s'il sait seulement quil ne sait rien. Arcésilas prétendait que nous ne savons pas même si nous ne savons rien ; qu'il n'y a rien de certain ; que la nature ne nous a donné aucune règle de vérilé; que les sens et l'entendement humain ne peuvent rien saisir de vrai ; qu'en toutes choses il se trouvait des raisons opposées d'une force égale; qu'aucune chose n'était plus vraie ni même plus vraisemblable qu'une autre ; que tout était environné de ténèbres, et qu'en consé quence on ne devait rien approuver, ni rien affirmer, et qu'il fallait toujours suspendre son jugement. Ainsi jamais il n'exposait son propre sentiment, ne voulant pas même qu'on en eût ; et si quelqu'un voulait déclarer le sien , il le combattait avec beaucoup d'adresse et de subtilité. Quoique Arcésilas ne rejetât pas le titre d'académicien, c'était réellement , à quelques nuances près , un véritable sceptique. Toutefois on peut dire qu'il rétablit le doute socratique, et c'est ce qui lui mérita le titre de réformateur de la première académie.

Arcésilas , qui , lorsqu'il s'agissait de philosopher , ne convenait pas qu'une chose fut plus véritable qu'une autre,

A C A i43 suivait ce qui lui paraissait avoir le plus de probabilité lorsqu'il était question de la conduite de la vie. Comme il fallait adopter à cet égard des règles qui ne peuvent être établies sans un critérium, ou marque du vrai et du faux, propre à indiquer le bonheur qui est le but de la vie humaine , il prétendait que c'est à la probabilité de diriger le choix de ce «que nous devons rechercher ou éviter; ainsi le bonheur est le fruit de la prudence , qui consiste à se conduire avec droiture, c'est-à-dire de manière que nos actions puissent être justifiées par un motif probable.

Troisième académie. Carnéades , fondateur de la troisième académie , fut , comme Arcésilas , zélé partisan de la suspension du jugement : cependant il lui donna moins d'étendue et en restreignit l'usage, convenant qu'il y avait des vérités, mais soutenant qu'on ne pouvait en avoir la certitude, et qu'il fallait suspendre son jugement. Cependant, comme en plusieurs circonstances on est obligé de se déterminer et d'agir, il croyait qu'alors la probabilité devait suffire. Il permettait donc au sage d'opiner., c'est-àdire d'affirmer ses sentiments d'après des motifs de probabilité , les seuls qu'il fût en son pouvoir d'acquérir. Mais quant à la certitude, il prétendait qu'elle ne pouvait être le partage d'un être aussi faible, aussi borné que l'homme.

Ainsi, selon Carnéades tout est incertain; la vérité n'a point un caractère immuable qui serve à la faire connaître; les perceptions, pour ce qui regarde les objets, qui les produisent et qu'elles représentent, sont* vraies ou fausses ; elles annoncent la vérité ou elles trompent. Mais la vérité reste dans les choses mêmes qui n'entrent point dans notre esprit; nous n'en avons qu'une image ou ressemblance, qui d'ordinaire est trompeuse; nous ne connaissons aucune marque qui nous aide à distinguer les perceptions vraies des fausses ; nous 11e pouvons en saisir ni tenir aucune pour vraie. Il en est cependant qui peuvent paraître vraies et être jugées probables, parce que l'apparence de la probabilité existe; mais nous n'avons

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aucune marque de la certitude , c'est-à-dire que les per ceptions vraies , en entrant dans notre esprit, ne sont distinguées par aucune marque si particulière et si sûre qu'en la saisissant nous puissions dire , cette perceptions vraie; cependant quelques unes nous touchent et nous affectent tellement que nous les tenons pour probables et les jugeons plus vraies que d'autres. Dans(e dburs delà vie, pour ne pas rester dans l'inaction , il faudra faire usage de ces perceptions probables, à défaut de la certitude. De même, par rapport aux noiions, aux dogmes et à tout ce que nous concevons ou énonçons , on doit penser qu'il n'y a rien qui soit certain ou plus que probable. Tel est le sommaire de la doctrine de Carnéades.*

Carnéades ne penchait pas pour le système du fatalisme adopté par les stoïciens ; il professait au contraire la doctrine de la liberté autant qu'un académicien pouvait l'admettre. Ce philosophe, dit Cicéron1, faisait consister cette liberté dans un mouvement volontaire de l'âme, dont elle est la cause. Mais ce mouvement est-il spontané ou réfléchi ? c'est sur quoi Cicéron garde le silence.

Par une conséquence de ses principes , Carnéades ne considérait pas la loi naturelle comme une règle fixe et immuable : il n'y trouvait pas plus de certitude que dans les objets purement spéculatifs; à l'entendre il n'y a point de justice. S'il y en avait, disait-il , elle serait fondée ou sur le droit positif ou sur le droit naturel. Or, selon sa doctrine, elle n'est fondée ni sur le droit positif qui varie selon les temps et les lieux , et que chaque peuple accommode à son avantage, ni sur le droit naturel , qui n'est autre chose qu'un penchant que la nature a donné à tous les êtres animés vers ce qui leur est utile ; et l'homme ne peut se régler selon ce penchant sans commettre mille injustices; d'où il résulte que le droit naturel ne peut être le fondement de la justice. Par exemple , d'après Carnéades, nuire à son semblable, être cause de sa mort,

• De fato, u.

ACA 145 c'est agir contre la justice. Que fera l'homme juste dans un naufrage? Si un plus faible que lui s'empare d'une planche pour se sauver, ne la lui arrachera t-il pas pour se sauver lui-même? Ce sera prudence de sa part , autrement sa perte est assurée; au contraire, s'il aime mieux périr que de causer la perte de son compagnon , c'est un fou, un insensé. De là Carnéades concluait qu'il n'y a point de justice ; car une vertu qui agit contre la prudence et contre la raison ne peut passer pour juste.

L'école académique ayant pris une nouvelle direction sous Philon et Antiochus , ce changement les fit regarder comme auteurs d'une quatrième et d'une cinquième académie. Ils adoptèrent successivement un langage plus hypothétique, et se montrèrent médiateurs entre les stoïciens et les sceptiques.

Quant à Philon , en continuant à soutenir que les objets réels ne peuvent être connus par cette perception compréhensive que les stoïciens ont érigée en critérium, il admit que de leur nature ils sont susceptibles d'être connus.

Ce philosophe avait remarqué qu'une conséquence peut être vraie, quoiqu'elle se rattache à une supposition fausse. Il distinguait trois sortes de' vérités : i° celles qui sont déduites d'une proposition vraie elle-même dans le fait; comme s'il fait jour, on jouit de la lumière; 20 celles qui sont déduites d'une proposition fausse, mais comme conditionnelle seulement; par exemple, si la terre vole , la terre est ailée; 3° celles enfin dans lesquelles la conclusion présente non seulement une vérité hypothétique , mais une vérité réelle , malgré le vice de la supposition; comme , si la terre vole , elle existe. Philon aurait donc distingué les vérités hypothétiques des vérités de fait , et admis à la fois les unes et les autres.

Antiochus , disciple de Philon , se montrant d'abord académicien très zélé, soutint la doctrine de Carnéades, mais depuis il changea de sentiment; après avoir établi le doute, il se déclara pour la réalité des connaissances humaines.

Ântiochus fit passer dans l'académie quelques dogmes des stoïciens qu'il attribuait à Platon^ soutenant que la doctrine de ces philosophes , loin d'être nouvelle , n'était qu'une réforme de l'ancienne académie. Il publia en outre un ouvrage contre Philon son mattre , ou plutôt contre luimême , puisque cette doctrine qu'il combattait , il l'avait long- temps enseignée et défendue par de savants écrits. En cela il montrait combien les hommes sont éloignés de pouvoir jamais être assurés s'ils peuvent savoir ou non quelque chose de certain.

De plus, comme il se déclara contre le scepticisme avec beaucoup d'énergie , Cicéron , sans doute pour cette raison, le dit plus stoïcien qu'académicien. Toutefois, à bien saisir l'esprit de la doctrine d' Antiochus , on y trouvera plutôt un véritable éclectique , faisant consister la réalité des connaissances dans le témoignage des sens, dans celui de la conscience et dans la véracité des facultés de l'entendement. Ainsi cette cinquième académie , dont il fut, dit-on , le fondateur , n'en mérite pas le nom , puisqu'on ne peut la regarder comme ayant maintenu et enseigné les principes fondamentaux des académiciens ; on n'y retrouve en aucune manière l'esprit de ces philosophes célèbres, mais bien plutôt celui des dogmatistes. En un mot, ce n'est qu'un mélange de la doctrine des stoïciens, altérée en plusieurs points, et de celle de l'ancienne académie , à peu près également mutilée ou réformée : ce qui établit entre ces deux doctrines un rapport, une analogie assez difficile à saisir et plus apparente que réelle.

D'après l'examen du caractère et de l'esprit particulier des différentes académies, on peut conclure , contre ceux qui en admettent cinq , qu'il n'y en a eu que quatre , plus ou moins distinctes.

Pour plus amples éclaircissements sur la doctrine des académiciens , on peut consulter Diogène Laerce ; Sextus Empiricus ; Cicéron , dans ses Académiques ; saint Augustin, dans son Traité contre tes académiciens; et le ]P. Valence, dans l'ouvrage qu'il a donné sous le titre d'Acadcmica. M.

ACA i47 ACAJOU* ( Histoire naturelle. ) Tout le monde possède aujourd'hui des meubles en acajou , et l'on s'inquiète peu de l'histoire de l'arbre qui produit un bois si précieux. Il est résulté du peu de soin que l'on a mis longtemps à le connaître , que ce nom d'acajou n'a pas été appliqué par les botanistes eux-mêmes à l'arbre qui le produit véritablement. L'acajou de ceux-ci est le cassuvium de M. de Jussieu, qui ne s'élève pas à une fort grande hauteur, et dont le tronc n'est jamais assez considérable pour fournir aux ateliers de l'ébéniste les pièces de bois considérables qu'il utilise.

Un fruit singulier, improprement appelé pomme et noix d'acajou , et qui est bien celui du cassuvium , a donné lieu à cette erreur. On l'apportait des colonies depuis longtemps parmi diverses raretés, comme celui dont la graine produisait l'arbre d'où provenait un bois de plus en plus recherché. On voit souvent de ces fruits, très gros conservés dans des bouteilles remplies d'esprit -de -vin , et dont l'orifice est si étroit qu'on ne conçoit guère comment ils y ont été introduits quand on ne connaît point le procédé fort simple par lequel on fait mûrir dans un flacon un bourgeon à fruit introduit après la fécondation de l'ovaire par les étamines.

Le bois d'acajou provient de l'anacardier, arbre des Indes dont on connaît deux espèces qui atteignent aux dimensions de nos plus grands chênes.

Plusieurs autres arbres des pays chauds fournissent aussi dans le commerce du bois que l'on confond avec l'acajou ; tels sont ceux que les botanistes ont appelés cedrellaetswitenia. Ce nom d'acajou paraît au reste n'être que la corruption des mots caju et cazou , qui , dans les langues de racine malaise, désignent simplement le bois de tout arbre, employé soit à la charpente , soit à la menuiserie , d'où sont venus les noms de caju areng, qui est une sorte deboisd'ébène, de caju radja qui est le canneficier, et de caju ular, qui est un vomiquier employé contre la morsure des ser-

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pents,etc. {V oyez Ébrne, Canneficier , Vomiqub et Bois.)

B. de St. V.

ACANTHE. {Architecture.) En architecture , les deux espèces d'acanthe ont été particulièrement appropriées, tant par les Grecs que par les Romains, à orner non seulement le chapiteau corinthien , mais encore une infinité de moulures , vases et meubles à leurs usages. {Voyez Ordre corinthien.) D...T.

ACCAPAREMENT. ( Voyez Monopole. )

ACCÉLÉRATRICE. ( Voyez Force.)

ACCENSUS. {Antiquités.) C'était une espèce d'huissier attaché aux magistrats romains. Il était chargé d'assembler le peuple ; il introduisait auprès du préteur, et marchait devant le consul lorsqu'il n'avait point de faisceaux. [Il avertissait le magistrat lorsqu'il était neuf heures , midi et trois heures du soir. II servait aussi de greffier. On donnait encore le nom d'accensi à des soldats armés à la légère qui combattaient avec des frondes et des pierres. Ce mot a la même étymologie que le précédent , puisque Vaccensus marchait devant te consul, comme un flambeau pour l'éclairer, et que les accensi étaient des soldats qui, comme éclaireurs, servaient à commencer ou enflammer le combat; car il ne faut pas confondre accensi, qui vient d'accendo , avec accensiti, enrôlés , enregistrés , qui vient d'accensco. E. J.

ACCENT. ( Grammaire. ) Ce mot exprime en même temps un signe de grammaire et la chose signifiée. L'usage du signe ne sera compris que quand on connaîtra bien la

chose signifiée.

L'accent dans la prononciation, c'est, comme l'indique l'étymologie ( accinere , chanter ) , cette espèce de chant qui consiste dans le ton plus ou moins élevé , plus ou moins aigu avec lequel nous prononçons certains mots dans une phrase , ou certaines syllabes dans un même mot. On nomme plus particulièrement emphase l'élévation de la voix sur un mot, pour le distinguer au milieu d'une phrase; accent, la modification propre è une syllabe. Dans ce sens,

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îl n'y a pas un mot , de quelque langue que ce soit , qui n'ait son accent. Mais les langues varient beaucoup sous ce rapport, les unes , comme la langue française, prononçan' presque sur le même ton tous les mots d'une phrase , ou toutes les syllabes d'un mot; les autres , comme les langues grecque, latine, italienne, etc., marquant l'accent très fortement et introduisant dans la prononciation une espèce de chant régulier. Dans les langues où l'accent est très marqué, il était nécessaire de noter ces modifications du son par des signes particuliers qui ne se confondissent pas avec les signes du son même ( les lettres ) , et c'est ce qui a fait inventer ces accents qui portent le même nom que ce qu'ils expriment. Les Grecs les premiers ont fait usage de l'accent; mais ils n'ont senti ce besoin que fort tard , dans un temps où leur mélangn avec des nations étrangères leur faisait craindre que la prononciation ne s'allérât , et faisait d'ailleurs sentir le besoin d'enseigner par principes ce que l'on apprenait jusque-là par l'usage. C'est à Aristophane de Byzance , grammairien d'Alexandrie , sous Ptolémée Évergète, qu'on en attribue l'invention, vers la fin du troisième siècle avant Jésus Christ.

Commues principales indexions de la voix consistent à l'élever ou à l'abaisser , ou à l'élever et à Rabaisser tour à tour sur une seule syllabe , on inventa trois accents : l'ai gu ( ' ) pour indiquer la première inflexion; le grave (' ) pour la deuxième ; et pour la troisième le circonflexe, formé de la réunion des deux autres ( " ) , ce que plus tard on changea en ( 4 et-). On n'attend pas sans doute que nous don nions ici les règles des accents dans les différentes langues ; c'est aux grammaires particulières , et plus encore . pour les langues vivantes, a l'usage qu'il faut recourir.

Nous avons aussi dans notre langue des signes que l'on nomme accents, mais ils n'ont avec ceux des Grecs de commun que le nom. Ils servent , non à nîarquer la voyelle sur laquelle la voix doit s'élever ou s'abaisser, mais seulement à suppléer à la pénurie des letlres, et à distinguer plusieurs

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sons qui dans*une langue plus complète devraient avoir des voyelles propres. C'est ainsi que les Grecs exprimaient par les voyelles t et m , ce que nous indiquons par la même voyelle e avec l'accent aigu (é) ou l'accent circonflexe (é).

ACCENTS. {Antiquités.) Ils étaient connus chez les Grecs et chez les Romains : Aristophane de Byzance, grammairien qui vivait deux siècles avant Jésus-Christ, passe pour les avoir inventés. ( V oyez Dansse de Villoison , dans son Appendix à ses Epistolœ vinarienses s et Thomas Burgess, dans les Miscellanea critica de Dawes.) Saint Augustin témoigne aussi que dès le quatrième siècle on voyait des esprits dans les manuscrits grecs de l'ancien Testament. Winckelmann nous apprend qu'on a trouvé dans les manuscrits d'Herculanum , sur quelques lettres , des points et des virgules que nous nommons des accents, qu'on ne trouve plus de semblables marques dans les inscriptions faites après le siècle d'Auguste. Les accents étaient marqués sur un vers d'Euripide écrit sur le mur d'une maison qui faisait le coin d'une rue d'Herculanum. ( Voyez ces inscriptions à cet article, dans le Dictionnaire d'antiquités de l'Encyclopédie méthodique. ) E. J.

ACCEPTATION. {Législation.) C'est l'action de celui qui reçoit volontairement ce qui lui est proposé , offert, donné ou déféré. On connaît en droit beaucoup d'actes qui ne sont parfaits que par l'acceptation. {Voyez les mots Communauté , Délégation , Donation , Legs , Lettres db change , Succession. )

ACCERSITORES. {Antiquités.) Les Romains donnaient ce nom à des domestiques qu'ils faisaient aller devant eux pour annoncer leur arrivée. Accersitor signifie qui va appeler ou quérir, qui fait venir, A'accerso, mander, appeler, faire venir , envoyer chercher. E. J.

ACCÈS ( théorie des ). ( Voyez Lumière. )

ACCESSION. {Législation.) Signifie une manière d'acquérir la propriété de certaines choses , qui s'unissent à

ACC i5i celles qu'on possédait déjà : aussi la loi a-t-elle consacré ce principe , que la propriété d'une chose , soit mobilière , soit immobilière, donne droit sur tout ce qu'elle produit et sur ce qui s'y unit accessoirement, soit naturellement, soit artificiellement. [Voyez Alluvion. )

ACCESSOIRE. ( Législation. ) Est ce qui accompagne une chose principale , ce qui s'y ajoute , ce qui s'y unit : les accessoires d'une chose ne sont jugés tels que par l'usage qu'on leur donne , et non par leur valeur, qui peut excéder de beaucoup le prix de la chose même. ( V oyez Accession. )

ACCIDENCE, ACCIDENT. (Grammaire.) On donne en grammaire le nom d' accident h la partie variable des mots, à ces formes diverses qu'ils reçoivent quelquefois pour exprimer certaines idées accessoires qui modifient le sens de l'idée principale , telles que celles du sexe , du nombre , etc. On nomme accidence la propriété de revêtir ces formes accidentelles. Ainsi tous les mots qui ne sont pas invariables ont leurs accidents. Les noms ont le genre, le nombre , le cas; les adjectifs ont eu outre le comparatif, le superlatif; les verbes ont, avec le nombre, la personne , le temps , le mode. (Voyez chacun de ces mots). B...T.

ACCIDENT. (Musique.) On nomme accident en musique , les dièses , bémols et bécarres, parce que ces signes placés devant les notes, les altèrent momentanément en les haussant ou les baissant d'un demi-ton. ( Voyez Dièse , Bémol, Bécarre. ) B...N.

ACCIDENTEL. (Musique.) On appelle signes accidentels les dièses et bémols qui, n'étant point à la clef, se rencontrent dans le courant d'un morceau de musique.

ACCLAMATION. (Antiquités.) Cette manière d'exprimer son consentement était en usage à Athènes pour l'élection de quelques magistrats. On les nommait par acclamation; maison ne manifestait sonchoixqu'en élevant les mains sans proférer de paroles. Les sénateurs romains acceptaient

i5a ACC une proposition par acclamation , lorsqu'ils se rangeaient tous du côté du proposant , ce qui s'appelait ire in pedes alicujus. L'acclamation des barbares s'exprimait par un bruit confus de leurs armes , et en frappant leurs épées sur les boucliers.

Les acclamations se faisaient entendre dans les mariages. C'était un heureux présage pour la destinée des époux. Lorsque les empereurs distribuaient un congiaire, le peuple faisait retentir des acclamations , et lui souhaitait de longues années :

Augeat imperium nostri dncis, augeat annos!

dit Ovide.

Les acclamations étaient fort usitées parmi les soldats: i° Lorsqu'ils élisaient un commandant, ils criaient : DU te servent, imperator! si0 Au moment où les armées s'ébranlaient pour combattre , ils criaient : Victoria ! 3° Après la victoire, ils nommaient leur chef imperator par acclamation. 4° Lorsqu'ils accompagnaient un triomphateur au Capitole, ils criaient: lo triumplie! io triumphe ! ou bien :

De Dostris annis tibi Jupiler augeat annos!

Les acclamations avaient lieu aussi quand les empereurs faisaient leur entrée dans Rome. On louait avec des acclamations répétées , telles que bene et prœclare! ou belle et festive, non potest melius ! les auteurs qui lisaient leurs ouvrages dans les écoles , dans des salles de lecture publiques ou particulières. Ils avaient soin d'inviter des auditeurs et des acclamateurs pour les entendre lire ou déclamer leurs compositions. C'était comme dans nos spectacles et dans nos athénées.

L'amphithéâtre retentit des premières ac clamations. Ce ne furent d'abord que des cris et des applaudissements confus. Mais dès le règne d'Auguste , on en fit un concert étudié : les courtisans sont nés avec les cours. Un musicien don-

ACC i55 Dait le ton , et le peuple faisant deux chœurs , répétait alternativement la formule d'acclamation. Le dernier acteur qui occupait la «cène donnait le signal des applaudissements par ces mots , valete et plaudite. Lorsque Néron ouait de la lyre sur le théâtre, Sénèque et Burrhus étaient ilors les coryphées ou premiers acclamaleurs ; de jeunes chevaliers se plaçaient dans différents endroits de l'amphihéâtre, pour répéter les acclamations; et des soldats gagés à cet effet se mêlaient parmi le peuple , comme les espions dans nos fêtes, afin que le prince entendît un concert unanime d'applaudissements. Ces acclamations chantées,

ou plutôt accentuées, durèrent jusqu'au règne de Théo-

donc.

L'entrée des princes et des hommes recommandables était accompagnée de longues et nombreuses acclamations. Sertorius fut reçu dans l'amphithéâtre avec des. applaudissements répétés et de grandes acclamations. Le peuple romain entendant Virgile réciter ses vers sur la scène, fut si touché de leur beauté qu'il se leva d'un commun accord, se tourna du côté du poêle et le salua, comme il faisait à l'arrivée d'Auguste. (Voyez Quiutilien, de Orat^ cap. i3 , n° 3. )

Cet usage passa du théâtre dans le sénat. Les sénateurs exprimaient leur consentement aux volontés de l'empereur par ces formules : Omîtes f omnes , œquum est, justum est. L'un d'eux prononçait une formule d'acclamation , et tous la répétaient à 1 envi. Trebellitis (in Claudio ) nous assure que ces acclamations avaient été répétées jusqu'à soixante-dix fois et même quatre-vingts fois. Brisson et Ferrari en ont recueilli un grand nombre. Les médailles nous en ont aussi conservé, et nous apprennent que le peuple faisait par acclamation des vœux solennels pour la conservation des princes , et les renouvelait tous les cinq , les dix, les vingt ans , etc.

Les acclamations ou plutôt les vociférations furent aussi un témoignage public de la haine ou du mépris. C'est

i54 ACC

ainsi qu'après la mort de Domitien , le sénat , si soumis auparavant et si vil , se répandit en invectives contre ce tyran, et répéta les acclamations les plus injurieuses, dit Suétone. Lampride nous a transmis quelques formules de ces acclamations dans la vie de Commode , cap. 17.

L'acclamation ordinaire des Grecs était ayo&n tu^ ! bonne fortune ! Les chrétiens conservèrent l'usage des acclamations dans les églises et dans les conciles. La révolution Ta fait renaître parmi nous , et il a eu une grande influence sur sa marche et sur ses effets. E. J.

ACCOMPAGNEMENT. (Musique.) On nomme a^compagnement les accords dont on accompagne, la voix ou quelque instrument. L'art des accompagnateurs %st de faire valoir le chant ; ils doivent se guider sur la basse et sou tenir la partie chantante, sans la couvrir, par des accords indiqués par la marche de cette basse ou par l'harmonie de la partition sur laquelle ils accompagnent.

Accompagnateur. On nomme ainsi celui qui avec un orgue, un piano ou tout autre instrument , soutient une ou plusieurs voix dans une église, un théâtre ou un concert. On peut accompagner aussi un instrument qui exécute un solo.

Accompagner, c'est exécuter, en même temps que le chanteur ou l'instrument qui récite, les parties qui soutiennent et suivent la mélodie. B. . . v

ACCORD. (Musique.) C'est l'union de plusieurs sons entendus simultanément. Le rapprochement des intervalles de douzième et de dix-septième produits par la résonnance du corps sonore harmonique (voyez Aliquotes) forme un accord composé d'une tierce et d'une quinte ; cet accord étant donné par la nature a été nommé accord parfait; il est le type , la source de tous les autres, qui ne sont que des renversements, des retardements , des altérations, ou des augmentations de l'accord primitif.

Les accords se composant d'une réunion de sons musicaux , pour indiquer les rapports respectifs que ces mêmes sons ont entre eux dans la composition de tel ou tel ac-

ACC i55 cord, on les désigne par le titre d'intervalles. Le point de départ , qui est toujours pris du son le plus grave et que l'on nomme basse, est désigné par 1 ; et l'octave , qui est la répétition de la tonique , par 8. Ainsi donc , V accord parfait se composant de 1, — 3, — 5, — 8, si l'on voulait l'employer sur le ton de fa par exemple , la prime , ou î , sera fa; la tierce, ou* 5, sera la; la quinte , ou 5 , sera ut; et l'octave, ou 8 , sera fa en haut. Ainsi de même pour tous les tons.

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