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La colora lion des agates paraissait présenter plus de difficultés ; la texture serrée et compacte de ces pierres semblait s'opposer à l'introduction de la matière colorante ; mais on a levé cet obstacle de deux manières différentes. Par le premier procédé, que l'on doit aux Indiens , on fait bouillir les agates dans de l'huile d'abord, et ensuite dans de l'acide sulfurique ; l'ébullition chasse l'air contenu dans les pores ; l'huile s'y introduit, et, brûlée bientôt après par l'acide sulfurique, elle développe une belle couleur noire qui règne dans les veines opaques , tandis que les veines translucides restent sans altération , et que d'autres passent à une blancheur plus éclatante.
M. Clément a fait sur les agates des expériences qui Tont conduit au procédé suivant. On met sous le récipient de la machine pneumatique un vase contenant de l'huile chaude et les pierres qu'il s'agit de colorer ; on fait le vide ; des bulles d'air se dégagent à l'instant des pores des agates , même de celles qui paraissent les plus pleines et les plus unies; on rend l'air; on reprend les agates, qui sont alors pénétrées d'huile, et on les met dans de l'acide sulfurique concentré qui pénètre également la pierre , brûle l'huile , et dépose le charbon jusqu'à deux millimètres de profondeur. Dans ce cas-là encore , ce sont les veines opaques qui se trouvent colorées , parce qu'il parait qu'elles sont les plus poreuses, tandis que les autres veines, étant infiniment plus serrées, s'opposent à l'introduction de toute couleur.
Les agates sont taillées et travaillées de même que les autres pierres précieuses par les lapidaires , et elles sont montées et mises en œuvre par les bijoutiers joailliers. ( F oyez ces mots. )
On fait des agates artificielles qui imitent celles que la nature nous présente. {F oyez Pierres précieuses artificielles. ) L. Séb. L. et M.
AGAVE. [Histoire naturelle.) Genre de plante de la famille des broméliacées , c'est-à-dire voisin des ananas ,
que l'aspect singulier des espèces qui le composent a fait souvent confondre avec les aloès , et dont on cultive plusieurs dans le9 serres ou dans les orangeries de l'Europe; d'autres croissent même en pleine terre dans nos provinces méridionales. La plus remarquable, celle que l'homme rapprocha de lui par l'utilité qu'elle lui présentait , est l'américaine, Vagava amerîcana des botanistes, vulgairement nommée pite ou pittc dans les colonies, où ses feuilles, après un rouissage, donnent un fil grossier, mais très propre à faire des cordages pour les embarcations : on en fait aussi des hamacs, des filets , des lignes de pêche ; et plusieurs hordes barbares s'en servent pour coudre leurs vêtements ou tisser des étoifes végétales qui reçoivent fort bien les couleurs qu'on leur imprime.
L'agave d'Amérique donne déjà aux campagnes où il est cultivé un aspect particulier et exotique. Depuis Perpignan, dans la Catalogne , dans le royaume de Valence , le long de la Méditerranée , et dans toute l'Andalousie , dès le revers de la Sierra-Morena , on en forme des haies impénétrables, et ce genre de clôturé embellit les champs et les propriétés qu'elle circonscrit. Les routes des parties les plus chaudes de l'Espagne en sont souvent bordées, et l'on a vu, dans certains combats, des soldats se croire inexpugnables, comme dans une citadelle, derrière des agaves pressés. En plusieurs endroits , les conquérants du pays furent dans la nécessité, afin d'y pouvoir circuler librement, de faire arracher, à cinquante toises de leurs communications, des végétaux qui les rendaient si dangereuses, en mettant les embuscades à l'abri de toute tentative de riposte.
Nul végétal ne présente une rapidité d'accroissement aussi extraordinaire que l'agave, formé de feuilles radicales, longues, coriaces, armées de dents déchirantes et de poiutes dures; on dirait un artichaut ouvert, gigantesque, dont chaque feuille atteindrait de cinq à sept pieds de long. Du centre de cet amas de feuillage glauque, sort , quand la plante a deux ou trois ans, une sorte de hampe de
AGE 55() la ligure d'une asperge qui commencerait à poindre , et qui, croissant à vue d'oeil, atteint jusqu'à vingt-cinq pieds de hauteur en six ou huit jours : nous en avons vu même prendre tout leur développement en trois fois vingt-quatre heures ; et, dans ce cas, rare à la vérité, la croissance étant d'environ une ligne par minute, on pouvait aisément en distinguer la singulière rapidité. L'extrémité de cette hampe se charge de fleurs réunies en paquets, et, dont la disposition générale est celle d'un élégant candélabre.
B. de St. V.
AGE DU MONDE. (Antiquités.) Les chronologistes divisent le temps qui s'est écoulé, selon les écrivains sa-, crés , depuis la création du monde jusqu'au Messie, en sept âges. Mais ce qui prouve que ces calculs sont chimériques, c'est, i° qu'ils diffèrent entre eux pour l'âge du monde depuis Adam jusqu'à la naissance de Jésus-Christ de trois mille trois cent soixante huit ans ; c'est, 2° qu'il n'y a pas de chronologie à établir lorsque l'on court le risque de prendre des allégories pour des réalités. «Il faut avouer, disent les auteurs de 17/ istoire universelle (voy. la préface , t. î cr) , qu'il n'y a point d'exacte uniformité dans les supputations des juifs, et que le texte hébreu, le Pentateuque sama ritain et les Septante différent beaucoup entre eux... Ainsi, par exemple, l'intervalle depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la fondation du temple de Salomon est expressément dit avoir été de quatre cent quatre -vingts ans, dans le 1er livre des Rois,c. 6, v, i; au lieu que, dans le livre des Juges , la somme de tous les nombres particuliers monte environ à cinq cent quatre-vingt-douze ans. » Voyez ibid. , la table des années du monde jusqu'à la naissance de Jésus-Christ , suivant le calcul de cent dix chronologistes , dont le premier compte depuis la création jusqu'à l'ère chrétienne six mille neuf cent quatre-vingt-quatre ans, et le dernier trois mille six cent seize années seulement , ce qui fait, comme je l'ai dit, une légère différence de trois mille trois cent soixante-huit ans ! E. J.
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AGES (les QUATRE). {Antiquités.) L'âge d'or, l'âge d'argent , l'âge d'airain , l'âge de fer, sont les quatre âges du monde qui suivirent la forma lion de l'homme , suivant les poètes, lis ont placé l'âge d'or sous le règne de Saturne, pendant lequel on vit régner sur la terre la liberté , et avec la liberté l'abondance, l'innocence et la justice. « Alors, disent-ils, la terre, sans avoir besoin d'être cultivée , produisait d'elle-même tout ce qui est nécessaire et utile à la vie; des fleuves de lait et de miel coulaient de toutes parts. » Les âges suivants , dont on peut voir la description dans Ovide et dans Virgile , vont toujours en empirant ; et c'est sans •doute d'après cette allégorie qu'Horace a dit, et qu'on croit encore , que les hommes vont de même en empirant toujours, que nous ne valons pas nos pères, et que nos descendants seront encore pires que nous. J'ai fait voir, dans les notes sur mon Retour de l'âge d'or, que les quatre âges du monde étaient une allégorie des quatre âges du soleil ou des quatre saisons de Tannée ; que l'âge d'or était l'hiver, l'âge d'argent le printemps, l'âge d'airain l'été, l'âge de fer l'automne; j'y renvoie le lecteur pour les preuves : le passage du chapitre 18 du livre içr des Saturnales de Macrobe sur les quatre âges du dieu soleil achèvera de le convaincre.
« Les images ou statues de Bacchus le représentent tantôt sous la forme d'un enfant, tantôt sous celle d'un jeune homme, d'autres fois avec la barbe d'un homme fait , et enfin avec les rides de la vieillesse , comme les Napolitains en Campanie peignent le dieu qu'ils honorent sous le nom d'Hébon. Ces différences d'âge sont relatives au soleil, qui semble être un tendre enfant au solstice d'hiver, tel que le représentent les Égyptiens à certain jour où ils tirent du fond de leur sanctuaire son image enfantine , parce que, le jour étant alors le plus court, ce dieu semble n'être encore qu'un faible enfant. Prenant ensuite des accroissements , il arrive à l'équinoxe de printemps sous la forme d'un jeune homme vigoureux , dont ses
AGE 5Gi images empruntent alors les traits; puis il parvient à sa maturité, désignée par la barbe touffue "qu'il porte dans les images qui le représentent au solstice d'été, lorsque le jour a pris tous les accroissements dont il est susceptible. Enfin il décroît ensuite insensiblement, et arrive à *sa vieillesse , retracée par l'état de décrépitude où il est peint dans les images. » E. J.
AGES. (Médecine.) Tout s'altère, tout meurt autour de nous. Les ouvrages de la nature, comme ceux des hommes, ont leurs périodes d'accroissement et de décrépitude. La terre elle-même nous offre partout, dans les débris qui la couvrent, les traces des révolutions qui ont bouleversé sa surface. Cependant, au milieu de ces révolutions perpétuelles, la matière ne périt pas ; elle ne fait que changer de forme, soit que , constituant les corps inorganiques , elle reste impérieusement soumise à la loi de l'inertie , soit que , soustraite momentanément à l'empire des lois physiques , elle devienne organisée et vivante. Mais les corps inorganiques prolongeraient indéfiniment leur existence , si des causes purement accidentelles n'y mettaient un terme. Produits de combinaisons chimiques , ils ne peuvent être détruits que par l'influence de nouvelles affinités , ou par une violence extérieure qui divise leurs molécules. Chez les êtres organisés au contraire, la durée de l'existence est circonscrite dans de certaines limites , variables pour chaque espèce. Les uns naissent et meurent dans l'espace d'un jour; les autres semblent braver les siècles. C'est surtout pai mi les végétaux que l'on rencontre ces exemples d'une vi< éphémère ou d'une extrême longévité.
Parmi les animaux , l'homme est un de ceux dont la vie se prolonge le plus long-temps. Mais trop souvent il abrège le terme que la nature semble avoir assigné à son existence. Si le perfectionnement de la civilisation a éloigné de l'homme une foule de causes de deslruction , la civilisation en a créé d'autres non moins actives. Au sein de nos villes
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ment, épuisés par des travaux excessifs ou meurtriers! Dans les classes les plus riches , combien font de victimes et les passions dévorantes , et la pesante oisiveté ! Dans les classes moyennes, où les travaux sont généralement proportionnés aux forces des individus , où les passions moins excitées sont moins violentes , et les excès plus rares , les douceurs de la vie semblent en assurer la longue durée. C'est Yaurea mediocritas d'Horace.
Les climats ont une grande influence sur la durée de la vie humaine. C'est sous les zones tempérées qu'elle est généralement la plus longue. Le Groënlandais , relégué sous le pôle glacial , l'Africain , brûlé par le soleil , ont également une vieillesse prématurée. Les premiers Européens qui débarquèrent en Amérique trouvèrent peu de vieillards parmi les naturels du pays. Des miasmes destructeurs s'exhalaient de cette terre marécageuse , que les eaux semblaient encore disputer à l'homme.
C'est une idée répandue chez différents peuples , et que l'on retrouve également sur les bords du Gange, du Jourdain et de l'Orénoque, qu'il fut un temps où la vie de l'homme était beaucoup plus longue. Au commencement du monde , disent les Indiens , les hommes vivaient près de quatre- vingt mille ans, et ils étaient remplis de sainteté; ils dégénèrent de plus en plus , et il viendra un temps où les hommes n'auront que trois pieds de haut , ne vivront que six ans , et se marieront à l'âge de cinq mois... Ainsi , comme le vieillard d'Horace , les hommes sont détracteurs du temps présent , et , remontant dans les siècles passés , Us rêvent les chimères de l'âge d'or.
L'homme, considéré tel que nous le connaissons mainte nant, présente dans la durée de sa vie plusieurs époque* ou périodes qui prennent chacune le nom d'âges. La divi sion la plus ancienne et la plus naturelle est celle qui par tage la vie en quatre âges , savoir , l'enfance , la jeunesse . l'âge adulte, et la vieillesse.
Ces différents âges ont été considérés tour à tour sous
AGlv 5G5 divers points de vue par les poètes , les métaphysiciens , les moralistes , les médecins. Nous ne reproduirons point ici le lableau des âges , tel qu'il a été si souvent et si éloquent meut tracé, depuis' Horace jusqu'à Pope et Boileau , depuis Cïcéron jusqu'à Locke et Rousseau.
Nous allons spécialement examiner les quatre âges de l'homme sous le rapport anatomique , physiologique, pathologique et hygiénique.
I. L'enfance a été subdivisée par M. Hallé en deux périodes. La première enfance ( infantia) comprend les sept années qui suivent la naissance; la seconde (pueritia) s'étend depuis l'âge de sept ans jusqu'aux premiers signes de puberté.
Enfermé pendant sept mois dans le sein de sa mère, et désigné pendant ce temps sous le nom de fœtus, l'enfant s'est peu à peu développé. Ce n'était d'abord qu'une masse à peine perceptible , ne pesant qu'un grain le dixième jour de sa formation , et, le trentième , comparé par Aristole à une fourmi sous le rapport de la forme et du volume. Peu à peu cette masse pulpeuse, homogène, s'organise. Le cœur , le cerveau apparaissent , et autour de ces deux grands centres de la vie toutes les autres parties se forment suc cessivement. Au bout de neuf mois L'organisation est achevée ; l'enfant naît à la lumière; l'air se précipite alors dans les poumons , et la respiration s'établit pour ne plus finir qu'avec la vie. La première contraction des muscles inspirateurs semble être un de ces phénomènes instinctifs dont l'économie nous offre tant d'exemples, et qui porte ^raient à admettre, daus beaucoup de cas, l'archée de Van helmont ou l'âme sensitive de Stahl. Admirable organisation , dans laquelle les phénomènes indépendants de la vo lonté sont ceux dont la précision est la plus grande !
En même temps que la respiration s'établit , le sang noir du fœtus, soumis à l'influence bienfaisante de l'air , acquiert les propriétés du sang artériel , et devient propre à porter à tous les organes l'excitation et la vie. Le foie , très déve {
loppé chez le fœtus, commence dès ce moment à être moins prédominant. L'ossification n'est point encore achevée ; les muscles sont très grêles. Cependant, par une sage pré voyance de la nature , les parties du système locomoteur , c|iii devaient servir à garantir les organes intérieurs ou à les aider dans leurs fonctions , sont déjà très développées. Ainsi les côtes sont bien formées , de même que les muscles qui les meuvent. Dans la colonne vertébrale toutes les par lies qui concourent à protéger la moelle présentent une ossification complète; celles au contraire qui doivent donner attache aux muscles sont encore très peu prononcées. Les parois du crâne sont encore à la vérité en partie cartilagineuses; mais parleur grande élasticité elles opposent une puissante résistance aux violences extérieures.
Vers l'âge de sept mois le travail delà première dentition commence, et continue à s'effectuer jusqu'à deux ans. Pendant ce temps les fonctions de la vie animale se développent et ne cessent de prendre une activité de plus en plus grande jusqu'à l'âge de sept ans. La quantité de notions que l'homme acquiert pendant cette période de son existence est vraiment prodigieuse, et il ne serait peut-être pas déraisonnable d'avancer que l'homme apprend plus de choses depuis sa naissance jusqu'à Pâge de huit ou neuf ans que dans le reste de sa vie.
A sept ans la seconde dentition commence. Alors la première éducation que l'enfant a reçue de la nature est à peu près achevée , et l'on peut commencer à exercer sa mémoire. Pourquoi dès ce moment ne chercherait- on pas à confier à sa mémoire une foule de faits choisis dans les sciences naturelles? Plus tard il n'aura plus qu'à coordonner ces faits isolés , et de leur ensemble naîtra la science.
A peine l'enfant a-t-il vu le jour que de nombreuses maladies menacent sa fragile existence. Immédiatement après sa naissance se montrent l'asphyxie, le muguet, l'ictère , l'endurcissement du tissu cellulaire, etc. De graves accidents résultent souvent alors de la rétention du méco-
nium. D'autres enfants apportent en naissant les traces déplorables d'une syphilis héréditaire; d'autres sont déjà phthisiqucs , etc.
Depuis sept mois jusqu'à deux ans, pendant le travail de la première dentition , l'on observe surtout des convulsions , des assoupissements apoplectiques , de funestes diarrhées.
C'est depuis deux ans jusqu'à sept ans que se manifestent le plus ordinairement la petite vérole, la rougeole, le croup , la coqueluche, les différentes espèces de gourmes et de teignes , etc. Alors la nutrition est souvent viciée. De là le rachitisme , le carreau , etc. Ces dernières maladies appartiennent aussi à la seconde enfance.
Une observation bien entendue des règles de l'hygiène est un des plus sûrs moyens de conserver la santé de l'enfant naissant. La plume éloquente de Rousseau a signalé les avantages de l'allaitement maternel, et les graves inconvénients du maillot. L'on doit éviter l'air humide et renfermé, la malpropreté, les vêtements trop serrés, les aliments grossiers et indigestes. L'usage intempestif des bains froids , employé d'après un précepte de Rousseau mal interprété, a fait de nombreuses victimes. De tristes déformations du tronc et des membres sont le résultat d'une station ou d'une marche prématurée. Mais d'un autre côté on doit gêner le moins possible les mouvements de l'enfant. Sans adopter dans toute son étendue l'opinion de BuiTon , qui , renchérissant sur les idées d'Helvétius, a avancé qu'un homme n'a peut-être beaucoup plus d'esprit qu'un autre que pour avoir fait dans sa première enfance un plus grand et plus prompt usage de ses mains , nous pensons que l'exercice libre des diverses parties doit avoir la plus heureuse influence sur le développement précoce du physique et du moral.
II. Le développement des organes génitaux, le changement opéré dans la voix , marquent la Gn de l'enfance et le commencement de l'adolescence. Toute l'économie subit