‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 59 sur 62 · L. Séb. L. et M · texte numérisé non relu

L. Séb. L. et M

ALIMENTS, (législation.) On désigne sous ce nom tout ce qui est nécessaire à la vie , la nourriture , le vêtement et le logement.

L'obligation de fournir aux besoins de ceux qui lui doivent l'existence est imposée par la nature à l'homme comme à tous les animaux.

La loi divine a dû aller plus loin à cet égard que la loi naturelle; non seulement elle ordonne de fournir aux besoins de ses enfants , de son époux, ou des auteurs de ses jours, mais, considérant le genre humain comme une seule famille, elle prescrit de donner des aliments à tous ceux qui sont dans le besoin.

Des peuples de l'antiquité ont consacré à cet égard des dispositions pleines de sagesse. On trouve dans le Recueil de Pratcius (édition de Lyon, i55o,, in-8°, p. 5o. 5i et suivantes ) plusieurs sages règlements de la législation grecque sur cette matière importante. — '

Plusieurs lois romaines avaient consacré l'obligation entre proches parents de se fournir des aliments ; et cette obligation était même plus étendue qu'elle ne l'a jamais été ! d'après la législation française.

D'après notre code civil, les père et mère doivent nourrir, entretenir et élever leurs enfants naturels ou adoptifs. ( Voyez Adoption. ) A leur tour ces derniers sont tenus de fournir des aliments à leurs père et mère et autres ascendants , lorsqu'ils sont dans le besoin. La même obligation est imposée aux époux entre eux. À l'égard des gendres et belles-filles , le code les oblige aussi à four-

ALI 5s7 nir des aliments à leurs beau-père et belle-mère , à moins que la belle-mère n'ait convolé à de secondes noces , ou que l'époux qui produisait l'affinité ne soit décédé , ainsi que les enfants issus du mariage.

Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame avec la fortune de celui qui les doit; aussi l'obligation de fournir des aliments peutelle cesser lorsque l'une des parties n'en a plus besoin , ou que l'autre est hors d'état de les fournir. Presque toujours celui qui doit des aliments est condamné à payer à celui qui les réclame une pension suffisante pour fournir à ses besoins; mais les tribunaux sont autorisés, dans certains cas, à ordonner que la partie qui doit des aliments recevra dans sa demeure , nourrira et entretiendra la partie qui est fondée à les réclamer.

L'adoption étant une fiction légale. de la paternité, l'obligation de se fournir des aliments est consacrée par l'article 549 du code entre l'adopté et le père adoptif. C...«.

ALIQUOTE. {Mathématiques.) Lorsqu'on a remarqué qu'un nombre en divise exactement un autre, on dit qu'il en est partie aliquote : ainsi 2, 5, 4» 6 s°nt des aliquoles de 1 2 , parce que ces nombres divisent 1 2 sans reste. Nous donnerons au mot Facteur les règles qu'on suit pour trouver toutes les parties aliquotes d'un nombre donné quelconque. F.

ALIQUOTES. (Musique.) En musique, Ton entend par parties aliquotes les sous -secondaires qu'un corps sonore mis en vibration fait entendre en même temps que le son principal. Quand on frappe ou pince un corps sonore , si l'on y prêle attention , on entend vibrer plusieurs sons; mais celui qui frappe le plus l'oreille après le son principal, c'est la douzième et ensuite la dix-septième. Ces deux sons, rapprochés de la tonique ou son principal, donnent la quinte et la tierce; et comme le son de cette quinte ou douzième domine sur tous les sons secondaires on !a nomme dominante. ( Voyez Accord.) B...n.

ALLAITEMENT. {Histoire naturelle.) Action pariaquelle les femelles des mammifères donnent à leurs petit* une nourriture appropriée aux premiers besoins de ceux-ci. L'allaitement , étant commun à tous les animaux à sang chaud munis de mamelles, est un caractère important, par lequel l'immortel Linné fut averti que les baleines et autres cétacés (voyez ce mot) n'étaient point des poissons, encore que la forme extérieure de ces colosses et l'élément qu'ils habitent les eussent fait confondre avec eux par l'ignorante antiquité. Les cétacés, qui sont munis de mains que le vulgaire prend pour des nageoires , allaitent leurs petits au milieu des mers en les tenant embrassés contre leur sein. Il en est a peu près de même de la femelle de l'homme et de celle du singe , qui , portant les mamelles sur la poitrine, sont aussi dans l'usage de porter leurs petits dans leurs bras pour les élever jusqu'aux réservoirs dans lesquels ils doivent puiser la vie. Les autres mammifères ayant leurs mamelles autrement disposées, leurs petits sont, dès leur naissance , poussés par un instinct qui les leur fait chercher. Les sarigues et les kanguroos offrent une particularité très remarquable : peu de temps après la conception , le fœtus sort du corps de sa mère, encore informe et à peine visible; il passe dans une sorte de poche que celle-ci porte sous le le ventre, et qui est garnie de mamelons sur sa surface intérieure; rendu dfmscet asile, il y embrasse avec sa langue l'un de ces mamelons , qu'il n'abandonne plus tant qu'il n'est pas entièrement formé ; on prétend même qu'il s'y réfugie encore durant quelque temps, lors même que, devenu un animal parfait, il peut courir autour de celle qui lui donna l'être.

Quelque temps avant l'accouchement, la nature se prépare à fournir les moyens de subvenir aux besoins du nouvel individu : les mamelles de la mère se distendent, les fluides y a (Huent ; il se fait un commencement de sécrétion, d'abord limpide, et qui devient peu à peu du lait. Le mammifère trouve. ainsi dès sa naissance uu aliment appro-

ALL 529 >rié aux forces de son estomac. La durée de l'allaitement aric selon chaque espèce; il est, en général, en raison de accroissement comme de la durée delà vie et de la gestaion , et sous ce rapport l'allaitement chez la femelle de 'homme est des plus longs. {Voyez Génération.)

B. de St.-V.

ALLAITEMENT. {Médecine.) L'enfant naissant ne peut mcore se nourrir que d'aliments liquides , et la nature a >réparé pour lui dans le sein maternel une nourriture m'aucune autre substance ne saurait alors convenablement remplacer.

L'allaitement maternel, lorsqu'il est possible, est le plus salutaire soit pour l'enfant , soit pour la mère elle-même. Cet allaitement présente surtout le grand avantage que, les qualités du lait se trouvent en rapport avec les forces assiaiilatrices de l'enfant. Le premier lait qui est sécrélé , connu sous le nom de colostrum, est éminemment séreux; il possède une propriété légèrement laxative qui favorise l'expulsion du méconiam. A mesure que les organes digestifs de l'enfant acquièrent une plus grande énergie, le lait devient de plus en plus consistant et nutritif.

Les femmes qui ne nourrissent pas sont exposées plus que les autres à voir leurs seins s'enflammer et s'abeéder ; la glande mammaire , le tissu cellulaire ou les ganglions lymphatiques qui l'entourent, deviennent le siège d'engorgements qui sont souvent le germe funeste d'affections cancéreuses. En outre, la sécrétion du lait ne peut pas être brusquement interrompue avant le terme assigné par la nature, sans que d'autres organes ne soient menacés de devenir le siège du travail qui devait s'opérer dans les mamelles : de là la fréquence plus grande des métrites, des péritonites, chez les femmes qui ne nourrissent pas; de là une foule de maladies que le vulgaire regarde à tort comme l'effet du lait répandu. Ce n'est pas sans raison qu'on a conseillé aux femmes prédisposées à la phthisie pulmonaire de donner à téter à leurs enfants pendant les quinze ou vingt

55o ALL I

premiers jours; on cherche ainsi à fixer sur les mamelles une fluxion qui ne se porterait pas impunément sur ta poumons.

Quelque utile que soit la lactation et pour la mère et pour l'enfant, il est cependant des cas où l'allaitement maternel cesse d'êlre possible. Les principales causes qui s'opposent à ce qu'il ait lieu , sont un lait trop peu abondant, trop séreux, ou vicié par quelque virus ; la mauvaise conformation des mamelons , l'état de grossesse , et l'existence des menstrues, qui modifient ordinairement les qualités du lait, line femme en proie à des émotions vives, à des passions violentes , devient incapable de nourrir : sous l'influence de ces causes morales , si communes au sein des grandes villes , le lait s'altère d'une manière non dou teuse ; il peut même devenir un véritable poison pour l'enfant, produire des convulsions, de véritables attaques d'e pilepsie, de funestes diarrhées.

Les femmes d'une constitution faible ne peuvent continuer à nourrir pendant quelque temps sans tomber dans un état d'épuisement qui serait aussi fatal pour elles que pour leur enfant. Enfin il est des femmes qui, fortes et bien constituées en apparence , sont obligées de renoncer à nourrir, pareeque l'enfant ne profite pas à leur sein.

La mère qui veut allaiter doit bien se pénétrer de toute l'étendue, de toute la rigueur des devoirs qu'elle s'impose. Si les plaisirs du monde la captivent encore, si , entraînée par eux , elle abandonne souvent son enfant à des main» étrangères , qu'elle cesse de remplir une fonction dont elle n'est pas digne; mieux vaut alors une nourrice mercenaire.

Le lait par lequel on remplace le plus ordinairement le lait de femme est le lait de chèvre ou de vache. L'analyse chimique apprend que le lait d'ânesse ou de jument est celui qui , par sa composition, se rapproche le plus du lait de femme; il semble donc que généralement cette espèce de lait conviendrait davantage à l'enfant. Il faudrait en excepter peut-être les enfants éminemment lymphatiques

ALL 53i et scrophuleux, qui semblent se mieux trouver de l'usage du lait de chèvre. Dès les premiers temps de la naissance, le lait d'ânesse pourrait être donné pur sans inconvénient. Le lait de chèvre ou de vache au contraire doit être coupé avec une quantité de liquide d'autant plus considérable que l'enfant est plus jeune.

L'enfant peut prendre le lait soit immédiatement au pis même de l'animal, soit au biberon. On peut facilement dresser une chèvre de manière à ce que l'enfant puisse la téter sans accident. Pris au pis, le lait a une saveur qu'il perd dès qu'il a été exposé au contact de l'air : il cesse alors d'être une liqueur vivifiante ; il semble n'être plus aussi nutritif, et se digère plus difficilement.

C'est une opinion généralement répandue, que les enfants nourris avec le lait de chèvre prennent quelque chose des mœurs de cet animal. Aucun fait bien observé ne démontre l'exactitude de cette assertion. '

Si l'enfant se porte bien , on doit commencer à lui donner du lait quatre ou cinq heures après la naissance. Toutes les fois que l'enfant présente quelque symptôme de malaise , s'il est agité ou assoupi , s'il a de la fièvre , des vomissements, de la diarrhée, on doit sur-le-champ diminuer la quantité de lait qui lui est habituellement donnée. L'observation a appris que les inflammations gastro-intestinales causent ou compliquent chez les enfants un grand nombre d'affections; et chez eux , comme chez les adultes, des aliments introduits dans un estomac irrité ne peuvent qu'être funestes. Nous avons cru devoir insister sur ce point, pareeque beaucoup d'enfants périssent victimes des préjugés de leurs parents ou de leurs nourrices , qui ne connaissent d'autre moyen d'apaiser leurs cris ou de calmer leurs souffrances que de les gorger de lait.

M. et A.. .F.

ALLÉGER. (Marine.) Rendre un vaisseau plus léger en diminuant les poids qui sont à bord.

ALLÉGORIE. (Littérature.) L'allégorie remonte à la

naissance du langage primitif. L'homme ne fut d'abord frappé que des objets physiques : le besoin fit naître bien tôt les termes nécessaires pour les exprimer. Quand les choses intellectuelles se présentèrent à la pensée de l'homme, manquant de mots pour les rendre, il leur donna en quelque sorte une forme vivante, et les fixa dans son esprit à l'aide du nom des objets qui faisaient des images à ses yeux. L'allégorie est la figure universelle par laquelle le genre humain tout entier entra dans l'ordre intellectuel et moral. Partout où se rassemblent en quelques familles les éléments d'un peuple , l'allégorie vient au secours de la société naissante , et met dans le commerce général quelques idées nécessaires à tous. Loin donc que dans ce début des intelligences l'allégorie soit un voile, elle est au contraire une lumière; elle rend sensible ce que le discours ne pourrait encore expliquer d'une manière claire et précise.

Chaque peuple ayant créé tour à tour les signes vivants du petit nombre de pensées devenues communes, les chefs, qui voulurent instruire leurs semblables, durent se servir de l'allégorie comme d'un interprète nécessaire: de là l'usage constant de représenter les idées abstraites par les iniages des objets corporels ; de là le caractère symbolique du langage des premiers poêles , qui paraissent avoir été partout les instituteurs des nations. Leurs chants, remplis d'obscurités pour nous, et même pour des peuples qui n'étaient séparés d'eux que par quelques siècles, étaient compris de tous ceux pour lesquels ils avaient été créés; mais avec le temps on perdit le sens primitif des allégories , on s'en tint à la lettre , on divinisa les êtres fictifs , et le paganisme couvrit la terre de dieux chimériques. Alors , comme chez les Égyptiens par exemple , l'allégorie devint une langue cachée , mystérieuse , interdite aux profanes , et réservée aux seuls prêtres , qui voulurent intercepter, par des ténèbres épaisses, la lumière de la vérité. Pythagore et d'autres philosophes grecs transportèrent cette langue dans leur pays , mais ils eu gar-

ALL 553 dèrcnt les énigmes pour eux , ou ne les dévoilèrent qu'à un petit nombre d'initiés , après de longues épreuves pour les rendre dignes de cette communication. Pour tout le reste , la fable fut une religion riante et voluptueuse , facile et pleine d'allégories que l'on n'entendait pas , quoique quelques unes fussent d'une extrême évidence. Ainsi on ne voyait plus dans Minerve et Vénus , dans Mars et Apollon, des êtres allégoriques pour désigner la prudence, la beauté , le génie de la guerre , et la lumière du soleil , mais de véritables divinités , faites par l'homme à son image , parceque sa faiblesse n'aurait pu les comprendre sans ce rapprochement de leur nature avec la sienne.

Le chancelier Bacon, Blacwel son compatriote; l'abbé Conli , noble vénitien ; Basnage, dans son Histoire des Juifs; 'abbé Pluche , dans son Histoire du ciel ; Court de Gebelin, Dupuis, et d'autres encore, ont cherché à expliquer es allégories mythologiques. Leurs savants travaux ont jeté m grand jour sur cette matière. Grâce à ces hardis investigateurs de l'antiquité , on suit avec une espèce de certitude l'origine, les mystères, les progrès, la durée, la décadence des religions, presque toutes filles de l'allégorie, ît marquées à l'empreinte de leur mère. On voit la vérité assembler souvent à un astre qui brille de la plus vive lumière , disparaître bientôt, comme lui, sous un voile de îuages : mais l'éclipsé de l'astre n'est que passagère et jjoute à son éclat , celle de la vérité dure quelquefois des siècles et la rend au monde encore tout obscurcie de ténèbres; il faut un long espace de temps pour les effacer. Dans une pareille situation des esprits, l'allégorie existe encore ; elle entre dans les formes du langage , mais personne ou du moins presque personne n'y soupçonne un sens caché : je me sers de cette modification , parcequ'à aucune époque il ne manque parmi les nations quelques intelligences privilégiées qui représentent la raison humaine, ?tsont comme des dépositaires chargés de conserver et de perpétuer la vérité dans le monde.

Les Grecs , les Romains , et les modernes 9 qui ne sont qu'une froide et pâle contre -épreuve de ces deux grands peuples, entendent par le mot allégorie, dans son sens le plus étendu, cette fiction dont l'artifice consiste à offrir à l'esprit un objet de manière à lui en représenter un autre avec lequel il a du rapport.

L'allégorie, dans le langage des rhéteurs, est une figure du discours qu'on peut regarder comme une métaphore prolongée.

Toutes les espèces d'allégories obligent les écrivains et les lecteurs à mettre en jeu leur imagination , les uns pour revêtir de formes vivantes la pensée ou les sentiments qu'ils veulent éveiller, les autres pour comprendre le sens du problème offert à leur intelligence. Le premier mérite de l'allégorie est la justesse continue des termes de la com paraison; le second doit consister dans cette clarté, dans cette transparence qui laissent voir la vérité à travers un voile qui ne l'obscurcit jamais.

L'allégorie est souvent un moyen adroit de donner une leçon à des hommes que l'aveuglement de leurs passions ou l'orgueil du pouvoir rendraient sourds ou rebelles à la vérité. L'allégorie devient nécessairement la figure favorite de l'esclave qui veut faire entendre ses plaintes légitimes sans courir le risque d'irriter son maître. L'ingénieux langage et la voix timide de l'allégorie ont plus d'une fois désarmé un despote assez ombrageux pour s'offenser de la liberté même de la prière directe. Aucun peuple n'est plus riche en allégories de cette espèce que les Orientaux, parcequ'aucun peuple n'est plus voisin du soleil , qui enflamme toutes les imaginations, et plus à la merci du despotisme, qui contraint tous les sentiments. Peut-être les peuples de l'Asie actuelle n'entendent-ils plus le sens mystérieux de leurs allégories religieuses, mais ils font, comme leurs pères , un usage utile des détours de l'allégorie. Espérons que la vérité, qui pénètre chez eux avec les connaissances de l'Europe, leur permettra un jour de lever

ALL 535 tous les voilçs donl ils sont encore forcés de couvrir la vérité qu'ils n'osent montrer toute nue à leurs maîtres, et qu'alors l'allégorie ne sera plus pour eux que ce qu'elle est pour nous , un heureux ornement du discours.

Quand les peuples libres sont corrompus par la fortune et par l'ivresse du pouvoir, ils ressemblent aux tyrans; le courage lui même se voit forcé de leur voiler la vérité. Ainsi ce Démosthène , que l'on comparait au Jupiter tonnant , était quelquefois contraint de recourir à l'allégorie pour aborder les passions des Athéniens. Peut-être Socrate n'aurait pas bu la ciguë s'il eût consenti à tempérer par des allégories l'éclat de la vérité , trop vive pour des yeux faibles et des esprits malades. Presque toute la prudence humaine consiste dans cet art de ménager la lumière en la répandant; mais il y a des devoirs auprès desquels la prudence devient presque de la faiblesse. Une mort sublime ëst le plus éclatant des témoignages que la vertu puisse donner d'elle-même; frappé de ce grand sacrifice, le genre humain adopte avec ferveur et conserve avec respect la vérité qu'un sage a scellée du sang de l'innocence méconnue.

Chez les peuples modernes , la religion chrétienne d'un côté, les lumières de l'autre, ont beaucoup restreint l'usage de l'allégorie. Autrefois les prophètes eux-mêmes se croyaient obligés d'envelopper et de préparer les avis sévères qu'ils donnaient aux princes. Ils n'osaient pas plus attaquer en face les crimes du saint roi David ou les vices de son fils , que les fureurs de Jézabel ou d'Athalie ; mais, malgré ces précautions , plusieurs d'entre eux payèrent de leur tête la généreuse entreprise de mettre un frein1 aux passions des grands. Plus libres que les prophètes , les Bourdaloue, les Bossuet, les Massillon , tout en appliquant a leurs sermons les nombreuses allégories de la Bible , ont donné plus de force et d'éclat à la vérité par l'opposition des ménagements qu'elle consentait à garder chez les Hébreux , avec la franchise et la liberté des censures qu'elle a

fulminait chez nous du haul de la tribune sacrée. Que d'allégories auraient contenues, il y a trois mille ans, les discours de Massillon devant le David et le Salomon du dixseptième siècle ! Sans doute la bonne foi, l'entraînement, la flatterie, et l'illusion qu'il faisait à son siècle , ont produit beaucoup de magnifiques mensonges en faveur de ce prince imposant; mais nos orateurs sacrés méritent de grands éloges pour lui avoir donné en face des leçons qu'il n'eût jamais voulu entendre s'il eût été un roi d'Asie.

• Indépendamment de la religion, qui, d'accord en ce point avec la philosophie, proclame sans nul déguisement les principes éternels de la morale, et traite, dans ses instructions, les rois comme les peuples, l'accroissement des connaissances humaines , qui se communiquent de proche en proche, rend l'allégorie d'un usage beaucoup moins fréquent; de jour en jour elle deviendra plus rare. Nous marchons vers une époque où chaque vérité se montrera nue, sans voile , et sous les formes les plus capables de la rendre populaire. Alors l'allégorie , presque bannie de la prose , excepté comme figure de style , se réfugiera dans la poésie , qui a besoin , même chez les peuples où elle est séparée de sa rivale par des différences mieux marquées que dans la langue française , de se créer un génie particulier, d'avoir des mystères, des figures, des formes , des expressions et une harmonie qui n'appartiennent qu'à elle. L'imagination est le domaine propre de la poésie ; il faut qu'elle s'y élance avec plus d'audace que jamais, et qu'elle parcoure sans s'égarer des champs presque sans limites. La fiction de Virgile servant de guide au Dante dans deux mondes surnaturels , l'enfer et le purgatoire, est une image du rôle q\ie la raison doit jouer auprès de l'imagination , de même que la Divine Comédie nous offre l'exemple le plus frappant des écarts de l'imagination lorsque, semblable à un élève fougueux, elle s'emporte à tout moment et méconnaît l'autorité de son

ALL 537 maître. Ajoutons cependant que Virgile pèche quelquefois par un excès de timidité 9 que ses proportions, comme modèle inspirateur, ne sont pas toujours assez grandes , et qu'un poëte de nos jô*urs peut devenir plus digne de sa mission nouvelle en marchant sous les ailes du génie et du bon sens d'Homère que sous les auspices du chantre de Troie.

L'allégorie entre dans tous les genres de composition. Toutes les formes du discours et du style lui conviennent ; tour à tour sérieuse et badine , toujours morale , souvent dramatique, elle peut prendre un vol sublime, et descendre au ton le plus familier, effrayer par la menace , ou corriger par le ridicule.

Les Écritures , qui ont souvent le caractère de la poésie lyrique , offrent beaucoup d'allégories : celle de Nathan envoyé par Dieu à David pour lui reprocher son adultère avec Bethsabée ainsi que la mort d'Urie , est d'autant plus belle, que jamais le courage d'un sujet n'a mieux employé le secours du génie pour éveiller le repentir dans le cœur d'un roi qui jouit avec sécurité des fruits de son crime. Quand la poésie sert ainsi d'interprète à la morale offensée, elle est entendue de tous les peuples et paraît destinée à vivre autant que le monde. On remarquerait comme un heureux artifice , dans une composition profane , la circonstance historique de la mort de l'enfant de l'adultère , toutà-coup frappé par le Seigneur, pour la punition de David. Rien de plus touchant que le deuil et les prières de ce prince avant la perte de la jeune victime; mais on éprouve un étonnement que la simple raison ne peut faire cesser, en lisant ce verset dont l'expression est d'une naïveté exquise: «David ensuite consola sa femme Bethsabée; il dormit avec elle, et elle eut un fils qu'elle appela Salomon. Le Seigneur aima cet enfant. »

Jérémie se sert tantôt de l'allégorie, tantôt du langage direct, pour conjurer la ruine de Jérusalem et désarmer le bras du Seigneur en réveillant le repentir dans le cœur

du peuple d'Israël. Dieu lui-même emprunte le langage de l'allégorie lorsqu'il accuse les Hébreux devant son serviteur qui veut les sauver de leur ruine.

La prophétie de Joad me paraît une allégorie sublime; elle réunit la haute inspiration des prophètes avec la hardiesse lyrique des chœurs d'Eschyle , et nous montre ce qui manque aux plus belles odes de Jean-Baptiste Rousseau. Le véritable poëte sacré, chez nous, est l'auteur d'Esther et d'Athalie.

On trouve dans le Prométhée d'Eschyle une allégorie éminemment dramatique ; elle parait signifier que la puissance tyrannique trouve toujours la force prête à exécuter ses décrets, et que le véritable courage ne cède jamais la victoire à l'injustice. Horace a fait un tableau hors de nature , peut-être , en peignant le sage debout et sans effroi sous les ruines du monde qui vont l'accabler ; le Prométhée d'Eschyle, enchaîné par la force, attaché par la violence avec des clous de diamant à son rocher , et foudroyé enfin par Jupiter sans avoir voulu ni fléchir , ni prier, ni donner un signe de repentir, est un modèle de cette constance inflexible et passionnée que rien ne peut dompter. Un tel caractère a le grandiose d'une création allégorique, sans excéder les bornes du possible et du vrai. Peut-être pourrait-on penser que le Prométhée offre encore deux allégories cachées : la première ferait allusion à la jalouse inquiétude du pouvoir, porté dans tous les temps à regarder comme ennemis les talents qui se consacrent à éclairer les peuples; la seconde nous rappellerait que la témérité, qui cherche les périls extrêmes , que la violence et l'orgueil , qui ne cessent d'irriter nos ennemis , amènent notre ruine inévitable.

On ne cesse de citer comme un modèle parfait de l'allégorie l'ode d'Horace qui commence par ces vers :

O Navis, réfèrent in mare te*novi Fluctus l 6 quid agis? fortiter occupa Portum.

Mais elle est immédiatement suivie d'une aulre allégorie d'un caractère plus grand et plus dramatique : le poète y semble frémissant de colère, et armé, comme Lucile , d'un glaive nu pour punir et frapper. Il s'agit de la prédiction de Nérée. En levant le voile de la fiction la plus ingénieuse, en séparant les idées-mères du sujet des formes matérielles que le génie leur a données , on trouve dans une composition aussi remarquable par l'unité, le mouvement , la chaleur et la variété ,

Le crime de l'hospitalité violée ,

Son éclat dans le monde ,

Son ivresse du moment ,

Ses plaisirs fugitifs,

Les cris du remords qui corrompent sa félicité trompeuse , et qui ressemblent aux menaces prophétiques de Nérée,

La colère des dieux ,

La chute d'un empire perdu par la faute d'un seul homme ,

Et enfin Ja foudre qui tombe sur le coupable, en enveloppant sa famille et tout un peuple.

Avec un homme doué de tant d'esprit et de sens , avec un poète qui méditait ses sujets aussi profondément qu'Horace , on ne craint pas de supposer au génie des intentions aussi dignes de lui. Au reste, mon interprétation n'acquiert que plus de force si Ton admet , avec plusieurs savants critiques , l'opinion qui voit , dans l'ode sur les amours d'Hélène et de Paris , une allusion à la folle et criminelle passion qui perdit en même temps lé rival d'Auguste et la reine d'Égypte.

Timothée, ou la Fête d'Alexandre, par Dryden, est aussi une allégorie sublime , et l'une des plus belles créations delà poésie lyrique. Peut-être surpasse- t-elle encore par le mérite d'une action vive et variée , par la succession des mouvements passionnés que le génie excite dans le cœur orageux d'Alexandre, l'iu vocation de Lucrèce à Vénus ,

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qui so termine par cette admirable allégorie : • 0 déesse, lais que la terre et Tonde voient enfin tomber et s'assoupir les fureurs du cruel génie de la guerre; seule tu peux consoler les mortels par les douceurs de la paix. C'est Mars qui régit en arbitre souverain le jeu barbare des corn bats , et l'on sait que Mars, enchaîné à ton pouvoir far la blessure d'un éternel amour, vient souvent se rejeter dans tes bras; c'est là que , renversé sur les genoux , levant sur toi ses yeux avides , il se repaît du plaisir de contempler ta beauté , et demeure suspendu à ton sourire ! O illustre mère des Romains, quand ce dieu repose sur ton corps sacré , incline-toi vers lui , et , laissant couler de ton cœur des paroles pleines de charme, demande pour ton peuple le bonheur de la paix ! »

Il y a de belles allégories dans Pétrarque et dans le lyrique Filicaja; mais l'ode à la Fortune de Guidi me semble mériter une attention particulière : grecque sous le rapport de l'imagination , romaine par la hauteur des pensées , française par la justesse des rapports de la fiction avec la vérité, italienne par l'éclat et la profusion des images , elle marque des différences sensibles entre quatre grandes littératures , et devient encore la meilleure censure de la froide et longue apostrophe de Jean-Baptiste à la déesse que le genre humain tout entier adore comme uu pouvoir inconnu que la raison désavoue sans pouvoir déraciner, même dans les sages , une idolâtrie secrète du cœur.

Les épopées d'Homère abondent en allégories , les unes sublimes , les autres riantes et naïves. Certes , Homère n'a point voulu faire de l'Iliade et de l'Odyssée une longue allégorie. Cette prétention aurait glacé sa verve et ôlé la vie à ses créations ; mais il a employé avec art des ornements ingénieux qui donnent un corps à des sentiments ou à des pensées. Les prières , la ceinture de Vénus , la plante qui avait la puissance de suspendre pendant un jour les plus grandes douleurs , ce népenthès dont la belle Hélène exprime les sucs dans la coupe de Télémaque pour faire

ALL 54i cesser les larmes que lui arrache le souvenir d'Ulysse, sont des allégories.

Virgile, moins riche et moins prodigue des trésors de la poésie qu'Homère, a fait un usage discret de l'allégorie. Celle de l'amour caché sous les traits d'Ascagne, assis comme un enfant sur les genoux de Didon , réchauffant de son souille un cœur tiède et déshabitué d'aimer, efFaçant un souvenir, qui est encore une image vive, par une passion nouvelle , où la puissance de la beauté suprême qui éclate tout-a-coup dans Énée , l'admiration pour la gloire» la pitié pour le malheur, la ressemblance des infortunes, et tous les genres de surprise et d'illusions sont réunis par Vénus et son (ils contre la reine de Carthage , constitue une des allégories les plus justes , les plus ingénieuses , les mieux soutenues que l'on puisse rencontrer dans un poème. Je n'en dirai pas autant de la maigre fiction qui représente Vénus et Junon à l'hymen fortuit de Didon et d'Énée. -

La scène conjugale que le bon Homère nous représente entre Jupiter et la reine des dieux, qui emprunte la ceinture de Vénus pour plaire à son époux, nous apprend comment la poésie renouvelle et embellit les choses les plus vulgaires. Sans doute on a eu raison de louer ici la pu- , deur de Virgile; mais il fallait, en conservant le prodige nécessaire qui conduit la reine à l'écueil de sa vertu , appeler le secours des grâces pour répandre du charme sur la faute. 11 fallait faire une opposition entre l'affreux orage excité par Junon et les enchantements de la grotte. On devrait y sentir la présence de Vénus, qui sème partout des fleurs sur ses pas. La séduction des lieux entre pour beaucoup dans l'amour, et il y a des conseils de volupté jusque dans l'air embaumé qu'on respire. Armide , parmi toutes les surprises qu'elle ménage au jeune Renaud , prodigue les fleurs et leurs parfums autour de lui. C'est aussi parmi les fleurs que Milton a placé la couche des deux premiers époux du monde.

Ce que j'appellerais l'allégorie de composition n'est pas marqué au coin du génie dans Virgile ; mais celle qui consiste dans une figure du style est presque toujours un modèle de sentiment et de goût. Toutes les comparaisons de Virgile sont des allégories aussi remarquables par la justesse <fue par le prix qu'elles ajoutent à des choses où l'oo croirait qu'il a épuisé tous les secrets de l'art d'émouvoir les cœurs.

Les trois poëmes du Dante abondent en allégories. Il y en a dont le sens est perdu pour nous, parcequ'elles tiennent à des allusions qui s'appliquent à des choses du temps que nous ignorons. D'autres , semblables à ce que Boileau appelait du galimatias double, étaient peut-être inexpli-

jamais répudié par la raison et le goût. Mais d'autres, marquées au fer chaud d'une satire implacable , comme celle d'Archiloque , et quelquefois au caractère de cette justice éternelle qui mesure ses sévérités à la grandeur des coupables , étincellent de génie , de raison , et de verve poélique. Le début du premier chant de l'Enfer contient, suivant les commentateurs , une allégorie aux passions de la jeunesse , de l'âge mûr et de la vieillesse , c'est-à-dire la luxure, l'ambition et l'avarice. Mais peut-être, dit Rivaroi , ce triple emblème ne regarde-t-il que la cour de Rome , qui , pour asservir l'Italie , était tour à tour panthère séduisante, lionne superbe, ou louve avare? Si Béatrix est, comme on le suppose , une image allégorique de la religion, jamais un poète n'a fait un plus heureux usage de la faculté de créer. Béatrix a aimé le Dante sur la terre , elle l'aime encore dans le ciel : occupée à regarder les merveilles du séjour céleste, elle n'oublie pas le poète chéri qui lutte seul contre les écueils des passions. Distraite un moment de lui par les ravissemenls de la contemplation , elle le voit tout-à-coup errant parmi les ombres , égaré dans le grand désert du vide. Effrayée de ses périls, .elle court à Virgile, et lui dit : a 0 belle âme de Mantoue, vous dont

la reDommée dure encore dans le monde et vivra autant que le mouvement de l'univers ! mon ami , et non celui de la fortune , est embarrassé dans une plaine déserte et dans un chemin pénible où la peur peut l'égarer; je crains qu'il ne soit déjà perdu; je crains d'avoir trop tard quitté les cieux pour venir à son aide. Allez à lui, je vous en conjure; que le charme de la parole d'un poëte et le secours d'un art divin le sauvent et me consolent. Je suis Béatrix, c'est moi qui vous implore ; je viens d'un séjour où je dois retourner bientôt; c'est l'amour qui m'dhvoie et qui me fait parler. »

En pardonnant au Dante le mélange du profane et du sacré , on ne peut que louer ici des allégories si belles et si transparentes : l'une fait de la religion un amour immortel , qui mêle les choses du ciel à des pensées de la terre, et a pour compagne la pitié qui plaint les peines de l'humanité; l'autre transforme la poésie en un guide envoyé par une femme céleste au secours d'un homme qu'elle veut arracher aux séductions du vice, et rappeler à la vertu par le commerce du génie et les souvenirs de l'amour.

Solon avait rendu une loi pour ordonner à tout citoyen de prendre un parti dans les dissensions civiles. Voici comment le pinceau du Dante peint ces hommes qui, lorsqu'il s'agit des intérêts de la patrie, gardent une neutralité coupable , se refusent aux sacrifices qu'elle impose, et se réservent pour être la proie du vainqueur. Le poëte , effrayé par des imprécations , des accents de rage et des cris de désespoir, demande à connaître ceux qui sont ainsi accablés de douleur. « Ce sont , reprend Virgile, les tristes âmes de ceux qui vécurent sans vertus et sans vices ; elles sont confondues avec le chœur des lâches qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu , et n'eurent de dieu qu'euxmêmes. Le ciel les chassa pour ne rien perdre de sa beauté ; l'abîme infernal n'a point voulu les recevoir, parceque les compagnons de Satan ne pouvaient tirer d'honneur d'une

telle compagnie... Ces malheureux n'ont plus l'espérance de mourir; leur existence est si basse et si remplie de ténèbres qu'il n'est point de condition qui ne leur fasse envie. Le monde ne se fatigue point à parler d'eux; la miséricorde et la justice les méprisent également : n'en parlons plus désormais , regarde et passe. »

Je ne rappellerai point les allégories du Tasse; ce poëte est devenu si familier à tout le monde en France, grâce à la connaissante de la langue italienne et à nos belles traductions de la ^rusalem , que les lecteurs devanceront toutes mes réflexions. Peut-être pourrait-on croire que le Tasse, qui avait à la fois l'imagination d'un poëte et une certaine subtilité dans l'esprit , a voulu nous insinuer dans l'épisode d' Armide qu'il ne faut pas jouer avec l'amour si l'on ne veut pas s'y laisser prendre. La puissante Armide , douée des charmes , des attraits , de toutes les séductions , de tous les attributs différents de la Vénus antique, cette magicienne qui a composé un art de plaire dont les secrets semblent être pour elle des inspirations ou des présents de la nature , cette nouvelle Hélène qui enflamme tout un camp de chrétiens dans l'Asie , éprouve à la fin la passion qu'elle a voulu inspirer à Renaud ; et du moment où elle est vraiment touchée, son cœur change; on dirait qu'elle a pris les vertus de l'amour avec ses tendres émotions et ses joies inquiètes. L'amour a pour elle des enchantements plus doux que tous ceux qu'elle prodigue autour de Renaud. Mais la gloire entraîne le fils de la belle Sophie , et nous voyons Armide , d'abord tendre et suppliante comme Didon , tomber aussi dans un affreux désespoir. Elle éclate en impré cations comme si Renaud avait surpris sa candeur et trompé sa sincérité. Le dernier trait de l'allégorie semble appartenir à la Grèce; à peine Renaud est parti, que le palais, les jardins d'Armide , et tous les prodiges opérés par l'amour, disparaissent pour ne plus laisser voir qu'un afireux désert.

Élève de Moïse et d'Homère , nourri d'Eschyle et des pro

ALL 545 phètes, imitateur du Dante et du Tasse , Milton est rempli d'allégories. Chez lui le péché est représenté par une belle femme dont le corps se termine en serpent , tandis que des chiens , pareils à ceux de Scylla , environnent sa ceinture; il nous peint la mort sous la figure d'une ombre de substance noire comme la nuit, terrible comme les furies, horrible comme l'enfer, secouant un dard redoutable, et portant sur sa tête informe et décharnée l'apparence d'une couronne royale; Satan lui-même reste étonné devant ce monstre. La fiction continue à dégénérer en un mélange d'horreurs , qui ne peuvent , a dit Voltaire , que révolter un lecteur délicat. La création d'un pont élevé par la mort et le péché sur l'abîme du chaos , et sur lequel le genre humain doit passer tout entier pour aller s'engloutir dans l'abîme, a au contraire quelque chose d'une grandeur sauvage et gigantesque , que la raison ne rejette point , parcequ'elle aperçoit des idées variées , mêlées à des croyances religieuses, sous le voile de la fiction. Si le personnage d'Ève n'était pas donné par la Bible, s'il ne devait pas l'existence à la volonté divine et au génie de Moïse, on pourrait regarder l'épouse d'Adam comme une création allégorique de Milton pour effacer la Vénus antique. La présence de la jeune Ève , le type de la beauté suprême , produit sur le paradis terrestre , sur les anges , et sur Dieu lui-même, qui la regarde avec complaisance après l'avoir formée avec amour , le même effet que la reine de Gnide sur toute la nature et sur l'olympe , qui l'admirent également. Mais la mère du genre humain a pour compagnes deux grâces nouvelles, l'innocence et la pudeur; voilà pourquoi elle nous paraît plus belle que la Vénus d'Homère.

Le fond de la comédie d'Aristophane intitulée Plutus, est une allégorie aussi ingénieuse que philosophique. On peut regarder comme une des plus belles allégories morales de l'antiquité la fable d'Hercule entre le Vice et la Vertu , composée par Prodicus de Céos , et dont Xénophon nous a conservé un extrait dans son livre des Dits mé- 1. 55

uiorables de Soc rate. La Psyché d'Apulée , traduite souvent avec bonheur par La Fontaine, et qui a inspiré à Lebrun des vers pleins d'une mollesse et d'une grâce trop rares dans ses ouvrages, ne le cède point en célébrité. à la fiction de Prodicus. Les ouvrages de Lucien sont semés d'allégories, tantôt ingénieuses, tantôt naïves, qui renferment beaucoup de sens.

Dans l'idylle antique , Théocrite et Virgile offrent de nombreux exemples d'allégories. Le premier de ces poètes en a deux remarquables : celle qui a pour titre Us Fêta de Cérès représente un berger enfermé dans une arche d'airain , et que les Muses, dont il était chéri , faisaient nourrir par un essaim d'abeilles ; dans sa onzième idylle [le Cyclope) , le poète a voulu montrer, d'une manière différente et plus dramatique, que les muses ont un charme pour guérir ou du moins pour calmer les plus cuisantes peines de l'âme.

Le Pollion de la quatrième églogue de Virgile cache , sous des images allégoriques , une allusion à la naissance d'un enfant dont le nom reste encore un mystère , malgré tous les efforts des érudits pour l'expliquer.

L'idylle française revendique, comme un titre de gloire, la brillante allégorie de madame Deshoulières sur sa famille , comparée à un jeune troupeau que son pasteur se voit forcé d'abandonner. Toute l'inspiration de ce petit poème semble due à quelques vers de Virgile , qui commencent par cet adieu si tendre :

lté * meae , felix quondam peco» , ite , capelbe.

Toutes les belles choses ont une postérité qui laisse toujours voir l'empreinte originale à travers les mutations de formes qu'elles subissent dans les emprunts du génie au génie.

L'allégorie forme presque tout le tissu de cette longue suite de fables ingénieuses , de ce chef-d'œuvre d'imagination , où, suivant l'expression originale de Piron , le lec-

A L L 547 leur boit la poésie à pleine coupe; je veux parler des Métamorphoses d'Ovide. Au nombre des plus belles allégories qu elles contiennent, il faut citer la fiction de l'Envie et la chute de Phaéton. Cette dernière fable est une véritable action dramatique qui contient la leçon la plus forte que la raison ait jamais pu offrir à l'orgueil et à la témérité; et cette leçon a encore le mérite de présenter une scène de la vie humaine avec une étonnante fidélité de couleurs. L'allégorie de Ceyx et de sa jeune épouse , changés en alcyons , offre encore un dernier exemple qui mérite une attention particulière , parceque la métamorphose est à la fois la plus charmante image du passé, le complément de Paclion, et une consolation pour le lecteur, heureux de voir renaître les deux jeunes époux en deux oiseaux fidèles , dont la mer elle-même respecte les amours.

Les Anglais ont beaucoup de poèmes allégoriques : tels sont l'Histoire de l'âme, par Prior ; Hudibras, de Samuel Butler, allusion perpétuelle et vraiment comique à la guerre civile du temps de Gromwel; la Reine des Fées, sous l'image de laquelle Spencer a voulu personnifier la gloire , et représenter la reine Elisabeth.

On trouve dans le Ministre de W akefietd, de Goldsmith, une courte et belle allégorie sur la faute et la honte, considérées comme des compagnes inséparables. La peine attachée aux tracesdu coupable le laisse quelquefois échapper, ou ne l'atteint qu'après de longs délais : la honte le saisit au moment même de la faute; elle est la première vengeance de la vertu offensée; elle précède cette terreur qui fait pâlir le crime en dedans, suivant l'énergique expression de Perse.

Parnell a composé une célèbre allégorie sur l'homme; en voici une légère esquisse :

Un nouveau Prométhée, le Souci, mécanicien habile et laborieux, a réuni une âme» créée par Jupiter, à un corp6 formé du limon terrestre; de cette. réunion résulte un être appelé Y homme.

Jupiter , prenant intérêt à cette créature mixte , se propose de l'adopter, de la perfectionner, d'en faire une mer*veille sous le ciel , lorsque la Terre se présente devant lui , en disant : « Grand Jupiter, cet objet a été formé de ma propre substance; ses mains, son cœur, sa tête, m'appartiennent : pourquoi veux-tu t'en emparer et le traiter comme tien? » « Je t'entends, répond Jupiter; mais cet être que tu réclames tient de moi ce qui fait mouvoir ses mains , son cœur et sa tête. »

Le Souci , présent à cette querelle , s'écrie : c Ma part I ma part! Toi, Jupiter, tu revendiques l'âme de l'homme; toi , Terre , tu demandes son corps ; et moi , je le réclame tout entier, pour avoir uni son âme à son corps. »

Le Temps survient; on le prend pour juge du débat , et il prononce la sentence suivante : i

« Puisque c'est Jupiter qui a fait l'âme, que l'âme retourne à Jupiter; que le corps retourne à la Terre, puisque c'est d'elle qu'il a été formé; mais comme c'est l'union de l'âme et du corps qui constitue l'homme, le Souci , auteur de cette union , restera en possession de l'homme, jusqu'au moment où son corps retournera à la Terre et son âme à Jupiter. »

« A la bonne heure , dit Jupiter; j'y consens : et puisque l'homme reste au pouvoir du Souci et de tout son cortège , les âmes, qui m'appartiennent, ne tarderont pas à revenir vers moi. »

Ne dirait-on pas que cette allégorie sur l'immortalité de l'âme nous vient de quelque poëte grec ?

Les Portugais, les Espagnols et les Allemands sont riches en allégories , témoin YAdamastor du Camoè'ns, et divers épisodes de la belle tragédie de Cervantes , intitulée Numance. Je me contenterai d'en citer un seul.

La Guerre parait sur la scène , une pique à la main , accompagnée de la Maladie, marchant appuyée sur une béquille , et de la Famine , vêtue d'une robe de couleur jaune, image de sa pâleur. La Guerre parle la première

ALL 54g en ces termes : « Famine , Maladie , ministres de mes terribles et sévères commandements , dévora trices de la santé et de la vie, inflexibles divinités, sur lesquelles i*'ont de prise ni les prières ^ ni les droits , ni les ordres , vous connaissez mes intentions, ,çt je n'ai pas besoin de vous les expliquer de nouveau. Combien je serai contente et satisfaite de voir votre prompte obéissance à exécuter mes volontés ! La force irrésistible du sort, dont les arrêts ne sont jamais vains, me contraint à seconder les efforts des belliqueux enfants de Rome. Ils vont donc triompher pour un temps , et pour un temps seront abattus les Espagnols ; mais le jour viendra où je changerai , où j'abaisserai le superbe et je viendrai au secours du faible; car je suis la Guerre , la puissante Guerre , en vain si détestée des mères et des épouses. Ceux qui me maudissent ont tort quelquefois , et ne connaissent pas la force de cette main. Grâce à la valeur espagnole , je deviendrai maltresse de la terre entière, à l'heureuse époque où régneront un Charles, un Philippe, un Ferdinand. »

Convaincues d'avance , et plus pressées que jamais de la soif de la destruction , la Famine et la Maladie promettent à la Guerre d'exterminer les Numantins, et tiennent parole.

Celte fiction est tout-à-fait dans le genre du Prométhée d'Eschyle. Les Euménides du même poète représentent encore , sous le voile d'une allégorie aussi terrible que dramatique, le supplice des remords qui déchirent le parricide.

Les Français , dont l'exacte raison et le goût sévère coupent un peu trop souvent les ailes à l'imagination de leurs poètes , au lieu de leur donner toute la liberté que le génie demande , ont pourtant des modèles parfaits de l'allégorie appliquée à des genres opposés. Nous pouvons citer avec quelque orgueil national l'épisode de la Haine dans l'opéra d'Armide; la fable de l'Amour et de la Folie, semblable à une création de Platon , lorsqu'ayant renoncé à l'Amour, pour lequel il avait toutefois réservé une place sur le seuil

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de l'académie , comme il avait conservé un autel pour les / Muses dans sa maison , il laissait échapper des fictions de poète dans ses traités sur la morale. Boileau , que ses détracteurs accusent de manquer de grâce, nous a donné dans la Mollesse du Lutrin un modèle digne de lutter avec ce que les anciens nous ont laissé de plus parfait , pour la justesse des idées, la vraisemblance de la fiction, l'élégance des formes , et la savante mélodie des vers. Après avoir lu cet épisode , on se demande si la muse de Racine aurait pu surpasser ou atteindre ici la perfection du maître qui lui avait appris à faire difficilement des vers faciles. {Voyez Mythologie et Peintwrb. ) P. -F. T.

ALLEMAGNE. ( Géographie. ) Grand pays de l'Europe centrale , borné au nord par la mer d'Allemagne , le Da nemarck et la mer Baltique; à l'est par la Prusse , la Pologne et la Hongrie; au sud par la mer Adriatique , l'Italie et la Suisse; à l'ouest par la France et les Pays-Bas. Elle •'étend de a° 5o/ à 16e 4°' de longitude est , et de 44 & 45" de latitude nord ; sa longueur est de 2 5o lieues , sa largeur de a4o lieues , sa surface de 52,632 lieues carrées.

La nature a partagé ce pays en Allemagne septentrionale et méridionale : la première depuis la frontière du sud jusqu'à 5 1° de latitude , la seconde depuis ce point jusqu'à la limite du nord. La première est généralement montagneuse. Les Alpes se prolongeant à l'est y forment les chaînes rhétiques et noriques ou tyroliennes, salzbourgeoises , stiriennes , où l'on remarque le Gross-Glockner qui a ai63 toises de hauteur, l'Ortelspitz 2469, le Hochhorn 1772, le Grosskogel 1 5 1 7, au-dessus du niveau de la mer. Plusieurs parties de ces montagnes contiennent des glaciers. Au sud des Alpes noriques, les Alpes juliennes et carniques se prolongent vers laDalmatieet la Croatie; le Tei glou s'yélève à 1699 toises. Les Alpes noriques, en s'étendant à l'est jusque dans la Hongrie , s'abaissent en envoyant au nord le Kahlenberget le Wienerwald • qui, par des chaînons, se rattachent à l'est aux Carpathes, à l'ouest aux Sudètes , dont

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les monts des Géants sont la partie la plus haute. Au-delà , vers 5 1°, ils diminuent d'élévation et se confondent avec les plaines; au nord-ouest, les Alpes noriques se rattachent à FArlberg, qui joint les Alpes de Souabe : celles-ci atteignent à l'ouest le Rauhe-Alp , branche du Schwarzwald ( Forêt-Noire) qui se rattache au nord avec le Spessart. Celui-ci envoie vers lest des ramifications au Fichtelberget à FErzgebirg, qui , vers 5i°, se joint aux mont des Géants. La prolongation au sud-est, est le Bœhmischerwald, qui, en se dirigeant plus loin au nord, forme les monts de Moravie , dont l'extrémité au nord -est se confond avec les Sudètes. L'Erzgebirg se joint au nord-ouest au Thuringerwald , dont le Hartz fait le point extrême vers 5i '. Dans le sud-ouest du Hartz, un pays montagneux s'étend jusqu'au Westerwald, qui, dans le sud , atteint le Hundsruck, dans le nordouest l'Eiffel et les Ardeunes, et dans le sud-est le Spessart. A l'extrémité septentrionale des ramifications du Westerwald , on observe beaucoup de volcans éteints , de même que dans le point où il se rattache au Hundsruck , dans le pays montagneux du côté du Harz , entre l'Erzgebirg et la Bœhmischerwald et dans quelques autres endroits.

La partie de l'Allemagne située au nord de 5i° n'offre qu'une plaine dans laquelle le cours des rivières n'est séparé que par des plateaux peu élevés. Cette plaine, généralement sablonneuse, est occupée en plusieurs endroits par des landes et des bruyères, quelquefois par des terrains marécageux assez souvent fertiles. Le long de la côte de la mer d'Allemagne et de la Baltique, le sol est si bas qu'il faut le garantir par des levées et des digues contre la fureur de l'Océan.

Le climat est tempéré et même chaud dans le sud , froid et assez âpre dans le nord et sur les montagnes; très sain partout, excepté dans le voisinage des marais.

De grandes rivières arrosent l'Allemagne. Dans l'ouest, le Rhin, après être sorlidela Suisse, avec laquelle il forme la limite , en sert ensuite avec la France , puis coule sur les

terres germaniques jusqu'à la frontière des Pays-Bas. 1! reçoit à droite le Necker , le Mein , la Rurh et la Lippe ; à gauche la Moselle , qui vient de la France , et l'Erft.

L'Eins, le Weser, l'Elbe , l'Oder, prennent leur source en Allemagne, en parcourent différentes parties dans le centre , le nord et l'est, et ont leurs embouchures , les trois premiers dans la mer du Nord , le quatrième dans la mer Baltique; plusieurs affluents de celui-ci viennent de la Pologne.

Le Danube sort du Schwarzwald, à peu de distance des bords du Rhin , coule vers l'est en traversant plusieurs chaînes de montagnes, et entre en Hongrie. Il reçoit à droite l'Iller, le Lech , l'Isar et l'Inn; à gauche l'Altmiilh, le Naab et la March.

On compte en Allemagne plus de six cents lacs , le plus célèbre est le lac de Constance, qui est limitrophe de la Suisse. Quelques uns de ces lacs sont salés. Les eaux minérales sont très nombreuses , notamment dans le Westerwald et le Bœhmischerwald.

Les mines du Hartz et del'Erzgebirg sont les plus riches. On trouve en Allemagne tous les métaux : leur exploitation et leur préparation y ont été très perfectionnées. Quelques montagnes renferment des pierres précieuses; la houille est abondante; la terre à porcelaine, l'argile à potier, la terre à foulon , s'y offrent à l'industrie humaine. Les cantons voisins des anciens volcans donnent des pierres ponces, du tuf, du trass que Ton emploie pour les constructions sous l'eau , des meules ; le granit , le gneiss, le schiste, le porphyre , composent plusieurs masses de montagnes. Le grès , notamment le rouge , la pierre calcaire , se rencontrent dans différents endroits; mais au-delà du 5ie degré, l'on ne trouve presque partout que du sable. Les sources salées et le sel gemme sont assez communs.

L'Allemagne conserve encore plusieurs de ces graudes forêts dont le nom wald a servi à désigner les hauteurs qu'elles couvraient : elles renferment tous les arbres do

l'Europe tempérée; on en tire de très beau bois de construction. L'aménagement des forêts est conduit avec beaucoup d'intelligence ; la culture est soignée partout où le sol le permet; on récolte toutes les céréales propres au climat; des racines, des graines utiles à l'économie domestique , aux arts et à la médecine ; du houblon , du chanvre, du lin. La vigne ne s'arrête qu'au 5i6 degré; on fait de bon vin dans divers endroits : ceux du Rhin , du Mein et du Danube ont de la réputation ; l'olivier croit sur les bords de la mer Adriatique,

Plusieurs cantons de l'Allemagne ont de très bons chenaux, surtout dans le nord. On élève beaucoup de bœufs; les moutons réussissent bien dans les contrées sablonneuses; dans quelques autres, les cochons forment une branche essentielle de l'économie rurale , et les jambons rie Westphalie font les délices des gourmets. La rigueur du climat rend l'âne rare dans le nord. Les montagnes et les forêts recèlent beaucoup d'animaux carnassiers et de bêtes fauves. Le gibier est très commun. Les oies font , dans plusieurs cantons, le fond des basses-cours avec les volailles. Les lacs , les rivières et la mer nourrissent beaucoup de poissons.

L'industrie est très florissante ; on fabrique des toiles de in , des draps, des tapis , des étoffes de soie, des toiles de coton, du papier, de la porcelaine , du verrç, des glaces, des cristaux , des miroirs, de la faïence, des dentelles, ies cuirs , de la quincaillerie , des armes blanches , des irmes à feu , des faux , des limes , toutes sortes de produits chimiques , des instruments de musique , et une multitude d'autres objets. Ils fournissent, avec plusieurs des productions naturelles , le fond d'un commerce très considérable îivec l'étranger. 11 n'est pas jusqu'aux jouets d'enfants qui ne fassent une branche de trafic importante. Le peu d'élendue des côtes de Y Allemagne s'y oppose au développement du commerce maritime. Celui de l'intérieur est faci lité par soixante rivières navigables et par des canaux.

C'est par leur secours que l'on expédie aux ports de mer les marchandises et les denrées indigènes , et que l'on reçoit celles qui manquent , telles que vin , tabac , fruits secs, épiceries , sucre , café , thé , soie , coton , draps fins , mousseline , soieries , modes et objets de fantaisie.

On compte en Allemagne 30,376,000 habitants, qui appartiennent à des peuples d'origine différente ; notamment 24.700,000 Teutons, 5,o4o,ooo Slaves : il y faut ajouter 249,000 juifs, 175,000 Italiens, 25,oooFrançais et Vallons. Quant à la religion, il y a 1 6, 016,000 catholiques» 1 2, o3o,ooo luthériens, 2,049,000 réformés, 2 5, 000 herrnhuters, 5,ooo mennonites , 2,000 grecs.

Les Allemands sont généralement grands et robustes, et dans le nord plus communément blonds que bruns. Ils sont graves, réfléchis, laborieux, persévérants; cependant on observe chez eux de la lenteur et de l'inertie ; ils se mettent difficilement à l'ouvrage, et quand il est question d'agir, ils ne savent pas lutter contre les difficultés. lisse distinguent par leur bon sens , leur sincérité , leur fidélité , leur respect pour la morale ; s'ils n'ont pas l'imagination mobile, en revanche elle est très ardente; leur tête s'exalte facilement , et leur esprit , à force de s'élever , se perd dans le vague.

Les gens du peuple ont des formes assez grossières, surtout quand on veut heurter leur manière d'être habituelle. Tous ont beaucoup d'attachement pour les anciennes mœurs. Leur bienveillance est extrême ; ils la manifestent par des révérences respecteuses et une politesse remplie de formalités , que les étrangers ont souvent tournée en ridicule. Cette habitude donne quelquefois un air affecté aux gens les plus sincères. Les poêles , la bière et la fumée de tabac forment autour des gens du peuple une atmosphère lourde et chaude dont ils n'aiment pas a sortir. Cette at mosphère , dit madame de Staël , de laquelle on emprunte ce tableau, nuit a l'activité, qui est au moins aussi nécessaire à la guerre que le courage ; les résolutions sont lentes ,

le découragement est facile, parcequ'une existence d'ordinaire assez triste ne donne pas beaucoup de confiance dans la fortune.

La démarcation des classes de la société, beaucoup plus positive en Allemagne qu'elle ne l'était en France, n'a rien d'offensant ; la bonhomie se mêle à tout , même à l'orgueil aristocratique; et les différences de rang se réduisent à quelques privilèges de cour , à quelques assemblées qui ne donnent pas assez de plaisir pour mériter des regrets.

Les femmes allemandes, ajoute madame de Staël , ont un charme qui leur est tout-à-fait particulier , un son de voix touchant , des cheveux blonds , un teint éblouissant ; elles sont modestes et sentimentales; leur éducation est soignée; leur société n'est pas bien amalgamée avec celle des hommes.

Les familles souveraines se répandent volontiers dans la société, savent se mêler noblement à la nation, s'identifient dans tous les cœurs avec la patrie.

Dans Je nord , les grands cultivent les sciences et les lettres; on ne s'astreint point chez eux à la séparalion de rang , si nuisible à l'agrément de la société.

La nation allemande est celle de l'Europe chez laquelle l'instruction est le plus généralement répandue. Tout le nord est rempli des universités les plus savantes de cette partie du monde; l'éducation intellectuelle est parfaite. Depuis la réformation , les universités protestantes sont incontestablement supérieures aux universités catholiques.

Le goût pour la musique est inné chez les Allemands ; les habitants des villes et des campagnes , les soldats et les laboureurs , la savent presque tous , et chantent fort juste.

Toute la nation montre beaucoup de dispositions pour la mécanique ; on lui doit une foule de procédés nouveaux dans les arts. On attribue l'invention de la poudre à canon à un Allemand; c'est uu Allemand qui a inventé l'imprimerie.

La langue allemande dérive du teuton; elle se divise en

en deux branches principales , distinguées par la dénomination de haut et bas allemand. Les rois francs en faisaient usage; Charlemagne et son fils Louis I la cultivèrent; celui-ci ordonna de traduire la Bible dans cette langue, et l'employa même dans la rédaction de plusieurs lois. Sous le règne d'Othon IV ( 1 108 à 1 1 18) , on commença à s'en servir dans les diètes et dans les actes publics. Elle a eu ses diverses périodes de culture et de perfectionnement. ( Voyez Littérature allemande.)

L'allemand ne porte pas dans sa langue le nom par lequel nous le désignons; il se donne celui de Deutsch , au pluriel Deutsche, et appelle son pays Deutschland. C'est par un malentendu que les Français ont attribué à cette nation le nom d'Allemand.

Les Alemani ou Allemanni , Allamanni , A la b a ni, étaient des guerriers teutons, qui, dans le troisième siècle de l'ère chrétienne, se formèrent en confédération dans le pays compris entre le lac de Constance, le Danube, le Rauhe-Alp, le Mein et laLahn. A Test, ils confinajent avec les Suèves , et plus loin avec les Bourguignons. Leur territoire était divisé en cantons , quelques uns nommés d'après leurs habitants. Leur nom, qui se traduit par tous hommes, dénote également et leur origine mélangée et la bravoure commune à tous. Ce fut d'abord une armée, qui ne tarda pas à devenir un peuple puissant.

Les Romains ressentirent bientôt les effets de la valeur de ce peuple, qui s'était établi sur les frontières de l'empire, où il fit des invasions fréquentes. Les Allemands combattaient principalement à cheval; et leur cavalerie était d'autant plus formidable , qu'ils la mêlaient à de l'infanterie légère, choisie parmi les jeunes gens les plus déterminés et les plus actifs, qu'un long exercice avait habitués à suivre le cavalier dans les marches les plus longues, les charges les plus rapides , ou les retraites les plus précipitées.

Ce fut sous le règne de Caracalla qu'on entendit pour la

ALL 557 ►remière fois parler des Allemands. Cet eoipereur avait de 'affection pour eux; il adopta leurs vêtements et leurs nœurs; il fit construire dans leur pays des forts et des >ains ; des A^emands furent admis dans les rangs des arnées romaines. Car! calla étant parti pour l'Asie , les Allenands vinrent occuper la rive droite du Rhin, et envahirent a Gaule. Alexandre Sévère marcha contre eux ; il fut aslassiné au milieu de ses préparatifs. Maximin , son successeur, les repoussa ; mais ils continuèrent à infester les fronières , et augmentèrent le désordre général qui suivit la iiort de Décius. Ils dévastèrent plusieurs riches provinces Je la Gaule , et , suivant la remarque de Gibbon , soulevèrent les premiers le voile qui couvrait la majesté débile de l'Italie. Un corps nombreux d'Allemands pénétra par les Alpes rhétiques dans les plaines de la Lombardie , s'avança jusqu'à Ravenne , et déploya presque à la vue de Rome ses enseignes victorieuses.

Le danger ralluma dans le sénat quelques étincelles de son ancienne vertu ; les deux empereurs Gallien et Valérien étaient occupés au loin; il prit de nouveau la défense de l'état. On fit sortir les prétoriens laissés en garnison , les rangs furent remplis par les plus robustes des plébéiens qui offrirent leurs services. Les Allemands, étonnés de l'apparition soudaine d'une armée qui leur était supérieure , se retirèrent , chargés de dépouilles , en Germanie. Gallien conclut avec eux un traité qu'ils enfreignirent ; ce prince les défit dans les plaines de la Lombardie. Après sa mort, ils passèrent le Rhin ; Probus les repoussa de l'autre côté. Sous ses successeurs , ils ravagèrent en vainqueurs la Gaule jusqu'à Langres; Constance Chlore les chassa au-delà du fleuve. Ils profitèrent plus tard des troubles de l'empire pour revenir dans la Gaule ; s'établirent à demeure à l'ouest du Rhin , et s'emparèrent de toutes les forteresses romaines le long de ce fleuve ; cependant ils ne s'y cantonnèrent pas, parceque, suivant l'expression d'Ammien Marcellin , ils aimaient tant la lî-

berté qu'ils regardaient les villes comme des prisons. Julien étant César*, leur fit sentir encore une fois la puissance des armes romaines. Il les battit près de Strasbourg, les alla ensuite attaquer au-delà du Rhin, et les contraignit à faire la paix. Ils rentrèrent dans les ttaules%n 565, sous le règne de Valentinien, qui remporta sur eux une victoire complète, et les renvoya au-delà du fleuve. A l'époque de la grande migration des peuples , au cinquième siècle, le* Allemands traversèrent le llhin , prirent possession de la rive gauche, chassèrent les Bourguignons , s'étendirent au nord jusqu'à l'embouchure de la Lahn; et au sud , poussèrent leurs conquêtes dans l'Helvétic jusqu'au Jura et au lac de Genève. Jaloux des progrès de Clovis dans les Gaules , ils prirent la résolution de partager ses acquisitions ; ils envahirent le royaume de Cologne. Alors le roi «les Francs marcha contre eux, et les défit entièrement à la fameuse bataille de Tolbiac ou Zulpich, dans le pays de Juliers , en 486. Leur roi fut tué dans la mêlée ; il> devinrent sujets de Clovis, et, cessant de faire un peuple à part , ils furent incorporés dans la nation des Francs. Cependant ils conservèrent , sous des ducs héréditaires, l'Alsace avec les pays situés au-delà du Rhin , et bornés au nord par le Necker , la Muhrr et la Iaxt. Ces ducs reconnaissaient la haute souveraineté du roi des Francs. Une partie des Allemands passa dans la Khétie et la Norique , où ils furent reçus par Théodoric , roi d'Italie. Ils restèrent dans la dépendance du royaume des Ostrogoths jusqu'au déclin de celte monarchie, vers le milieu du sixième siècle , époque à laquelle ils passèrent sous la domination des Francs.

Leurs incursions continuelles dans les Gaules , et les éta blissements qu'ils y formèrent , ayant accoutumé les habitants de ces contrées à les connaître plus que les autres peuples teutons , firent tomber en désuétude ce dernier nom et celui de Germains , et l'usage prévalut , à la rire gauche du Rhin , d'appeler Allemands tous les peuples de

ALL 559 race germanique. ( V oyez Germains , Francs , Empire d'Allemagne , Confédération germanique. )

Géographies de l'Allemagne. — Bascbing, Hasselt, Stein.

Hérodien , Ammién Marcellin , Spartien , Aurélius Victor. — Pfeffel. Abrégé chronologique de l'histoire et du droit public d'Allemagne. Paris, 1777 , a vol. in-12. — Koch. Tableau des révolutions de l'Europe. Paris, j8i4, 4 vol.in-8°. E...S.*

ALLÉSOIR. {Mécanique.) On donne ce nom à tout instrument destiné à percer un trou rond dans une pièce de bois ou de métal, l'agrandir, le polir intérieurement; et, sous ce rapport , les vrilles et les équarrissoirs sont des allésoirs; mais on applique plus particulièrement cette déno-* mination aux grandes machines dont on se sert pour arrondir les tuyaux de bois ou de métal dans lesquels on fait jouer un piston de pompe, les coussinets qui doivent porter un arbre tournant, et autres ouvrages de même sorte. Ce serait sortir de notre sujet que de décrire ici ces instruments, .dont les plus parfaits sont figurés dans le nouveau Dictionnaire de technologie, et dans le numéro de janvier 1823 du Bulletin de la société d'encouragement, ouvrages auxquels nous renvoyons les personnes qui désireraient de plus amples développements sur ce sujet. F.

ALLIAGE. [Mathématiques.) Il y a deux sortes de règles d'alliage ; savoir , celles où , donnant les quantités à mélanger et leurs prix , on demande le prix de l'unité du mélange; et celles où, donnant au contraire les prix des substances, on veut mêler de telles proportions de chacune que le prix d*i mélange se trouve fixé d'avance. Voici les procédés relatifs à ces deux sortes de problèmes.

L Si je mêle 25 bouteilles de vin à 5o centimes chaque, avec 35 bouteilles à 80 centimes, pour trouver ce que coûte chaque bouteille du mélange , j'opère ainsi qu'il suit :

25 bouteilles à 5o c. . . font . . 1 ,25o c.

60 bouteilles coûtent 4>°5o c.

56o ALL

Donc, en divisant 4.o5o par 60, je trouve que la bouteille du mélange revient à 67 centimes et demi.

Dans l'exemple suivant, le mélange est formé de substances à trois prix différents. On a du blé à 24, à 27 et à 3o fr. Phectolitre; on en veut mêler ensemble 10, i5 et 9 hectolitres à ces prix respectifs, on demande ce que vaudra l'hectolitre du mélange.

10 hectolitr. à 24 fr. . . font . • 240 fr.

34 hectolitr. coûtent 915 fr.

Ainsi, en divisant 915 fr. par 34, on trouvera que l'hectolitre du mélange vaut 26 fr. 91.

On a fondu ensemble un lingot de 4 kilogrammes d'or au titre de 0,95 (voyez ce mot) avec un autre de 5 kilo grammes h 0,86 , on demande quel est le titre du mélange.

4 kilogram. à 0,95 . . font . . 3, 80 5 à 0,86 4»3o

9 kilogram 8,10

En divisant 8,10 par 9, le quotient indique que Tordu mélange est à 0,9 de fin.

Dans tous ces calculs, on admet que les substances mêlées n'exercent les unes sur les autres aucune action chimique ; en sorte qu'il ne se produit ni condensation , ni dilatation , ni perte de matière. L'expérience est en général contraire à cette supposition ; mais le résultat du calcul est considéré comme donnant une grande approximation.

II. Pour résoudre les questions d'alliage de seconde espèce , on opère comme nous allons le faire sur le premier de nos problèmes présenté en ordre renversé. Combien doit-on mêler de bouteilles de vin à 5o c. et à 80 c, pour que le prix de la bouteille du mélange soit

ALL , 56i

G7 c. i? Je dispose les nombres donnés dans l'ordre suivant :

^ • c , - i ju S 5o • . . diff. j 2 T.

Pr,x moyen, 67 i; prix donnés, |go m ^

Le prix du mélange doit nécessairement être intermédiaire entre ceux des liqueurs à mêler; 67 \ est plus grand que 5o, et plus petit que 80. .Je prends les différences entre ce premier nombre et chacun des deux autres , et j'écris ces différences en ordre inverse, c'est-à-dire la première, 17 i, sur la 2€ ligne , et la seconde, 1 2 £, sur la ir* ligne. Ces nombres m'apprennent que, si je mélange 12 bouteilles y de vin à 5o c. avec 17 \ à 80 c. , le vin reviendra à 67 c. \9 ainsi qu'on peut s'en convaincre par le calcul qui se rapporte aux questions de la première espèce.

Observez que ces problèmes sont indéterminés ( voyez ce mot ) , c'est-à-dire qu'ils ont une multitude infinie de solutions. Dans notre exemple, si on double les résultats, on aura 25 et 35, qui conviendront aussi bien que 12 i et 17 \ : on pourrait de même tripler, quadrupler... et en général multiplier ces deux derniers nombres par telle quantité qu'on jugerait à propos, soit entière, soit fractionnaire.

Si donc on «roulait emplir avec de ce vin mélangé un tonneau dont la capacité serait de 240 litres , il faudrait poser ces proportions :

Si 1 2 i » plus 1 7 1 , ou 3o c. , répondent à 1 2 \ , à combien 2^0 c. ?

Si 3o répondent à 17 i, à combien 240?

Ces calculs, qui sont de véritables règles de société, montrent qu'il faut mêler 100 bouteilles de vin à 5o c. avec i4o à 80 c, pour composer 240 bouteilles à 67 c. T.

La question suivante présente toutes les difficultés de ces sortes de problèmes. On demande de composer 7 kil. 54 d'argent à 0,9 de fin*, en alliant des poids convenables de 1. s 36

ce métal aux titres de 0,97 et de 0,84 : combien doit-on prendre de chacun?

Titre moyen, 0,9; litres donnés, ^0,q? ' * " 0,°^ ' J ^0,84 . . . diff. 0,07.

On doit prendre 0,06 de l'un sur 0,07 de l'autre» ou 6 kfl. sur 7, pour que le Utre du mélange soit 0,9; mais , pour que l'alliage ait le poids fixé de 7 kilogrammes 54, on posera i5 : 6 : : 7,54 : « = 3,48 : ainsi , en prenant 3 kil. 48 d'argent au titre de 0,97, et par suite 4 kil. 06 à 0,84, l'alliage sera au litre de 0,9 , et pèsera 7 kil. 54'

Quant à la démonstration du procédé de calcul que nous venons d'exposer, nous emprunterons le secours de l'aigèbre pour la donner. Supposons que p et p1 soient les poids mélangés de deux substances, savoir, k de la première, kl de la seconde; il est clair que p-hpf est le poids total, et que le prix est pk + p'k'; ainsi le prix de l'unité du mélange étant appelé m, ou a,

m{p + p')=pk + p'k< (1) p A; + p'kl

D'où. .... m = - J, (»)

Jusqu'ici nous avons raisonné comme s'il ne s'agissait que de résoudre un problème de la première espèce, où on veut trouver m, connaissant les poids », p' et les prix k et kl. Mais si on donne le prix moyen m, et les prix k, kl , des deux substances, pour obtenir les poids p , p', de chacune dans le mélange, il faudrait tirer de l'équation unique (1) les valeurs des deux inconnues p et pf ; ce qui justifie ce que nous avons avancé, que le problème est indéterminé. On peut en conséquence disposer à volonté de la grandeur de Tune de ces quantités p9 p', ou de leur somme , ou de leur différence, ou de toute autre relation entre elles.

En tirant la valeur de p, on trouve :

ALL 565 t , puisque la quantité p1 est arbitraire , on peut la prendre ;ale a u dénominateur, oup'=m — k; d'où résulte p = k' — m. lusî j) et p' sont, comme nous l'avons dit, égaux aux difrences réciproques des poids donnés au poids moyen. Et puisque l'équation est encore satisfaite quand on ouble, ou triple, etc., les deux membres, on voit qu'on eut faire varier p et p' comme on voudra , pourvu que ces nantîtes conservent le même rapport, qui est

J'-^ITk F.

ALLIAGE. (C/itmte.) Composé résultant de la combinaion réciproque de deux ou de plusieurs métaux. On donne 3 nom particulier d'amalgame aux alliages dont le merure fait partie. Nous ne parlerons ici que des alliages principaux employés dans les arts. Quant à la théorie de eur composition , voyez celle des proportions définies.

Amalgame d'étain, employé pour étamer les glaces. Sur me feuille d'étain laminée , posée bien horizontalement, m verse une couche de mercure assez épaisse ; le mercure f adhère aussitôt. Glissant ensuite une glace aussi près que possible de la feuille d'étain , on chasse tout l'excès de mercure ; et ayant soin de charger la glace de poids , l'amalgame qui se forme s'attache fortement à la surface du verre.

Amalgame d'or. Ayant fait chauffer du mercure dans un creuset , on y introduit un sixième de son poids d'or en lames rougies au feu. L'amalgame ne tarde pas à se former. Quand il est bien homogène , on le retire du feu , et on le soumet, dans une peau de chamois, à une pression suffisante pour expulser l'excès de mercure à travers les pores du cuir. Celui-ci retient une masse jaunâtre, de la consistance du beurre, formée d'une partie d'or et de deux de mercure. On emploie cet amalgame dans la dorure des métaux. S'agit-il, par exemple, de dorer de l'argent , on plooge celui-ci dans de l'acide muriatique pour en nettoyer

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