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G2 ADJ

Le code de procédure exige plus de délais et de formalités pour l'adjudication des barques, chaloupes et autres bâtiments de rivière, ainsi que pour celle de la vaisselle d'argent, des bagues et joyaux, de la valeur de 5oo francs au moins.

Dans tous les cas l'adjudication doit être faite au plus offrant, et au comptai^. Faute de paiement, l'effet est revendu sur-le-champ aux risques et périls de l'adjudicataire, qui demeure garant de la différence du prix , si le prix de la seconde adjudication est inférieur au prix de celle qui lui avait été consentie. Les commissaires-priseurs et huissiers qui procèdent à la vente sont personnellement responsables du prix de l'adjudication.

Les formalités sont encore plus nombreuses lorsqu'il s'agit de l'adjudication d'un immeuble, parce que le législateur s'est proposé le double but de rendre ces poursuites plus rares en les hérissant de beaucoup de difficultés, et de faire porter l'immeuble 'à sa véritable valeur en donnant toute la publicité possible aux divers actes qui précèdent l'adjudication. ( Voyez Saisie immobilière.)

Le code de commerce prescrit les formalités à observer pour l'adjudication des navires saisis. Il veut qu'en matière de faillite la vente des marchandises puisse avoir lieu soit par adjudication publique aux enchères, soit par l'intermédiaire des courtiers , soit à l'amiable.

Les lois pénales contiennent des dispositions contre ceux qui troublent la liberté des enchères et cherchent à écarter les enchérisseurs.

Nous renvoyons au mot Forêts ce qui concerne l'adjudication des coupes de bois.

D'après l'ancien droit autrichien, l'adjudication de l'immeuble saisi devait avoir lieu au prix de l'estimation, en faveur du créancier poursuivant. Cette disposition était toute dans l'intérêt du débiteur, qui ne courait pas ainsi le risque d'être dépouillé de sa propriété à. vil prix ; mais elle devait être plus d'une fois onéreuse au créancier, qui

ADM 260 lirige des poursuites pour obtenir son paiement , et non )our devenir adjudicataire d'un immeuble.

Aujourd'hui l'adjudication a lieu en faveur du plus ofrant et dernier enchérisseur, après trois enchères consécutives , à moins qu'à la première ou à la seconde enchère e prix offert égale ou surpasse celui de l'estimation.

Une telle disposition n'est consacrée par nos lois que orsqu'il s'agit d'une adjudication volontaire dans laquelle les mineurs sont intéressés; mais il n'y a pas d'estimation préalable dans une poursuite en expropriation forcée, et 'adjudication a toujours lieu au^prix offert par le dernier închérisseur, après l'accomplissement des formalités près* :rites. . C...s.

ADMINISTRATION. (Politique.) Administrer veut lire assister et régir; ce mot s'applique spécialement à toute régie qui exige la protection de certaines personnes el la gestion de leurs affaires.

Nous ne pouvons traiter ici que de l'administration publique. Quelle que soit la forme du corps politique, sa puissance se compose de trois éléments , le pouvoir qui dispense les lois générales, celui qui les fait exécuter par la généralité des citoyens, et celui qui, selon les différentes divisions du pouvoir et des territoires , rend l'exécution des lois plus facile et plus profitable à chaque localité. Montesquieu a fait de l'ordre judiciaire un pouvoir séparé et indépendant : cependant l'administration de la justice n'estqu'une partie de l'administration publique; et si ce publiciste parlementaire , au lieu de vivre sous l'empire des cours souveraines , eût vécu sous la liberté des communes de France avant la féodalité ou après leur affranchissement, il eût reconnu que non seulement l'ordre judiciaire, mais que tout Tordre administratif jouissait et devait jouir, pour le bonheur des citoyens, d'une véritable indépendance politique.

Dans les républiques de la Grèce , dans les républiques Maliennes, dans les cités des Gaules, dans les villes du

moyen âge , on trouve partout la puissance législative qui pose les règles d'administration publique , et le pouvoir exécutif ou gouvernement chargé de l'administra tion générale, ; mais les localités se sont constamment administrées par elles-mêmes. C'est par des magistrats temporaires et de leur choix qu'elles percevaient les impôts, dispensaient la justice; elles veillaient à Tordre intérieur par une police paternelle et par des milices communales. Le pouvoir législatif ne s'adressait qu'à la généralité des citoyens de l'état; le pouvoir exécutif ne s'adressait aussi qu'à la généralité des individus dont les localités se composaient. C'est ainsi que la tyrannie ne pouvait exister ni dans la loi ni dans le gouvernement , parce que ni l'une ni l'autre ne pouvaient atteindre un citoyen isolé , et que celui-ci , quel que puissant , quelque obscur qu'il pût être , ne pouvait être protégé ou puni que par les magistrats qu'il avait élus et qui avaient besoin d'être justes pour obtenir la conser vation de leur dignité. Les derniers vestiges de cette admi nistration ont été détruits en France par l'ordonnance de Moulins et par l'édit de 1692; les pays d'état, dès longtemps dénaturés dans leur essence même , n'en offraient plus qu'une image mensongère.

Si les intérêts locaux ne peuvent être protégés que par des administrations locales , les administrations locales ne doivent s'occuper que des intérêts locaux. L'ordre public appartient au gouvernement, et cet ordre ne peut être troublé par les sociétés municipales; elles unissent les citoyens entre eux sans les séparer de l'état; elles distribuent avec justice et allègent par conséquent la rigueur des lois , le fardeau des impôts et le poids de l'obéissance. Mais l'administration publique doit, tant qu'elle est juste , trouver dans les administrations locales toujours un appui et jamais un obstacle. Aussi le gouvernement est-il sans cesse intervenu dans les gestions municipales ; et sa présence y était nécessaire , soit comme protectrice des citoyens que des magistrats poursuivaient

injustement, soit comme protectrice de la société à qui les communes refusaient les redevances ou l'appui indispensables à son existence : les préfets dans les provinces romaines ; les missi dominici, sous nos anciennes dynasties; et plus tard , les procureurs du roi dans l'ordre judiciaire , les intendants dans l'ordre civil, et les gouverneurs dans l'ordre militaire, avaient eu cette unique et salutaire mission.

Mais les meilleures institutions se dénaturent. Le pouvoir exécutif, permanent en tous lieux et presque toujours héréditaire , finit partout par usurper la puissance législative , et alors il devient le despotisme; il usurpe ensuite l'administration des localités, et n'est plus alors qu'arbitraire et tyrannie. Du moment où le citoyen n'est plus protégé au sein de sa famille et dans le foyer domestique par des magistrats de son choix; du moment où il se trouve isolé, sans appui, sans garantie , face à face avec les mandataires du pouvoir suprême , qui , sous prétexte de la sûreté publique , peuvent nuire à sa sûreté privée , qui , sous prétexte des intérêts publics, peuvent attenter à ses intérêts particuliers , le pays cesse d'être régi pour le bien commun; il est gouverné, mais il n'est plus administré, l'administra lion a disparu sous les envahissements du gouvernement.

Ces mots suffisent pour indiquer qu'il est impossible de traiter ici de l'administration proprement dite; celle des intérêts généraux sera développée à l'article Gouvernement „ celle des intérêts privés et locaux aux articles Communes, Départements s Tribunaux 3 Gardes nationales , Armée 3 Perception des impôts, qui ne sont plus aujourd'hui que de grandes divisions du gouvernement, et nous nous bornerons à l'exposé rapide de quelques théories et des principales applications de l'administration.

du territoire et la prospérité de l'état : l'administration locale se propose la sûreté des individus et le bien-être des

familles. Or l'indépendance de la cité et du citoyen repose sur la force ; et l'élément de la fortune publique et privée , c'est l'économie. Combiner la force et l'économie, c'estdonc chercher un système d'administration. Le pays assez sage pour donner au pouvoir la puissance de protéger la liberté, et assez économe pour ne pas lui donner les moyens de l'opprimer , sera le mieux gouverné. Malheureusement la théorie et la pratique n'ont jamais envisagé l'administration que sous un point de vue. Sparte se proposa Findépendance politique , mais le Spartiate était sans garantie pour sa liberté individuelle et ne vivait que de brouet noir. Athènes protégeait l'indépendance et la richesse individuelles; mais quand la cité était attaquée, les citoyens se sauvaient sur des vaisseaux. Les Suisses sont trop économes, aussi leur république sans force ne vit que parce qu'on la laisse vivre , et leurs républicains se vendent à tous les rois de l'Europe. Les Vénitiens furent trop prodigues , aussi le sénat se servait de leurs impôts pour envahir leur liberté, et ces rois de la Méditerranée n'étaient que des esclaves muets dans leurs lagunes.

Les publicistes ont été frappés de l'illégalité lorsqu'elle était placée dans le gouvernement même; ils ont curieusement décrit ses diverses espèces et ses différentes variétés; despotisme, tyrannie, pouvoir absolu, puissance arbitraire, ils n'ont rien oublié. Cet abus est le plus insolent, c'est le moins funeste. Les sultans font étrangler quelques bâchas, mais ceux qui craignent de l'être se révoltent; ils font étrangler quelques ministres, mais combien les vizirs, les ulémas, les janissaires ont-ils étranglé de sultans ?

Quand la haine frappe, elle éveille la vengeance. Tout gouvernement qui descend lui-même dans l'arène en sort blessé , même lorsqu'il en sort vainqueur ; et quand il cite les innocents sur la place de Tyburn.il se fait ajourner sur la place de Whitehall. On dit que l'histoire des rois est le martyrologe des peuples, mais les rois y figurent aussi comme martyrs, et depuis assez long -temps pour

AD M 267 n'avoir plus la témérité d'avouer les inimitiés personuelles et de frapper leurs ennemis à visage découvert.

Aussi n'est-ce point dans le gouvernement qu'il faut avec les publicistes chercher l'arbitraire, c'est dans l'administration ; c'est là qu'il réside voilé par une apparence fallacieuse de justice et de légalité. Lorsqu'on menace le citoyen dans sa personne , on le livre à des juges amovibles qui frappent pour éviter leur disgrâce , ou à des juges inamovibles qui frappent pour obtenir la faveur; ou si les tribunaux ordinaires s'arrêtent devant la voix publique, on organise les cours d'exception avec ces hommes que rien ne peut arrêter. Lorsqu'on ne veut troubler que la tranquillité personnelle , l'espionnage vient porter l'épouvante dans le foyer domestique; on ne peut le fuir faute de passe-port, on ne peut l'éviter grâce à une mise en surveillance. Lorsque le citoyen est attaqué dans sa fortune, l'oppresseur, le juge , l'exécuteur delà sentence, n'est-ce pas encore l'ad ministration ? Ainsi l'individu, toujours seul, isolé, sans garantie, se débat sans cesse contre l'administration, et celleci, sûre de la victoire, borne tous ses soins à placer le masque de la justice sur le visage de l'iniquité.

Depuis vingt siècles le genre humain a perdu ses litres: en Orient, il se débat avec une violence effroyable pour changer de tyrans et de despotes; en Occident, l'esclavage, la servitude de la glèbe, la sujétion nobiliaire, eU l'oppression de l'administration , le tenaient à la chaîne. Cependant une ère nouvelle commença pour l'Europe avec la révolution d'Angleterre : la liberté publique put échapper à l'administration par des élections qu'elle influence difficilement; la liberté individuelle garantit, par une loyale organisation du jury, la sûreté, la vie et l'honneur des citoyens. Les États-Unis nous offrirent ensuite la constitution anglaise perfectionnée. L'Europe fut attentive et jalouse. La France voulut la première jouir des garanties pu-

constituante ferma la porte du passé, mais ne sut pas. ou-

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vrir celle de l'avenir ; l'anarchie pénétra par l'issue qu'on avait ouverte à la liberté, et l'anarchie fit peur. Napoléon profita de cette épouvante , et lui-même à son tour crut faire du pouvoir, et ne fit que du despotisme.

Tibère l'avait placé dans le sénat , il perdit les pouvoirs politiques; Caligula l'avait placé dans l'armée, et s'il affermit l'empire, il perdit les empereurs. Dioctétien, plus habile, le plaça dans l'administration ; il était le moteur , les fonctionnaires étaient les rouages, et les peuples la matière passive et inerte que broyait la machine politique. La Chine, qui a une forme de gouvernement administrative , s'est trouvée par cela même séquestrée de toutes les nations. La Russie l'adopta pour se civiliser ; cela seul fait juger de l'état de barbarie où elle était plongée lorsqu'elle a été forcée de recourir à ce moyen pour prendre rang parmi les peuples.

Napoléon crut que, pour arrêter la révolution, il fallait faire rétrograder le genre humain. Il voulut transporter la Chine en Europe , et il infiltra le gouvernement dans toutes les branches de l'administration. Pour citer un exemple , il donnait un ordre au ministre , qui le donnait au préfet, qui le donnait au maire, qui le donnait h l'adjoint, qui le donnait au garde champêtre; cet obscur fonctionnaire était l'empereur même , organe de sa volonté, dépositaire de sa force. Quel recours avait le citoyen contre * le garde champêtre? Est-ce la plainte qu'il portait à l'adjoint , qui la transmettait au maire, qui la transmettait au sous-préfet, ainsi de suite jusqu'à l'empereur? Mais qui ne voit que l'ordre n'avait pour juge que celui-là même qui l'avait donné? Il en était ainsi dans toutes les divisions do l'administration ; et la police veillait encore à ce que les fonctionnaires fussent diligents : c'était un vaste réseau dont une seule main placée sur le trône faisait mouvoir tous les fils : et comme le tissu de l'araignée, y toucher, c'était réveiller le maître.

La plupart des publicistes ont peu et mal fait connaître

A DM 269 l'administration : les uns voulaient qu'on fît un pouvoir séparé du pouvoir judiciaire; les autres ne réclamaient Tindépendance que pour les municipalités. Le temps est un grand maître; il nous a montré ce que le génie ne pouvait entrevoir.

Le gouvernement doit diriger, surveiller, réprimer l'administration , mais il ne doit pas administrer, parce qu'alors il n'y a ni liberté ni garantie, puisqu'il n'y a plus d'arbitre entre l'administrateur qui prévarique et l'administré qui se plaint des prévarications. J'en appelle à Philippe à jeun est le cri d'un esclave courageux, mais sans droits politiques ; Sire, il y a des juges à Berlin est le cri d'un sujet à qui il^cste des garanties. Le premier mot serait admirable sur le continent , le second tout simple en Angleterre.

Les hommes qui ont le plus écrit sur l'administration* sont les économistes, et on leur doit des vérités utiles; mais ils n'ont traité qu'une partie de ce vaste sujet : l'économie est leur devise , et l'ordre social qui coûte le moins cher leur semble le meilleur. La théorie des gouvernements à bon marché est excellente lorsque la liberté y trouve ses garanties. Le despotisme coûte peu , mais il ne produit rien ; la liberté est parfois périlleuse et prodigue, mais elle est productive. Voyez la France : en 1789, elle fait une révolution pour ne pouvoir payer soixantehuit millions ; aujourd'hui elle paie un milliard , et si on lui laisse la paix et la liberté, elle ne trouvera pas le fardeau intolérable.

Les principes de l'administration sont encore à poser. Le ministère veut qu'elle soit forte , afin que le pouvoir puisse opprimer la liberté ; l'opposition veut qu'elle soit douce et faible, afin que la liberté puisse asservir le pouvoir : un fonctionnaire la met à l'encan, il veut faire fortune ; un économiste la met au rabais , il ne veut pas qu'on le ruine. Mais tout cela n'est pas de l'administration. Nous verrons ailleurs que si le gouvernement veut ad-

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roinistrer par ses agents, il faut que tous ses agents soient responsables sans autorisation, et justiciables d'un tribunal complètement indépendant. Mais l'intérêt des fonctionnaires fait croire que les ministres ne proposeront jamais ce mode , et que l'administration sera tôt ou tard, parla force des choses , entièrement indépendante du gouverne ment. Il n'y a pas à balancer entre le système de la responsabilité des administrateurs et celui de l'indépendance de l'administration. Si les hommes ne donnent pas le premier, le temps donnera le second.

Lorsque, dans les états représentatifs, le système électoral ne fait sortir de l'urne que le nom des administrateurs , il s'établit alors une administration par ordonnances , et l'état social recule vers le pouvoir absolu. Les ministres, n'ayant devant eux que des représentants à la fois fonctionnaires et députés , asservissent la voix du député par la possibilité de destituer le fonctionnaire : W votes servent à conquérir les places, ils servent à les conserver; l'avarice et l'orgueil trafiquent de la conscience et de l'honneur. C'est , sinon la pire , du moins la plus cor rompue des administrations , parce que le droit d'en régler l'usage est départi aux hommes qui, profitant des abus, ne peuvent s'en plaindre.

Lorsque le système d'élection donne à un parti une majorité incontestée, alors le parti maître du pouvoir légis* latif veut qu'on administre par des lois, parce que ces loi* sont son ouvrage , qu'il peut les imprégner de ses haines et les teindre de ses passions. Ainsi qu'un ministère croit se cacher derrière des ordonnances , un parti pense faire croire à la justice, parce qu'il organise à son profit une adiM' nistration légale, comme si les plus funestes mesure», comme si les coups d'état ne pouvaient être couvert* d'un vernis de légalité, comme si la majorité doroipanl^ pouvait pas légaliser toutes les iniquités de l'arbitraire, législation est alors une longue conspiration contre le public; car, lorsque les législateurs sont intéressés au ma »

ADO 27i Je mal se commet par des lois : les confiscations , les proscriptions, les assassinats de Tibère, cette effroyable série de forfaits qui signale l'administration de Séjan , tout fut fait par des lois.

Enfin de nos jours fes publicisles demandent une administration constitutionnelle. Nous ne pouvons nous occuper ici de cette question, parce que, pour juger d'une administration constitutionnelle, il faut d'abord apprécier la constitution. {Voyez ce mot.) J.-P. P.

ADMINISTRATION DE LA MARINE. {Voyez Ports).

ADMINISTRATION MILITAIRE. {Voyez Armée.)

ADOLESCENCE. {Médecine.) Phase de la vie de l'homme comprise entre l'enfance et la jeunesse. Ses époques de commencement et de terminaison ne se laissent point assigner d'une manière exacte : un de nos poêles a parlé d'un moment de l'existence des jeunes sujets,

Qui, n'étant plus l'enfance, N'est pourtant pas encor l'adolescence.

La même incertitude règne sur le point précis qui doit séparer l'âge dont nous nous occupons de celui qui lui succède. En consultant les données étymologiques, Ton trouve que le verbe latin adolescere signifie croître , pousser , grandir; la fin de l'adolescence ne doit être marquée, dès lors, que par celle de l'accroissement. Mais il reste encore la première partie de la difficulté, savoir l'indication positive de l'instant auquel il convient d'en placer le début. Il est incontestable que le caractère distinctif de l'adolescence consiste dans l'évolution des organes de la faculté génératrice. Aussitôt donc que l'on voit cette évolution commencer ou devenir imminente, on peut dire que l'enfance n'est plus , que l'existence individuelle a fini, que la vie de l'espèce commence, que les rapports sexuels touchent au moment de devenir possibles , et Ton ne court aucun risque de se tromper en saluant du nom d'adolescent le sujet chez qui se manifestent les signes avant-cou-

reurs de ces mystérieux et importants phénomènes. C'est donc faire l'histoire de l'adolescence que de décrire toutes les circonstances physiques et morales auxquelles se reconnaissent l'inauguration , les progrès et le perfectionnement de la puberté.

Dans l'un et l'autre sexe, l'approche de cette grande révolution a coutume de s'annoncer par une espèce d'éloignement et de dédain pour les amusements de la première enfance. Confondus jusqu'à ce moment par la similitude de leurs goûts , le petit garçon et la petite fdle commencent à se distinguer l'un de l'autre par la différence de leurs inclinations. Il s'établit chez le premier une énergie de l'appareil circulatoire , une force de cohésion et de ressort delà fibre musculaire, d'où résulte dans ses mouvements une sorte d'emportement et de fougue; de là cette préférence qu'il manque rarement d'accorder aux jeux les plus fatigants et aux plus rudes exercices. Chez la petite fille, au contraire, moins d'impétuosité dans le cours du sang, moins de contractilité dans les puissances motrices , comportent un maintien plus calme et plus posé , et font choisir des divertissements où ne se déploie ni la même vivacité ni la même turbulence. Jusqu'alors les traits de l'un et de l'autre avaient eu quelque chose de si parfaitement identique qu'un échange de leurs habits eût suffi pour déguiser leurs sexes ; mais on va voir bientôt celui des deux visages où doivent s'esquisser prochainement les premières indications du caractère viril perdre peu à peu l'expression de la timidité , tandis qu'elle deviendra sur l'autre plus prononcée et plus remarquable. Les rôles de ces deux jeunes êtres avaient été les mêmes pendant leurs premières années ; ils commencent à devenir distincts , et dès lors il ne peut plus exister la même conformité entre leur» physionomies. Celle du jeune adolescent prend une apparence non équivoque de force et de hardiesse; celle de la jeune fille exprime déjà visiblement sa faiblesse relative, et la réserve qu'elle lui impose, et l'instinct des pudi-

ADO 273 bondes appréhensions. Du reste , les organes générateurs sortent chez tous deux de l'état d'inactivité et de sommeil dans lequel ils étaient restés comme ensevelis jusqu'à cette époque. Ils s'ombragent de villosités , rares d'abord et pubescentes , mais bientôt après touffues et d'une plus ferme végétation. La jeune vierge subit avec effroi l'établissement de la fonction menstruelle ; il faut que les explications et les caresses de sa mère dissipent la frayeur que lui imprime la nouveauté de cet inquiétant phénomène. Sur la table inclinée de sa poitrine , s'élèvent deux organes semi-globuleux , présentant au plus haut degré le double intérêt d'un charme ineffable et de la plus touchante utilité. Dans l'un et l'autre sexe , les rapports sympathiques des appareils reproducteurs avec les organes de la voix font éprouver à celle-ci de notables altérations. Des sons rauques et discordants forment une transition désagréable entre le fausset argentin de l'enfance , et le timbre harmonieux de l'âge qui vient après elle.

Telles sont les principales circonstances physiques au milieu desquelles s'établit la grande modification d'existence que désigne le mot de puberté. Si l'on examine les mutations qui surviennent en même temps dans l'état moral , on verra les sujets qui s'approchent de l'époque où doit s'opérer cette espèce de métamorphose , renoncer , comme nous l'avons dit plus haut, aux jouets et aux passe -temps qui jusqu'alors avaient été en possession de leur plaire par-dessus tout. Leur esprit semble être occupé d'un objet nouveau , qui ne s'offre à lui que d'une manière vague et indéterminée , et de la nature duquel il ne peut se former que les plus confuses idées ; mais moins il offre de prise à leur intelligence, plus elle fait d'efforts pour s'en rendre raison. De là cetle attention furtive mais profonde pour toutes les circonstances de l'union sexuelle des animaux , et de la multiplication qui en est le résultat; de là cetle exactitude à recueillir les propos indiscrets ou téméraires qui échappent à l'inadvertance, ou que profère à dessein l'impru-

dente envie de procurer de hâtifs et dangereux éclaircissements ; de là aussi cette propension à vivre dans la société des domestiques, pour entendre d'eux les équivoques impertinentes et les refrains saugrenus , de l'assemblage desquels l'enfant se compose une espèce de logogriphe, dont son inquiète rêverie devine d'abord quelques syllabes , et dont ses sens ne tardent pas à lui apprendre le mot.

L'adolescence , observée à son terme moyen et ve-s la fin de sa durée, est l'âge des mouvements généreux, des dispositions aimantes et des affectueux sentiments : c'est l'époque la plus heureuse de l'existence de l'homme , le printemps , la fleur de sa vie, la saison des enchantements, des illusions, des vastes désirs et des espérances sans bornes; mais de funestes écarts peuvent en marquer le cours, et la rendre féconde en toutes sortes de maux. Souvent l'adolescent, enchanté de la découverte d'une, faculté nouvelle, et s'imaginant que ce sens qui vient d'éclore devra, comme les autres, se perfectionner par l'exercice, s'abandonne sans retenue à l'exigence factice de sens précocement titillés ; trop heureux si ces profusions anticipées ont lieu du moins selon le vœu de la nature, et si l'acte qu'elle préparait n'est pas remplacé par un funeste équivalent. Le premier de ces excès , et le second bien plus encore , ont pour suite inévitable /'énervation du corps et de l'âme , dans un degré nécessairement relatif à celui de l'abus qui y donne lieu. Les détériorations imprimées par des désordres de ce genre à la vigueur native ne se réparent jamais entièrement; et si l'individu qui s'y est exposé parvient ensuite , à force de modération et de régime, à se retrouver dans un état satisfaisant d'énergie physique et d'aptitude intellectuelle, il ne devra pas moins se regarder comme un être déchu , et qui s'est . déshérité lui-même d'une partie des dons que la nature s'était plu à lui assigner.

Quelquefois la métamorphose subie par les sujets pubères semble exercer moins d'influence sur les organe»

ADO 275 de la génération que sur la sensibilité morale ; au lieu «l'être agités par l'érotisme charnel, ils éprouvent un besoin vague d'attachement , de culte et d'adoration , qui s'empare de leur âme , la subjugue, la charme et la tourmente. Ils sont rêveurs, silencieux, mélancoliques; il leur échappe souvent des pleurs sans motif, et des soupirs sans objet. La solitude a pour eux un attrait irrésistible ; elle leur procure un état de bien-être porlé quelquefois jusqu'au ravissement et à l'extase. Dans l'ignorauce de la source première d'une semblable disposition , ces êtres intéressants l'ont souvent prise pour une vocation religieuse. Beaucoup de jeunes vierges ont été vouées au cl cniro par une impulsion qui , mieux comprise , les en aurait tenues éloignées.

Considérée sous le rapport purement médical , l'adolescence , ou , pour parler d'une manière plus exacte , la puberlé , opère fréquemment la solution de certaines maladies de l'enfance, parmi lesquelles il faut surtout remarquer la diathèse scrofuleuse. « Dans le premier âge , la tendance générale des humeurs les porte vers la tête ; à mesure que l'adolescence approche ou se développe , cette première direction s'affaiblit, et la poitrine devient de plus en plus le terme principal des congestions. » Cabanis, à qui nous empruntons cette dernière remarque , dit aussi , plus loin dans le même paragraphe : « L'adolescence, en faisant refluer dans le sang un nouveau principe extrêmement actif, augmente beaucoup encore les qualités stimulantes de ce fluide. » Il en résulte que l'âge dont nous parlons dispose aux hémorrhagies nasales , aux angines du larynx et du pharynx, et aux phlegmasies de l'appareil respiratoire. Les femmes , indépendamment de • ces affections, ont encore à redouter celles qui se rapportent à l'établissement du flux menstruel. J.

ADOPTIOiN. (Antiquités.) Chez les Grecs, ceux qui n'avaient point d'enfants légitimes pouvaient adopter leurs (ils naturels ou des enfants étrangers, avec le consente -

ment do leurs pères et mères. Celui qui était adopté par un Athénien était revêtu du droit de bourgeoisie, qui dormit seul le, droit d'hériter. Son nom était ensuite inscrit dans les registres de la tribu du père qui l'avait adopté. Les enfants adoptifs n'étaient enregistrés qu'aux fêtes appelées Thargélies , dans le mois tliargélion , qui était le onzième , par conséquent à la fin de l'année , au moment de commencer une nouvelle vie. On offrait dans ces fête? des sacrifices en l'honneur d'Apollon et de Diane , pour le* prémices; et on regardait sans doute comme des prémices qu'on leur offrait les enfants qu'on adoptait. On ne pouvaità Spartr adopter quelqu'un qu'en présence du roi; sans doute aussi parce qu'il représentait le dieu auquel on offrait les entants adoptés. Ces enfants jouissaient de tous les droits, privilèges et immunités de leur nouveau père; mais ils étaient en même temps chargés de remplir tous ses engagements.

Chez les Romains, eelui qui était adopté quittait ses noms propres et prenait le prénom , le nom et le surnom de son nouveau père , en y ajoutant quelquefois un des siens , qu'il aFongeait par une nouvelle terminaison- en anus : par exemple, 7\ Pomponius Atticiis, adopté par Q. Cœcilius, s'appela Q. Cœcilius Pomponianus Atticus.

Chez les Gaulois, l'adoption par les armes consistait h armer de pied en cap un jeune homme dans une assemblée publique. On trouve , sous' les rois de France de la première race , deux autres sortes d'adoption : Tune , qui avait lieu aussi chez les Grecs du Bas-Empire, en recevant les cheveux de l'enfant qu'on adoptait; Fautre , en louchant la barbe de l'adopté; ce qui était un même symbole. ( Voyez Adolescents.) ■ E. J.

ADOPTION. ( législation. ) Acte solennel, revêtu du stfeau de l'autorité publique , par lequel on choisit pour son enfant celui qui ne l'est pas naturellement ; acte de consolation pour eelui qui adopte, et de bienfaisance envers celui qui est adopté.

Quelque contrée que l'on parcoure avec l'histoire an-

ADO 277 cieime, ou y trouve l'adoption établie; les Romains l'ont également accueillie, encouragée et protégée. L'empereur Adrien a même prétendu que les enfants adoptifs devaient être préférés aux enfants naturels , parce qu'on choisissait les premiers, et que le hasard donnait les seconds. Cette institution avait été connue en France sous les rois de la première race ; mais l'usage s'en était perdu sous ceux de la seconde. On avait même craint, dans la suite, de l'introduire dans notre législation; car on ne peut considérer comme de véritables adoptions celles que déterminaient l'orgueil et la vanité.

La révolution française, qui donna l'essor aux grandes pensées et aux sentiments généreux, dut nous rendre une institution qui tendait à multiplier et resserrer les liens de bienveillance entre les hommes: aussi Tune de nos assemblées législatives, en 1792, fit entrer l'adoption dans le plan de nos lois civiles ; mais elle ne fut pas organisée , et resta dans la nudité d'un simple principe. Il y avait dans cette partie de notre législation un vice que la jurisprudence n'avait pu détruire ; mais une loi transitoire de l'an xi régla les formes de l'adoption et ses effets antérieurs au code civil : ce code a enfin consacré l'adoption , non telle qu'elle existait chez les anciens ni même à Rome , mais telle quelle convenait à nos mœurs et à notre caractère. L'impartialité qui préside à la rédaction d'un ouvrage éminemment européen nous fait un devoir de rappeler ici que le code prussien fut une des sources auxquelles nos législateurs ont puisé ce qui concernait l'adoption ; nouvel exemple de cette espèce d'enseignement mutuel d'un ordre supérieur qui multiplie les rapports des peuples entre eux , les met à portée de se communiquer les principes qui , dans l'intérêt de l'humanité tout entière , doivent préparer et finir par assurer le triomphe des vérités incontestables et universelles.

La loi a établi trois sortes d'adoptions : l'adoption ordinaire , la rémunératoire , et la testamentaire*

Les personnes de l'un el l'autre sexe peuvent adopter.

L'adoptant doit être âgé de cinquante ans et sans enfants ni descendants légitimes ; il faut que l'adopté soit majeur, moins âgé de quinze ans que l'adoptant, et qu'il en ait reçu pendant six ans des soins et des secours non interrompus. Le consentement du conjoint de l'adoptant, s'il est marié , et celui des père et mère de l'adopté sont indispensables : nul ne peut être adopté par plusieurs , si ce n'est par deux époux.

Celui qui a sauvé la vie à une personne dans un combat, ou en la retirant des flammes ou des flots, peut être adopté par elle; et la loi s'empresse d'accueillir ce témoignage d'une juste reconnaissance, en aplanissant toutes les difficultés et en se bornant à exiger que l'adoptant soit majeur et plus âgé que l'adopté.

L'adoption faite par testament n'est permise qu'en faveur d'un mineur dont l'adoptant a été pendant cinq ans le tuteur officieux. Dans cette espèce d'adoption le consentement de l'autre époux n'est plus nécessaire.

Les formes de l'adoption augmentent encore la difficulté que présente la réunion de ces conditions ; les tribunaux sont chargés de vérifier si elles ont été remplies, et de soumettre à un sévère examen la moralité el les moyens de l'adoptant. La loi veut encore que les procédures soient secrètes , les décisions rendues sans énon dation de motifs; qu'enfin tout ce qui s'est passé entre l'adoptant et l'adopté ne devienne public qu'à l'instant où l'adoption est accomplie.

L'adoption confère le nom de l'adoptant à l'adopté , en l'ajoutant au nom propre de ce dernier ; elle opère une sorte d'affinité civile qui fait prohiber le mariage dans les cas prévus par la loi. L'adopté acquiert, mais seulement sur la succession de l'adoptant , les mêmes droits que ceux d'enfant légitime. Il n'en reste pas moins dans sa famille naturelle; il y jouit des Blêmes droits; il y a les mêmes devoirs à remplir, ce qui n'empêche pas qu'entre

ADO 279 fui et l'adoptant il n'y ait obligation de se fournir mutuellement et au besoin des aliments.

Les lois anglaises ne renferment pas de dispositions relatives à l'adoption.

Le code autrichien , sans rien prescrire sur l'âge de chacun des deux contractants, exige seulement que l'adoptant ait dix-huit ans de plus que l'adopté; le consentement du père de ce dernier suffit. L'adopté conserve tous ses droits dans sa famille naturelle; il reste noble malgré son entrée dans une famille dite roturière. Mais si l'individu de cette classe est adopté par un noble , il ne peut être anobli que par une faveur spéciale du monarque ; l'acte d'adoption est soumis à l'approbation de l'autorité administrative de la province , et transcrit^ur les registres du tribunal.

En Prusse, l'adoption ne produit aucun empêchement de mariage entre l'adopté et les parents de l'adoptant; le mari peut adopter sans le consentement de son épouse , mais ce code refuse à celle-ci le même avantage ; il ne s'oppose pas à ce que l'adoptiou soit révoquée avec l'agrément des parties intéressées, et sous la sanction des tribunaux.

Les lois espagnoles consacrent les deux espèces d'adoption qui existaient à Rome , l'adoption proprement dite et l'adrogation ; l'adoption pour les fils de famille, et l'adrogation pour les enfants orphelins ou émancipés.

Les rapports qui existent entre l'adoption et la tutelle officieuse exigent que nous donnions de suite une juste idée de cette dernière.

(ai tutelle officieuse est un contrat de bienfaisance par lequel on s'oblige de nourrir et élever gratuitement un mineur , de le mettre en état de gagner sa vie , et par lequel encore on se charge d'administrer gratuitement sa personne et ses biens. On n'en trouve le modèle ni chez les anciens , ni dans les lois romaines , ni dans la législation d'aucun peuple de l'Europe ; les Français ont donc , sans nul partage, le mérite de cette création législative..

*8o . ADO

Il faut que celui qui se propose pour luleur officieux ait plus de cinquante ans , qu'il n'ait ni enfants ni descendants légitimes , et que l'autre conjoint. y consente : cette tutelle rend l'adoption plus facile» puisqu'on peut adopter un mineur après cinq ans écoulés depuis la tutelle.

philosophique , et supérieure encore à celle qui régit les autres peuples ; cette loi toute paternelle , qui , sans mutation de famille , sans incertitude sur le sort du contrat , sans détriment pour la population , a pour objet de consoler les mariages stériles et les célibataires infirmes , et d'ouvrir pour eux et pour de jeunes enfants, plus souvent sans appui , une nouvelle source de félicité réciproque.

Comment se fait-il donc que cette belle institution , dont les citoyens s'empressèrent de profiter lorsque le principe en fut posé par l'assemblée législative , soit presque tombée en désuétude depuis la promulgation de notre code ?

Les causes qui peuvent rendre les adoptions rares nou> paraissent consister principalement dans 1 âge que doit avoir l'adopté. Est-ce en effet auprès d'un jeune homme parvenu à la majorité , alors en proie à des passions violentes , ou prêt à former un établissement qui le rendra lui-même père de famille , qu'un vieillard ira chercher les consolations que nécessite son état de souffrance ou de caducité ?

Les formes de l'adoption ne sont- elles pas aussi trop compliquées? Que de formalités dans nos lois ne semblent établies que dans l'intérêt du fisc ! La législation des peuples voisins ne présente pas cet inconvénient. Les lois relatives à l'adoption ne devraient-elles pas être aussi simples que la nature qu'elle représente ? Le bien , pour se faire , a souvent besoin d'être indiqué; mais il faut en faciliter la réalisation; les obstacles peuvent tarir la source delà bienfaisance. Ces observations et ces doutes , que nous ne présentons qu'avec une extrême réserve, n'altèrent en rien le respect que commandent de bonnes lois et la rc

- ADO 281 connaissance que nous devons aux auleurs de notre code

Nous arrêtant à ce qui est , et nous attachant à n'offrir aux lecteurs que d'utiles résultats , nous n'avons pas cru devoir entrer dans aucun détail sur tant d'autres espèces d'adoption qui depuis long-temps ne sont plus en usage ; nous ne rappelons l'adoption des villes et l'adoption d'orphelins que parce qu'elles offrent un intérêt véritablement national.

L'adoption des villes était un acte par lequel les officiers municipaux d'une ville adoptaient l'habitant d'une autre cité, l'admettaient au nombre de leurs concitoyens, l'autorisaient à en porter le titre, lui conféraient tous les honneurs, droits, privilèges et immunités dont ils jouissaient eux-mêmes. C'est par suite de ce genre d'adoption que le maréchal de Richelieu , après avoir délivré la ville de Gênes de l'oppression des impériaux , en 1747» fut admis au nombre des nobles de la république , et que du Jîelloy, après sa tragédie du siège de Calais, fut adopté par les officiers municipaux de cette ville.

L'adoption d'orphelins par les chefs de quelques établissements de bienfaisance a existé en France, y a même été protégée, et maintenue par différentes lettres -patentes,* mais combien cette idée s'est agrandie depuis la révolution! Des lois ont adopté, au nom de la nation française , les enfants de divers citoyens; et par un décret du 16. frimaire an xiv , Napoléon, en adoptant tous les enfants des généraux , officiers et soldats français morts à la bataille d'Austerlitz , ordonna qu'ils fussent entretenus et élevés à ses frais. C...N.

ADORATION. {Religion.) Voyez Culte.

ADORATION. (Antiquités.) Elle consistait, chez les anciens , à porter la main droite à la bouche, à se couvrir la tête comme les prêtres quand ils sacrifiaient, et à tourner une fois sur soi-même , en commençant par le côté droit. « Ils craignaient de souiller les images des dieux en les bai-

y 82 ADO

sant ; c'est pourquoi ils se contentaient de baiser leurs mains, et ensuite de les tendre aux divinités, comme font encore les amants parmi nous : In adorando 9 dit Pline , (I. 28 , c. 2 ) , dextram ad osculum referimus. Les empereurs effraient leur pourpre à baiser aux personnes qu'ils voulaient honorer; c'est-à-dire que ceux qui étaient | admis à les saluer touchaient leur manteau de pourpre, et baisaient ensuite la main qui avait touché le manteau impérial : c'est ce qu'on appelait X adoration de la pourpre; et c'est sans doute ce que fit l'Hémorroïsse en touchant la robe du Sauveur. Trébellius Pollion dit que Zénobie se faisait adorer à la manière des Perses; qu'on se prosternait devant elle, et que l'on baisait la terre après l'avoir baisée avec le front. Dioctétien offrait ses pieds à baiser aux courtisans qui venaient le saluer1. Sous Charlemagne et son fils , les grands qui s'adressaient à l'empereur lui baisaient de même les pieds. C'est donc certainement à l'exemple de ces empereurs , à la puissance desquels ils prétendent avoir succédé en succédant à leur titre de souverain pontife, que les papes offrent encore aujourd'hui leurs pieds à baiser aux fidèles. E. J.

ADOS. (Agriculture,) Ce mot s'emploie dans deux acceptions peu différentes.

II désigne une disposition que Ton donne à la terre, à l'imitation des collines, pour hâter la maturité des fruits qu'on y cultive. Elle consiste à adosser la terre à une muraille , ou à l'élever en monticule de manière à ce qu'elle présente au soleil du midi une surface inclinée qui puisse ainsi en recevoir l'influence fécondante.

On fait encore des ados dans les terres fortes et argileuses pour faciliter l'écoulement des eaux pluviales, et on les exécute avec la charrue en adossant les sillons deux a deux, de manière à établir dans un même sens , de nombreuses rigoles qui aboutissent à des réservoirs inférieurs. D.

ADOUCISSANTS. (Médecine.) On donne ce nom à tous 1

ADR 285 les moyens propres à diminuer l'irritation , la chaleur et la tension des parties; ils appartiennent tantôt à la classe des aliments, tantôt à celle des médicaments , et ces derniers se divisent en internes et en externes.

Les mucilages, les gommes, les fécules, les huiles , les pulpes mucoso - sucrées , le lait*, les gelées végétales ou animales, sont considérés comme jouissant de la propriété adoucissante, et conséquemment employés avec succès dans les maladies inflammatoires , et dans un grand nombre d'affections nerveuses, soit qu'on les administre à Tintérieur en tisanes , en potions, en bols, soit qu'on les réserve pour des applications externes sous forme de cataplasmes , d'injections , de fomentations , de bains.

Les adoucissants alimentaires formeront le régime habituel des individus doués d'une constitution sèche et irritable ; on doit les prescrire dans les saisons chaudes et sèches , dans les maladies aiguës et dans la convalescence. Les adoucissants ont beaucoup de rapport avec les émollients , les tempérants , les calmants. F. R.

ADRESSES. [Voyez Députés, Pairs et Pétitions. ) ADRIANEUM ou HADRIANI MOLES. [Antiquités.) Aujourd'hui le Château Saint-Ange à Rome. Hadrien , voyant que le tombeau d'Auguste ( Dion , 69 ) était rempli et qu'on ne pouvait plus y enterrer aucun empereur, fit bâtir le monument appelé Adrianeum. Le mausolée d'Auguste était placé auprès du grand Chanip-de-Mars; de même Hadrien éleva le sien vis-à-vis du petit Champ-de- Mars , auquel il le joignit par un pont. Ce monument avait, comme celui d'Auguste, la forme d'un carré, au milieu duquel s'élevait une tour ronde. Hadrien y fut enterré, ainsi que tous les Antonins. Pertinax y fit porter le corps de Commode , et l'on y déposa aussi celui de Vérus. Lorsqu'Aurélien eut enfermé le Champ-de-Mars dans l'enceinte de Rome , le mausolée d'Hadrien s'en trouva si voisin qu'il devint une espèce de citadelle vers le temps d'Honorius ou de Bélisaire. 11 doit son nom actuel de Château Saint

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Ange à une apparilion de l'archange saiul Michel au haut de ce tombeau. On sait que ce saint avait une chapelle au milieu de presque tous nos anciens cimetières , et qu'on le représentait pesant les âmes dans une balance. C'est à un* apparition semblable que le Mont Saint-Michel , en France, doit son nom. Ce mont et celui de Tombelaine, qui en eit voisin, étaient regardés comme deux tombe Ile s, ou deui tombeaux; ce qui les a fait nommer, dans le moyen âge, ad duas tumbas. E. J.

ADULTÈRE. {Législation.) C'est de la part de celui des deux individus qui s'en est rendu coupable la violation du contrat sacré qui les unit par les liens du mariage.

La famille existe avant le corps social , et l'homme privé avant le citoyen; les mœurs domestiques sont donc la source des mœurs publiques ; le caractère de ces dernière* , décide de la durée et de la prospérité des empires ; mais l'adultère détruit les uns et les autres : or, s'il est vrai que le mariage soit de toutes les institutions la plus féconde en résultats éminemment sociaux, un crime qui tend à le pervertir et à le dégrader doit mériter toute la rigueur des lois.

La législation pénale de l'adultère présente chez les divers peuples de la terre et dans les différents âges de la société une grande variété de dispositions. Le plus grand nombre des châtiments qu'elles indiquent sont horribles , immoraux ou bizarres; ils annoncent plus de barbarie que d'innocence dans les mœurs. Nous n'en placerons point ! sous les yeux des lecteurs le dégoûtant tableau ; de pareils détails ne rentrent point dans le plan d'un ouvrage qui ne doit rien renfermer que de substantiel, de positif et d'utile. Il nous suffira de faire observer que toutes ces législations révèlent la gravité qu'on attachait au crime d'adultère.

Avant la révolution , une femme adultère était le plu> souvent condamnée à être enfermée dans un couvent pour y demeurer, en habit séculier, l'espace de deux années, pendant lesquelles son mari pouvait la voir et la reprendre

ÀDU 285 si bon lui semblait; cl s'il n'y consentait pas, ou qu'il vînt à décéder pendant ce temps, on ordonnait qu'elle serait rasée , voilée et vêtue comme les autres religieuses et filles de la communauté , pour y rester sa vie durant , et y vivre selon la règle de la maison. Étrange moyen de conversion, qui remplaçait la persuasion par la violence, et traînait en esclave aux pieds de l'Éternel un cœur dont l'hommage ne peut lui être agréable qu'autant qu'il est volontaire !

Lorsque la femme adultère était pauvre , le mari pouvait demander et le tribunal ordonner qu'elle fût renfermée dans un hôpital au lieu d'un couvent, pour y être traitée conformément aux règlements faits contre les femmes débauchées; comme si la différence des fortunes devait entraîner des nuances dans les peines ! Celte inégalité dans \a punition la plaçait du moins dans une situation plus en rapport avec son immoralité. La jurisprudence/ de tous les parlements du royaume n'était pas uniforme sur l'adultère ; d'anciens arrêts ont condamne la femme à être, malgré Y indulgence de son mari, tantôt fustigée sur la place publique , tantôt fouettée nue par la supérieure du couvent. Ne pouvait-on punir une atteinte aux mœurs que par la violation des règles de la pudeur? La peine prononcée contre le complice était arbitraire, puisqu'on trouve des exemples d'amende honorable, de bannissement et de galère. Ces peines dépendaient des circonstances qui accompagnaient le crime, et de la qualité des personnes.

Le code pénal de 1791 avait gardé le silence sur l'adultère ; les dispositions du nouveau code ont rempli cette lacune. Le législateur a considéré l'adultère comme une infraction aux mœurs moins publique que la prostitution érigée en métier, mais presque aussi coupable; il a pensé «Vie si elle ne supposait pas des habitudes aussi dépravées, elle présentait la violation de plus de devoirs. Nous verrons bientôt comment il s'est cru forcé de faire descendre dans la classe des délits ce qu'il n'était pas en sa puissance de mettre au rang des crimes.

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Notre nouveau code pénal a donc compris parmi les atteintes aux mœurs la violation de la foi conjugale ; mais il a considéré l'adultère de la femme comme un plus- grand délit.

La loi n'accorde qu'au mari le droit d'accuser sa femme d'atJullère; mais elle lui refuse cette action s'il a été déjà condamné pour un pareil délit. La poursuite a exercer dans le même cas contre le mari ne peut également avoir lieu que sur la plainte de la femme, et cette plainten'est accueillie par la justice qu'autant qu'il aurait entretenu sa concubine dans la maison conjugale. La femme convaincue d'adujtère est condamnée à un emprisonnement de trois mois au moins , et de deux ans au plus ; le mari reste le maître d'arrêter l'effet de cette condamnation en consentant à reprendre sa femme; le complice de cette dernière est passible de la même peine.

L'outrage fait au mari est une de ces provocations violentes qui ont paru devoir appeler l'indulgence de la loi pénale; aussi déclare-t-elle excusable le meurtre commis par l'époux sur son épouse , ainsi que sur le complice , à l'instant ou il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale : il en est de même en Espagne.

La loi civile comprend l'adultère au rang des causes de séparation de corps. [ Voyez Mariage, Divorce, Séparation de corps. )

Malgré les dispositions encore assez sévères de nos lois , les adultères n'en sont pas moins nombreux. Quelle peut donc être la cause de cette démoralisation ? Nous remarquerons d'abord qu'à la honte de la morale l'opinion semble excuser ce que la loi doit punir ; une espèce d'intérêt accompagne le coupable , les railleries poursuivent la victime. La contradiction entre l'opinion et la loi est même devenue si évidente, que plusieurs condamnations à un emprisonnement , prononcées contre des femmes adultères, n'ont pas reçu leur exécution.

Nous apercevons une autre cause dans un luxe corrup-

ADU 287 Leur au-dessus des facultés des femmes qui s'y livrent. Les moyens de subvenir à de folles dépenses s'échappent , mais e crime et l'inconduite en offrent de nouveaux , et on les laisit avec une aveugle cupidité» La cause en est encore lans la conduite d'hommes élevés en dignité, qui, par eur exemple , corrompent tous ceux que l'autorité leur -oumet, et répandent leurs mœurs en distribuant leurs *râces \

Pour prévenir l'adultère, de nouvelles lois seraient inuffisantes, parce qu'elles n'agiraient pas sur l'opinion, et [u'elles auraient peu d'influence sur les mœurs. Nous ne nu-ions que de lois particulières; car, au moyen d'instiutîons en harmonie avec les principes éminemment mo~ aux d'une monarchie constitutionnelle, on peut régénérer es mœurs. Ce n'est pas à ce genre de gouvernement qu'on loit appliquer ce passage de Montesquieu : — « L'honneur, principe des monarchies, permet là galanterie, ► lorsqu'elle est unie à l'idée du sentiment du cœur ou à 1 l'idée de conquête ; et c'est la vraie raison pour laquelle

• les mœurs ne sont jamais si pures dans les monarchies

• que dans les gouvernements républicains3. »

L'adultère est , chez les différents peuples de l'Europe, comme en France, devenu un simple délit, moins encore contre 4a société que contre l'époux blessé dans ses plus Jouces affections; ce délit n'y entraîne généralement que Jes peines correctionnelles, des condamnations pécuniaires, H donne en même temps lieu au divorce , ou à la séparalion de corps.

Nous ne croyons devoir rappeler à cet égard que quelques points de la jurisprudence anglaise. Si le mari veut uue indemnité , elle lui est accordée par la cour du banc du roi , et cette indemnité , proportionnée à l'offense , enlève quelquefois au séducteur les deux tiers de sa fortune;

1 Massillon, Petit Carême, des exemples des grands. » Esprit dçs lois, liv. 4, chap. a.

î88 AD V

un domestique convaincu d'adultère avec une lady est taxé à cinq raille guinées ; et comme il possède rarement cette somme, il est déporté à Bolany-Bay. Lorsque le mari n'a pour objet que d'être séparé de sa coupable épouse, il s'adresse à la cour ecclésiastique; mais daos l'un et l'autre cas , malheur à l'époux s'il n'est pas irréprochable sous le double rapport de sa conduite personnelle, et du soin avec lequel il a dû surveiller celle de son épouse. Dans le cours des débats judiciaires , l'Anglaise infidèle est obligée d'entendre , et souvent dans les termes les plus obscènes, le détail minutieux de ses honteux plaisirs: les cours anglaises veulent qu'on ne leur laisse rien à deviner : c'est l'époux outragé qui fournit aux journalistes tous les renseignements de nature à établir l'évidence de son malheur. Un libraire publie ensuite tous les détails du procès, en y joignant des gravures qui ressemblent beaucoup aux tailles-douces des Contes de La Fontaine. Les Anglais prétendent que ce scandale et l'énormité des indemnités tendent à diminuer le nombre des adultères. Montesquieu semblait avoir adopté une pareille opinion lorsqu'il disait : « La loi romaine qui voulait que l'accusation de l'adultère » fût publique est admirable pour maintenir la pureté des » mœurs ; elle intimidait les femmes , elle intimidait aussi » ceux qui devaient veiller sur elles'. »

Les Allemands , plus encore que les Français , annoncent assez combien ils redoutent cette publicité, puisqu'ils cherchent constamment à ensevelir dans le sein dos familles de si pénibles discussions. ( Foyez Législation , Moeurs.) C.n.

ADVERBE. [Grammaire.) 1. Nature de l'adverbe. Si l'on ne consulte que Pétymologie et la routine , on déûnira l'adverbe un mot qui se place ordinairement auprès du verbe [ad verbum); et l'on n'aura fait connaître qu'une circonstance extérieure du mot ; et l'on sera sur-le-champ

' Esprit drs lois , liv. 5, chap. 7.

ADV 289 émentï par mille exemples dans lesquels il est évident qu'il e tombe que sur l'adjectif; et l'on sera forcé, comme >utes les fois que l'on viole la raison, de recourir à desdisnctions ridicules et à des lois d'exception.

Si, au contraire, on interroge la pensée, si Ton observe \ieUe est précisément l'idée que nous donne un adverbe, [uand il s'en rencontre dans une phrase , on reconnaîtra ivec tous les grammairiens philosophes que c'est un mot Wégé et mixte qui équivaut à une préposition suivie de son omplëment; qu'est-ce en effet qu'agir sagement? c'est

gir avec sagesse.

L'adverbe n'est donc pas, comme on le répète partout , m élément essentiel du langage , il n'est lui même qu'un aot composé. Une pareille assertion a-t-elle besoin de onfirmation , et sent-on quelque difficulté à séparer des léments que les mots et nos habitudes semblent avoir onfondusen une seule idée? Que l'on consulte des langues Ufférentes, on y verra les mêmes idées rendues ici°par lu adverbe , là par un nom et une préposition {dzxtrornim, sinistrorsiim , à droite , à gauche) ; que l'on concilie sa propre langue , on y verra les grammairiens discuter encore surcertains mots (en avant, en arrière, etc.) , es uns les prenant pour des adverbes , les autres pour les noms avec leur préposition ; on se sentira soi-même embarrassé sur la nature de certains mots. Aujourd'hui, lorênavant , semblent bien légitimement en possession du iom d'adverbe; écrivez- les au-jour-dlwi , d'or-en avant , •t vous serez étonné d'y voir clairement des prépositions uivies de compléments , et même assez complexes. Dans escas mêmes où cette composition semble mieux déguisée, analyse et l'histoire des langues nous forcent à faire la fyaration de la préposition et du régime; tous nos adverbes ment sont-ils autre chose qu'un adjectif joint à l'ablatif ■!5o mente, qui lui-même est pour avec un esprit, une ^position, que l'adjectif que l'on y joint vient déterminer? iÉ ce n'est pas là une hypothèse gratuite; nous trouvons I. 19

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