SOLE
AIGUILLE AIMANTÉE. {Physique.) {Voyez Magné
TISME.) t
AIGUILLES. {Technologie.) On rencontre dans les arts industriels une grande quantité de petits instruments la plupart en acier poli , qui portent le nom d'aiguilles, et sont employés à des usages différents. A l'exception des aiguilles de boussole , des aiguilles de montre et de pendule , de celles qui servent au métier à bas , et de quelques autres encore , mais de bien peu d'importance , on peut considérer les aiguilles comme destinées à réunir des parties séparées d'une ou de plusieurs substances , d'une certaine consistance, pour en faire un tout solide, à l'aide d un fil formé d'une substance flexible dont l'aiguille aide et facilite l'introduction dans les diverses parties qu'on veut rapprocher. Le tailleur, la lingère , emploient des aiguilles de cette espèce pour coudre les étoffes; le chirurgien se sert des instruments semblables pour rapprocher les parties qu'il a été obligé de séparer par une opération sur le corps humain, etc., etc. Toutes ces différentes sortes d'aiguilles ne varient guère que par leur l'orme, et peuvent être ramenées, pour la fabrication , à celles des aiguilles a coudre qu'il importe le plus de connaître. Nous allons donc, aussi succinctement qu'il est possible, donner une idée de ce genre de manufacture, et nous parlerons plus tard des autres sortes d'aiguilles.
Une aiguille à coudre peut être considérée sensiblement comme un cylindre dont le diamètre et la longueur ta-
AIG 425 ient selon les cas, mais dont un bout est en pointe très léliée , et l'autre bout , appelé tête, porte un trou ordinaiement oblong pour recevoir le fil qu'on veut introduire lans l'étoffe au moyen de l'aiguille qui ouvre le passage.
Quand on considère, i° la simplicité d'une aiguille, 2° sa letitesse , 3° son prix modique , on serait porté à croire jue ce petit instrument n'exige ni un long travail ni une main d'oeuvre compliquée. Cependant , lorsqu'on apprend ;jue chaque aiguille , quelle que soit sa dimension , passe entre les mains de plus de cent vingt ouvriers différents avant d'être entièrement terminée, on ne peuUse défendre d'un mouvement de surprise.
Les aiguilles sont fabriquées avec de l'acier très pur , tiré à la filière d'un diamètre convenable à la grosseur de celles qu'on veut faire. {Voyez Tréfilerie. ) Le premier soin du fabricant est de s'assurer si l'acier qu'on lui envoie en bottes de la tréfilerie est de bonne qualité, et s'il est d'une grosseur uniforme dans toute sa longueur. Pour s'assurer de sa qualité, il en coupe quelques bouts de chaque botte; il les fait rougir dans un petit fourneau, les trempe dans l'eau froide , et les casse ensuke entre les doigts. Il rejette les bottes de ceux qui plient sans casser , et met à part ceux qui cassent le plus nettement pour les employer à fabriquer les aiguilles dites anglaises.
On se sert d'une jauge pour s'assurer que le fil est d'égale grosseur partout. La jauge <Ju fabricant d'aiguilles est une plaque en acier sur les bords de laquelle on pratique des trous d'environ une ligne de diamètre , puis avec une lime très mince on fait une entaille qui crève dans le trou. Chaque entaille est d'une largeur différente, selon la grosseur des aiguilles. On présente par ci par là , à l'entaille de la jauge, des fils de la botte dans laquelle on a 'l'abord essayé le fil, mais sans la délier, et s'ils entrent tous avec la même facilité, on reçoit la botte; dans le cas contraire, on la renvoie à la tréfilerie.
Le fil est d'abord dévidé sur un rouet d'une forme parti-
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culière , et la nouvelle botte est coupée avec de grosses cisailles aux deux extrémités du même diamètre : ces fils sont ensuite coupés de la longueur de deux aiguilles, à l'aide d'un mandrin qui fixe la longueur d'une manière invariable pour les aiguilles de même qualité.
Un ouvrier dresse ces fils au nombre de six mille à la fois avec la plus grande facilité; un autre les aiguise parles deux bouts pour faire les pointes, il en aiguise environ soixante à la fois , en les faisant rouler entre le pouce el l'index. Cette opération , qu'on nomme dégrossissage, se fait sur une» meule à sec. On coupe les fils de la longueur que doit avoir l'aiguille à l'aide d'un second mandrin, et on les donne au palmeur chargé d'aplatir la tête des aiguilles. Cet ouvrier range dans une boîte les aiguilles, au fur et à mesure qu'il les palme, les pointes toutes d'un côté. Après qu'on a recuit les aiguilles dans un four, oo les donne au perceur : celui-ci les pose sur un tas , les perce avec un poinçon, d'abord sur un côté, ensuite sur l'autre; on appelle cette opération marquer : il les donne au troqueur qui ouvre le trou et le termine. Ce sont des enfant* qui font ces deux dernières opérations avec une vitesse incroyable. Ils se font un jeu de percer avec un poinçon le cheveu le plus fin , et ils font passer un autre cheveu an travers.
Un autre ouvrier, nommé Vévideur, fait la cannelure et arrondit la tête. On marque d'un Y les aiguilles soignées; on les redresse ensuite , et on les trempe. ( Voyez Tr£*per. ) On les décrasse, et on les recuit, afin qu'elles ne soient pas aussi cassantes. On redresse à l'aide d'un peu* marteau tranchant celles qui se sont faussées , et on les livre au polisseur.
Le polissage est l'opération la plus longue et la plus cou teuse, elle dure plusieurs jours; mais celte lenteur est coin pensée par la grande quantité d'aiguilles qu'on polit à la fois* On en forme des paquets qui en contiennent cinq centnA et la même machine, qu'un seul homme dirige et qu'un cou
AIG 427 ant d'eau fait agir, polit en même temps vingt ou trente >aquels, c'est-à-dire dix ou quinze millions d'aiguilles.
Après le polissage, on 'dégraisse les aiguilles dans un onneau avec de la sciure de bois ; on les vanne pour sé- >arer la sciure et les autres saletés , et on les arrange dans ine boîte. Les cinq opérations du polissage se répètent jusjii'à dix fois chacune, ensuite on essuie les aiguilles avec m linge, et l'onjette de côté celles qui sont cassées.
On procède au triage dans un atelier très sec. Un ouvrier détourne les aiguilles, c'est-à-dire qu'il met toutes es têtes d'un même côté; il sépare toutes celles qui sont défectueuses. Un autre les sépare en deux qualités, en raison du poli plus ou moins brillant. Un troisième ouvrier met à part les aiguilles dont la pointe est cassée. Ce triage se fait avec une grande vitesse et beaucoup de facilité. Un quatrième ouvrier redresse sur un tas celles qui se sont courbées. Un cinquième les sépare en trois parties , selon leurs diverses longueurs.
La mise en paquets et l'affinage sont les dernières opérations ; elles occupent encore beaucoup d'ouvriers. L'un coupe les carrés de* papier , un second les plie au tiers de leur largeur; un troisième compte d'abord cent aiguilles , il les pèse ensuite , et c'est de ce poids qu'il se sert pour les diviser par centaines; il les met dans le papier: un quatrième achève de plier les paquets. Un cinquième, nommé bleueur, imprime à la pointe , sur une très petite meule , un poli bleuâtre qui a donné le nom à cet ouvrier. Un sixième écrit sur les paquets le numéro des aiguilles , le nom du fabricant et ses marques particulières. Un septième met le sceau de la fabrique. Un huitième enfin réunit dix paquets en un pour former des milliers. Les aiguilles ordinaires sont liées avec du fil blanc ; les aiguilles dites anglaises avec du fil rouge.
Les véritables aiguilles anglaises sont aisées à distinguer de celles qui n'en sont que l'imitation : les premières ont toujours leurs pointes dans l'axe, ce qu'on aperçoit facile*
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ment en les faisant rouler entre le pouce et l'index, tandis que les autres ont le plus souvent leur pointe hors de I axe.
En considérant une manufacture d'aiguilles , on ne tarde pas à reconnaître que cette variété d'opérations nombreuses, auxquelles chaque aiguille est soumise , porte le cachet de la perfection à laquelle cette fabrication est parvenue. Dans les arts mécaniques , diviser le travail , c'est Yabrè°tr] multiplier les opérations , c'est le simplifier; attacher exclusivement un ouvrier particulier à chacune d'elles, c'est obtenir à la fois vitesse et économie.
Les aiguilles du métier à bas , celles à faire les réseaui et les filets , celles des métiers à tissu , celles du piqueu/ d'étuis, du chandelier, du gaînier , du blanchisseur de cire , etc. , etc. , seront décrites dans les différents art qu'elles concernent.
Les aiguilles des chirurgiens ne se font pas en manulacture , leur débit n'est pas assez important. Les couteliers qui s'adonnent à la fabrication des instruments de chirurgie les font à la main et une à une.
Les grosses aiguilles d'emballage , les carrelets, etc. sont des ouvrages grossiers qui ne présentent aucune diffi culté , et nous ne décrirons pas leur fabrication , qui a beau coup d'analogie à celle des aiguilles à coudre.
Aiguille de boussole. On prend une lame d acier fondu mince , d'une longueur proportionnée au cercle sur le centre duquel elle doit se mouvoir et en cou vrir le diamètre. Après qu'elle a été bien limée, trempée , revenue bleue et polie , on fixe au milieu de sa v* gueur une chape en laiton , ou mieux une agate. CeM chape est creusée d'un trou conique, très évasé , et bi^ poli , destiné à recevoir la pointe d'un pivot d'acier treflf et poli qui a la forme d'une fine aiguille à coudre , d°nl a pointe est un peu émoussée , arrondie et parfaitement jolie. A l'aide de ces précautions , l'aiguille se meut ment et presque sans aucun frottement , de manière q«e rf
>inte peut parcourir tous les points de la circonférence M cercle au centre duquel elle est placée. On a soin , 1 limant l'aiguille , et avant de la polir , de laisser , du >té qui doit se tourner vers le sud, un peu plus de mahvG dans son épaisseur, afin que l'aiguille se maintienne > ri/on Laie après qu'elle sera aimantée. L'action de l'atœmt fait incliner l'aiguille du côté du nord , et c'est dans
vue d'équilibrer cette force qu'on laisse un peu plus de tatière du coté sud. Lorsque l'aiguille est terminée on \euit le côté qui doit se trouver vers le nord, et après a'elle est ainsi confectionnée , il ne reste plus qu'à Yaitanter. L. Seb. L. et M.
AIGUILLON. ( Histoire naturelle. ) {Voyez Armes.)
AILE. (Art militaire.) ( Voyez Armée. )
AILEROiN. (Histoire naturelle.) (Voyez Ailes.)
AILES. ( Antiquités. ) Les Étrusques, à l'exemple es anciens Grecs , ont représenté presque toutes leurs ivinités avec des ailes : Jupiter, Diane, Minerve, Vénus, îs nymphes , en portent dans leurs monuments. Us en îettaient aussi à la tête de plusieurs autres divinités, slles que l'Amour, Proserpkie, Méduse et les Furies, et ux chars des dieux : cet usage leur était encore commun vecles Grecs , qui mettent des ailes au pélase, aux épaules t aux talons du messager des dieux. Euripide donne au oleil un char ailé; les médailles d'Eleusis représentent iérès sur un semblable char, et la fable parle d'un char ilé de Neptune. Les Grecs cependant ne donnaient ordilairement de grandes ailes qu'à la Victoire et quelqueois à Diane. Quelques divinités égyptiennes portent des iles qui ressemblent à celles des chérubins. On voit sur es médailles de Malte deux figures placées Tune vis-àis de l'autre , avec des ailes fort longues aux hanches. „e psalmisle donne aussi des ailes au Dieu des Hébreux : Sub umbrâ alarum tuarum protège me. Isaïe en donne ix à chacun des deux séraphins qui se tenaient au-dessus le son trône : Seraphim stabant super illud : sex alœ
uni, et sex alœ alteri : duabus velabant faciem ejus , et duabus velabant pedes ejus, et duabus volabant (c. 6, v. 2). L'Apocalypse en donne six à chacun des qualre animaux symboliques qui entourent ce trône (c. 4»*- *>)> et deux seulement à la femme qui parut dans le ciel couverte du soleil , ayant la lune sous ses pieds , et à la tête une couronne de douze étoiles (c. 12, v. 1 et i4). E. J.
AILES. (Histoire naturelle.) Organes de la locomotion dans l'air, véritables rames que l'être qui en est muoi plie ou développe, selon leurs ressorts et sa volonté, pour trouver un point d'appui suffisant sur le fluide qui l'environne. Les ailes ne sont pas un attribut de l'oiseau ou de l'insecte seulement ; tandis qu'il est des oiseaux et des insectes auxquels la nature refusa des ailes , il est des mammifères, des reptiles, et jusqu'à des poissons qu'elle en dota : les chauve-souris , par exemple sont des quadrupèdes auxquels le développement de membranes interdigitales et un appareil musculaire approprié ont donné la faculté précieuse de parcourir les airs ; chez ces animaux, des mains et des bras sont devenus de véritables ailes. B n'en est pas de même des membranes ou extensions delà peau, appelées improprement ailes , qui se voient dans quelques autres animaux d'ordre supérieur, tels que le galéopithèque et l'écureuil volant , ainsi que dans trois espèces de phalangistes. Ces prétendues ailes, qui facilitent, à la vérité , le saut et la rapidité de la course des créature* qui en sont pourvues , n'ouvrent cependant point à celles-ci les routes de l'atmosphère : elles ne sont pas positivement propres au vol , n'étant munies d'aucun appareil qui détermine cette puissance : leur rôle est celui de para chutes ou de voiles, bien plus que celui de rames ou de gouvernail.
Un genre de saurien fossile et perdu , qu'on avait d'abord pris pour un ornilholithe ou oiseau pétrifié , et dont M. Cuvier sut reconnaître les rapports naturels, était muni d'ailes ainsi que les chauve-souris ; on l'a nommé ptéro-
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actyle : un seul individu en a été trouvé dans les schistes 'Œningen. Aujourd'hui un autre animal de cette même raille des lézards, le dragon , voltige à l'aide de fausses îles situées horizontalement de chaque côté de l'épine du os, entre les quatre pattes. Ces parties supplémentaires, lembraneuses , couvertes de fines écailles remplaçant les lûmes ou les poils, soutenues chacune par six fausses côtes ongées en rayons cartilagineux, portent en l'air, durant uelques instants, le frêle reptile auquel elles ont mérité n nom trop fameux; mais elles ont bien plus de rapport vec les nageoires des poissons qu'avec l'attribut de l'oiau ou de la chauve-souris , et c'est d'ailleurs l'une des ropriétés des nageoires des poissons qu'elles s'alongcnt uelquefois aussi en forme d'ailes. Dans ce cas, l'habitant es eaux que la nature favorisa d'un développement exaordinaire de nageoires partage , à certains égards , le rivilége accordé par elle aux tribus aériennes ; ainsi l'on oit des muges, ou des exocets, échapper aux poursuites es carnassiers de l'Océan- en s'élançant hors des vagues our voltiger à leur surface , où bientôt ils deviennent la roie des oiseaux voraces. C'est un sort digne de pitié que elui de ces pauvres petites bêtes, dit Légat, ancien voyaeur , qui remarqua dans ses courses au-delà du cap de onne- Espérance , où il fut abandonné sur une île déserte, ue la faculté de nager et de voler accordée aux poissons olants n'était guère que celle de choisir leur tombeau, u'ils trouvent toujours dans l'estomac d'iuic dorade ou 'un pétrel. Quant à la forme des nageoires de certains oissons, ainsi qu'à la manière dont ils les agitent, celles ela plupart des raies peuvent être comparées à des ailes; t de là le nom d'aigle, de colombe, et même d'ange, onné par les pêcheurs de tous les pays à des mourines , à es rhinobates, et autres chondroptérygiens , ou poissons épourvus d'arêtes.
L'aile des oiseaux est plus complète et plus développée ue toutes celles dont il vient d'être question; c'est l'aile
par excellence. Elle est composée d'un appareil solide autour duquel viennent se réunir les tendons , les muscles et les téguments destinés à fixer et à rassembler les plumes qui la recouvrent et lui donnent son principal caractère. Sans ces plumes , l'aile ne serait qu'un bras , un avant-bras et une main, autrement constitués que les mêmes parties dans Thomme et les autres mammifères. On j trouve l'humérus , qui est attaché à une omoplate ainsi qu'à la clavicule , un radius et un cubitus, enfin un véritable carpe et le métacarpe : ces dernières parties sont celles qui ont le plus perdu de la forme qu'elles ont ordinairement dans les mammifères , et quelquefois même il n'est pas facile de les reconnaître. Les plumes qui les garnissent diffèrent quant à la taille , à la forme et à la consistance , suivant leur position sur l'aile ; aussi leur a-t-on imposé des noms différents. On appelle rémiges , ou pennes , celJes qui composent l'aile proprement dite. Les dix extérieures , dont quatre garnissent la longueur des doigts, sont les rémiges primaires; les secondaires , dont le nombre dépasse ordinairement dix, ont leur attache le long del'avant-bras; toute? sont aiguës, et d'autant plus roides qu'elles se rapprochent davantage de l'extrémité de l'aile; on aperçoit, en outre, trois ou cinq plumes beaucoup plus petites et plus étroites que les rémiges, qui sont insérées au poignet le long dupouce: elles forment l'aileron ou le fouet de l'aile. Les plumes molles qui recouvrent les rémiges sont appelées tectrices.
Quelques oiseaux ont entre l'aileet le flanc une tou fie plus ou moins volumineuse de plumes légères , qui parait destinée à faciliter encore leur vol; c'est elle qui fait le plus bel ornement des oiseaux de paradis , et qu'on pourrait appeler l'aile supplémentaire. Là forme inférieurement concave de l'aile est la plus favorable à l'oiseau pour mieux saisir la colonne d'air sur laquelle il appuie; les muscles qui font mouvoir ce merveilleux appareil sont épais et puissants, attachés à un sternum considérable dont la forme en bateau facilite encore l'action du vol. Le rapport de l'aile
AIL 435 avec la main est encore plus marqué dans certains oiseaux, où une matière cornée , attachée en forme de griffe , termine l'un et quelquefois les deux doigts du métacarpe , disposition qui rappelle assez bien l'ongle qui termine ou revêt les doigts du mammifère. »
Dans quelques oiseaux , l'aile très développée facilite un vol soutenu; ainsi Ton voit l'aigle disparaître dans la nue, la frégate , l'albatros , et plusieurs habitants aériens des lointains parages , se transporter jusqu'à quatre cents lieues des continents, où, suspendus à la surface des mers, ils peuvent promener leurs regards perçants dans un horizon sans bornes. Les petits oiseaux de proie et les hirondelles sont aussi munis d'ailes très fortes qui leur donnent la faculté de voler long-temps et de se reposer dans l'atmosphère en y planant; d'autres oiseaux ont, au contraire , l'aile tellement imparfaite qu'ils sont condamnés à ne pas quitter la terre. Telle est l'autruche, où les rudiments de ces organes ne servent qu'à accélérer la course dans les déserts ; tels sont les pingoins , dont la position habituellement verticale rappelle celle de l'homme , et qui ne se servent de deux moignons dépourvus de plumes et couverts d'une3 peau écailleuse que comme de rames lorsqu'ils parcourent les eaux , élément dans lequel ils se plaisent d'autant plus , que la facultf de fendre les airs leur a été refusée.
L'aile n'est pas seulement dans les oiseaux l'appareil propre au vol, elle est encore l'abri protecteur qu'une mère offre à ses petits durant la fraîcheur des nuits ou bien k l'approche du danger.
De tout temps les hommes , jaloux de la faculté de parcourir l'atmosphère, dont la nature sembla vouloir faire le domaine des oiseaux, voulurent imiter les ailes qui pouvaient leur en donner les moyens. L'histoire de Dédale et d'Icare vient évidemment de quelques essais faits pour rivaliser avec les peuplades de l'air : de telles tentatives se sont renouvelées de nos jours; mais aucune n'a pu et ne 1. 28
pourra réussir, parce que c'est inoins l'aile , facile à imiter, qui sert pour le vol , que le puissant appareil musculaire qui lui sert d'attache , et dont la composition est au-des sus de nos ressources.
Dans les insectes , les ailes jouent aussi un rôle important : leur nombre , leur nature , leur position , leur nudité , ou la manière dont elles sont recouvertes par des étuis durs , servent de caractères principaux pour établir de grandes coupes dans leurs nombreuses légions. Les uns en ont quatre , d'autres en ont deux , quelques uns n'en ont point. Ces ailes ne se développent qu'à une certaine époque de la vie. Elles sont tantôt transparentes comme du verre , et munies d'un réseau de nervure qui les fait ressembler à de la gaze , tan tôt opaques et revêtues d'une poussière ou d'écaillés colo rées; telles sont celles des papillons, sur lesquelles la na ture se plut à répaudre les plus brillantes couleurs. Dans les coléoptères, elles se replient sous des enveloppes dures qui les garantissent de tout ce qui pourrait les déchirer ; et comme elles sont plus longues que ces espèces d'étuis, l'extrémité se replie quand l'insecte est au repos; celle partie repliée , comparée à l'extrémité de l'aile de l'oiseau, a été appelée l'aileron. C'est à l'article Insecte que nous donnerons les caractères qui ofit été tirés des ailes pour établir la classification de ces animaux. ( Voyez aussi les mois Balanciers et Bourdonnement. )
Les botanistes ont adopté le mot d'aile, dans les plantes , pour désigner des appendices minces et membraneuses qui s'étendent autour de quelques semences, et qui donnent au vent la facilité de les transporter à de grandes distances; ils l'ont également appliqué aux deux pétales irréguliers et latéraux qui donnent aux fleurs papilionacées quelque ressemblance avec un insecte. Us ont encore étendu cette dénomination aux parties des plantes qui présentent quelque ressemblance avec des ailes; ainsi ils disent des feuilles ou des liges ailées, quand les feuilles présentent des folioles disposées sur deux rangs , ou quand
AI M 435 les feuilles sont décurrentes sur les tiges. {Voyez Feuilles et Tiges. ) B. de St. V.
AILES. {Architecture.) Ailes d'un palais, d'une maison, sont des bâtiments qui, adhérents au corps-de-logis principal, se retournent d'angle sur ses extrémités; — d'une église, se dit de ses bas côtés ; — d'un théâtre, c'est l'espace ' qui, tant à droite qu'à gauche de la scène, et dans toute sa profondeur, se trouve déterminé par la saillie des piedsdroits du proscénium sur les murs latéraux du théâtre : c'est dans cet espace que se fait le reculement des châssis et qu'a lieu la circulation des acteurs et des ouvriers de service; — de pavé, sont les deux côtés inclinés d'une chaussée , depuis le tas droit jusqu'aux bordures ou au ruisseau , s'il y a des revers.
Strabon appelle ailes les murs latéraux du pronaos des temples égyptiens. Dans les temples grecs , on appelait ailes les colonnades qui environnaient la cella. D...T.
AIMANT , magnes. ( Antiquités.) Cette pierre fameuse a été connue des anciens. Onomacrite l'appelle magnetes ( fxayvvÎT>?ç ) ; Hippocrate la désigne par cette périphrase , Môoç tov ffc'&ipov àpTraÇcr , la pierre qui attire ou/ravit le fer; Sextus Empiricus a exprimé cette phrase par ce seul mot, ac&jpaywybç ; Sophocle l'a nommée Àu&'aXt'9oç, la pierre de Lydie ; Aristote , -h Xt'Ooç , la pierre par excellence. Le premier et l'avant-dernier nom viennent du lieu où l'aimant a d'abord été découvert, de la ville de Magnésie en Lydie; si magnesia plutôt ne vient pas de j*ayvr,ç, magnes lapis , et lydia de Xffloç. Les anciens n'ont guère connu de l'aimant que la propriété d'attirefle fer. Lucrèce fait mention de la propagation de la vertu magnétique au travers des corps les plus durs. Pline dit que l'architecte Dinocrate , d'Alexandrie, avait commencé de bâtir avec des aimants la voûte d'un temple qu'un des Ptolémées faisait élever à Arsmoé, sa sœur et sa femme, afin d'y tenir suspendue en l'air la statue de cette princesse , qui devait être de fer ; mais c'est une fable mythologique. C'est par une erreur j 1