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le leur phara. Ainsi , comme à Sparte au temps des dioszures , une ville est une suite de villages habités par des individus retranchés dans leurs triâtes demeures , où ils se barricadent dès qu'il est nuit dans la crainte d'une surprise».. Celle vie, remplie de dangers , a pour e»ix des charmes incomparables; ils sont esclaves, et ils ne peuvent concevoir comment uu homme obéit à un autre... Des pharès entières ont souvent des inimitiés implacables; elles ne passent que de nuit et furtivement dans certaines rues. Chaque circonscription a ses puits, ses citernes, ses sources et son marché à part, et on se dispense d'aller à l'église ou à la mosquée pour n'y pas rencontrer un ennemi. Cet état malheureux est uniquement propre à la cité : les soins de l'agriculture et des troupeaux ne souffrent que très rarement des effets de la discorde ; car . hors des bourgs et des villages, chaque tribu vit en paix, vaque à ses occupations, et on ne se bat que dans ses foyers. Ainsi j'ai vu les moissonneurs faire tranquillement la ré coite , dans la vallée de Drynopolis, tant que le jour durait, ' et se fusiller après souper lorsqu'ils étaient rentrés en ville ; danser aux jours du bayram , chômer les panégyries , et passer des fêtes au combat , traitant la chose aussi légèrement qu'une partie de chasse ou un passe-temps. »

M. Pouqueville observe que les guerres crdiuaires de ces peuplades donnent peut-être plus qu'on ne pense la juste mesure de celles des temps héroïques. « Souvent, dit-il, le siège d'un village placé dans une position avantageuse, et ils sont presque tous bâtis dans des lieux escarpés, dure aussi long -temps que le siège de Troie. Il faut voiries héros de la Grèce moderne, embusqués sans se retrancher, se provoquer, s'insulter, attendre qu'un homme se présente pour tirer, et s'enfuir quand ils ont du pire. Pour bien comprendre les combats décrits dans l'Iliade, il faut surtout entendre chacun se vanter après une action, assister aux festins où l'on mange les agneaux volés, qui sont rôtis en plein air, pour jouir des scènes que la poésie a si

brillamment parées de la richesse de ses couleurs. Rien n'a changé à cet égard sur la terre des demi-dieux et des héros; et si on labourait les champs d'Iliuni tandis que les Grecs assiégeaient la capitale de Priam, si les Troyensde leur côté vendangeaient sur les coteaux du mont Ida pendant le blocus, il arrive souvent aux Albanais de lev.erun siège à la veille du succès pour aller ensemencer leur* terres, faucher leurs prés, ou bien chercher dans leurs familles les provisions qui leur manquent. »

Les vols et les larcins sont traités avec indulgence par un peuple chez qui le brigandage est considéré comme une partie de l'industrie nationale. Le vol public est regardé comme un essai de la bravoure. Lorsqu'on est heureux, c'est un moyen de parvenir aux premières dignités de l'empire, si à ce titre on joint celui de musulman.

Les Skypétars qui habitent le long de la côte portent au loin leurs regards pour découvrir des vaisseaux et se mettre à leur poursuite : quelques uns. trompent par des feux les navires qu'ils aperçoivent , afin de les attirer au milieu des écueils ; et , au signal du naufrage qu'ils ont provoqué par leurs artifices, ils fondent sur le bâtiment échoué, enchaînent les malheureux que la tempête a épargnés, et pillent la cargaison. -

Les femmes des Skypétars fabriquent avec le poil de chèvre une sorte de bure épaisse qui sert, comme dans l'antiquité, au vêtement des matelots, des soldais et des paysans ; elles tissent aussi des toiles de coton pour les besoins du ménage : c'est à ces travaux et à quelques tricots que se borne l'industrie de ce peuple.

Les Skypétars se sont, à différentes époques, établis dans diverses parties de la Grèce et ailleurs. Sous le règne de Scanderbeg une colonie se fixa dans la Pouille , province du royaume de Naples. Après la mort de ce chef l'émigration augmenta. En 1800 Us occupaient dans ce pays cinquante-neuf villages.

Ils ont fourni des soldats à plusieurs puissances chré-

ALB 46<J iennes. On vit des Albanais parmi les troupes auxiliaires ui servaient en France sous les drapeaux de Henri IV. iharles III , étant roi de Naples, avait un régiment royallacédonien qui était composé d'Albanais. Les Skypétars lahométans ne s'expatrient que pour servir les Turcs.

Leurs colonies, répandues dans la Morée et dans les congés voisines, ont vivifié ces terres long-temps vouées à la ésolation. Les Albanais forment le fond de la population cslIes'd'Hydra et de la Spezzia,qui font depuis long- temps n commerce très étendu dans la Méditerranée , et dont s flottes bravent aujourd'hui les armées navales des 'Itomans. Ainsi une partie des Hellènes qui cherchent

conquérir leur existence sociale est composée d'Albaais.

Les Skypétars mahométans, restés sur leurs rivages rolilleux, commencent aussi à quitter le métier de pirate Dur se livrer au commerce; mais, inquiets et soupçoneux, ils n'abordent qu'avec une certaine crainte les terres e la chrétienté. '

Les anciens connaissaient au pied du Caucase , le long 2 la mer Caspienne, des Albaniens dont on a prétendu Je ceux de l'Illyrift descendaient; aucun monument ne le ouve , et les écrivains qui ont soutenu cette hypothèse it été réduits à dire que les Albani du Caucase étaient îdus en IUyrie de temps immémorial. Or ce qui s'est issé alors n'étant plus du ressort de l'histoire ne peut re admis par la saine critique. L'Albanie du Caucase ré- >ndait au Chirvan et au Daghesten. Les portes Albaniennes ilbaniœ pylœ) , un des défilés de ces monts, par lesquelles 1 peut pénétrer d'Asie en Europe, ou réciproquement, nt à Derbend , où la montagne avance jusque sur le bord > la mer Caspienne. Une rivière coulait vers cette mer : n nom actuel de Bilbana ne diffère pas beaucoup de •ui d'Atbana qu'elle portait jadis. La ville d'Albana était uée ù son embouchure. Quelques savants ont pensé que * Albani d'Asie pouvaient avoir une origine euro-

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péenne, tout aussi-bien que les Albani d'Europe une origine asiatique.

Même avant les Romains, le nom A'Albania désignait la partie montagneuse du nord de l'Ecosse; il ne diffère pa> beaucoup A' Albin, qui est celui dont les habitants faisaient usage. On peut croire qu'il était connu par Pythéas , qui l'avait appris dans ses voyages aux contrées du nord d< l'Europe.

Mannert. Géographie der Griechen und Rœmtr. PÎOmberg, 1789, etc., 9 vol. in-8*.

Pouqueville. Voyage dans ta Grèce, Paris, 18a 1 , 5 vol. in-8°. Ptolémée, Strabon , Étienne de Byzance , d'AnviJle. Géographie an cienne.

Ortelius. Thésaurus geographicus. E...S.

ALBATRE. ( Histoire naturelle. ) Nom donné com millième nt , suivant la nomenclature du célèbre Haiïy, à la chaux sulfatée compacte, appelée aussi albâtre gypseux. Cette variété de chaux se trouve en masses considé rables dans les terrains primitifs , tels que ceux auxquels appartient la chaîne des Alpes ; cependant on la rencontre communément dans les terrains calcaires de troisième formation : les carrières de Lagny en fournissent une belle variété; elle est translucide, d'un grain fin et serré , et susceptible de recevoir un beau poli. Cette substance, très tendre, étincelle quelquefois sous le briquet, ce qui est dû alors à la présence de quelques parties de silice. Cet albâtre, dont la blancheur éclatante a passé en proverbe, est employé en Italie à divers objets d'art et d'ornement: on l'exploite en Toscane, et c'est à Florence que, sous h ciseau du statuaire , il prend les formes les plus variées ef les plus élégantes.

Le nom d'albâtre appartient principalement à une chaux carbonatée concrètiounée ou albâtre calcaire, auquel or donne l'épilhète d'oriental lorsque ses couleurs sont vivesei brillantes. Il est légèrement translucide sur ses bords. Il diffère autant du précédent par ses caractères extérieurs que

»ar sa composition chimique. Le premier est composé de >2 parties de chaux, de 46 d'acide sulfurique, et de 22 d eau; b second donne à l'analyse 55 parties de chaux , 34 d'aide carbonique , et 1 1 d'eau.

Sa formation est due aux suintements d'une eau qui, après ivoir traversé la chaux carbonatée et en avoir dissous quelles parties, arrive à une cavité où elle se dépose par touches successives dont la disposition forme des bandes jauïâlres, rouges ou brunes, diversement nuancées. Souvent ;es bandes sont 'disposées parallèlement en lignes droites in peu ondulées, comme dans la chaux carbonatée strati- ?orme de Montmartre et de Pantin; d'autres fois, comme à \ntiparos, l'albâtre se forme en tuyaux cylindriques appelés ttalactites, dont la section perpendiculaire à leur axe présente des zones concentriques. La surabondance de cette ;haux, dissoute par l'eau de cristallisation, tombe de ces stalactites sur la paroi inférieure de la cavité qu'elles garnissent, et se dispose de bas en haut en concrétions qui reçoivent le nom de stalagmites. Celles-ci présentent la réunion d'un grand nombre de tubercules , qui , sciés transversalement , offrent les veines le plus richement nuancées : on en fait des coupes et des vases quelquefois d'une grande dimension. ' #

L'albâtre calcaire se rencontre dans les terrains primitifs, comme dans ceux de secondeeï de troisième formation. ( Voyez Chaux. ) Les montagnes calcaires situées à l'occident de la mer Rouge en fournissent une belle variété.

On voit dans plusieurs contrées des grottes dont les concrétions d'albâtre éprouvent des changements journaliers par leur accroissement continuel ; ce qui avait fait croire à Tournefort que les minéraux subissaient une véritable végétation. Cette opinion erronée a trouvé dos partisans parmi les gens du monde ; il en est encore beaucoup qui croient que les pierres croissent dans le sein de la terre. J. H.

ALBATRE. ( Technologie.) La finesse du grain de cette pierre, ('.homogénéité de sa pâte, le beau et doux poli

472 ALB qu'elle reçoit, sa demi-transparence, sont des qualités qui la rendent très précieufe pour la sculpture et pour la la brication de toutes sortes de vases d'ornement. Sous le ciseau du sculpteur, l'albâtre a pris mille formes variées et agréables qui n'ont pas peu contribué à en répandre le goût dans la plupart des pays.

L'albâtre se forme naturellement dans certaines fontaines qui donnent un dépôt d'un blanc jaunâtre. La plus célèbre dans ce genre est celle des bains Saint-Philippe en Toscane. L'eau de cette source, presque bouillante, coule sur une masse énorme de stalactites qu'elle a formée, et l'albâtre paraît y être tenu en dissolution par du gaz hydrogène sulfuré , qui se dégage dès que l'eau a le contact de l'air. On a tiré parti de celte propriété d'abord pour faire des bas-reliefs, qui sont d'un très beau blanc et d'une assez grande dureté. On se sert de moules de soufre, qu'on place très obliquement contre les parois de plusieurs cuves de bois ouvertes par les deux fonds : ces cuves sont sur montées à leur ouverture supérieure d'une croix de bois assez large. L'eau de la source , après avoir déposé hors de l'atelier du moulage le sédiment le plus grossier, esl amenée au-dessus des croix de bois : elle s'y divise en tombant , et dépose dans les moules un sédiment calcaire d'au tant plus fin que la position de ces moules approche da vantage de la verticale. Il faut d'un à quatre mois pour terminer ces bas- reliefs, selon l'épaisseur qu'on leur donne. Par des procédés analogues , on est parvenu à mouler des vases , des figures , et autres objets en relief de toutes formes, qu'on n'a plus ensuite qu'à réparer et à polir lors qu'on les a sortis des moules. L. Séb. L. et M.

ALBATROS. ( Histoire naturelle. ) Il est peu de relations de voyages de long cours où l'on ne trouve le nom de cet oiseau , désigné vulgairement par les matelots sous le nom de mouton du Cap, que lui valurent sa taille et sa couleur. L'albatros est le plus gros des oiseaux de mer; et malgré son volume , qui semblerait devoir le con-

ALB 473 damner à ne pas quitter la surface des eaux , où ses pieds palmés lui facilitent les moyens de nager comme les canards , l'albatros est encore l'un des oiseaux qui volent le mieux et le plus long temps. C'est vers le tropique méridional, et surtout lorsqu'on double lemidide l'Afrique, que les marins commencent à en rencontrer l'espèce la plus coin- > m une ; espèce à laquelle Linné imposa le nom de diamedea eoculans. Ce grand naturaliste , qui fit un usage si heureux de la nomenclature des héros d'Homère et de tous les personnages de la mythologie, voulut faire allusion par ce choix à la métamorphose des compagnons de Diomède ; en effet l'on a vu souvent des albatros , fatigués d'un trajet de quatre cents lieues , se posant en grande quantité sur les agrès d'un vajsseau , y rappeler ces guerriers grecs que l'imagination brillante du poète fit sortir de leur flotte pour venger une divinité irritée, et qui furent métamorphosés en oiseaux.

L'albatros qu'on trouve au cap de Bonne-Espérance a le corps très gros > le bec très fort , le dos couvert de plumes roussâtres, et les parties inférieures, qu'il présente pendant son vol, d'un blanc assez pur; ses ailes ont plus de quatre pieds d'ouverture d'une pointe à l'autre : l'animal ne craint pas , avec leur secours , de s'éloigner du rivage à d'énormes distances. Il est fort vorace et enlève les poissons volants au moment où, quittant la vague dans l'épaisseur de laquelle un autre ennemi les poursuivait, ils croyaient échapper à la mort par les routes de l'air. L'albatros n'attend quelquefois pas que sa victime soit exondée , il la saisit dans l'eau , quand il ne préfère pas s'emparer de la dorade ou du scombre qui poursuit une proie trop chétive.

Nous avons vu des albatros posés sur l'eau , non comme y sont ordinairement les oiseaux aquatiques avec les parties inférieures et les pattes plongées , mais leurs larges pieds ouverts , étendus a la surface des vagues comme ceux de tout autre palmipède le sont sur l'arène du rivage quand ils s'y arrêtent; dans cette position , l'albatros

peut reprendre aisément son vol , ce qu'il fait en étendant peu à peu ses ailes et en les agitant quelque temps pour prendre l'air nécessaire à son ascension sans mouiller ses rémiges.

La chair de l'albatros est dure et son goût est désagréable, cependant elle a quelquefois été d'un grand secours à des marins, qui, après de longues privations, préféraient la chair fraîche aux viandes salées , dont on se fatigue sitôt dans une traversée. L'albatros vient pondre sur les côtes désertes et s'y construit en argile de grands nids fort élevés , où la femelle dépose une plus grande quantité d'œufs que n'en pondent ordinairement les grands oiseaux. On connaît deux autres espèces de ces oiseaux , dont l'une est des mers de la Chine. B. de St.-V.

ALBIGEOIS. (Religion.) On comprenait sous ce nom en France, au treizième siècle, tous ceux qui, prêchant la liberté de conscience, s'écartaient des canons de réélise et refusaient de reconnaître l'autorité des papes en matière de foi. Ce mot n'avait jamais été pris auparavant dans cette signification, qui d'ailleurs resta toujours vague, parce qu'il désignait non -seulement des hérétiques de sectes très différentes , mais encore ceux qui ne faisaient que favoriser leurs progrès , ou qui en prirent la ijéfense quand on leur fit une guerre ouverte.

Tout le monde connaît la dissolution des mœurs et h dépravation qui, depuis la fin du dixième siècle, s'étaient assez généralement répandues tant parmi le peuple et ses insolents barons que parmi le clergé ; on sait encore que les évêques et les abbés songeaient alors bien plus auX jouissances de toute espèce, et aux moyens d'en faire les frais , qu'au salut des fidèles et à leurs devoirs pontificaux. Il est impossible de nier ce malheureux état; et les épîtres du célèbre Grégoire VII seraient là pour convaincre les incrédules de cette vérité. Mais dans ces temps de détresse et de scandale , on vil paraître plusieurs hommes distingués qui , indignés des désordres qui souillai

ALB 475 l'église , firent tous leurs efforts pour l'en retirer et la ramener vers la simplicité et l'austérité des premiers siècles. Dans la France méridionale, Pierre de Bruys et Henri de Ijxxisanne s'élevèrent contre le baptême des enfants , le sacrifice de la messe , l'adoration de la croix et l'efficace des bonnes œuvres; Amoud de Bresice y attaqua la hiérarchie des prêtres , et s'efforça de ramener dans l'église le régime presbylérial ou républicain ; les Patarins et les Cathares signalèrent de nouveaux abus , et augmentèrent le nombre toujours croissant des hérétiques , connus alors sous les noms de Pétrobusiens* de Henriciens , etc.

La Gascogne, le Languedoc, et surtout le comté d'Albi, étaient le siège principal de ces réformateurs : c'est ce dernier pays qui, dans la suite, fit donner à tous les sectaires indistinctement le nom général d' Albigeois s quoique ces sectes religieuses n'aient point eu entre elles unité de croyance. Divisés sur plusieurs points de leur profession de foi , ils étaient d'accord dans le désir d'une réforination de l'église , de l'épuration des mœurs , et dans la ferme conviction que la parole divine écrite peut seule faire autorité en matière de religion. Ces hommes courageux furent partout expulsés , partout condamnés , mais jamais réfutés : toutefois leur zèle ne se refroidit point ; ils employèrent tous leurs efforts à dessiller les yeux de leurs concitoyens , à leur faire apercevoir leur malheureuse situation et leurs vrais besoins, et à les faire revenir de leur attachement superstitieux et débonnaire pour les moines. Plusieurs d'entre eux, surtout leurs chefs, expièrent leur audace au milieu des flammes. Mais les sectes se multiplièrent en raison directe des persécutions qu'on leur faisait éprouver.

Pierre de Vaud (Pelrus Valdus) attaqua avec une nouvelle force les abus de l'église dominante, vers l'an 1 1 70. C'était un honnête négociant de Lyon, qui, frappé par la mort inopinée d'un de ses amis, se concentra en lui même, et médita sur les voies inconcevables de la providence. Ses

reflexions le portèrent insensiblement plus loin, et une bible latine qu'il trouva acheva de former sa conviction sur la doctrine catholique romaine. Il s'entoura d'un petit nombre d'auditeurs, mit entre leurs mains une traduction du nouveau Testament, des Psaumes et de plusieurs chapitres tirés des ouvrages des Pères de l'église, et commença à leur en expliquer le texte et à en interpréter le sens. Sa réputation s'agrandit; un grand nombre de Lyonnais demandèrent à être admis à ses instructions, et plusieurs de ses disciples allèrent publier au loin sa nouvelle doctrine, qui alors faisait le sujet de toutes les conversations, et en faveur de laquelle la majorité de la nation semblait disposée. I Les principaux points de cette doctrine étaient les suivants: « Les décisions de l'église , en matière de foi, sont de nulle autorité; la Bible seule peut décider. Le sacrifice de la I messe, l'adoration des saints, le trafic des indulgences, ne peuvent être tolérés. Le chrétien doit être pauvre , car les biens de ce monde l'éloignent de l'amour de son Dieu. Les cérémonies sont inutiles , ne font qu'embrouiller le culte, et les prêtres ne sauraient avoir le privilège d'administrer les sacrements. » Quelque opinion que l'on se soit formée de ces doctrines , on a de tout temps été forcé de convenir de la pureté, de la simplicité et de l'austérité de mœurs qui caractérisaient les Vaudois; on a rendu à leur moralité et à leur conduite politique une éclatante justice: d'ailleurs ils pensaient que tout ce dont ils demandaient la réforme n'appartenait point au christianisme primitif, n'en faisait pas une partie intégrante et nécessaire , mais s'y était glissé dans la suite des temps.

Le clergé poussa de grands cris; car ils ne s'étaient point bornés à réformer la doctrine , ils menaçaient ses intérêts les plus chers, et s'en firent ainsi on ennemi irréconciliable. Ils furent condamnés comme hérétiques > persécutés sur tous les points du pays ; et les rois de France et d'Angleterre étaient même disposés à les exterminer par le fer et le feu , quand on jugea préférable de créer cette

ALB, 477 horrible inquisition dont le coup j}'essai fut le carnage de ces malheureux. Les hérétiques se dispersèrent, et portèrent leurs doctrines sur d'autres points du royaume , que les persécutions à la fin les forcèrent de quitter \ Ils fondèrent presque aussitôt à Metz et à Strasbourg des établissements considérables , malgré les bûchers qui les attendaient, et reparurent immédiatement dans le Languedoc, où la ville de Toulouse devint leur siège principal.

Roger, comte d'AIbi , et Raymond VI, comte de Toulouse, étaient accusés de les favoriser , et furent soumis à des expiations humiliantes; mais le désir de s'emparer de leur beau pays contribua bientôt à faire éclater la guerre qu'on leur déclara sous le prétexte de la religion. Innocent III fit prêcher une croisade contre les Albigeois; Simon de Montfort et les légats Arnaud de Cîteaux et Milon la commandaient. Elle commença en 1 209. La ville de Béziers fut prise; environ soixante mille de ses habitants furent livrés au fer et aux flammes; les plus belles contrées de la France furent horriblement ravagées, et l'on disposa à volonté du patrimoine des malheureux comtes. Les indulgences que le pape accordait à pleines mains multipliaient continuellement le nombre des croisés; et les Albigeois, après une défense vigoureuse, durent enfin succomber. La paix fut conclue en 1229; l'inquisition se chargea d'achever la conversion de ces malheureux, d'extirper l'hérésie dans ses racines, et leur pays se couvrit de nouveaux bûchers. Cette affreuse oppression les força encore une fois à chercher un asile dans la Lombardie et le Piémont , au milieu des paisibles vallées des Alpes , qui cependant ne suffirent pas pour les garantir des nouvelles horreurs que leur préparèrent, de l'aveu d'Innocent VIII, Albert de Capitaneis et Hugues des Marais. Toutes ces persécutions cependant ne servirent qu'à invétérer leur haine contre l'église dominante et à retremper leur courage; ils subsistèrent sous le nom d'Eglise française jusqu'au temps de la réformation. {Voyez

* Pierre de Vaud paraît avoir terminé ses jours dans la Bohême.

à l'article Huguenots la^uite des progrès de l'hérésie en France. ) J. H. S.

ALBINOS. ( Histoire naturelle. ) Ce nom nous est venu des Espagnols, qui l'appliquèrent à des hommes , variété monstrueuse de l'espèce nègre. La peau de l'albinos est d'un blanc mat, ses poils blancs et cotonneux, avec la pupille rose , qui ne peut supporter l'éclat du jour. De tels malheureux, disgraciés de la nature, ordinairement à demi-imbéciles, excitant le mépris parmi les peuplades chez lesquelles ils naissent , sont aussi nommés bedos , chacrelacs , et dondos. Leur couleur blanche et sans incarnat , ou plutôt leur absence de couleur, est le résultat d'une existence maladive , qui peut se transmettre de génération en génération, soit en totalité, soit en partie. Nous avons vu dans Plie 4e Mascareigne une négresse cafre produire un métis qu'elle avait eu d'un albinos venu de Madagascar; et ce métis , chez lequel la teinte noire dominait , avait sur le corps des places entières où la peau était semblable à celle du père ; ses cheveux étaient comme mélangés de laine noire et de coton blanc , sa pupille était sensiblement rose et sa vue faible.

Parmi les animaux il se trouve des albinos ; tels sont les lapins blancs, les souris blanches, des corbeaux, des merles, et des races de pigeons. 11 en est chez lesquels cet état n'est pas permanent , et qui, devenant blancs pendant l'hiver, reprennent leur couleur spécifique avec toute leur vigueur dans la saison des amours. {Voyez Homme.) B. de St.-V.

ALBUM. (Antiquités.) On donnait ce nom à un mur blanchi qui servait d'affiche. Le côté extérieur de la ville de Pompeï était blanchi pour cet objet, et Ton voit encore sur l'enduit des inscriptions tracées avec une couleur rouge. De là album decurionum , tableau des décurions , muraille blanchie sur laquelle les décurions ainsi que les membres du sénat faisaient écrire leurs noms; album prœtoris, tahleau du préteur, sur lequel on publiait in albo les ordonnances du préleur avant qu'on prononçât un ju-

gemcnt légal; album judicum, tableau des juges tirés des centuries qui devaient siéger à certaines époques; album senatorum, tableau des sénateurs qui se renouvelait chaque année , et qui était placé dans la curie : c'est Auguste qui l'établit. E. J.

ALBUM. On donne ce nom à un cahier ou à un livre dont toutes les pages blanches sont destinées à recevoir ce qu'on y voudra tracer, prose ou vers , musique ou dessin.

Un album rempli est la collection la plus incohérente qu'on puisse imaginer; formé sous l'influence du hasard, c'est un véritable pot -pourri, c'est un livre sans queue ni tête. •

Quelle est l'origine des album? La même , je crois, que celle des journaux de voyage. Quelques voyageurs ayant invité les personnes avec lesquelles ils avaient eu des rapports dans les villes où ils s'étaient arrêtés à laisser sur leur journal quelques traces de leur talent en signe de leur souvenir, cela passa en usage; et, la plupart du temps, ce journal de voyage nesfut plus qu'un livret exclusivement destiné à recevoir ce que les étrangers y voudraient bien consigner. Tel est Valbum proprement dît.

Des personnes très sédentaires, les dames surtout, adoptèrent bientôt cet usage , qui fut importé d'Allemagne en France vers le commencement de ce siècle. Pas une dame qui n'ait un alb um. Une femme à la mode ne se donne pas de repos qu'elle n'ait mis à contribution le peintre , le poëte , le musicien elle prédicateur en vogue pour remplir son album.

Méfiez-vous en général de la prose et des vers d'un album : les trois quarts ne sont , sous ce rapport , qu'un livre d'office spécialement composé pour la sainte dont le nom est en tête. Mais dans ce livre d'office, comme dans les autres, on trouve parfois de belles images. Nos premiers artistes, en essayant leurs crayons dans plusieurs album, leur ont donné une valeur bien supérieure à celle de tout autre livre.

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L'album qui contient des vers de Parny, de Ducis ou de Chénier, écrits par eux-mêmes, est sans doute une chose curieuse; mais l'album qui contient un dessin de Gérard, d'Horace Vernet, ou une .fleur de Redouté, est surtout une chose précieuse.

Le livre qui doit recevoir tant de richesses est ordinairement fabriqué avec une recherche particulière : la reliure d'un album ne saurait être trop magnifique. Le maroquin et le tabis sont prodigués pour sa confection. Les pierres fines, les perles, la turquoise, brillent souvent dans l'or des agrafes qui le ferment , et dans celui qui protège les angles de sa couverture. Les album les plus riches ne sont cependant pas toujours les plus estimés : leur magnificence , comme celle de certains habits, ne revêt quelquefois qu'un corps sans esprit ou sans âme.

Le nom d'album se donne aussi à l'une des colonnes d'un registre où l'on recueille le bien ou le mal relatif à un individu. La colonne du bien se nomme album, par opposition à celle du mal , qui se nomme nigrum. C'était dans ces formes-là qu'en 1796 un libelliste célèbre avait établi une balance publique des réputations.

Un pareil registre , tenu avec franchise , ne serait pas sans utilité pour l'historien. C'est ce que sentait cet homme d'esprit qui disait que , pour bien apprécier la révolution , il faudrait lui ouvrir un compte en parties doubles.

ALBUMINE. (Chimie») Cette substance se rencontre dans un grand nombre de matières animales ; elle forme presque en entier le blanc de l'œuf et le sérum du sang. A l'état liquide , elle est toujours mêlée avec des sels dont il est impossible de la dégager sans l'altérer; elle est alors transparente , insipide , inodore , plus ou moins visqueuse , et mousse par l'agitation. Presque tous les acides sont capables de former avec elle des composés blancs et insolubles. Ces composés sont détruits, et l'albumine redevient liquide par la présence d'un alcali , si toutefois il ne s'est

ALC 48i >as dégagé beaucoup de chaleur pendant la combinaison le l'acide avec l'albumine. Tous les sels métalliques la précipitent aussi de sa dissolution aqueuse; le sublimé corroif est surtout un excellent réactif pour déterminer sa préence dans un liquide. Le tarinin la précipite en flocons ibondants. La chaleur vers 74°, et l'alcohol , la font coaguler en une masse dure, opaque et blanche; on ne peut expliquer ce résultat qu'en admettant un changement dans a combinaison des éléments de l'albumine , ou un arrangement différent de ses parties intégrantes. Une fois coa- ;ulée , elle ne peut plus se dissoudre dans- l'eau.

L'albumine sert à clarifier les liquides , et à faire des cinents. Elle est composée d'oxygène, d'hydrogène, d'azote, it de carbone.

On rencontre dans la pomme de terre, et dans les amanles des fruits à noyaux, une substance analogue qui a la propriété de se coaguler par la chaleur et par l'alcohol ; cependant elle n'est pas identique à l'albumine animale. S.

ALCALI ou ALKALI. (Chimie.) De al-kali, nom arabe de la plante d'où l'on retirait anciennement la soude. On l'avait appliqué d'abord à la soude elle-même , et par suite à lapotasseet à l'ammoniaque, qui offraient des propriétés analogues. Les alcalis avaient pour caractère d'être acres et caustiques , de verdir les infusions bleues des végétaux , d'être fusibles , de se dissoudre dans l'eau , et d'avoir une grande affinité pour les acides. Dans cette classe de corps vinrent se ranger successivement la chaux , la baryte , la strontiane , la lithine , et les bases salifiables tirées des végétaux. Enfin on a désigné par le mot alcalinité l'ensemble des propriétés par lesquelles les bases salifiables se distinguent des acides; alcalinité dans ce sens est l'opposé du mot acidité, qui exprime de même la somme des propriétés caractéristiques des acides. ( Voyez Acide , et chacun des alcalis en particulier.) S.

ALCALI. (Technologie.) Les alcalis sont employés dans plusieurs manufactures importantes, dans les verreries, 1. 3i

dans les savonneries, dans les ateliers de blanchiment, dans la fabrication de l'alun, etc. ; et leur consommation s'est ac crue depuis quelques années d'une manière prodigieuse, par la facilité qu'on a eue de se procurer des soudes artificielles à très bas prix. Nous ne décrirons pas ici les procédés de fabrication des alcalis qui varient pour chacun d'eux , et qu'on trouvera aux mots Potassb , Soude, Ammoniaque; mais nous indiquerons les moyens que l'on emploie pour reconnaître leur degré de pureté, et par suite leur valeur relative.

Les alcalis du commerce se trouvent toujours mélangés avec une grande quantité de matières étrangères qui n'ont aucune valeur, et qui rendent l'acheteur très incertain sur l'évaluation de cette marchandise. Pendant long-temps on n'a jugé du degré de force des alcalis que par leurs caractères physiques extérieurs, ou par l'impression qu'ils faisaient sur la langue , ou même par Vembarillage particulier à certaines potasses ou soudes étrangères. Ces signes étaient très équivoques, et ne suffisaient pas pour prévenir la fraude. M. Vauquelin eut le premier l'idée de mesurer le degré d'alcalinité par la quantité plus ou moins grande d'acide qui se trouverait nécessaire à la saturation de chaque qualité d'alcali. M. Descroisilles a réalisé l'idée de ce savant chimiste par un procédé pratique que tous les fabricants peuvent exécuter, à l'aide d'un instrument qu'il a nommé alcalimètre. ( Voyez ce mot. ) M. Descroisilles a rendu ainsi un service bien important à la classe manu facturière, en faisant cesser pour toujours une dangereuse incertitude , qui embarrassait les transactions commerciales , et nuisait aux opérations industrielles.

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