tome ier, page 46° > et tome 1 1 > P* ^04. F
ACTION. ( Législation. ) La plupart des jurisconsultes qui ont écrit sur le droit romain définissent Y action , «le droit que nous avons de poursuivre en justice ce qui nous esL dû ou ce qui nous appartient.» Cette définition est celle qute donne Justinien dans ses Inslitutes1. Toutefois , elle nous parait incomplète; car, dans le langage des lois, si l'on appelle ocJûrn le droit qu^on a de poursuivre en justice ce qui nous est dû ou ce qui nous appartient , on qualifie aussi de la même manière la poursuite dirigée devant les tribunaux par celui qui peut n'avoir aucun droit. De telle sorte que l'action, considérée comme un droit, peut appartenir à celui qui ne s'est pas encore pourvu en justice;
« Liv. 4, tit. 6. Celse, au Dig., c. 3, de act. et oblig.
landis que, d'un autre côté , une action peut être portée devant les tribunaux à la requête de celui qui n'avait aucun droit à exercer.
Si Ton considère le but des actions en général , on les divise en deux classes bien distinctes. Les unes ont pour résultat d'obtenir une condamnation dans l'intérêt privé de la partie qui s'est pourvue en justice ; tandis que les autres tendent à faire prononcer l'application d'une peine plus pu moins grave à un fait que la loi qualifie contravention , délit ou crime. Les premières que chacun peut exercer à ses risques et périls , sont les actions civiles.
Une première division s'opère entre les actions civile*. Ainsi , nous appelons actions immobilières les actions qui tendent à la revendication d'un immeuble : nous désignons au contraire sous le nom d'actions mobilières celles qui ont pour objet des sommes exigibles ou des effets mobiliers. Cette première division des actions est indiquée par h division même des biens en meubles et immeubles : mais si Ton considère la nature du droit à exercer et la qualité de la personne contre laquelle l'action est dirigée, on est obligé d'admettre une division nouvelle. L'action est-elle la poursuite d'un engagement personnel*,* est- elle dirigée contre celui qui a contracté l'engagement ou contre ses héritiers, c'est une action personnelle.
Au contraire , l'obligation repose-t-elle sur un immeuble , et l'action est-elle dirigée contre le tiers détenteur de cet immeuble, quoiqu'il n'ait contracté lui-même aucun engagement personnel, elle prend alors le nom d'actif réelle.
Enfin , celui contre qui la poursuite est dirigée se Irouve-t-il à la fois obligé dans sa personne et dans ses biens , l'action est mixte.
La plupart des actions portées devant les tribunaux sont de cette dernière nature; car il n'existe d'action réelle proprement dite que l'action hypothécaire, dirigée contre le tiers détenteur d'un immeuble qui se trouvait affecté
ACT 239 "acquittement d'une obligation, entre les mains du précédent propriétaire; et Faction personnelle a toujours elleiiême quelque chose de réel dans son exécution , puisqu'on ae fait condamner la personne du débiteur que pour atteindre les biens - meubles ou immeubles qu'il possède. On indiquera au mot Compétence devant quels tribunaux doivent être portées ces diverses espèces d'actions , et au mot Prescription le délai dans lequel elles doivent être exercées à peine de déchéance.
L'action civile , en réparation du dommage causé par un crime, par un délit ou par une contravention, appartient à tous ceux qui ont souffert de ce dommage. {Voyez Partie CIVILE.)
La poursuite de Faction publique n'appartient qu'aux magistrats institués à cet effet. {Voyez Procureur du roi et Procurbur-gjénébal.)
Dans plusieurs états d'Allemagne où la législation romaine forme le droit commun , on a conservées divisions et les qualifications des diverses actions , telles qu'on les trouve dans les lois du Digeste et du Code.
En Angleterre, l'action publique {action populos) appartient aux simples particuliers comme aux magistrats , lorsqu'il s'agit de la violation d'une loi pénale. La plupart des actions ont leur désignation particulière : ainsi on appelle action trove, celle qui est dirigée par le propriétaire d'un objet perdu contre celui qui Fa trouvé; action assumpsit9 Faction intentée contre celui qui s'est obligé à faire une chose , ou à payer une somme d'argent.
Il y a quelques actions qu'on ne peut intenter sans avoir rempli certaines formalités ; par exemple , on ne peut en Angleterre actionner un juge de paix sans l'avoir averti préalablement un mois à l'avance. • Action de compagnie. C'est une part dans les fonds et l'intérêt d'une compagnie formée pour une entreprise quelconque. L'action est d'ordinaire accordée pour une mise de fonds. Elle peut être aussi attribuée à celui qui n'a ap-
*4o ACT
porté dans une société que son travail ou son industrie. Certaines actions ont un cours public à la bourse. Telles sont les actions de la banque de France , et les actions des ponts et des canaux.
L'intérêt des sociétés anonymes se divise par actions; elles ne peuvent être établies qu'avec l'autorisation du gou vernement. {Voyez Société.) C...s.
ACTIAQUE (Abe), {Antiquités.) Tire son origine et son nom de la bataille d'Açtium, qui rendit Auguste maître de l'Égypte et de tout l'empire romain. Elle commença chez les Romains avec la seizième année de l'ère julienne , c'est-à-dire au premier janvier de l'an 724 de Rome. En Égypte , où elle fut adoptée la même année et se maintint jusqu'au règne de Dioclétien, elle commença avec le mois thoth, ou le 29 août, et le ier septembre chez les Grecs d'Antioche, qui la nommaient aussi l'ère d'Antioche. Ce fut à l'époque de la bataille d'Actium que les Égyptien travaillèrent à la réformation de leur calendrier, sur le modèle de la correction julienne. On donnait le surnom d'Actiaque (actiacus, actius ou actetis) à Apollon, parce qu'il était honoré d'un culte particulier sur le promontoire à*Actium. Ce dieu paraît sur les médailles d'Auguste avec un habillement de femme et une lyre dans la main. Auguste lui bâtit un nouveau temple et renouvela les jeux actiaques en son honneur, après la victoire navale qu'il remporta sur Marc-Antoine près d'Actium, parce qu'il crut en être redevable à ce dieu , qu'il honora toujours depuis plus que tous les autres dieux ; ce qui explique pourquoi il est souvent désigné sous le nom & »* polîon dans Virgile et dans Horace , et représenté sous se» attributs sur les monuments. On célébrait dans l'origine les jeux et fêtes actiaques tous les trois ans.
Actiaque iliacis celebramus littora ludis.
/Eneid. I. 5, v. 280.
Ils étaient quinquennaux , selon Suidas , à l'instar
des
ACT 241 jeux. olympiques. 11 y avait des combats d'athlètes , des courses de chevaux, des combats sur la mer, et des danses. On y tuait un bœuf; ce qui me paraît fournir l'origine de la cérémonie du Bucentaure , conservée chez les Vénitiens jusqu'à nos jours. Ce bœuf était ensuite abandonné aux mouches, qui s'envolaient et ne revenaient plus, après s'être abreuvées de son sang. E; J.
ACTIVITÉ. (Philosophie.) Activité intellectuelle. Avant le nous occuper de l'objet spécial de cej. article, qui est de rechercher la nature , les formes et la loi de l'activité de amc dans son rapport avec les idées , il convient de pré- ;entsr quelques observations qui semblent nécessaires pour îdaircir le sujet auquel nous passerons ensuite.
A son entrée dans la vie , l'âme éprouve quelque plaisir m quelque peine, elle sent. Sent-elle sans avoir conscience de sa sensation ? L'expérience ne nous l'apprend >as; aucune induction ne nous porte à le supposer, et 'idée que nous avons de notre sensibilité ne s'accorde pas avec celle d'une sensibilité qui agirait en nous à notre insu; car sentir, pour nous, c'est savoir que nous sentons. Cette conscience ou connaissance intime que nous avons de nos manières de sentir est obscure ou claire , spontanée ou réfléchie. Dans ces deux cas , nous savons que nous sommes , nous distinguons notre moi de ce qui n'est pas lui : le moi se dégage à ses propres yeux du nonmoi ; mais à la première vue qu'il a de lui-même, il s'aperçoit à peine, ne doute pas de lui, mais ne se sait pas bien ; pour mieux se savoir, il a besoin d'un moment de réflexion. Quand à cette intuition première qu'il a de luimême il joint un regard attentif p il se saisit plus nettement, s'abstrait avec plus de pureté du sein des choses , se reconnaît et se proclame une personne avec plus de confiance.
Dès que l'âme a cette conscience claire d'elle-même , elle trouve qu'elle se possède, qu'elle peut se diriger et qu'elle peut soumettre ses idées à un travail volontaire et méthodique.
C'est dans ses opérations sur les idées que nous allons observer l'activité de l'âme , qui , de cette fonction spéciale qu'elle remplit, peut prendre le nom d'activité intellectuelle.
Pour l'analyser avec exactitude , commençons par déterminer la nature et l'état du sujet sur lequel elle déploie son action.
Qu'est-ce qu'une idée? qu'est-ce qu'avoir urte idée? N'est-ce pas savoir qu'un objet est tel ou tel , l'apercevoir sous quelque point de vue , juger qu'il a certaines qualités? L'idée n'est donc qu'un jugement. J'entends l'idée complète et totale, telle qu'elle nous est donnée primitivement par la nature; carxelle que nous devons à l'art d'abstraire et de parler , et qui n'embrasse pas en même temps l'objet et ses qualités , le sujet et l'attribut, mais se rapporte seulement à l'un ou à l'autre, n'est pas un jugement, parce qu'elle n'est pas totale : partielle, elle n'est qu'un élément, qu'une fraction du jugement. Mais l'idée naturelle , qui est toujours concrète , est un vrai jugement.
Lorsque l'esprit porte pour la première fois sur ses idées un regard attentif, il les trouve obscures. Elles sont obscures parce qu'elles sont légères et fugitives , et que , dans leur continuelle instabilité, elles ne cessent d'apparaître et de disparaître sans faire sur la vue aucune impression précise et durable ; elles le sont parce que , au milieu du mouvement rapide et irrégulier qui les emporte, elles se mêlent entre elles et forment mille groupes mobiles, variables, souvent bizarres et toujours confus; elles le sont encore parce qu'une exacte analyse n'a pas parcouru et séparé avec ordre leurs points de vue partiels , et répandu successivement la lumière sur toutes les faces qu'elles présentent; elles le sont enfin parce que chacune d'elles en particulier n'offre aux yeux qu'un ensemble vague , un tout mal composé.
Impatient des ténèbres répandues devant ses yeux , l'esprit, qui a besoin de clarté, s'agite et cherche à s'éclairer.
ACT «43 on activité se dirige sur les idées obscures , et , par une >robinaison heureusement variée de mouvements divers , le parvient à les produire à la lumière. Elle s'attache abord à saisir, d'une prise vive et ferme , celle qui parmi >utes les autres doit devenir l'objet spécial de sa réflexion, lie la retire de l'espèce de tourbillon qui l'enlraîne , la îtient sous ses regards, et se la rend présente pendant n certain temps. Quand elle a déployé cette puissance 'application, elle fait un nouvel effort pour la dégager du lilieu de cette foule d'objets avec lesquels elle la voit tonours prête à se confondre , lui donne une place à part , et i détermine par d'exactes distinctions. Cependant elle* 'aperçoit pas encore les éléments qui s'y trouvent comris ; pour les reconnaître , elle les analyse et les dispose lans un ordre successif. Mais en terminant cette décomjosition , elle sent que , partie de l'unité , elle n'est parvelue dans sa marche qu'à une pluralité désunie; et cepenlant c'est à l'unité qu'elle a besoin de 'revenir pour la retrouver, non pas telle qu'elle Ta laissée au point de départ, nais telle que doit la faire le travail. Elle quitte alors la forme de l'analyse pour prendre celle de la synthèse ; elle compose ou plutôt elle recompose l'idée qu'elle a décomposée; elle recueille les idées partielles qu'elle en a successivement abstraites, les réunit dans un point de vue commun , et reproduit l'unité , un instant détruite et bientôt reformée. Celte unité reproduite est un jugement clair dans son ensemble et ses parties.
C'est ainsi que l'activité intellectuelle opère, par des actes d'application , de -distinction , d'analyse et de synthèse, l'admirable phénomène de l'éclaircissement.
Tant que les idées n'ont pas été éclaircies, l'esprit ne Pe"t saisir ni leurs ressemblances ni leurs différences ; roais dès qu'il les a fait passer de l'obscurité à la lumière , ^ lui est facile de remarquer les rapports qui les unissent, parce qu'il peut les comparer l'une à l'autre. La comparai- *°n est l'attention dirigée à la fois sur deux termes , se par-
s44 ACT
tageant entre eux , se doublant en quelque sorte pour i rapprocher, et rendre sensibles dans le rapprochement i< points par lesquels ils se conviennent ou se repoussent G 'est une nouvelle forme que prend l'activité, pour dispose avec ordre les jugements éclaircis, et remplacer par « arrangement régulier l'association informe qu'ils compo saient dans leur confusion première.
Après avoir comparé les idées , elle généralise celle qui , par leur nature, sont susceptibles de cette opéra lion car il en est qui ne la comportent pas et qui s'universa lisent au lieu de se généraliser. {Voyez Connaissance*