L. Séb. L. et H
AJUTAGE. {Mécanique.) Lorsqu'on veut régler la dépense d'eau d'un réservoir, on adapte à la bouche par où se fait l'écoulement un tube court, en cône tronqué , d'un diamètre déterminé par la quantité de liquide qu'on veut fournir en un temps donné : ce tube prend le nom d'ajutage. On s'en sert aussi dans les jets d'eau , pour coercer le fluide à son orifice de sortie , et ne lui laisser qu'un étroit passage par lequel on le fait jaillir. Ces deux circonstances étant l'objet de théories différentes doivent être traitées à part.
Nous donnerons , au mot Ecoulement, les lois d'hydrodynamique qui se rapportent à la vitesse d'un fluide qui s'échappe d'un orifice , et à la dépense qui en résulte.
Quant aux ajutages dont on se sert pour produire dans les jardins ces effets d'eau si agréables, la pression atmosphérique en rend la théorie difficile et douteuse : comme la résistance de l'air exerce sur la marche ascensionelle du liquide une action retardatrice très forte , l'eau ne s'élève pas à beaucoup près au niveau où elle se trouve dans le réservoir , ainsi que cela aurait lieu dans le vide ou dans un siphon. {Voyez ce mot et Fluide.) C'est à l'observation qu'il faut recourir pour déterminer la relation qui existe entre cette hauteur du réservoir, celle que le jet atteint, et enfin les dimensions de l'ajutage. Les expériences de Mariotte sont celles qui servent de base à la pratique des gens de l'art. Selon ce savant physicien , l'excès de la hauteur de l'eau dans le réservoir sur celle à laquelle le jet peut s'élever , est le carré du dixième de cette hauteur du jet, . exprimée en mètres. Ainsi un jet de 10 mètres de hauteur suppose un réservoir de 1 1 mètres d'élévation, parce que le carré de 1 ajouté à 1 o donne 1 1 : si le jet a 20 mètres , comme le carré de 2 est 4 . le réservoir a 24 mètres de hauteur.
AJU 461 Mais cette règle suppose que l'ajutage n'est pas rigoureusement vertical , car alors les gouttes d'eau en retombant sur celles qui s'élèvent en affaibliraient la vitesse , et l'ascension n'aurait plus lieu à la même hauteur. Aussi donnet-on aux ajutages une légère obliquité relativement au sol.
Quant aux dimensions des ajutages , l'expérience apprend encore qu'elles sont déterminées lorsqu'on veut que le jet s'élève le plus possible ; si le niveau du réservoir est à 52 pieds de hauteur , le tuyau doit avoir environ 3 pouces de diamètre , et l'ajutage 6 lignes d'ouverture : sans cela il y aurait perte de vitesse ascensionelle. Nous renverrons au Traité du mouvement des eaux , par Mariotte , pour de plus amples développements sur ce sujet.
Mais on n'a pas toujours pour but de beaucoup élever le jet d'eau ; la forme des ajutages donne à ces effets des dispositions très variées : les gerbes, les berceaux, les gîrandes , les bouillons, etc., produisent dans les jardins des vues singulièrement pittoresques. On trouvera dans le nouveau Dictionnaire de technologie les détails relatifs à ce sujet au mot Ajutage. '. F.
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ALABASTRITE. (Architecture.) Espèce d'albâtre , ou concrétion de nature gypseuse, d'une très grande transparence, tes anciens s'en servaient pour garnir leurs fenêtres. Néron en fit bâtir un temple dédié à la Fortune , dans lequel il ne fit point percer de fenêtres, parce que , dit-on , la lumière y pénétrait à travers les murs et par la couverture.
De nos jours , on voit encore dans le chœur de l'église de San Mimato , à Florence , quatre croisées garnies de dalles d'alabastrite qui rappellent parfaitement l'usage qu'en faisaient les anciens. D...T.
ALAMBIC. (Technologie.) Vase en cuivre étamé, ou en étain et quelquefois en verre , dont on se sert pour dis-
tiller les liquides et les substances volatiles que contiennent certains solides. {Voyez Distillation. )
Un alambic ordinaire se compose de l'assemblage de trois pièces distinctes; la chaudière ou cucurbite, le cha piteau, et le réfrigérant ou condenseur. La meilleure forme des chaudières est celle d'un cône tronqué renversé , dont les deux diamètres différent peu entre eux. La chaudière est enfermée dans un fourneau en briques jusqu'à son rebord qui repose sur le fourneau. Elle a une gorge qui en rétrécit un peu l'orifice. Sur la gorge sont placées une douille et deux anses. Elle doit être solidement clamée en dedans. ( Voyez Étamage. )
La chaudière est couverte par le chapiteau en cuivre étamé ou en étain , dont la forme est celle d'un cylindre surmonté d'une calotte sphérique , au centre de laquelle est une douille. Sur le côté du cylindre est soudé un gros tuyau, légèrement conique, qu'on nomme bec du chapiteau.
Le réfrigérant, ou condenseur , est un vase dont la forme a beaucoup varié , et qui est immergé dans l'eau froide; la partie supérieure s'ajuste avec le bec du chapiteau. La forme la plus ordinaire d'un réfrigérant est celle d'un tuyau contourné en hélice , il se nomme serpentin. L'usage de l'alambic en fera concevoir plus facilement toutes les parties.
Quelquefois la chaudière est plongée tians un autre vase qui contient de l'eau. Dans ce cas le feu n'est pas appliqué immédiatement sous la chaudière ; la chaleur lui est communiquée par l'eau bouillante au milieu de laquelle elle se trouve : le vase qui contient l'eau se nomme bain-marie.
Après avoir rempli la chaudière des liqueurs qu'on veut distiller, on la recouvre du chapiteau , dont on fait entrer le bec dans l'orifice supérieur du serpentia, et on lute exactement toutes les ouvertures. ( V oyez Lut , Lutër. ) La chaleur met bientôt le liquide en ébullition ; les vapeurs qui s'élèvent montent dans le chapiteau et passent dans le réfrigérant : là elles trouvent une atmosphère plus froide , elles
ALA 463 se condensent , et tombent en liquide , par l'orifice inférieur, dans le récipient destiné à les recevoir.
En 1801 Édouard Adour perfectionna le mode de dis* filiation des eaux-de-vie et des esprits , et changea la forme de l'appareil qui servait à cette opération importante. Il plaça entre le chapiteau et le réfrigérant une série de vases remplis de vin. Il fit traverser , par la vapeur qui sortait • de la chaudière, tout le liquide contenu dans ces vases. La seule chaudière était exposée au feu du fourneau , et toute la masse du liquide entrait en ébuilition. Au mot Distillation~nou& expliquerons la théorie de ce perfectionnement : il ne s'agit ici que de la construction des appareils.
Presque en même temps Solimani et ,Isaac Bérard , se fondant sur d'autres principes , se bornèrent à placer entre la chaudière et le réfrigérant un vase particulier, qu'ils ont appelé condensateur, immergé dans de l'eau plus ou moins chaude. La fonction de ce vase consiste à séparer , par .la différence de température , les vapeurs aqueuses des vapeurs alcooliques, en transmettant seulement ces dernières à la condensation. Par ce moyen ingénieux ils ont beaucoup hâté la distillation , et obtenu par une seule chauffe des produits plus parfaits et plus purs.
Enfin , en 181 3 , M. Cellier Blumenthal prit un brevet d'invention pour un appareil propre à opérer la distillation continue. M. Charles Derosne, aujourd'hui propriétaire de ce brevet, a beaucoup perfectionné cet appareil, dont la description exigerait trop d'espace. Nous nous bornerons à dire qu'à l'aide de cet instrument la distillation ne s'arrête jamais, et que les résidus sont évacués au fur et à mesure que de nouveau vin entre dans les diverses pièces qui le composent. Au mot Distillation nous entrerons dans tous les détails nécessaires pour faire concevoir les avantages de tous ces nouveaux appareils, en développant la théorie sur laquelle leur construction repose. L. Séb. L. et M.
ALARME. ( Art militaire. ) Voyez Alerte.
ALBANAIS. ( Géographie. ) Peuple del'Europe méridionale, qui habite la partie de la côte occidentale de la Tur ^tjie bornée au sud par le golfe de l'Aria , au nord par le Drin, à l'ouest par la mer Ionienne. C'est une portion de l'Épire et de la Macédoine , et un pays hérissé de montagnes. Ce peuple, qui se donne à lui-même le nom de Skypétar, parle une langue parliculière qui ne ressemble à aucun des idiomes en usage chez les nations voisines ; il est très vraisemblable qu'ils descendent des anciens Myriens. Parmi les peuplades de la Macédoine occidentale , Ptolémée nomme les Albanais et leur ville Albanopolis sur les rives du Scombi ; c'est Elbassan sur le Tobi ; leurs descendants y demeurent encore. Ce géographe nomme aussi les Skirtones parmi les peuples de l'Illyrie voisins de la Macédoine; or ce nom se rapproche beaucoup de Skyrtar, manière abrégée et assez usitée de prononcer Skypétar. Pline parle des Scirtari , peuple du même pays , et dit qu'il se compose de douze tribus. Sans doute les Skypétars suivirent le sort du royaume de Macédoine , et restèrent enveloppés sous la dénomination générale d'Illyriens et de Macédoniens. Leur pays finit par tomber sous la domination romaine. A l'époque du partage de la grande monarchie , il fit, ainsi que toute la Grèce, partie de l'empire d'Orient; l'Illyrie méridionale devint la province à'Epirus nova.
L'invasion des Barbares causa de grands maux à celte province : d'abord elle ne souffrit pas beaucoup de la marche des Visigoths au cinquième siècle ; les entreprises des Bulgares lui furent ensuite plus funestes. Us y fondèrent un royaume que les empereurs d'Orient renversèrent. Au milieu de ces guerres et de ces dévastations continuelles, les habitants des montagnes de l'Épire se conservèrent en corps de nation ; ils reparurent sous le nom d'Albanais vers le commencement du quatorzième siècle. L'empereur Jean Cantacuzène parle d'eux comme de montagnards libres. Ils ne tardèrent pas à se montrer des ennemis de l'empire de
lonstantinople aussi dangereux que les Bulgares l'avaient lé ; ils s'emparèrent de toutes les montagnes du côté delà lacédoine , de la Dardanie , et de toute l'Épire. Ces pays urent alors compris sous le nom général d'Albanie; cependant ils étaient partagés entre plusieurs petits princes. ]etle division facilita les progrès des Turcs, qui sur ces ntrefaites étaient entrés en Europe : ces petits souverains urent soumisles uns après les autres, et leurs troupesaugnentèrent les armées des Ottomans. Scanderbeg seul outînt pendant quelque temps son indépendance. Il n'avait |ue huit mille cavaliers et sept mille fantassins ; avec des brces si disproportionnées , il brava des armées de cent nille hommes, commandées par Amurat II et Mahomet II, faux des plus vaillants et des plus habiles guerriers qui lient régné sur les Turcs. Les prodiges de valeur de Scanlerbeg rappelaient les exploits de Pyrrhus et d'Alexandre, ses compatriotes. Les preux de la France et de l'Allemagne venaient combattre à ses côtés. Vainement Amurat l'assiégea dans Croïa sa capitale , il fut obligé de se retirer. Mahomet fit négocier avec lui une trêve. Après une lutte de vingt -trois ans il succomba . ayant inutilement attendu des secours du pape , du roi de Naples et de la république de Venise; il fut réduit à quitter ses états, et mourut à Lissus . sur le territoire vénitien.
Les Skypétars devinrent sujets des Turcs. Ceux-ci les nomment Arnaoutes, mot que l'on peut regarder comme une corruption à'Arvanité, dénomination par laquelle les Grecs les désignent. Ils forment quatre grandes familles : les Gheghes et les Mirdites , les Toxides, les lapys et les Khamides. Tous sont grands, robustes, braves jusqu'à la témérité, féroces, vindicatifs, adonnés au brigandage. Quelques uns ont un habillement dans lequel on retrouve l'ancien costume héroïque. D'autres font parade de leur saleté comme d'une marque de valeur; ils laissent pourrir sur leur corps le linge grossier et la bure dont ils *e vêtissent. Chez quelques hordes d'Albanais, les femmes i. 5o
partaient avec les hommes les dangers de la guerre. Celles qui ne sont pas flétries par l'esclavage auquel leurs maris les réduisent, et par les travaux auxquels ils les condam nent , se font remarquer par leur beauté.
Convertis de bonne heure au christianisme les Skypétars se parlagèrent ensuite entre les églises de Rome et deCon stantinople; plus tard une partie d'entre eux a embrassé l'islamisme. Divisés par la religion, ils se sont souvent fait une guerre à outrance. Les M irdites ont conservé leur liberté; ils ont contracté des capitulations avec les Turcs, et, quand ils en sont légalement requis , ils leur fournissent des troupes.
«Chaque canton libre, dit M. Pouque ville, se compose de villages indépendants, et ces hameaux de pharès ou partis qui reçoivent volontairement l'impulsion d'un ou de plusieurs chefs que chacun d'eux se choisit. U ne phara se forme à son tour d'une famille; les plus nombreuses ou les plus opulentes sont toujours les plus puissantes , en raison du nombre d'hommes qui lui appartiennent ou qu'elle peut soudoyer. Cet ordre a de l'analogie avec les turbulentes sociétés des Indiens de l'Amérique , parce que les haines tiennent toujours non seulement les pharès mais les familles, et souvent même les individus qui en font partie, dans la défiance, et à proprement parler dans un état d'hostilité permanente. Par suite de cette habitude des esprits qui les rend néces sairement inquiets et soupçonneux, il arrive que les bourgades et les villages albanais ont dans leur construction une forme particulière et distinctive des autres hameaux. Chaque maison est crénelée, ou bien percée de meurtrières masquées par un enduit extérieur, et toujours isolée hors de la portée d'une autre habitation. Les familles d'un même parti ou d'une souche commune , en s 'éloignant comme par branches collatérales du chef dont elles descendent, forment par échelons des quartiers autour d'un mamelon , ou sur un plateau escarpé , de manière à pouvoir se secourir, sans cesser d'être en garde contre les entreprises des gens