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alors une grande révolution. Dans les deux sexes, la poi- Irinc acquiert une plus grande capacité, et tous les sens plus de perfection. Le système glanduleux perd de sa prédominance , et les maladies qui s'y rattachaient deviennent moins fréquentes. Chez la femme, l'établissement de la menstruation rend l'époque de la puberté beaucoup plus orageuse que chez l'homme. Cette époque varie d'ailleurs beaucoup suivant les climats. Ainsi dans les Indes orientales les filles sont nubiles dès l'âge de huit ans, tandis que dans les pays très froids l'apparition des menstrues a lieu plus tard que dans nos climats tempérés.
Parlerai-jc des prodigieux changements que subissent alors et les facultés intellectuelles et les dispositions morales? Esquisserai-je le tableau des passions qui arrachent le jeune homme à ce repos enfantin où languissaient son esprit et son corps? Bien ou mal dirigées, ces passions peuvent devenir également la source ou de son bonheur ou de son malheur : mais cet intéressant sujet a été épuisé par nos grands écrivains, et nous renvoyons à leurs ouvrages.
En même temps que plusieurs systèmes d'organes se développent, ils deviennent le siège de nombreuses maladies. C'est pendant la jeunesse que l'état pléthorique prédispose aux inflammations et aux hémorrhagies actives. C'est alors que se manifeste surtout la phthisie pulmonaire , déplorable affection qui moissonne dans sa fleur une partie de l'espèce humaine. Alors Apparaissent une foule d'affections nerveuses qui se modifient à l'infini dans les deux sexes, en raison de leur tempérament, des habitudes de leur vie , de leur mode d'éducation, etc.
Si à l'époque de la puberté des maladies nouvelles se manifestent , il en disparaît d'autres qui étaient le partage de l'enfance; telles sont surtout les différentes affections scrophuleuses , les convulsions , l'épilepsic, etc.
Dans la jeunesse , les stimulants hygiéniques et thérapeutiques sont plus nuisibles que dans aucune autre période
AGE 067 le la vie. La médecine morale est souvent la plus utile de outes, pour combattre les différentes affections nerveuses, \u\ reconnaissent le plus ordinairement pour cause ou la mauvaise direction des idées ou l'excès des passions.
III. L'âge adulte commence vers la vingt- sixième année, et se prolonge plus ou moins selon les individus. La texture des organes subit encore pendant cet âge d'importantes modifications. Les muscles se dessinent plus fortement à travers les téguments. Les os, dont l'accroissement en hauteur est terminé , croissent en épaisseur jusque vers l'âge de quarante ans. La poitrine continue , pendant les premières années , à être le siège d'une fluxion sanguine habituelle. Mais peu à peu ce sont les viscères abdominaux vers lesquels se dirige l'exubérance vitale. Alors l'exhalation de la graisse augmente notablement , soit au-dessous de la peau , soit dans la cavité de l'abdomen.
L'homme , parvenu à l'âge adulte , a acquis toute la plénitude de ses facultés physiques et intellectuelles. Son imagination n'est plus aussi vive; mais ses pensées sont plus fortes, son jugement plus solide. L'expérience des hommes et des choses l'a désabusé des rêves brillants de la jeunesse. C'est alors qu'il exécute les grands travaux du corps et de l'esprit : trop heureux s'il n'a pas remplacé les passions de l'âge précédent par des passions plus funestes! trop heureux si l'ambition , la jalousie, la cupidité, ne tourmentent pas son cœur et ne lui inspirent pas des forfaits !
L'âge adulte a aussi des maladies qui lui sont propres. Jusque vers l'âge de trente-six ans les maladies du poumon sont encore redoutables. Plus tard , les affections du foie et des autres viscères abdominaux deviennent prédominantes. Alors se montrent les anévrysmes , lés névralgies , le rhumatisme, la goutte, les dartres, etc. Après quarante ans , les apoplexies commencent à devenir fréquentes ; les affections cancéreuses se déclarent. Enfin , vers l'âge de 45 à 5o ans , la cessation du flux menstruel est
5G8 AGE une époque fatale qu'une foule de maladies précèdent, accompagnent ou suivent.
IV. Dès l'âge de soixante ans l'homme commence i décroître. Les muscles, moins énergiques, n'ont plus assez de force pour soutenir le tronc, que le poids des viscère? abdominaux tend à porter en avant ; de là la station courbée des vieillards. Les articulations, plus roides,seprêtent moins facilement aux mouvements. Les organes desens perdent de leur perfection ; la peau, moins souple, est le siège d'un tact moins fin ; les nerfs auditifs s'émous sent. Le cristallin épaissi intercepte le passage des rayons lumineux; la rétine ,* devenue insensible, n'en transmet plus l'impression au cerveau. Le cœur, dont les battement sont plus rares, envoie aux organes un sang moins riche el moins excitant. Les fonctions digestives sont lentes, pénibles ; peu d'aliments suffisent au vieillard , et , comme l'a dit Hippocrate, il supporte le jeûne plus facilement qu'à aucune autre époque de la vie.
A mesure que le physique se détériore chez le vieillard, ses facultés intellectuelles et morales perdent aussi leur énergie. Sa mémoire , encore fidèle à lui rappeler ce qu'il a appris dans sa jeunesse , ne conserve plus l'impression des événements de la veille ; ses pensées ne se lient plus qu'avec effort : il revient peu à peu vers une nouvelle enfance. Mais tandis que l'enfant recherche le mouvement et les sensations variées, le vieillard, au contraire , aspire surtout à une sorte d'immobilité physique et morale.
11 est des hommes qui , en vertu d'une faiblesse originelle ou acquise, offrent déjà tous les traits delà vieillesseau milieu de l'âge adulte. Il est au contraire d'autres êtres privilégiés qui parviennent jusqu'à un âge très avancé san» présenter à peine quelque trace d'aucune dégradation physique ou morale. Exercer modérément le corps et 1 esprit» user de tout, mais n'abuser de rien ; chercher les douce» émotions, mais se garantir des passions violentes, tel est « plus sûr moyen d'éloigner les infirmités de la vieilles**6*
zed by GoOgfe
AGE 369 le prolonger la vie. Tel fui surtout le secret de l'heureux ^ontenelle , qui, né avec une constitution faible , poussa usqu'à près de cent ans sa débile existence.
M. et A... p.
AGES. (Législation.) Époques de la vie où Ton devient apable d'exercer certains droits civils ou politiques.
La loi exige quarante ans pour être législateur , trente pour exercer les fonctions de juge , de juré et le droit d'élection, et vingt -deux au moins pour remplir les fonctions du ministère public près les tribunaux.
Pour contracter mariage, l'homme doit avoir dix-huit ins , la femme quinze ans révolus.
A l'âge de vingt-cinq ans accomplis, l'homme peut se marier sans le consentement de ses ascendants; la femme le peut à vingt-un : mais l'un et l'autre sont obligés de leur faire les^ommations exigées par la loi.
Pour adopter, il faut être âgé de cinquante ans, et en avoir quinze au moins de plus que l'individu qu'on se propose d'adopter.
Le tuteur officieux doit avoir cinquante ans, l'enfant quinze. L'homme âgé de soixante-cinq aps peut refuser une tutelle. Celui qui en a accepté une peut, à soixante-dix, s'en faire décharger.
La majorité est fixée à vingt-un ans pour les deux sexes ; jusqu'à cette époque l'enfant demeure sous la puissance paternelle , et son père peut obtenir du président du tribunal l'ordre de le faire détenir pendant un mois s'il a des sujets de mécontentement. A 18 ans révolus, il peut quitter la maison paternelle pour enrôlement volontaire.
A seize ans, le mineur peut tester; à quinze, il peut être émancipé par son p^e , ou par sa mère à défaut de père; et à dix-huit , par un conseil de famille.
Les témoins doivent être majeurs; les enfants au-dessous de quinze ans ne sont entendus que par forme de déclaration, sans serment.
Le premier jour de la soixante-dixième année de son âge 1. 24
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affranchit le débiteur non stellionataire des suites de la contrainte par corps.
Si plusieurs personnes âgées de moins de quinze ans périssent ensemble , la plus âgée est présumée avoir survécu ; si elles ont plus de soixante ans , la présomption est pour la moins âgée. Dans tous les autres cas , la présomp tion de survie suit l'ordre de la nature : si ceux qui périssent étaient de sexes différents, l'homme est censé avoir survécu à égalité d'âge , ou si la différence n'excède pas une année.
L'âge influe sur la peine à appliquer à l'homme accuse d'un délit ou d'un crime. S'il n'a point atteint sa seizième année, sur la déclaration du jury qu'il n'a point agi avec discernement il est acquitté ; sauf à lui faire subir, s'il y a lieu , une délention limitée dans une maison de correction. Dans le cas contraire , la peine qu'il subit est ^oujoui> correctionnelle ; mais elle peut être de vingt ans.
A soixante-dix ans, l'individu dans le cas d'être condamné aux travaux forcés ou à la déportation ne L'est qu'à la réclusion. S'il subissait déjà l'une de ces peines, il est. à soixante-dix ans accomplis, renfermé dans une maison de force pour le temps à expirer de sa peine. C...N.
AGENCES. (Economie politique.) Administration de certaines affaires ou des affaires de certains individus. Ce mot a long-temps appartenu à la police ecclésiastique et à la diplomatie.
. Agences ecclésiastiques. Le clergé de France avait deux sortes de réunions. Dans l'une , appelée assemblée du contrat , il renouvelait , après les décisions relatives à la foi ou à la discipline , le contrat par lequel il s'était engagé à payer à l'état des subsides et décimt^ 11 nommait ensuite deux agents généraux chargés de surveiller la levée et l'emploi de ces dons volontaires, d'empocher qu'il fût porté atteinte aux privilèges du sacerdoce, et enfin de proposer au gouvernement tout ce qui pouvait accroître la splendeur de la religion. La seconde réunion, connue sous
A (JE 37i le nom d'assemblée des comptes, entendait les rapports des agents généraux, et vérifiait la recette et l'emploi des dons gratuits. Ces agents , qui se disaient chargés des intérêts de l'église gallicane , n'exerçaient , comme on voit , que des fonctions subalternes ; aussi n'étaient-ils pris ordinairement que dans le second ordre du clergé. Leurs fonctions duraient cinq ans et leur donnaient le privilège de présence; c'est-à-dire que, vivant à la cour, ils étaient censés présents à leurs bénéfices et en percevaient les revenus. Ces agences ont été détruites par la révolution , qui, en assujettissant les biens du clergé aux impots ordinaires,
. lésa rendues inutiles. Toutefois le spirituel paraissa^ être le motif dominant de ces assemblées et de ces agents; ce motif subsiste toujours, et l'intérêt de l'église semblerait demander que le clergé de France fît pour la foi dépouillée des biens terrestres ce qu'il faisait jadis pour ses biens temporels unis à ses privilèges politiques.
t Agences diplomatiques. La diplomatie reconnaissait aussi de nombreuses agences. Les grandes puissances accréditaient des agents auprès des petits princes „ à qui ils ne pensaient pas devoir les honneurs de l'ambassade; et les petits princes en envoyaient aux grandes puissances, auprès desquelles leur pauvreté ne leur permettait pas d'entretenir des ambassadeurs. Aujourd'hui ces agents, facteurs, résidents , consuls , n'ont qu'une mission spéciale. Ils sont sous la protection du droit des gens ; mais, ne représentant point leurs souverains, ils ne jouissent point des privilèges attachés aux ambassadeurs. Les gouvernements envoient cependant des agents non accrédités même dans des pays où ils ont des ambassadeurs; ce sont des espions incognito, chargés de surveiller les diplomates avoués.: ici l'espionnage n'est que honteux; mais il peut devenir funeste lorsqu'on adresse ces agents publics ou secrets aux puissances qui ne sont pas encore assez affermies pour qu'on veuille les reconnaître. Alors les titres diplomatiques ne sont qu'une protection qu'on accorde aux inimitiés exté-
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rieures; et l'on ouvre un laboratoire inviolable aux discordes et aux conspirations. {Voyez Diplomatie.)
Agences d'affaires. Dans l'ordre civil il existe aujourd'hui un nombre infini d'agences. On peut les diviser en publiques et en particulières. Je donne le nom de publiques à celles dont l'existence est reconnue et sanctionnée par le gouvernement. Elles prennent ordinairement le nom d'assurances ; on distingue les assurances maritimes , commerciales , d'épargne et de prévoyance, contre l'incendie, sur la vie , etc. , etc. Celles-ci offrent des chances qu'il est possible d'évaluer , parce que leurs données sont fixes et leur^base connue; ainsi nous traiterons au mot Assurancesae leurs promesses apparentes et de leurs résultats réels et véritables.
Il n'en est pas ainsi des agences particulières, plus spécialement connues sous le titre d'agences d'affaires. 11 en est qui offrent une garantie vraie et assurée dans la mora lité des chefs de rétablissement, dans les capitaux qu'ils consacrent au succès de leur entreprise , dans l'économie des frais administratifs, dans la régularité de leur gestion , dans la prudence des placements et des spéculations, dans le zèle à poursuivre les affaires dont on est chargé; mais il en est d'autres qui n'offrent aucune sécurité, parce qu'elles n'ont pour objet unique que le bénéfice de l'agent , et qu'elles ne sont que de véritables impôts levés sur la crédulité publique. Elles n'ont qu'un intérêt particulier , malgré le plâtrage d'intérêt général dont on a soin de les recrépir. Il est impossible de traiter avec fruit des agences particulières, i° parce qu'elles sont susceptibles d'autant de combinaisons qu'il est d'objets sur lesquels on peut spéculer et de manières de capter la confiance ; 2° parce que les chances dépendant en entier de la loyauté , de la capacité et de la volonté de l'agent, il est impossible de les év aluer ; 3° parce que la seule garantie qu'elles offrent est la moralité des agents , et qu'ainsi tout se réduit à une question personnelle que les clients peuvent seuls résoudre.
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Aussi les agences d'affaires , n'étant soumises à aucune Lîgle fixe et connue , ont donné lieu à des plaintes mulpliées. 11 serait à désirer qu'une loi s'occupât de cette incessante question ; mais il est à craindre qu'en voulant onner des garanties au public, elle ne viole sa confiance, t ne porte atteinte à la liberté du commerce et de l'indusrie. {F oyez Agents de change.) J.-P. P.
AGENTS DEtlHANGE. {Economie politique.) Cesont 3S seules personnes qui aient qualité pour négocier soit es effets publics français ou étrangers , soit tout autre effet usceptible d'être coté. Autrefois ils avaient le titre de. onseillers du roi , agent de banque , change , commerce et Inances, et ils étaient au nombre de cent seize, répartis [ans les principales villes de France. Lorsque le faste et lesjuerres de Louis XIV eurent ruiné les finances , tantôt on upprima les agents titulaires et on en créa de nouveaux afin l'obtenir le prix de ces nouveaux offices , tantôt en doubla eur nombre, et tantôt on augmenta le prix de leur charge. ]'est en 1705 , 1708 et 1714 que 'e corps des agents de hange a éprouvé les plus notables variations : l'édit de 1 723 ivait réglé leur nombre , leurs attributions et leurs droits.
Aujourd'hui leur nombre est fixé à soixante pour la >ourse de Paris, et tout individu qui empiéterait sur les onctions qui leur sont attribuées serait passible *d'une imende dont le minimum est le douzième et le maximum e sixième du cautionnement des agents de change. Ce :autionnement , qui est de 1 25, 000 fr. , est affecté aux con~ Intimations qui pourraient être prononcées pour abus com- 11 is dans l'exercice de leurs fonctions.
La compagnie des agents de change nomme tous les ans, 1 la majorité des suffrages et au scrutin secret , la chambre yndicale composée d'un syndic et de six adjoints : cette •hambre , revêtue d'un pouvoir discrétionnaire , exerce sa urveillance sur la compagnie tout entière : elle peut cenurer ou suspendre les agents de change , mais elle n'a le I roi t que de provoquer leur destitution.
Les agents de change doivent tenir des livres , et coter sur un carnet chacune de leurs opérations , mais ils doivent le secret à leurs clients; à moins qu'ils ne soient autorisés à les nommer, soit par eux-mêmes, soit parla nature de la négociation. Leurs droits sont fixés d'un huitième à un quart pour cent pour chaque opération ; et , comme ils en sont personnellement responsables , ils devraient avoir en leurs mains les effets ou les sommes qui peuvent en garantir la livraison ou le paiement. Cette précaution serait d'autant plus nécessaire aujourd'hui que la cour royale de Paris , se fondant sur l'absence des règlements , a refusé aux agents de change le droit de poursuivre leurs clients pour les différences provenant des jeux de bourse. Cet arrêt, qui semble lui-même réglé ment a ire, et par conséquent un empiétement sur la puissance législative ou sur les droits du gouvernement , sert à faire sentir plus vivement l'absence d'un règlement qui, prévoyant tous les cas , n'en abandonne aucun à la discrétion de l'autorité judiciaire.
JLes opérations des agents de change ont pour objet le* fonds créés par le gouvernement français ou les gouvernements étrangers, tels que les cinq pour cent consolidés , les reconnaissances de liquidation, les annuités, les bons royaux 9 les fonds d'Angleterre et d'Autricfic, les rentes d'Espagne, de Naples et de Sicile. C'est ce qu'on appelle les fonds publics. Nous traiterons de leur émission au mo! Crédit public; des garanties qu'ils ofFrent et du degré d'assurance de leur remboursement,, au mot Amortissement; de la manière de les transférer, au mot Bourse; des jeux connus sur les divers fonds aux mots Agiotage et Jeux de bourse.
Les agents de change peuvent négocier encore les actions île la banque de France, les obligations des villes de Paris . et de Bordeaux les actions des ponts et des canaux, celles des compagnies d% assurances maritimes , générales-maritimes , commerciales, contre Y incendie, gènt
AGE 575 raies contre Y incendie, du phénix, sur la vie, générales sur la vie, des dépôts et consignations , d'épargne et de prévoyance , et enfin de la caisse syndicale des boulangers. Tous ces divers établissements autorisés par le gouvernement , et dont les statuts sont connus et publiés , offrent dans les diverses négociations des chances de gain ou de perte qu'il est possible d'apprécier et dont nôus traiterons au mot Assurances. Pour le change de l'argent étranger nous renvoyons aux mots Agioel Change. Les agenlsde change peuvent encore négocier tous les effets de commerce , et nous les envisagerons sous ce rapport au mot Bourse.
Toute opération est de placement ou de spéculation, à la hausse ou à la baisse, au comptant ou à terme. Les marchés à terme sont ou fermes, c'est-à-dire passés au cours du jour , mais ne devant être livrés ou payés que fin du mois courant ou prochain; ou à prime, c'est-àdire ( pour les primes d'achat ) qu'en cas de baisse on demeure le maître de ne point retirer les effets achetés , en prévenant le vendeur le dernier jour du mois à trois heures précises, et en perdant la somme qu'on a donnée comme prime; et qu'en cas de hausse , on a le droit d'en exiger la livraison au prix convenu , soit au terme, soit par anticipation : mais alors on est tenu de prévenir le vendeur trois jours d'avance et de payer un escompte. Ici le vendeur est le seul engagé ; mais dans les primes de vente c'est l'acheteur qui s'engage , c'est-à-dire que , moyennant la prime convenue , il est tenu de recevoir les rentes à lui vendues , au jour indiqué et pour le prix stipulé : cette opération , peu usitée , est l'inverse de la précédente.
Toutes ces diverses opérations se font au cours de la bourse ; ce cours est bas , haut et moyen dans le même jour. Le cours moyen est une moyenne proportionnelle entre le plus haut et le plus bas ; il sert de type pour les marchés au comptant , et de régulateur pour les spéculations à terme ou à prime; car il est une des bases des probabilités de hausse et de baisse.
Les opérations de placement, c'est-à-dire l'acquisition de rentes au comptant , faite par un individu qui veut placer sur les effets publics des fonds qu'il possède , sont des opérations semblables à l'achat d'une terre ou d'une maison; ici les agents de change font à peu près l'office de notaires. Il en est de même des spéculations à terme ou à prime, lorsque le vendeur peut livrer et que l'acheteur peut payer les effets sur lesquels on opère.
Malheureusement, à côté de ces capitalistes et de ces rentiers , se trouvent des hommes qui , n'ayant ni des effet* a livrer ni de l'argent pour les payer, assiègent la bourse, non pour opérer, mais pour jouer sur les fonds publics. Ceci sort du domaine des placements et des spéculations, et rentre dans celui des jeux de bourse : nous verrons à ce mot comment , à l'aide des reports , ils trouvent le moyen de perpétuer leur jeu jusqu'à ce que leur ruine soit tellement évidente qu'ils soient dans la nécessite de disparaître ; comment, pour retarder cette ruine , ils savent convertir de hausse en baisse et de baisse en hausse leurs opérations malheureuses; et comment enfin, par l'intermé diaire des coulissiers, ils passent , d'heure à heure ou de jour à jour , des marchés presque toujours sans garantie pécuniaire et souvent sans responsabilité morale.
. Il n'est pas inutile de faire observer que toute opération de bourse est assimilée à une opération commerciale , et qu'ainsi celui qui souscrit ou faitsouscrire pour son compta par un agent de change , des engagements de livrer ou de payer, est justiciable du tribunal de commerce et passible de la contrainte par corps.
De ces diverses observations il résulte que les opéra tions faites par les individus qui veulent réellement acheter ou vendre peuvent être lucratives, sont utiles pour le crédit public, et honnêtes aux yeux des moralistes ; que les sf* culations, au contraire, imaginées parles agioteurs, qu»nP peuvent ni livrer ce qu'ils vendent ni payer ce qu'ils achè tent, sont plus chanceuses que la loterie et les jeux deha
sard , sont la source de tous ces bruits mensongers qui influent toujours sur le cours de Ta bourse et souvent sur la marche du gouvernement et la tranquillité publique , et enfin sont une des causes de la ruine et^du désespoir des familles.
Ces dernières spéculations sont immenses , comparées aux opérations réelles. On peut gagner , et cette possibilité suffit pour que des gens qui n'ont rien à perdre tentent cette chance de gain. Des citoyens peu sages exposent aussi leur fortune à ces jeux de hasard. Si , comme nous l'avons déjà observé , les agents de change font dans les opérations réelles l'office de notaires , ils jouent dans ces spéculations fictives un rôle analogue à celui du gouvernement dans les loteries; ils négocient si souvent les même effets que le véritable bénéfice leur demeure. C'est le chandelier dans les jeux de société; il reste à celui-ci trois millions par an : c'est donner d'avance une idée du jeu de la bourse de Paris.
Si l'on considère les agents de change comme chargés du courtage des lettres de change et des effets privés , il semble étonnant que les gouvernements , en se réservant le droit de les nommer , aient pour ainsi dire forcé le commerce à se servir d'intermédiaires qui ne sont pas de sou choix; qu'on ait obtenu de ces agents un cautionnement si considérable que , pour pallier cette exigence , il a fallu leur accorder le droit de transmettre leur office à leur gré; et qu'enfin pour les offices non transmis on n'exige que la présentation de la chambre syndicale , lorsqu'il était si facile de faire intervenir les négociants dans l'élection de leurs mandataires , en laissant aux chambres de commerce le droit qu'elles possédaient de présenter des candidats.
Des ordonnances ont décidé qu'ils avaient seuls le droit de justifier devant les tribunaux et les arbitres la vérité des négociations, achats et ventes. Cette disposition , si elle était suivie , serait uu attentat grave porté au droit de propriété et aux règles posées par les lois sur le droit d'acheter et de vendre : l'on doit porter la môme décision de
la contrainte imposée aux négociants de se servir de leur intermédiaire, à peine d'amende.
Le monopole des bourses, confié ainsi à des compagnies d'agents de change , est une véritable gêne pour le commerce, surtout à Paris, où les spéculations sur les fonds publics sont trop nombreuses et trop lucratives pour leur laisser le temps de se livrer avec quelque soin et quelque zèle aux négociations privées. La fiscalité détériore tout ce qu'elle touche: après avoir tiré des agents de change des sommes énormes , elle s'est aperçue qu'ils ne suffisaient pas aux besoins du commerce, et elle a été, dit-on, tentée d'augmenter leur nombre; ce qui ne remédierait à rien , puisque les nouveaux suivraient les traces des anciens et s'adonneraient de même aux opérations de hausse et de baisse : elle voulait , dit-on encore, créer des courtiers de change; ce qui serait une spoliation, puisque l'office des agents de change diminuerait de valeur, qu'on leur a concédé un privilège exclusif, et qu'on ne peut y porter atteinte sans ajouter un abus privé à un abus public.
Il nous est impossible de fixer aucune règle précise sur la responsabilité des agents de change ; car, lorsque les ordonnances faites pour le fisc viennent se mêler aux lois faites pour la justice , rien n'est fixe ni reconnu. C'est ainsi que la loi leur défend de signer des effels de change, et que des arrêtés les rendent responsables de la dernière signature des. effets qu'ils négocient; c'est ainsi que la loi punit par la prison et l'amende les paris sur la hausse et la baisse , et que la bourse de Paris ne roule guère que sur ces jeux déguisés. On nous demandera peut-être auxquels il faut s'en rapporter de ces règlements ou de ces lois. Nous répondrons que les lois devraient l'emporter sur le9 règlements , avec d'autant plus de raison que ces lois sont postérieures et abrogent ce qui les précède; mais, dans ce conflit de mesures justes et de mesures fiscales , il en est autrement, et le fisc l'emporte sur la justice.
I oyez la Code de commet: ce ; la Loi du atj vcnlosrran xi arrêtes du
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10 germinal an îx , du prairial an x ; la Loi du 28 avril 1816 ; le Règlement générai pour la compagnie des agents de change; la Législation commerciale, par E. Vincens; des Fonds publics en France, par J. Bresson,etc.,etc. J. P. P.
AGGLOMÉRAT. {Histoire naturelle.) Les agglomérats diffèrent des agrégats en ce qurils présentent la réunion de plusieurs substances formées à diverses époques et longtemps séparées,, qu'un ciment quartzeuxou calcaire déposé par les eaux a resserrées en masses plus ou ou moins considérables; tels sont les grès, sables marins rapprochés par un gluten calcaire, et qui forment, à Fontainebleau et à Orsai, des bancs que Ton exploite en cubes qui servent à paver les rues de Paris; tels sont encore les poudingues et les brèches , agates coulées ou brisées, liées entre elles par un gluten siliceux. Quelquefois ces agglomérats sont formés à la fois de silex arrondis et anguleux.
Les agrégats sont la réunion de plusieurs substances diverses agglutinées ensemble à l'époque de la formation. Il faut, pour l'étude de la minéralogie et de la géologie , bien saisir d'abord la différence qui existe entre la valeur de ces deux mots. B. de St.-V.
' AGGLUTINATIFS. [Médecine.) Ce sontdes substances cmplastiques capables d'adhérer fortement à la peau , et qu'on emploie le plus ordinairement pour maintenir rapprochées les lèvres des plaies, afin d'en favoriser la réunion. Ces emplâtres , dont la composition varie suivant le but que se propose le praticien , sont formés de cire , de résine et de poix, auxquelles on joint quelquefois d'autres médicaments ; telles sont les emplâtres de diachylon gommé d'André de la Croix ; ou bien c'est seulement de la colle de poisson aromatisée, dont on enduit une étoffe de soie , et qu'on débite sous le nom de taffetas d'Angleterre; ou bien encore c'est la gomme ammoniaque dissoute dans le vinaigre, et qu'on étend sur de la toile.
Pour se servir des emplâtres agglutinatifs , on les coupe en bandelettes de longueur et de largeur proportionnées a
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la forme de la plaie : après les avoir chauffées légèrement , on fixe une de leurs extrémités sur la lèvre la moins mobile de la division , puis on pousse vers elle la lèvre opposée . et Ton applique par-dessus l'autre bout de la bandelette, de manière à opérer le rapprochement le plus exact possible. Le nombre des bandelettes est en raison de l'éten due de la plaie; et Ton a soin de laisser entre chacune d'elles un petit espace pour permettre l'issue des liquides. 11 ne faut pas moins de précaution lorsqu'il s'agit de renou vêler les bandelettes agglutinatives , de peur de déchirer la cicatrice encore délicate. Pour éviter cet accident , il faut lever d'abord les deux extrémités , et détacher le centre en dernier lieu , sans exercer de Iraction brusque.
L'emplâtre agglutinatif appelé taffetas d'Angleterre ne s'emploie que pour les plaies superficielles ; on l'humecte pour l'appliquer comme pour l'enlever : il a l'inconvénient de durcir en séchant, et de causer par là de la gêne et dë la douleur.
Les agglutinalifs sont encore utiles pour fermer les plaies qui pénètrent dans les cavités séreuses ou articu laires, ou les ouvertures de foyers purulents; on s'en sert également pour maintenir différentes pièces d'appareil. En Angleterre, ils sont fort en usage pour le pansement des ulcères; et cette méthode de traitement, transportée en France , a offert des résultats assez heureux pour que beaucoup de chirurgiens aient cru devoir l'adopter.
AGIO. (Économie politique.) Différence de valeur entre l'argent courant et l'argent de banque : différence de va leur entre l'argent du pays et l'argent d'une nation étrao gère ; cet agio s'appelle aussi change. Lorsque cette différence est telle qu'il est possible de réaliser des bénéfices par le change de ces diverses espèces , les spéculateurs achètent pour changer , et l'agio compose leur gain.
Lorsqu'on emprunte sur des effets de commerce, ou qu'on veut les faire renouveler , l'agiotage a trouvé le moyen de
AGI 38i placer entre l'intérêt de la somme empruntée et les droits de courtage un agio qui déguise l'usure. On suppose que c'est un droit prélevé sur les profits que la somme prêtée doit procurer au marchand qui emprunte, et un dédommagement du gain qu'aurait procuré cette somme dans le commerce du marchand qui prête. C'est un mot étranger naturalisé pour déguiser une action qu'on ne voulait pas qualifier. A l'intérêt convenu il faut ajouter l'agio et le courtage , et le courtage et l'agio se renouvellent toutes les fois qu'on veut faire renouveler les effets qu'on a souscrits.
AGIOTAGE. ( E conomie politique. ) A côté du travail qui fait parvenir à la richesse se trouve , chez les peuples corrompus par un excès de civilisation , un moyen funeste de s'enrichir , toujours désavoué par la morale , et quelquefois toléré par la politique; c'est Y agiotage.
Il s'exerce avec une infatigable rapacité sur les valeurs réelles et sur les valeurs fictives. Le régent l'introduisit en France avec la banque de Latv; et, fort de la protection du pouvoir, il semblait orgueilleux de sa publicité. La cour, les parlements , le clergé , séduits par le fameux système , se livraient à l'agiotage avec un zèle scandaleux : bientôt une hideuse banqueroute dessilla les yeux les plus aveuglés , et la pudeur publique fit justice de ce moyen honteux d'envahir les richesses. Dès lors l'agiotage fut signalé comme un infâme et vil trafic; mais , par cela même qu'il devint clandestin , il fut plus usuraire et plus oppresseur. ,
La révolution française bouleversa l'ordre social; et l'agiotage eût encore multiplié les chances de fortune et de ruine si la convention n'eût rendu les richesses périlleuses pour leurs possesseurs. Le directoire essaya de recomposer la société ; mais les hommes d'un esprit vaste , d'une haute vertu, d'un caractère digne des temps antiques, étaient alors en minorité ; et un gouvernement corrupteur et corrompu ne put réunir qu'une société corrompue et corruptrice. Il serait difficile de peindre , surtout après le
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j8 fructidor, la scandaleuse apparition de la France directoriale , et cette tourbe d'enrichis qui , passés subitement de l'excès de la misère à l'excès du luxe , jouissaient gauchement d'immenses trésors , dont ils avouaient de bonne foi la source honteuse. Gouvernés et gouvernants étonnaient par un faste dont ils étaient eux-mêmes étonnés. Noblement dédaignés par la sévère austérité des mœurs républicaines , les salons , que les bonnes manières , la politesse orgueilleuse et l'urbanité corrompue de l'ancien régime avaient laissés déserts , furent subitement envahis par tous les agioteurs de cette déplorable époque. Ils devinrent le rendez-vous de toutes les bandes noires : l'un avait agioté sur les châteaux , l'autre sur les domaines ; celui-ci sur le papier-monnaie, celui-là sur l'emprunt forcé; les fournitures , le maximum , (a subsistance des armées , la famine du peuple , tout avait été la proie de l'agiotage. Un tel désordre social ne pouvait durer : l'immoralité publique est toujours passagère ; les nations ont aussi leur pudeur ; et sous le consulat ces scandaleuses fortunes furent obligées de voiler la turpitude de leur origine.
L'empire constitua la société politique : la société financière chercha dès lors à s'organiser. Celle-là était toute de gloire, celle-ci voulut paraître toute d'honneur; et les moyens honteux de fortune furent scrupuleusement rejetés lorsqu'ils étaient publics. Dès ce moment la France adoptâtes manières anglaises ; elle ne renonça point à l'agiotage , parce que les hommes ne renoncent jamais à aucun mode de fortune; mais elle le mêla dans toutes les affaires avec une adresse réelle et une grande apparence de moralité; elle le fondit dans toutes les branches de l'industrie, et quelquefois avec tant de bonheur qu'il semble faire corps avec tous les travaux honnêtes, et n'en être qu'une dépendance naturelle. A l'aspect de cette harpie rapace, se ruant sur tous les producteurs pour leur enlever la plupart des chances du gain qu'ils devraient légitimement attendre de leurs produits , une vertu trop morose pourrait
A G I 585 dire que de nos jours toulest agiotage en France : mais des injures , même contre l'agiotage , seraient inutiles, et il sera plus profitable de le suivre sur toutes les routes de l'industrie humaine et de l'y voir enlever au talent le fruit de ses longues méditations , et au travail le juste salaire de ses veilles et de ses sueurs.
Les richesses ont des sources réelles et des sources fictives. Les premières sont l'industrie agricole, l'industrie manufacturière, et l'industrie commerciale : nous verrons ailleurs qu'elles sont stériles par elles-mêmes , et que le travail peut seul les féconder. Mère de toutes les industries, et plus pauvre que ses filles , l'agriculture reçoit de l'agiotage une atteinte mortelle. Elle en est dévorée par trois moyens principaux, l'usure, les accaparements, et les importations. Les profits agricoles arrivent à peine à cinq pour cent, et par conséquent l'intérêt légal est presque usuraire pour l'agriculteur. Cependant, toujours la nécessité d'améliorer, et quelquefois le désir d'agrandir sa propriété , forcent le propriétaire à des emprunts; et comme les gens qui vivent de la terre ne prêtent guère , il doit recourir aux gens qui vivent de l'argent. II se livre alors aux agioteurs , et se trouve dans la nécessité de faire face avec des produits agricoles, toujours variables et toujours au-dessous de cinq pour cent , à un intérêt exorbitant et qui suit une progression croissante et continue. Peu d'années suffisent pour qu'un emprunt de dix mille francs consomme la ruine du possesseur d'un domaine de cent mille Kvres. La monstruosité de ce trafic ne peut guère être appréciée que dans les campagnes. Que le prêt consiste en argent, en denrées , en marchandises , il est toujours également funeste à l'emprunteur. Quelquefois même l'agiotage se place sous une protection légale : on prête à l'agriculteur dont on convoite la propriété une somme justement assez forte pour que, rapidement doublée par l'usure, elle ne puisse être facilement rendue; et comme l'agioteur est ordinairement le seul prêteur du canton , il exproprie en hâte, et se fait
adjuger à vil prix le domaine convoité. Les contrats à , réméré , surtout dans les départements pauvres , sont presque toujours un moyen également légal , également honteux de dépouiller les propriétaires : le laboureur n'y voit qu'un emprunt dont il compense les intérêts avec le revenu de la propriété qu'il cède ; mais le terme fixé arrive , il ne peut rembourser, et il s'aperçoit trop tard que son acte d'emprunt était un véritable contrat de vente.
L'accaparement des denrées , au moment des récoltes, se fait toujours à vil prix , parce qu'il a lieu dans un temps d'abondance et au comptant. On les vend ensuite très cher dans la morte saison , hors des marchés , à crédit , et payables ainsi que l'intérêt en denrées de même nature à. la récolte prochaine. Grâce à ces achats à la baisse et à ces ventes à la hausse , peu d'années suffisent à l'agioteur vil lageois po,ur devenir l'usufruitier de tout son village.
Les importations n'ont lieu que dans les années de stérilité locale : les propriétaires espèrent en vain alors une hausse dans les prix; des denrées arrivent d'un département voisin qu'a favorisé l'abondance. Ces importations , dues, non au commerce mais à l'agiotage , ne produisent aucune baisse; on les vend comme dans le cas d'accaparement : l'ouvrier n'y gagne rien ; il y perd au contraire , parce que l'agriculteur, ne pouvant échanger ses récoltes contre de l'argent , le laisse sans travail , et ses terres sans améliorations.
C'est ainsi que l'agiotage local ronge et dévore les propriétés rurales , la substance du laboureur et la sueur de l'artisan. Mais lorsque l'agioteur , ayant rapidement multiplié ses capitaux par ces dilapidations subalternes , vient, par des accaparements et des importations plus considérables, bouleverser le taux légitime des échanges de tout un pays , et, placé sous la sauvegarde delà liberté du commerce , exercer le monopole de tous les marchés , et tenir à ses ordres, sous les clefs de ses greniers, l'abondance ou la famine , la révolte ou la tranquillité, alors l'ordre public
AGI 385 exigerait des règlements salutaires qui manquent à toutes les législations de l'Europe, l'Angleterre exceptée; el les soulèvements dont l'histoire dépose, et les troubles dont nous avons été les témoins , signalent ou l'absence des lois ou l'impuissance des législateurs.
L'agiotage est bien plus exorbitant pour l'industrie manufacturière et commerciale : mais ici les emprunt* s'opèrent dans les villes financières ; on y trouve concurrence d'agioteurs, et du moins, die tous les maux, on peut choisir le moindre. Le gain est d'ailleurs moins limité , et l'agio: tage, réparti sur plusieurs opérations entreprises avec les capitaux empruntés, semble moins exorbitant et moins onéreux. Mais par cela seul que ces deux belles industries sont la proie des agioteurs, il faut que l'emprunteur vende à des taux élevés, ce qui ruine le consommateur; ou qu'il se home à un gain si médiocre qu'il ne peut couvrir ses pertes , ce qui amène les nombreuses faillites dont nous sommes journellement spectateurs.
Qu'est-ce toutefois que l'agiotagequi s'exerce sur les valeurs réelles , comparé à celui qu'on ne cesse d'exercer sur les valeurs fictives ? Qui ne se rappelle le scandaleux trafic du gouvernement , des fonctionnaires et des citoyens, sur les assignats et les mandats? Qui ne sait <jue de nos jours les bons royaux, dont l'émission n'est ni limitée par la loi, ni soumise à une surveillance indépendante du ministère, pourraient ouvrir la porte d'un nouvel abus? Qui ne voit journellement les agioteurs envahir la bourse, vendre sans pouvoir livrer , acheter sans pouvoir payer, exploiter l'escroquerie d'heure à heure , de jour à jour , de mois à mois? L'un, novice encore, ne s'exerce que sur des sommes modestes; l'autre, plus aguerri , ose , la Jjourse vide, opérer sur des millions : et, comme si l'heure des marchés publics ne suffisait pas à leur voracité financière , quand le parquet est fermé , ils vont spéculer dans la coulisse; lorsque la bourse se ferme, ces boxeurs de la finance se cramponnent dans la rue , et vont spéculer dans 1. 20
le ruisseau ; le soir , la nuit , ils ouvrent encore des tripots de jeu et de pari , car le jour ne suffit pas à ce rapace agiotage , à moins qu'il ne commence la veille pour ne finir que le lendemain.
Quel est le peuple dont la morale ne serait corrompue par un pareil trafic ? Et que serait-ce encore si nous osions le poursuivre dans les marchés, les fournitures, les soumissions, car il n'est point de porte qu'il ne se soit ouverte, et de barrière qu'il n'ait franchie? Mais si nous ne pouvons surveiller l'agiotage sur les routes publiques , du moins nous est-il permis d envisager son influence sur le crédit particulier. Et d'abord le papier du négociant n'est point de l'argent et ne peut être échangé au pair, il faut nécessairement qu'un intérêt , un bénéfice détermine à courir les risques de l'échange. Cet obstacle se lève toujours de bonne foi , souvent même avec un rare désintéressement , chez les banquiers , les capitalistes , les négociants : mais dans le trafic clandestin dont nous traitons, qui évalue les risques ? qui fixe la prime qui doit les couvrir? ce n'est pas la loi, c'est l'agioteur. 11 y a mieux: malgré cette prime, on ne veut point de la signature isolée de l'emprunteur ; il est forcé de chercher des endosseurs, et ceux-ci exigent encore un autre agio I Qui ne voit que ces usures accumulées ruinent le commerçant ? qui ne voit encore que les agioteurs lui ont prêté non de l'argent, mais une simple garantie? car les endosseurs n'y sont que pour leur signature; et le prêteur , qui par la sienne donne une valeur à la lettre de change , la rejette dans le commerce , et en retire le montant qui lui sert à une spéculation nouvelle. Ici s'offre un abus plus singulier : à l'intérêt, aux diverses signatures , on veut ajouter d'autres garanties, et l'on demande des valeurs en nantissement; l'emprunteur cède le gage, et , dans l'impossibilité d'en échanger la valeur contre de l'argent , il ajoute aux pertes qu'il a faites lors de l'emprunt les pertes qu'il fait plus tard par l'abandon à vil prix du nantissement qu'il a cédé.
Arrêtons-nous, c'est assez inarcher dans la boue. Quelques écrivains ont pensé que l'agiotage était un moyen aotif de circulation et augmentait les richesses. Il y a mutation et non augmentation , car avec Pagiolage il n'y a pas de profit pour l'un qu'il n'y ait perte pour l'autre: l'agiotage est comme les privilèges politiques , il ne produit rien, et souvent empêche qu'on ne produise; il ne vit point par lui-même, mais de la substance de l'industrie à laquelle il s'attache. Plus on voit de banqueroutes, plus l'agiotage a de succès : sa prospérité croit en raison directe du malheur des temps , car alors l'industrie est forcée de se livrer à lui, et, profitant des calamités publiques, il ne capitule pas avec elle , il veut qu'elle se rende à discrétion.
Quand la politique favorise les agioteurs , elle finit par devenir elle même un agiotage. Le gouvernement directorial en offre la preuve : quand les agioteurs républicains ne trouvèrent plus rien à vendre, ils vendirent la république. [Voyez Banque, Commerce, Jeux dk bourse, Jeux publics, Industrie, Lettres de change, Loterie, Monnaies, Papier-monnaie , Usure.) J.-P. P.
AGRAIRES (Lois). [Législation. ) Les personnes peu instruites, quand on parle des lois agraires , s'imaginent que ces lois avaient pour but l'annihilation complète du droit de propriété et un partage général des terres, qui devait en dépouiller les anciens possesseurs. C'est en attribuant aux Gracquesle projet de ce nivellement absolu des propriétés foncières , projet dont l'injustice et la folie sautent aux yeux, que la multitude, qui lit peu et ne conserve qu'un souvenir imparfait de ce qu'elle a lu, se fait un épouvantail de ces noms célèbres. Avec ces préventions , on est tout étonné d'apprendre que les lois proposées par ces tribuns de Rome étaient fondées sur un principe de justice; qu'elles étaient presque aussi anciennes que le peuple romain lui-même; qu'elles avaient été en vigueur sous les rois, et que si la satire latine 1 s'est cru* auto- |
' Quig tuierit Grâce hos de seditione querentes? ( Juviémal).
risée à faire du nom de Gracchus le synonyme de chef de sédition , ce n'est pas dans l'objet même des lois agraires qu'elle a pu puiser le droit de diffamer ce nom.
Dans le droit public des Romains, celui de conquête emportait la confiscation de tout ou de partie du territoire conquis. On en vendait d'ordinaire une moitié pour indemniser l'état des frais de la guerre : l'autre moitié était réunie au domaine public. On laissait en commun une partie de celte portion domaniale. Le reste était ensuite distribué aux pauvres citoyens, soit gratuitement , soit pour un cens modique.
Après l'abolition de la royauté, les patriciens, qui remplissaient toutes les chargespubliques, n'eurent pas de peine à s'approprier la plus grande partie de ces terres conquises. Enlevant les bornes de celles qu'on avait laissées en commun , ils réunissaient à leurs propriétés les terrains à leur convenance, ou se les faisaient adjuger à vil prix, sous des noms empruntés.
Ce furent donc les patriciens qui violèrent les lois, en enlevant injustement au peuple les ressources et les récompenses qu'elles lui accordaient. Leur avarice et leur cupidité fondaient leur fortune sur l'usurpation et la fraude : une loi qui, en ordonnant à tous la restitution des biens usurpés , eût prévenu de nouveaux envahissements , n'eût été qu'un acte de justice.
Ce fut un patricien consulaire , Spurius Cassius Viscellinus , qui proposa le premier, vers l'an de Rome 268 , la recherche et le partage entre les pauvres citoyens des terres usurpées ( lex agraria ) . Les propriétés des sénateurs et des patriciens consistaient en majeure partie dans ces possessions d'origine illégale. Les successions , les partages , les ventes, les avaient fait passer de main en main dans différentes familles. On reprochait à Sp. Cassius de troubler là paix publique en proposant des recherches qui ne pouvaient manquer de susciter une multitude de procès et de porter le désordre dans la société. On
A G R 389 ri moquait la prescription, l'intérêt des possesseurs de bonne "oi. C'était un motif d'amnistie pour le passé; mais ce l'en était pas un pour sanctionner au profit des patriciens an privilège pour de nouvelles usurpations. La jalousie des tribuns du peuple conspirant avec l'intérêt des détenteurs contre Sp. Cassius , non seulement son entreprise échoua , mais , accusé d'avoir voulu usurper lui-même le pouvoir souverain , il fut condamné à mort par le peuple, dont sa générosité ou son ambition avait épousé la cause , et il fut précipité de la roche tarpéienne.
Les tribuns s 'étant emparés du projet de ce malheureux patricien , le sénat, qui en redoutait le succès , y opposa la ruse. Il fut décidé par un sénatus-consulte que dix commissaires seraient nommés par les consuls pour faire une recherche exacte des terres qui avaient originairement appartenu au public, qu'une partie de ces terres serait vendue au profit du trésor , une autre distribuée aux plus pauvres citoyens, et une dernière portion affermée pour cinq ans à sa véritable valeur. Le produit de ces fermages était destiné à fournir le blé et leur paye aux soldats plébéiens. Ce sénatus-consulte avait été rendu sur l'avis d'Ap* piusCIaudius,l'un des sénateurs les plus zélés pour les prérogatives de son ordre, mais ami delà justice, et qui ne croyait pas , à ce qu'il paraît, la prescription assez ancienne pour couvrir d'odieuses usurpations. Il espérait au surplus que le peuple, satisfait de voir assurer sa paye et sa nourriture sous les armes, mettrait peu d'intérêt à recouvrer les terres usurpées. Il avait attribué au sénat la désignation des commissaires. Le sénat en chargea les consuls, dans l'espoir qu'ils trouveraient les moyens de l'éluder.
Cet espoir fut accompli : le sénatus-consulte resta sans exécution , et fut pendant plus d'un siècle le sujet de querelles perpétuelles entre le sénat et le peuple.
Enfin, l'an de Rome 377, Licinius Stolon, plébéien, gendre du patricien Fabius Ambustus, aidé de son beaupère et du tribun du peuple Lucius Sextius, voulant faire
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entrer les plébéiens en partage du consulat, jusqu'alors l'apanage exclusif des patriciens, et gagner le peuple , qui paraissait peu jaloux de cet honneur, imagina de lui proposer à la lois , et comme inséparables , trois lois , dont la première admettait les plébéiens à l'une des deux places de consuls , la seconde était une nouvelle loi agraire , et la troisième réglait le paiement des dettes à l'avantage des débiteurs.
Jugeant dangereuse et impossible la recherche exacte et la restitution des terres usurpées, il se borna par sa loi agraire (lex licinia) à statuer pour l'avenir que personne ne pour rait posséder plus de 5oo arpents en terres conquises , et que l'excédant serait distribué ou affermé à vil prix aux pauvres citoyens , à raison de sept arpents au moins pour chacun. Le nombre d'esclaves ou de valets que l'on pourrait attacher à chaque culture était restreint par la loi. Elle fixait également un maximum proportionné pour les têtes de bétail que Ton pourrait faire paître sur les communaux. Une amende de dix mille as ou sous romains devait punir les infracteurs. Le premier qui subit celte amende fut Licinius, l'auteur même de la loi. Il fut reconnu possesseur de plus de 1000 arpents. En vain avait-il cherché à éluder sa propre loi en faisant passer 5oo arpents sur la tête de son fils mineur, qu'il avait émancipé à cet effet; l'émancipation fut déclarée frauduleuse, et Licinius condamné.
La loi agraire , quelque temps observée , ne tarda pas à être oubliée. Deux siècles d'usurpations continuelles dévorèrent les petites propriétés, et Tibérius Gracchus voyageant en Italie ne rencontrait partout , au lieu de cultiva tcurs, propriétaires et citoyens qui eussent fourni comme autrefois à l'état des défenseurs et des contribuables, que de vastes terres couvertes d'un vil troupeau d'esclaves inutiles à la république. Ce fut ce spectacle affligeant qui, au rapport de Plutarque et d'après le récit de Caïus , frère de Tibérius , inspira à ce tribun le projet de faire revivre
AGR 591 la loi agraire licinienne. La nouvelle loi sempronia, ainsi nommée du nom de son auteur, Tibérius Sempronius G race h us , fut proposée vers Tan de Rome 620, c'est-àdire 243 ans après la promulgation de la loi licinia. Il fallait que la cupidité, impatiente de tout frein, eût fait à Rouie de terribles progrès , puisque dans toutes les tentatives faileypour rétablir les lois agraires, on voit les riches violateurs de ces lois aussi irrités du projet de mettre un terme à leurs usurpations et d'en prévenir de nouvelles que de la demande d'une restitution. Les efforts successifs des deux Gracchus , Tibérius et Caïus , réunirent contre eux tous ceux que l'intérêt armait contre les lois agraires. D'imprudentes tentatives contre l'autorité du sénat et des patriciens ne firent qu'accroître le nombre et la haine de leurs ennemis. Ils succombèrent, et leurs lois furent abolies. Le tribun Spurius Thorius fit convertir l'obligation de partager les terres usurpées en une redevance imposée aux usurpateurs , et qu'ils cessèrent bientôt de payer.
Cependant les conquêtes toujours croissantes des Romains augmentaient sans cesse l'étendue des terres affermées au profit du fisc. C'était le revenu provenant de ces domaines qui fournissait à la solde des troupes et aux autres dépenses publiques.
L'an de Rome 690 , cinquante-sept ans après la mort du dernier des Gracques, Publius Servilius Rullus, tribun du peuple , imagina un nouveau projet de loi agraire, à, rai de duquel il espérait s'emparer avec ses partisans du gouvernement de l'état. Il proposait que sur les trentecinq tribus on en tirât dix-sept au sort , lesquelles, à la majorité de neuf d'entre elles , nommeraient des décemvirs pour vendre les biens-fonds incorporés au domaine public depuis le consulat de L. Sylla et de Q. Pompeius, ainsi que les forêts de l'Italie. Ces commissaires devaient employer le produit des ventes à l'acquisition de biens situés en Italie , et que l'on partagerait entre les pauvres citoyens. Les décemvirs étaient autorisés à y établir de nouvelles
colonies, particulièrement Capoue , et à en partager le territoire entre les colons. Le pouvoir de ces décemvirs devait être absolu, et Rullus s'attribuait la présidence de rassemblée qui procéderait à leur élection. Leurs ordonnances, pendant cinq ans, étaient déclarées sans appel: Rullus les investissait des prérogatives consulaires et du pouvoir de choisir deux cents chevaliers pour faire exécuter ces ordonnances dans les provinces.
Cicéron combattit ce projet avec toute son éloquence, d'abord dans le sénat et ensuite au forum, et, prononça trois discours contre Servilius Rullus et sa loi agraire. Il n'eut pas de peine à dévoiler les intentions réelles de ce factieux, et tout ce qu'elles renfermaient de dangereux pour l'état. Une particularité très remarquable , c'est le respect que le grand orateur , non moins grand comme homme d'état , professa devant le peuple pour la mémoire des Gracques et pour la loi sempronia \ On pourrait , il est vrai , regarder cette vénération comme un trait d'habileté de Cicéron, alors consul , et qui , sachant combien la mémoire des Gracques et de leurs lois était chère au peuple , croyait devoir se le concilier par cet hommage, qui ne l'engageait à rien, au moment où il attaquait une nouvelle loi agraire, dont l'idée était toujours agréable à la multitude. Il réussit à faire rejeter le projet de Rullus.
Les partages des terres confisquées ou conquises, autori sés par les lois de Sylla , de César et d'Auguste, furent les dernières lois agraires. A. db V.
AGRÉE. ( Législation.) C'est le nom qu'où donne à de* jurisconsultes ou à des hommes d'affaires qui postulent de- / vant certains tribunaux de commerce , avec l'autorisation et l'agrément de ces tribunaux.
1 «Ce n'est pas, dit Porateiir romain, que je désapprouve toutes les
• lois qui concernent le partage des terres. Il y en a que je révère. Je conserve chèrement la mémoire des deux Gracques, de ces illustres frère» «qui sacrifièrent leur vie pour procurer au peuple des terres dont dos
• particuliers s'étaient emparés inju3tenieut. La loi sempronia sera tou >» jours respectable aux gens de bien.»
La loi , pour donner à la procédure devant les tribunaux de commerce plus de simplicité, d'économie et de promptitude, y a très sagement affranchi les plaideurs de l'obligation qui leur est imposée devant les tribunaux civils, de recourir, pour comparaître et pour conclure, au ministère forcé des avoués. Mais, dans les grandes villes, l'absence d'officiers publics pouvait inonder l'enceinte des tribunaux de praticiens sans aveu , et de ces cupides solliciteurs de procès qui sont le fléau de la justice. La crainte de ce danger et le besoin des affaires ont favorisé , dans les grandes villes commerciales, la formation d'un corps d'agréés qui représentent les parties, sans que leur ministère soit obligatoire. (Voyez Avoué.)
AGRÉGAT. {Histoire naturelle.) Voyez Agglomérat. AGRÉGATION ou attraction a petites distances. {Physique.) Indépendamment de l'attraction qu'exercent les corps l'un sur l'autre, ou de la gravitation universelle, il en est une autre qui ne se manifeste que très près du contact, et de molécule à molécule. Cette attraction peut produire deux effets bien distincts; l'un de Combiner entre elles des molécules d'une nature différente ; alors elle prend le nom A' affinité {voyez Affinité) ; l'autre d'unir, de lier plus ou moins fortement des molécules entre elles , sans les altérer ; dans ce cas on la nomme force d'agrégation. C'est de cette dernière dont nous allons nous occuper.
Cette force ne se manifeste qu'à une distance insensible, et son intensité s'accroît à mesure que les molécules se rapprochent. Cependant elles ne parviennent jamais à un tel degré de proximité qu'il ne reste aucun intervalle entre elles {voyez Porositjé), à cause de la chaleur qui pénètre l'intérieur de tous les corps et tend constamment à désunir leurs molécules. Aussi , à mesure qu'on abaisse la température d'un corps , il se condense ; ses molécules se rapprochent , et il faut faire de plus grands efforts pour les séparer. On obtient le même effet, dans certains cas, par
la compression, et notamment lorsque les corps sont restés long-temps comprimés. Mais si on élève leur température, le contraire a lieu; ils se dilatent; la force qui unissait leurs molécules s'affaiblit, et ils passent à l'état liquide ou gazeux. Il en est cependant qui, soumis à de très hautes températures, restent à l'état solide; mais la pression qu'exerce l'atmosphère devient sensible sur les autres, et il est même des liquides qui passeraient subitement à l'état gazeux si on la supprimait.
La foçce d'agrégation n'est pas la même pour tous les corps , et les résultats que produisent ses effets sont très variés. Ainsi le fer, qui a beaucoup de ténacité, supporte, sans se rompre, à égale dimension , un poids plus considérable que le platine, et cependant il résiste moins à l'action de la chaleur que ce dernier. Le plus dur de tous les corps, le diamant, qu'aucun autre ne peut user, se divise par l'effort du marteau. On a désigné ces divers degrés d'agrégation par les mots dur y mou, tenace, ductile, friable, etc. ; il paraît qu'ils proviennent de la nature des molécules et de leur arrangement, qui éprouve toujours des modifications par les influences de la température , de l'humidité , etc. En effet, l'acier, par exemple , lorsqu'il est trempé, devient dur et cassant, et acquiert un peu plus de volume; il faut pour cela que ses molécules prennent un arrangement différent de celui qu'elles auraient eu si on les avait laissé refroidir lentement. Le verre trempé acquiert plus de dureté et est excessivement friable. Si , lorsqu'il est en fusion , on en laisse tomber une larme dans l'eau froide, et qu'ensuite on en brise la moindre partie , il se réduit en poudre. Il est probable que le refroidissement subit a atteint d'abord les molécules extérieures, leur a permis de se joindre avant que celles de l'intérieur, encore dilatées, fussent refroidies; et comme le verre est mauvais conducteur du calorique, il leur faut du temps pour qu'il se soit dissipé; alors elles ont trop d'espace et prennent un état d'agrégation forcé, qu'elles abandonnent dès qu'une portion de l'enveloppe
est rompue. Cet effet n'aurait pas lieu si , après avoir fait f bndre derechef une de ces larmes de verre , elle perdait sa chaleur lentement. Il est d'autres corps qui, placés dans les mêmes circonstances, acquièrent des propriétés différentes et quelquefois tout opposées. Nous citerons un alliage» composé de soixante-dix-huit parties de cuivre et vingt-deux d'élain, qui , dur et cassant lorsqu'il se refroidit lentement, devient flexible, malléable, e}; d'une couleur toule différente lorsqu'il est trempé. L'écrouissage, le recuit, etc., modifient l'agrégation dans certains corps. ( t'oyez Élasticité.)
Aux articles Adhésion et Cohésion, on voit que deux corps superposés sont retenus par une force qui n'est qu'une tendance à l'agrégation; et elle s'effectuerait si l'on pouvait les rapprocher suffisamment pour que leurs molécules entrassent dans la sphère d'activité de leur attraction. Ainsi des plaques de fer, de plomb, si on pouvait les presser assez fortement , s'uniraient de manière à ne former qu'un même corps, comme le feraient deux plaques de poix, de cire, etc. Mais on supplée la force, en chauffant les points de contact jusqu'à la fusion : leurs molécules, par ce moyen , peuvent se rapprocher suffisamment pour s'agréger. Les mastics , les colles , les soudures , etc. , ne sont qu'une agrégation facile de molécules qui, après le refroidissement ou la sécheresse , restent unies aux corps auxquels on les a appliqués, et leur servent de lien.
Les murs construits en pisé , c'est-à-dire en terre bien pressée, deviennent, après un laps de temps, aussi durs que la pierre, pourvu qu'ils soient à l'abri de l'humidité. Les ciments que l'on trouve dans les fondements d'anciens édifices ont surtout une dureté extraordinaire.
Nous voyons , d'après cela , que tous les corps , toutes les masses se composent de corpuscules unis par leur force attractive. On a vainement cherché à connaître les lois que suivait cette force; on a trouvé seulement qu'elle n'agissait qu'à une distance inappréciable , et que son énergie s'ac-
.croissait rapidement , à mesure que les corps étaient plus rapprochés. Enfin on a cru s'apercevoir que, dans certains cas, son action se manifestait aux deux pôles des molécules : c'est surtout en considérant la manière dont se forment les cristaux (voyez Cristallisation) dont les molécules prennent un arrangement régulier et symétrique. Lorsqu'aucune cause étrangère ne les empêche d'obéir à leur attractipn , ils forment des feuillets qui enveloppent un noyau , et se détachent facilement lorsqu'on sépare les points où ils se joignent. Ainsi il faut que ces feuillets soient composés de molécules dont la force s'exerce vers deux points, puisque Ie§ faces latérales n'adhèrent que faiblement entre elles. Cette polarité, si elle existe, servirait à rendre comple de diverses modifications qu'éprouvent les corps dans leur agrégation. Les molécules pourraient être considérées comme des aimants qui, tournes dans tel ou tel sens , auraient des forces attractives différentes. On explique très bien par là comment des corps superposés adhèrent plus fortement après un certain temps; c'est qu'il se forme des pôles vers les points de contact, et que la force attractive se porte de plus en plus vers ces pôles. Au reste, cette polarité des molécules est entièrement hypothétique, car on n'est pas même sûr qu'il existe de molécules fixes et invariables, il serait possible que la matière fut continue et susceptible d'être divisée à l'infini ; mais il est très commode de la supposer composée de molécules, pour faciliter l'explication d'une multitude de phénomènes. L.
AGRÈS et APPARAUX. (Marine.) Terme qui désigne tous les objets qu'il est nécessaire d'ajouter à la coque d'un bâtiment pour le mettre en état de prendre la mer et de naviguer.
AGRICULTURE. (Antiquités.) Les Égyptiens faisaient honneur de son invention à Osiris; les Grecs, à Cérès ou à Triptolème son fils , ou plutôt à tous les deux; les premiers habitants de l'Italie , à Saturne et à Janus. Le nom même de Saturnus, dérivé de sator, le semeur,
l'indique. L'agriculture fut le premier objet du culte des Romains, comme le prouve l'institution de la fête des ctmbarvales , ou de la procession autour des champs, et du collège des douze prêtres, nommés fratres arvales, ou les frères des champs , dont Romulus faisait partie. Dès le temps de ce premier roi des Romains, les terres étaient divisées en portions égales entre tous les citoyens sans distinction : ces portions étaient exemptes d'impôt. L'état avait de grands domaines ou pâturages appelés sallus, selon Varron. Les portions des citoyens n'étaient point sujettes à des redevances pour des seigneurs particuliers, car on n'en connaissait point ; chacun était seigneur sur son domaine. Les prêtres ne recevaient point les dîmes des récoltes ; le peuple offrait seulement aux dieux les prémices des fruits de son champ. Romulus fixa la portion de chaque citoyen à deux jugères, c'est-à-dire à un peu plus d'un de nos arpents; et il ne fut permis à personne d'en posséder davantage. Marcus Curius , après ses triomphes et les nombreuses provinces qu'il avait conquises et ajoutées à l'empire romain , disait qu'il regardait comme dangereux pour la république un citoyen qui n'était pas content de sept jugères de terre. « Cette quantité, dit Pline (liv. 2 , chap. 5) , était le partage assigné au peuple après l'expulsion des rois. » Pauclon pense que la population dut croître chez les Romains dans la raison que les terres de l'état furent divisées entre un plus grand nombre de familles , et qu'elle dut décroître au contraire dans la proportion que le nombre de ces familles libres fut diminué par les trop vastes possessions de chacun. C'est cette grande division des propriétés, d'où résulta une meilleure culture et une plus grande abondance, qui fut le principe de la grandeur romaine , et qui lui valut l'empire du monde. Ce sont , au contraire , les grandes possessions d'un petit nombre de favoris de la fortune qui furent la cause de sa chute. Des mains libres, ne cultivant plus la terre, ne surent plus la défendre. E. J.
AGRICULTURE. Les faibles connaissances que la tradition nous a conservées sur l'existence des premiers hu mains et sur l'état des peuplades de l'Amérique, lors de la découverte de cette partie du globe, nous font connaître que la chasse et le soin des troupeaux furent les moyens qu'ils employèrent d'abord pour se procurer la nourriture. Quand leur multiplication les obligea d'ajouter d'autres substances à la chair et .au lait des animaux , la pêche et les fruits spontanés de la terre leur procurèrent de nouveaux aliments; mais des siècles durent s'écouler avant qu'on eût l'idée de cultiver (a terre dans l'espoir d'en tirer des produits certains pour la subsistance des peuples. Cependant les familles se multipliaient dans quelques cantons, et l'accroissement de la population dut en déterminer les habitants à employer leur industrie pour multiplier autour d'eux les végétaux qui pourraient leur fournir des aliments grossiers , à la vérité , mais qui à cette époque , où l'on ne connaissait que les vrais besoins , et où la sensualité était inconnue , firent considérer comme des bienfaiteurs de l'humanité , comme des êtres supérieurs, ceux qui les premiers donnèrent l'idée et l'exemple de la culture de quelques plantes.
Quelle fut la première nation ou plutôt la première peuplade qui, habitant dans un climat tempéré une terre facile à défricher , et se trouvant dans la nécessité de la cultiver pour suffire à ses besoins, laboura le premier champ et lui confia des semences? Quels instruments employa-t-elle dans les commencements , et comment parvint-elle à les perfectionner ainsi que sa culture ? Je n'ai point à résoudre ces questions, dont on s'est déjà beaucoup occupé, et mon devoir , dans cet article , est seulement de faire connaître les progrès de l'agriculture depuis trente ans en France , et d'indiquer les moyens qui me paraissent les plus sûrs pour la porter à la perfection. Je ferai seulement remarquer que l'agriculture est une science de fait, qu'elle suppose de longues observations , et que lorsqu'on considère
AGR 399 les grandes difficultés qu'oppose dans son exécution le premier instrument de labour, on doit admettre que l'industrie humaine n'est parvenue à construire une charrue et à creuser un sillon qu'après* une longue succession de siècles.
Lorsque Louis XVI réunit les états généraux , on commençait en France à étudier la théorie de l'agriculture, et la pratique se perfectionnait de jour en jour. On s'y était déjà aperçu que cet art ne pouvait marcher isolémeut , et qu'on ne pouvait lui faire faire de grands progrès sans lui appliquer les découvertes qui , depuis deux siècles , changeaient journellement la situation des peuples sous les rapports scientifiques , et remplaçaient les mots dont on se contenlait depuis si long-temps par des faits bien constatés qui pouvaient servir de base à une sage théorie. L'application d'une pareille théorie aurait détruit les préjugés , fourni les moyens d'établir une excellente pratique et de tirer le meilleur parti des terres.
Nos rois, François Ier, Charles IX et Henri III, avaient déjà voulu favoriser l'agriculture par leurs ordonnances ; mais les guerres civiles avaient promplement détruit le bien qui en était résulté. Henri IV, après avoir rétabli l'ordre en France, avait, sous ce rapport, excité l'émulation par des encouragements et par des primes. L'ouvrage d'Olivier de Serres prouve que l'agriculture fit pendant quelque temps des progrès rapides; mais elle fut bientôt entravée dans sa marche par la guerre civile, puis par la défense de l'exportation des blés sous Louis XIV, par la dépopulation des campagnes à la fin de son règne, ensuite par l'administration de Law et du cardinal de Fleury. L'édit solennel de 1754 la ranima ; mais la grande impulsion fut produite par les malheurs de la France et par sa situation à la fin de la guerre de sept ans. Ce royaume , privé de la plupart de ses colonies, sentit la nécessité de tirer parti de son sol, et de perfectionner son agriculture et son industrie , s'il voulait remonter au rang dont les suites de celle guerre l'avaient fait descendre.
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Les moyens les plus sûrs de parvenir promptement au Lut qu'on désirait atteindre, étaient i° de s'approprier les connaissances des autres peuples de l'Europe en agriculture ; d'établir des fermes expérimentales pour faire l'essai des nouvelles découvertes, pour répandre toutes celles dont Futilité serait reconnue , et pour former des cultivateurs capables d'en tirer le meilleur parti ; 20 de donner à toute la classe des cultivateurs une instruction primaire qui la mît dans la possibilité d'apprécier la bonté et la nécessité des changements qu'on aurait à leur proposer dans leur pratique de culture , et de distinguer les préjugés dont ils étaient imbus des vérités qu'on aurait à leur annoncer; 5° de répandre dans les campagnes un ouvrage à la portée des plus simples journaliers , qui , par sa clarté et l'intérêt qu'il pourrait inspirer, ferait disparaître ces almanachs dans lesquels on ne trouve que l'annonce de la pluie et du beau temps, et d'autres prophéties dignes du dixième siècle; 4° de rendre plus facile la circulation des denrées qu'il est inutile de faire croître si l'on n'en trouve pas de débouchés, en détruisant les barrières de province à province , en favorisant l'exportation de celles qu'on pouvait vendre à l'étranger, et en créant des routes et des canaux qui rendraient les transports moins dispendieux dans beaucoup de cantons , et possibles dans ceux où ils ne l'étaient pas. Ces moyens réunis auraient excité le zèle et l'émulation des cultivateurs pour faire produire à la terre, dans leur intérêt , beaucoup de subsistances dont le débit certain leur procurerait la rentrée de leurs avances avec un bénéfice assuré.
Plusieurs causes empêchaient malheureusement l'exécution d'un pareil plan. La France ne formait pas encore un tout régi par les mêmes lois. Plusieurs provinces , par l'acte de leur réunion directe à la monarchie, avaient stipulé la conservation de leurs lois particulières et de leurs privilèges. C'étaient autant d'états séparés qui mettaient obstacle à l'exécution d'un plan général dans le royaume. Ils
AGR 4oi tenaient d'autant plus aux privilèges dont leurs anciens souverains les avaient gratifiés , qu'ils avaient été privés de tous les droits attachés à la nature de l'homme , et ils s'opposaient à toute innovation dans leur situation , quelque avantageuse qu'elle pût être, parce qu'ils supposaient toujours que tous les changements proposés par le gouvernement n'avaient d'autre but que son intérêt particulier.
Les simples cultivateurs croupissaient dans une ignorance profonde, et les préjugés existants tendaient à les y maintenir. S'ils n'étaient plus assujettis au joug de la glèbe dans la presque totalité des provinces de la France , grâce à la bienfaisance et aux intérêts bien entendus de la famille régnante , ils étaient considérés comme une espèce inférieure et bien distincte des hommes qui seuls jouissaient de tous les privilèges et avantages de la société. En vain quelques uns de nos rois avaient voulu leur donner un peu de considération. Quelle considération pouvait-on attacher à un étal dont les membres vivaient dans la plus crasse ignorance, et qu'ils ne quittaient pour la plupart que pour remplir les fonctions de la domesticité. On ne pouvait songer à détruire cette ignorance , parce que les privilégiés étaient convaincus que , dès que la classe inférieure de la nation serait instruite , elle formerait une masse de demi - savants qui ne voudraient subir aucun joug, pas même celui des lois les plus salutaires, et dont aucun n'embrasserait l'état de son père. On n'avait pas encore l'exemple moderne d'un royaume voisin tel que l'Angleterre , lequel , divisé en trois parties , l'Écosse , l'Angleterre et l'Irlande , a démontré que le moyen le plus sûr de maintenir les bonnes mœurs, l'ordre et l'amour de son état dans la classe ouvrière des habitants, est de donner à chacun une éducation relative à l'art qu'il doit exercer. Il est maintenant reconnu que la classe des journaliers de l'Écosse est plus instruite que celle de l'Angleterre , et que les Irlandais sont plus ignorants que les Anglais. L'expérience a également démontré que lorsque, sur un nombre donné 1. *6
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d'habitants , on voit un Écossais paraître aux assises pour crime , il y a quatre Anglais et onze Irlandais en jugement dans ces mêmes tribunaux. Il en résulte que , bien loin de craindre que l'instruction ne pénètre dans la classe des cultivateurs et des ouvriers, un bon gouvernement doit désirer que chaque membre de la société qu'il gouverne acquière les connaissances les plus étendues sur les parties essentielles à son état comme sur les devoirs dont il aura à s'acquitter dans le cours de sa vie. Ce principe est principalement applicable à la France. En effet , les services que la maison régnante a rendus à la masse de la nation en détruisant sa servitude , ont habitué le peuple français à attribuer tout le bien dont il jouissait à son roi. Il est donc certain que plus il sera instruit et heureux, plus il s'atta o liera à ses princes.
Les routes étaient dans le plus mauvais état, et on ne voyait que deux canaux dans le royaume pour la navigation intérieure. Des plans conçus par des homme> éclairés et dévoués à la France restaient sans exécution par l'impossibilité de se procurer des fonds, et Ton doit, dans l'état malheureux des finances, considérer comme un prodige tout ce qu'on fit sous le règne de Louis XV pour établir quelques grandes routes , surtout si on calcule les difficultés que le gouvernement éprouva de la part des propriétaires.
Tel était l'état des choses lorsque Louis XVI monta sur le trône. Ce prince aimait les cultivateurs , et rendit en leur faveur plusieurs ordonnances utiles; mais la nature ne lui avait pas donné le caractère ferme de son aïeul, Henri IV, pour l'exécution de ses projets. La guerre qu'il eut à soutenir, et dont les dépenses augmentèrent beaucoup les embarras et l'arriéré du trésor , le mit dans l'impossibilité d'exécuterles plans qui auraient amélioré la culture comme la situation du cultivateur. Il réussit néanmoins dans deux entreprises très utiles à l'agriculture. Il par vint à tirer d'Espagne le premier troupeau de mérinos et
À G R 4o3 à fixer l'attention des cultivateurs sur cette race précieuse de moutons. Deux autres importations eurent lieu pendant le règne de ce prince, et celle de 1786 fui l'origine du beau troupeau de Rambouillet, lequel a fourni la preuve évideute qu'avec des soins celte race pouvait se conserver en France sans dégénération. Ce monarque fonda aussi les deux écoles vétérinaires d'Àlfort et de Lyon , qui ont fourni beaucoup d'hommes instruits dans cette partie m* essentielle et si négligée jusqu'à cette époque. Enfin il continuait de proléger les sociétés d'agriculture fondées par son prédécesseur, lorsqu'il réunit les états généraux, plus connus sous le nom d'assemblée constituante.
Je n'ai à considérer la conduite de cette assemblée que par l'effet de ses lois sur la culture et les cultivateurs. Sous ce rapport, elle produisit des effets étonnants. La destruction de toutes les lois féodales encore subsistantes , l'abolition des corvées, la division des fortunes colossales par le partage égal entre tous les enfants, d'où résulta la division des terres; la suppression de toutes les barrières qui entravaient la circulaliou des denrées ; celle de plu sieurs impôts, tels que celui sur le sel, substance si né cessaire dans les campagnes , tant comme nourriture des bestiaux que comme engrais; enfin celle de la dîme, débarrassèrent tout -à-coup l'agriculture d'une partie des obstacles principaux qui entravaient sa marche. D'une autre part , la présence d'un simple cultivateur dans cette assemblée en qualité de député, el la nomination d'un grand nombre d'entre eux aux places de maire et d'officiers municipaux , rendirent , pendant quelque temps , à leur art la considération qu'il avait eue jadis quand la charrue était conduite par la main triomphante des consuls et des dicta leurs romains. Aussi beaucoup de propriétaires ne rougirent plus de cultiver eux-mêmes leurs terres, et ils se procurèrent facilement des bras par la disparition du sol fran çais de toutes les congrégations religieuses.
L'élan donné était tel que la tyrannie de la conven- i
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lion et ses réquisitions forcées d'hommes et de denrées, ne purent que l'affaiblir sans parvenir à l'arrêter entièrement. Sous le gouvernement directorial, l'émulation se ranima dans tous les départements qui ne furent pas exposés à la guerre civile, le plus terrible des fléaux qui font le malheur de l'humanité. Sous ce gouvernement, de nouvelles importations de mérinos eurent lieu, et répandirent cette race précieuse dans plusieurs départements. On employa les béliers , trop multipliés en raison du nombre des brebis , pour couvrir celles de race française ; et il en résulta une nouvelle source de richesses par la prompte multiplication d'une race de métis qui fournirent une toi son plus belle et plus pesante que celles de leurs mères. Les soins à donner aux mérinos et à leurs métis , lesquels exigeaient une nourriture plus abondante et meilleure que celle qu'on donnait aux races communes , et le désir d'en augmenter le nombre , firent adopter un nouvel assolement par lequel on diminua beaucoup la quantité des terres en jachères pour les remplacer par des prairies artificielles*
L'agriculture faisait des progrès rapides quand Napoléon parut. Cet homme, extraordinaire sous plusieurs rapports, aurait accéléré le perfectionnement de l'art le plus ulile, s'il eût reçu une autre éducation, ou au moins s'il eût eu la possibilité de se livrer plus spécialement aux arts qui rendent les empires florissants et qui font le bonheur des peuples ainsi que de ceux qui les gouvernent : mais, élevé dans une école militaire , accoutumé de bonne heure aux principes d'une obéissance passive , et ne connaissant d'autres lois que la voix de ses supérieurs , il crut , dès qu'il fut chef, que sa volonté devait seule être écoutée , et dès lors les bases du gouvernement despotique furent posées avec des apparences de liberté. Il suivit la marche de l'empereur Auguste, avec celte différence, que, sentant sa supériorité pour la guerre , et avide de conquêtes , il occupa principalement les Français de la gloire
AGR 4c5 militaire, et mil au premier rang ceux qui se rangèrent sous ses étendards.
Mais, pour faire la guerre à des peuples braves et accoutumés aux dangers, il fallait beaucoup d'hommes et de numéraire : il était en outre nécessaire de maintenir l'esprit militaire par des récompenses. Pour y parvenir, il créa des honneurs , répandit l'or avec profusion , et rétablit la noblesse héréditaire. Il fut donc indispensable de priver l'agriculture d'une partie des bras qui vivifiaient les champs français, et, en doublant au moins les impôts, d'enlever aux propriétaires une partie des capitaux destinés h l'exploitation de leurs terres ; enfin le rétablissement des privilèges, en anoblissant d'autres états , diminua nécessairement la considération pour celui de cultivateur.
Dans le commencement , les succès surprenants des armées françaises , les contributions considérables tirées des peuples vaincus , et l'espoir d'une paix prochaine , firent espérer l'établissement d'un ordre stable d'autant plus avantageux qu'on comptait que les produits de l'industrie française continueraient à circuler librement chez les peuples vaincus , et que l'agriculture ne manquerait ni de bras ni d'argent.
Mais la guerre continuait, les levées d'hommes devenaient plus considérables, les contributions plus fortes; et bientôt Napoléon, pour se créer de nouvelles ressources, crut pouvoir traiter les cultivateurs comme les soldats , non par des primes, comme l'avait fait Henri IV lorsqu'il avait voulu encourager la culture des mûriers blancs pour la nourriture des vers à soie ; non par les récompenses qu'il prodiguait aux militaires et à ses courtisans , mais par un seul acte de sa volonté. Il suffit d'indiquer un ou deux faits pour prouver que Napoléon pensait que ses ordres pouvaient à son gré créer tou^ les genres d'industrie.
Le sucre manquait en France : un ordre émané du trône força tous les cultivateurs de couvrir tant d'arpents de terre de betteraves, plante qui contient un su^cre iden-
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tique à celui de la canne à sucre. L'ordre était donné et exécuté avant qu'on eût établi la dixième partie des fabriques nécessaires pour l'emploi de ces betteraves. Les cultivateurs se dégoûtèrent d'une culture qui , étendue en raison seulement des moyens d'emploi de ces racines , aurait produit un bénéfice suffisant pour encourager l'agriculteur et le fabricant de sucre, comme l'expérience le démontre en ce moment où cette culture commence à . reprendre faveur. Les mérinos, répandus dans toute la France , et qui eussent bientôt fourni autant de laine que les fabriques pouvaient en consommer, parurent à Napoléon un moyen sûr de vivifier l'agriculture et d'augmenter les impôts. Bientôt des agents , sous le nom d' 'inspecteurs , se répandirent dans les campagnes , vinrent y troubler les cultivateurs dans leur domicile , et leur intimer Tordre de traiter leurs mérinos conformément à leurs instructions , et de n'en vendre qu'avec leur participation. Dans le même temps , des milliers de balles de laine , prises aux Espagnols par le droit de la force , étaient importées , vendues à vil prix en France , et mettaient les cultivateurs dans l'impossibilité de tirer parti des produits de leurs troupeaux.
Un pareil ordre de choses devait arrêter les progrès de l'agriculture et répandre l'inquiétude dans loule la classe des cultivateurs. Le découragement en fut la suite uécesv saire , et il était tel en 1814 que les propriétaires de mérinos cherchaient à s'en défaire à tout prix. Si le gouvernement eût à cetle époque accordé la permission de l'exportation des brebis de mérinos, en permettant celle des laines , la France aurait perdu la plus grande partie de ces animaux précieux.
Depuis la restauration , l'agriculture n'a pas pu faire de progrès aussi rapides qu'en 1790. L'invasion des alliés, en 18 14 et 181 5 , a ruiné les cultivateurs dans plusieurs provinces. Le commerce, considérablement diminué, ne fournit plus autant de moyens d'exportation. Les impôts, montés à un taux extraordinaire, privent les propriétaires d'une grande
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partie des fonds qui pourraient être employés en améliorations. Néanmoins, sises développements ne sont plus aussi considérables, sa marche est loin d'être stationnaire. Les efforts du gouvernement réunis aux travaux des sociétés d'agriculture , qui n'ont encore d'autre esprit de corps que celui du bien public, excitent une émulation qui produit des effets d'autant plus salutaires que les découvertes utiles pour cet art se répandent promptement*dans tous les départements du royaume.
Il est facile de s'assurer des progrès de l'agriculture par la comparaison des connaissances acquises comme des moyens employés en 1789, et de ceux connus aujourd'hui , et dont la pratique s'étend de plus en plus.
En 1789 on n'avait que de faibles données sur la théorie de l'agriculture. On connaissait très peu l'air, l'eau et les autres fluides et gaz qui pénètrent continuellement dans les végétaux et qui les parcourent en tous sens. Les cultivateurs ignoraient" la décomposition de l'air, de l'eau, de l'acide carbonique , et comment ces substances pouvaient servir à la nutrition des plantes. On avait vainement essayé d'appliquer le fluide électrique à la végétation , et on n'était parvenu qu'à étioler les plantes. Depuis les travaux de Duhamel , consignés dans sa physique des arbres , la marche de la végétation , l'anatomie des végétaux , les eflets de leurs organes sur les fluides, et réciproquement des fluides sur le développement des organes , n'avaient fait presque aucun progrès. Grâce aux travaux des Cavendich , des Priestley et de l'infortuné Lavoisier , l'air et l'eau ont été décomposés. On a connu leurs éléments , et on a su qu'ils entraient dans la composition des plantes en se solidifiant. On a découvert la marche du fluide électrique, et apprécié ses eflets sur la végétation. ( Voyez Électricité.) Si la structure des végétaux et l'impossibilité d'en séparer toutes les parties et d'en suivre toutes les ramifications comme dans les animaux n'ont pas permis de donner à l'anatomie végétale les mêmes développements
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qu'à l'anatomie animale, oo a néanmoins acquis , sur cette partie, des connaissances qu'on ne pourra désormais étendre qu'en perfectionnant les microscopes. ( Voyez Anatomie \ i. tau:. ) La physiologie a , au contraire , marché à pas de géant. Aidée de la chimie , elle a procuré aux cultivateurs beaucoup de données pour perfectionner l'agriculture. (Voyez les mots Nutrition des plantes, Physiologie végétale, Fleurs doubles , Végétation.)
Quant à la pratique de l'art de l'agriculture, ses progrès ont dû suivre ceux de la théorie. On a analysé les terres et reconnu leurs diverses propriétés pour la culture de tels ou tels végétaux , la décomposition qui s'y opère des substances végétales et animales , le mélange des substances qui accélèrent cette décomposition , les nouveaux produits qui se forment et qui constituent l'humus , principale nourriture des végétaux. On a calculé les pertes de la terre en substances nutritives pour la production des récoltes , et on a cherché des moyens de remplacement par la découverte de nouveaux engrais, par une meilleure préparation comme par un emploi plus sage des anciens, suivant la qualité des terres. (Voyez les mots Te.rrb , Engrais. )
On s'est convaincu que la terre ne se reposait que dans la saison où sa sécheresse , ou bien le défaut de chaleur , arrêtait dans son sein la circulation des fluides , la décomposition des animaux et des végétaux enfouis , etc. , opérations indispensables pour la nutrition des plantes; mais que , dans les autres temps , elle produisait d'autres plantes inutiles ou nuisibles si on ne la couvrait pas de celles utiles aux besoins des hommes et des animaux. On a alors reconnu le tort qu'on avait de laisser les terres sans culture , ou plutôt sans rien produire la troisième année de l'assolement, et on a trouvé qu'en y semant des plantes qui exigent plusieurs binages , on débarrassait les terres en labour des végétaux parasites qui en détruisent l'humus, aussi-bien qu'en sacrifiant leurs produits pendant une
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innée sur trois. Dès lors le système des jachères a été 1 ban donné comme funeste à la culture , et on s'est livré îu perfectionnement des assolements. (Payez Assolement.) *
Deux plantes, auparavant fort négligées , ont pu , par ce moyen , être cultivées èn grand. Je veux parler du maïs et de la pomme de terre. La culture de cette dernière a pris des développements d'autant plus considérables que les Allemands nous ont appris à en extraire de l'eau-de-vie en augmentant les moyens de nourriture des bestiaux , et que la chimie nous a fait connaître les autres propriétés de ce tubercule, soit comme farine, soit comme fécule, soit comme sirop. *
Les prairies artificielles ont reçu une extension d'autant plus grande, que la conservation et la multiplication d'animaux aussi précieux que les mérinos en ont fait un devoir. ( V oyez Prairies artificielles. ) Pour y parvenir , on a fait alterner avec les végétaux déjà soumis à la culture plusieurs autres espèces inconnues ou au moins négligées dans la plupart des départements de la France : et la botanique proprement dite a fourni à cet égard beaucoup de renseignements utiles ; elle a procuré de nouveaux végétaux aux cultivateurs, et elle les a* classés , pendant que la chimie en faisait connaître les éléments et les propriétés. On est parvenu , par ce nouveau mode d'assolement , à améliorer les terres en récoltant les plantes à la fleur, ou même en enfouissant une récolte médiocre à la fleur , pour en obtenir d'autres plus lucratives.
La nouvelle méthode de cultiver exigeait de meilleurs instruments : on a perfectionné les anciens , et on en a inventé de nouveaux. (Voyez Instruments aratoires. ) Une émulation digne d'éloges a déterminé des mécaniciens et des agriculteurs à se livrer à ce genre de recherches , et on a vu dernièrement le chef d'un état libre et puissant, M. Je fier son , président des États-Unis de l'Amé- 1 ique , employer ses instants de loisir à la construction
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d'une charrue dont la forme et les dimensions ont été soumises aux règles les plus sévères du calcul. Les instru meuts hydrauliques, n'ont pas été négligés. Les construc lions utiles à l'agriculture , telles que le logement des eu! u va leurs , les écuries , les étables , les serres tant pour la culture que pour la conservation de ses produits , ont reçu de grandes améliorations. ( V oyez ces mots. )
L'art vétérinaire a fourni de puissants moyens de niieui soigner les animaux utiles , d'en perfectionner les races , de prévenir leurs maladies et de les guérir. La physiologie végétale et l'histoire naturelle ont également fait découvrir les causes des maladies des plantes utiles , et procuré des secours puissants. [Voyez les mots Carie, Maladie* des plantes. ) De nouveaux moyens de conserver les blé* ont été inventés et présentés au gouvernement , ainsi que les moyens de prévenir les disettes. (Voyez Blé.) Enfin le gouvernement actuel , en faisant réparer les routes et en construisant de nouveaux canaux , a rendu les communications plus faciles. Il a également fourni de nou veaux moyens de faire circuler les nouvelles découvertes, comme d'en faire d'autres, et de les appliquer sagement, en formant des sociétés d'agriculture dans tous les dépar temerîls.
Tels sont les progrès de l'art agricole en France depuis 1789 ; et le sol de ce royaume eût réellement changé de face dans toutes ses parties si les connaissances acquises avaient été répandues dans tous ses cantons et v avaient été mises à profit. Mais pour arriver à ce but, aussi important pour le gouvernement que pour les administrés . il aurait fallu pouvoir employer à l'éducation des cultivaleurs, comme au perfectionnement de l'agriculture , une partie, quoique légère, des impôts, à l'èffet de généraliser les écoles primaires dans les campagnes , d'établir une ferme expérimentale dans chaque département , et de faire de petits ouvrages, tels que des almanachs du cultivateur, à la portée des simples laboureurs, qui n'ont ni les fonds né-
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;essaires pour acheter les grands traités d'agriculture, ni issez de temps pour les méditer, ni les connaissances requises pour les lire avec fruit.
Malheureusement les guerres continuelles que la France î soutenues jusqu'au mois de juillet i8i5, et les suites Jes quatre dernières campagnes, ont non seulement absorbé les revenus de l'état , mais ont en outre grevé le trésor par un arriéré considérable dont il faut payer les intérêts. Un nouvel ordre dans les finances et la diminution des dépenses par une sage économie pourront fournir au gouvernement une réserve pour venir au secours de l'agriculture sans ajouter aux impôts, et la culture augmentera à son tour les ressources du gouvernement en multipliant les produits qui sont soumis aux taxes , et en fournissant plus de matière première à l'industrie française.
Alors iL ne restera pour porter l'agriculture à son plus haut degré de perfection qu'à faire aimer cet art à ceux qui le cultivent , et il suffira à cet effet de les faire jouir de la considération qui leur est due à raison de leurs services ; mais, pour y parvenir, il est nécessaire qu'ils jouissent d'une douce liberté, qu'ils soient protégés par les lois, qu'ils ne soient point exposés aux exactions de ces armées de commis qui les fatiguaient sans cesse autrefois, et qu'ils ne redeviennent plus l'objet des mépris des classes privilégiées qui les ont tenus jadis sous le joug de la glèbe.
L'agriculture aime la paix comme la liberté. Elle ne peut prospérer dans l'anarchie ni sous le despotisme; elle redoute d'autant plus les privilèges héréditaires que la plupart de ceux qui les possèdent rougiraient de se livrer à la pratique de cet art , et que les cultivateurs sont d'autaut moins considérés qu'il existe des membres de la société qui leur sont supérieurs par le seul fait de leur naissance. L'exemple de ces derniers a toujours empêché beaucoup de propriétaires riches de se livrer 5 la culture de leurs terres abandonnées aux soins de fermiers qui ont
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Sautant moins d'intérêt de les bonifier ou de les améliorer qu'une pareille conduite les exposerait à une aug mentalion de prix , au renouvellement d'un bail souvent trop court pour s'indemniser avec avantage de leur* avances et de leurs travaux. Il se peut qu'une saine politique ou des circonstances impérieuses aient présidé au rétablissement de la noblesse héréditaire en France, au lieu d'en créer une personnelle qui eût excité l'émulation en forçant les enfants à s'instruire et à rendre des service* à l'état pour se rendre dignes des honneurs et des titre? dont leurs pères ont joui ; mais il eût été à désirer, dans l'intérêt de l'agriculture, que le gouvernement n'eût distribué que des honneurs et des titres à vie. Les privilèges entraînent presque toujours l'égoïsme à leur suite , et il est de l'essence de ceux qui les possèdent de travailler à les étendre. S'ils y parviennent , et qu'ils puissent rivaliser dep, îissance avec le monarque , ils entravent ses meilleures opérations et arrêtent les efFets des lois les plus sages et des intentions bienfaisantes du chef de l'état. L'anarchie prend alors la place de l'ordre, et fait rétrograder la marche des arts les plus utiles. Si les privilégiés sont forcés à céder , ils adoptent le principe de l'obéissance pas sive envers le monarque , qui devient absolu , et ils en profitent pour exercer un pouvoir arbitraire sur les autres classes de la société. Alors la tranquillité règne dans le royaume; mais l'émulation s'éteint , la population diminue, la bonne agriculture disparaît, et la monarchie perd sa splendeur et sa puissance.
C'est ce qu'on a vu arriver dans plus d'un état. On n'ignore pas que l'agriculture fut presque anéantie sous le despotisme des empereurs romains , et que ce fut une de> causes principales de la destruction de cet empire immense , dont la culture était confiée à des esclaves incapables de le défendre comme de conserver et d'étendre les bons principes d'un art qui est la base fondamentale d'un état très étendu. On sait également que Panarchie
AGU 4i3 c|ui a long-temps régné dans le royaume de Pologne, par Ig fait de la noblesse, a constamment nui aux progrès de son agriculture , comme elle a causé le partage de ses provinces. La France même peut servir d'exemple pour prouver ce que j'avance. Pendant qu'elle fut livrée au système féodal, ses terres furent mal cultivées, et l'on perdit de vue jusqu'aux leçons qu'on avait reçues des Romains et des Grecs. L'agriculture y a fait des progrès à mesure que le servage a été aboli et que les cultivateurs y ont été plus ménagés et plus considérés. Le comté de Flandre ou les Pays-Bas, régis par des lois plu* douces que les autres parties de la France, est la première province où l'agriculture fut en quelque sorte régénérée , et elle est devenue une terre classique , où les autres peuples de l'Europe sont venus apprendre à tirer un bon parti de leur sol. F...R.
AGRONOMIE. (Agriculture.) Ce mot, que l'on emploie souvent comme synonyme d'agriculture , désigne plus particulièrement la science de l'économie rurale. Ainsi l'agriculture est la pratique de l'art dont l'agronomie enseigne les théories,
AGUILANLEU ou AGUILANNEU , pour à gui Un neuf ou au gui de l'an nouveau, ad viscum anni novi. (Antiquités.) On appelle encore ainsi , en diverses provinces , les étrennes du premier de l'an , qui, dans la religion des druides , consistaient à donner, à distribuer au peuple le gui du nouvel an , comme une chose sainte , un préservatif, un remède universel. Les Espagnols appellent aguinaldo les présents qu'on fait à la fêle de Noël. En Basse-Normandie , les pauvres , le dernier jour de l'an , disent koguinanno, en demandant l'aumône. Dans le Yendômois et dans le Maine, le peuple et les enfants * courent les rues le dernier et le premier jour de l'an, demandent à tous ceux qu'ils rencontrent le gui-l'an neu, et chantent aux portes des chansons dont le refrain est toujours , Donnez-nous le gui-l'an-neu. Dans le Perche, le peuple appelle les étrennes éguilas; dans le pays char-
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train , êguilables ; dans la Haute-Normandie , éguinèta ou aguinètes.
Dans la commune de Saint-Hilaire de-Chaléons , département de la Loire- inférieure, le 3i décembre au soir, les marguilliers des deux années précédentes et ceux en charge se réunissaient et faisaient ensemble un soupei qui se prolongeait fort avant dans la nuit. Le souper fini, chaque convive , armé d'une pique , se mettait en marche vers un bois appelé le bois de Noir-Brcuil (le luctis noir), distant d'environ deux lieues; ils cueillaient des- pommes de pin , et chacun d'eux en plaçait une sur le bout de sa pique, qui ressemblait alors à un thyrse de Bacchus. «Ce dieu a dû être honoré sous le nom d'Hilaris parles anciens Pictavi, qui se peignaient le corps en son honneur, ainsi que les Agathyrses et les Britanni ou Picti, et qui devaient célébrer ses mystères dans la dernière nuit de l'année. Pour représenter le passage du soleil des signes descendants aux signes ascendants , ces marguilliers partaient de ce bois de Noir-Breuil, symbole des signes descendants, de manière à se trouver à la pointe du jour sur la chaussée d'un étang appelé Ckamp-Blanc , symbole des signes ascendants, dont le premier est celui de Pauiphora figuré par cet étang; là ils se partageaient, pour figurer le partage qui se fait des douze signes en deux bandes au solstice inférieur, et parcouraient deux à deux les fermes et les hameaux, en chantant une chanson dont le refrain était, comme dans le Maine, Donnez-nous le gui- Can-neu. Chaque maître de maison , après leur avoir fait servir largement à boire comme à des initiés aux mystères de Bacchus, leur donnait du blé, du lin, delà toile, un jambon, etc. Les objets provenants de cette quête, et les pommes de pin que les quêteur.» avaient portées au bout dé leurs piques pendant leur tournée symbolique, étaient vendus dans le cimetière , le premier jour de l'an, au profit de la fabrique , et souvent très cher, parce qu'on leur attribuait la vertu de préserver du tonnerre et de tout maléfice.
A G U 4i5 La guignannée est aussi le nom d'une fête semblable 'on fait à Morlaix , selon Ménage , le dernier jour de n. {V oyez 5on Dictionnaire étymologique , à ce mot.) le consiste en des présents, que les riches font aux livres, qui, à chaque perrte où on leur donne, font des is et des acclamations entendus dans toute la ville. ;s pauvres sont armés de grands bâtons (qui étaient trefois des thyrses) pour rompre les portes s'il s'en rayait de fermées. Personne ne peut donc se dispenser i leur donner leurs étrennes, leur guignannée, chacun Ion son pouvoir. Cette fête, qui est un reste des saturiles et des bacchanales, remonte au culte du gui de (a yuvelle année chez les druides. Merula l'a très bien rearqué dans sa Cosmographie, part. 2 , liv. 3 , chap. 1 1 : tint qui illud, au gui-l'an-neuf, quod hactenùs quotn?iis pridiè kalendas januarii vulgô publiée cantari 1 Gatliâ solel, ab druidis manasse autumanl : ex hoc rrtè Ovidii,
Ad viscum, viscum druidae cantare solebant.
olitos enim aiunt druidas per suos adolescentes viscum ium cunctis mittere , eoque quasi munere , bonum , uistum, felicem et fortunatum omnibus annum precari.
En effet, Pline nous apprend, liv. 16, chap. 44» que îs druides révéraient le gui de chêne; qu'ils choisissaient îs forêts de cet arbre sacré pour leurs sacrifices ; que 'est de là qu'ils étaient appelés druides, nom qui vient n effet du grec Jjpïfe, en breton deru, derv ou dero 9 hêne ; que lorsqu'ils trouvaient du gui sur cet arbre, Is le regardaient comme un don du ciel, et le cueillaient, u sixième jour de la lune , en grande dévotion et avec de ;randes cérémonies; qu'ils l'appelaient en leur langue d'un 10m qui signifie omnia sanans , guérit tout. Omnia sauintem, dit-il, appellantes suo vocabulo. Sacrificio epuisque ritè sub arbore prœparatis 9 duos admovent canlidi coloris tauros , quorum cornua tune primum vin-