‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 104 sur 120 · RÉCOLLETS · texte numérisé non relu

RÉCOLLETS

RECOLLETS. Les Récollets forment une des branches de l'ordre séraphique, et ont le même Général que lesCordeliers. Jean Puebli, de Ferrare, fut le premier auteur de cette réforme , qui commença en i^Qo , et fut secondé par le

bienheureux Pierre d'Alcantara , dont les traits d'austérité font frémir.

Il avait la tête pleine d'ampoules et de bosses des coups qu'ils se donnait en passant par les portes , où il se heurtait exprès* Il marchait les yeux fermés, sans s'inquiéter des cailloux, ni des épines qu'il rencontrait en chemin , et qui déchiraient ses pieds toujours nus. Il portait sur la chair un rude cilice tissu de cordes pleines de nœuds ; ou une chemisette de fer-blanc. Pendant quarante-sept ans ^ il ne manqua jamais de prendre la discipline deux fois toutes les nuits ^ tantôt avec des cordes trempées dans le vinaigre, tantôt avec des liasses d'orties, ou bien avec des chaînes de fer. Avant sa mort , il demanda pardon à son corps de tous les mauvais traitemens qu'il avait exercés contre lui.

Les constitutions des Récollets, promulguées en Espagne , et confirmées en France par les Chapitres généraux , sont de la dernière rigueur. Prison perpétuelle, tortures, supplice du feu 9 peine de mort , tels sont les châtimens réservés à certains crimes. Toute récréation leur est interdite. (i(Nou3 supprimons, disent-ils dans » leurs statuts généraux ( édit. de 16 1 3, ch. 4^ » n. 94), le chapitre de notre règle, qui permet » de représenter des pièces de théâtre , et d'em-

» et de poulets ^ de dindonneaux ou de cochons » de lait. »

Quand le Frère est sorti de le maison ^ il prend |^es tablettes qu'il porte toujours sur lui pour écrire ce qu'on vient de lui promettre , et marche ensuite vers quelqu'autre endroit pour y faire la même demande.

Lorsque les Frères quêteurs sont de retour à la maison y ils font un mémoire de tout ce qui leur a été promis, le présentent au Père Gardien, qui l'examine, et leur dit ce qu'il pense du succès de leur quête; ensuite il fait venir le garçon ou valet de la maison, à qui il iremet cette liste, et lui ordonne de prendre le mulet du couvent, de le charger des paniers destinés à cet usage , et d'aller che^xher la volaille. •

Le temps des récréations arrivé, le Père Gardien, accompagné du Père Vicaire, va rendre visite auï Messieurs qui ont coutume de donner chacun un repas aux Capucins pendant les récréations , et l'on conçoit assez que ce sont les principaux de la ville. On commence toujours la visite par le Ph^ Syndic (i) , parce que c'est

(i) CTëtait un des plus riches et des plus considérables bourgeois de la ville que les Capucins choisissaient pour avoir le maniement et la conduite de leurs affaires tempo-

MONASTlQtîÈ. . 385

lai qui, par droit, ou plutôt pat* devoir de bienséance annexé à sa charge, donne ordinairement le premier repas aux Capucins 1

Le compliment ordinaire du Gardien est ain^i conçu : « Voici bientôt le temps des réci^éâtions; » nous espérons qiie Monsieur voudra bien alors » honorer notre réfectoire de sa présence, selon » sa bonté ordinaire : c'est pourcfuoi nous le » prions de nous faire là grâce de venir une fois M souper avec nous pendant les récréations. — » Je vous suis bien redevable , mon R. P. , de » rhoïiiièui' qiie vous mé faites; maïs quel jour » m'assig&ércîz-vou^? — C^Iui qu'il vous plaira » dé èhoi^r. Td

Quand le jour doAt on est convenu est arrivé, le matin , et le plus sou^ôiit là veille, le Gardien se tend encdfe iiAe fois cieâi lé Monsieur, pbur le prîei' non-seùléméht d'assîsVer lui - même au l'épasf, niaisi aussi dé éhbish* ceux àe ses ainis qu'il liii plàii'a pbur ï'icéonifpàgner.

Il I ■ ■ ■ ■ 111

relies. Depuis , la charge de Syndic de ces bons Pères ne devint pliii q^'ufi' fiire' d*K6hhear, iptirtié qHie lés Gardiens s'çmparà'rài insetisiblemèiit de. la direction du temporel aussi bien que. du spirituieh ^^e. Syndic se trouvait obligé , plus qu'aucun autre , .par bienséance , de donner un repas aux Capucins pendant leurs récréations , et c'était même ôi^dinàirëihMl lin qui dosait! l^'^A^anlë.

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Les réci:ëations durent ordinairement, quinze jours y c'est-à-dire , les deux semaines qui préce dent immédiatement les carêmes' des Capucins. Quand ce temps est arrivé , le Supérieur , qu'on appelle Gardien y frappe deux coups sur la table avec le bout du manche de son couteau , et prononce cette harangue :

e Deo gratias* Mes RR. P. et F. ^ c'est au- » jourd'hui que commencent nos récréations » pour un tel carême : vous savez que c'est un M temps de relâche que notre sainte mère la Re- V ligion y qui est une bonne mère , accorde à » ses enfanspour les empêcher de succomber » sous le poids des austérités; mais quoique nous » fassions trêve de mortifications pendant ce » temps-là, et qu'il nous soit permis de nous » réjouir et de nous divertir ensemble , nous ne M devons pourtant pas abuser de l'indulgence » que la Religion a pour nous ^ noua devons^ au » contraire , toujours nous souvenir que nous » sommes religieux. Ainsi j'exhorte un chacun » de vous, et principalement les jeunes gens, de » se contenir dans les bornes de la modestie et » de la tempérance , et d'être* attentif sur eux- » mêmes , surtout lorqu'il y atira des séculiers à » manger avec nous au réfectoire. Je recom* » mande encore , qu plu0t je commande très-

» étroitement au Frère Réveilleur de ne pas » manquer à sonner Matines pendant ces quinze » jours-ci y pour ne pas mal édifier les séculiers, » car ils savent que nous sommes en temps de » récréations, et ils auraient lieu de conjecturer » que nous avons outre-passé les bornes de laso- » briété , s'ils n'entendaient pas notre cloche à » minuit. Ainsi , je le répète, j'enjoins au Frère » Réveilleur d'être exact à sonner Matines, et^ >* s'il y manque , il peut compter que je lui ferai » administrer la discipline totiesyuoties, nonobs- » tant le temps des récréations. Nous accorde- » rons néanmoins h la Communauté le repos » qu'on a coutume d'accorder pendant les i*é- » créations , par rapport aux Matines* On ob- » servera seulement l'ordre ordinaire pour m- » tisfaire au chœur (i) : nous commencerons le » Père Vicaire et moi ; après cela , ce sera^ le » tour du Père ancien , et ainsi de suite. »

Tous les jours ,' pendant les récréations (le

(i) La Communauté n^allait pas à Mâtines & minuit pendant les récréations ; chacun les disait en particulier dans sa chambre, ou était censé les clire. Il y en avait seulement deux chaque jour qui étaient chargés d'aller au chœur redire Matines à Toix basse , et ils y allaient ou le soir ayant de se coucher, ou le matin avant Theure du réveil ; ce qui s'appe> lait satisfaire au chœur.

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vendredi excepté , patce qu'ils sont obligî^ par leur règle de jeûner ce jotir*là) , après la messe conventuelle (i), on se rend au réfectoire. Le Gardien préside ordinairement au déjeûner ; du moins il ne tient qu^à lui de s'y trouver, car le Supérieur a droit de dire la messe 2i sa commodité'. Aussitôt que les rdigieul sont arrives au réfectoire , le Dépensier étend une nappe , ou bien deux ou trois serviettes sur une des tablés. II apporte ensuite la corbeille au pain et une grande crucbe au vin, qu'il à soin de remplir quand il est nécessaire; on apporte c^ri t&èine temps de la cuisine troiâ ou quatre plats qui contiennent autant de mets différenst chadtm prend sa tasse dans son 'tiroir, et on déjeune. Après le déjeuner^ on s'occupe à «quelqucfs- Un* des jeux qui sont alors en: usage; {/^^(j^&JîJÉtTX.) Cependant le pain et la crucbe ati vin qu^on remplit de: temps en temps , l'estehl toujours sur la tabl«; on y laisse aussi le jamb^Â êï qùeï(|ues autres plats , parce que les Pères , à mesure

qu'ils ont dit la me^e ^ vie(niieii;t > cbacCfn à leur

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y (i) On aj^pelak iiieiiieeoDTeDiu»U((^{lé&ltic[uelîéi^Hft<^ UifiQt Qii d« monis .devineiit a^iÂtte^ ^ Fi^èréi tais et les

Cé\»iX le.P^re Senfalnièp 'qttrdbmt«t0«^rS^ cette' hicn^'V entre six et sept heures du malin.

honàstiqub. "' 3feg

lour, au réfecloûre manger uu morceau et Loire quelçpijcs coups ; de sorte que le déjeuner^ de ceUe pianière, dureà peu pvès jusqu'au dîner. L'ixeure du dîner arrivée , on frappe la tuile {voyez ce mot), attous les religieux se rendent au rëfectoiire.* Le premier objet qui réveille et qui inspire la joie, c'est qu'on voit, en y entrant^ à toutes les places, les qrands pots ou les pots de récréations (i)» Après le Bénédicité^ chacun se met à sa place., et le Père Hebdomadaire ou Se- SBainiër éprend un Sïouvéau-Te^ament latin , et commence la lecture ; maii» quaiid il a lu $ept ou huit lignes , le Gardien l'interrompt en frappant deux coups sur la table avec le manche de son CQuteau : « C'est assez lu pour le présent ; nous »> sommes en temps de récréation, il faut, nous » réjouir eijtsemble, et boire à la santé les uns . » des autres. » On sert ensuite à manger, et auasi. abondamment que si Ton n'avait pas dé* jeûne; Après la soupe et le bouilli , viennent les

■ I ■ ■ ' I I II ■ I I n I I >■ ^ I ^ Il •

(i) Il y avait deux sortes de pots 4 là dépense : les petits pols^^et les pots ordinaii^s , que Toii servait cpmmunément daçLfles^ autres )teii\ps $ et le#5 ^^jaio^lspoU » qu'o^ loeitftiteQ séquestre , et qu'on réservait pour, le tei^ps 4es réc^^^f^tipni et certains jours de fêtes solennelles . Pendant les récréations, ' on les servait tous les jours : voilà pourquoi on les appelait .pots de Fécréfttions.

3^0 ENGTGIiOPÉOIE

portions de tourtes ou de yeau à l'étuvde> de volailles en ragoût ou de cochon . de lait rôti. Immédiatement après avoir mange la soupe ^ le Gardien prend sa tasse, y verse du vin, puis; salue le Père Vicaire , et ensuite nous les religieux de la Communauté, chacun selon son rang.

Quand le Père Gardien a bu, le Père Vicaire prend la tasse à son tour, exhorte tous, les religieux à en f^ire jutant; et, lorsque les tasses sont pleines : Mes Révérends Pères j dit-il, (^est a la santé de notre Bévérend Père Gardien que je, vous la porte à tous* Aussitôt tous les Capucins répètent : jà la santé du Révérend Père Gardien ! On carillonne cette santé, en frappant le dos du couteau sur le bord de sa. tasse- ou de son pot; ils boivent ensuite à la santé les uns des autres, et s'entretienn^t, gaîment ensemble,

Sur la fin du repas, le Frère Dépensier fait le lour du réfectoire, la cruche de vin à la main, et en remplit la tasse de chaque religieux (c'est ç(B qu'on appelle passer le gorgeon» y oyez ce uxot )• Ce gorgeon sert à ranimer la joie ; on crie s DerecheJ à votre santé , notre cher Frère j vivent les récréations I C'^t la coutume de faire passer le gorgeon , toutes les fois qu'on rompt Ip isilence au réfectoire; et un Gardien qui. veut

MONASTIQUE. 3qI

s^attîrer Taffection des religieux , et faire rechercher son couvent , n'a qu'à rompre souvent le silence au réfectoire^ et à faire gorgeonner à proportion ; c'est un moyen infaillible de se faire la réputation de Supérieur libéral et bienfaisant envers ses religieux.

Après le dîner ^ on va faire quelques petits tours de promenade au jardin ; ensuite les uns sortent en ville pour aller rendre visite à leurs amis et à leurs dévotes ; les autres retournent au réfectoire pour reprendre les jeux que le dîner avait interrompus^ et qu'ils ne quittent que pour aller à Vêpres et à Gomplies , ou pour se rendre au parloir, car les dévotes sont encore plus assidues que jamais à venir au couvent. Elles savent que c'est le temps des récréations , et viennent prendre part à la joie , et en, même temps l'augmenter. Quand la foule est un peu trop grande au parloir, et qu'on est bien aise d'être plus libre, on se retire dans un petit coin de chapelle ou dans quelqu'allée sombre , sous prétexte de direction ou d'affaires particulières. Ce n'est pas toujours Tamour de Dieu qui fait la matière du discours ni l'objet de sa pensée.

Il arrive quelquefois des aventures assez plaisantes.

* Un jeune religieux s'était retiré avec uhe

3^2 ENCYCtOPÉOIf

dévote da.ps. une. allée oh^q^re .qui était eulre deux chapelles. Pendant (lyHÀh. étaient dans cet endroit à passer le temps ^ 3^s s'ennuyer ensemble /ils entendirent tout à coup les pasd'une personne qui venait vers eux : c'était le Sacrîs* tain qui voulait passer par l'allée où ils étaient , ppur se rendirç d^i^ une chapelle qui était un peu plus loin 9 et y arranger appareminent quçlque çhpsp. Cet événement décoqcecVL fort notre hpmme; il ne savait qine^pa,rti prendre ^ ni. quelle Çgure faire, lorsque la jeune dévote le ùva^ tout à coup d'embarras. Elle le prend et lepou^çe sur un banc qui $e jbrpuvaîjt là^ se j^tte en nieme tqmps à .$esgenq[ux9 et lui, parle. à l'orçille ^ qo^l^le si eUe se JËià; <^^ Sa-

cristain ayant ouvei't }a po^te t/^^ voyant, dans cetje posture ; jcrut,.que c'était ^i^ie . personne qui était à çp^ifesse, ,etf^ retira, pwr: nepw les intero^fupre.

Voici une hgbtoire. d,*\^n Directeur ,qui |ie se tira pas mal d'affaijre^ans upe sçmlJflljle.flfQfiaT sionv Quelqu'un l'ay^t appr-çu ^d^^gt rjp fond d'une ,çh9pejile,i)ù il i^p pe.poipppyt^it pjyj Jfcjrt modestement avec une dév^]^ ^ <a)la 4e ^^fiqnqsr

s»y-^ç.Qbamp ,^}i J^sip4risw j. fi^WrPi 4w«endit

au plus vitC; se mit en embuscade dans .UQ;4@^ tambours del'égli^e^ et enir^puvfit.^out^ douce-

MON ASTI QU£r SgS

ment la porte pQur observer ice qui ^e pa^it. Le Directeur, quis'étaitapçrçu,,desQiiçô.lé, qu'on l'avait dëcqviyert^ se teuait sur ses^gard^, et iàisait;. comme ondit^ la guerre à l'œil. Il remarqua le mouvemeut de la Iporie, et vit qu'on l'épiait | aussitôt il c|iange de ton avec sa dévote , prend en ma^n. son chapelet, et lui montrant un petit crucifix qui peti^d9,it au bout de ce cl^apedet, il lui parlç de déyptipn avec la plus gjrafide f e|:vqujr du p:^Qnde, et la p,iréche yigoureusepient. Le Gardien, apcès avoir. été quelque ][^mp^^ aui^ fig^ets> fut obligé 4^ se retjircr, ad^l)rant en lui-même la souplesse du personnage ^ ça^r il se douta bien que ^on. fait n'était que papela^idise. Mais révélions à pips récréations. Le spir^ qMand les messiei^rs qui doivent j(;aai:iger axi çquvent sont arrjivés^ et q^e les9i;pçjL%est,appor,té de çi^ez le cuisinier^ qn j Itrpuye un . ch^pgemçnt de.d4cçratîp;ii : l'pn voit, une fir^ftd^ ^t^ble^d^'içs- Agç a^flailieu di\ ^éifec^ftire , al^e^, autapt:dç çpuvçr !^ qij'il ^,£a^t Jft^r - le ftoiftbr^? 4^ Ao^ml^f jÊtlss b9ut^Mleçjso»î,ra«gç> lolç ç[^u|:,c6jp;5 wr k^ \j^\es pu les r^ligiei^x mangen ( ordinairetuçÀt* JPans Ips çpuvçns, . npa,i3i|îw?ins , pu la Çpwnu- WftVtée^tjfpft flipu^ferçuse, p^di^pse lçs.,cbose^ /amriw^nt : on préparei ;i:ip.ç «ibleppur^f^ .îftçssieur^ ^u haut du ré£e€U>ire.

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Le Behedicite dit, on se met à table ^ et, quand diacun a pris séance > le Père Semainier commence une lecture de même qu'au dîner, mais pour la forme seulement^ car à peine a-t-il lu deux ou trois lignes, que le Gardien Tinterrompt : « Père Hebdomadaire, lui dit-il, ayez la » bonté de finir, s'il vous plaît ; nous ferons la s» lecture une autre fois , il y à temps pour tout : » puisque ces messieurs nous font aujourd'hui » la grâce de venir souper avec nous , il est bien » juste que noua interrompions la lecture pour « avoir l'honneur de les entretenir et de boire à » leur santé. »

On ne songe plus ensuite qu'à se réjouir et qu'à s'entretenir gaiment ensemble* Peu de temps après la lecture, le Gardien prend son verre, y verse du vin, et exhorte tous les religieux à en faire autant. Quand ils ont tous le verre plein : Mes Itépérends Pères et chefs Frères , leur dit-il , c*est à la santé de M. N. , notre bienfaiteur,j)our lui témoigner notre reconnaissance du bon souper qu^ il veut bien nous donner aujour^ d^hvi. Aussitôt les religieux répètent \ A la santé de M. JV. , notre bierifaiteur! et ils carillonnent cette santé en frappant également avec le dos du couteausur les verres. A.uboutde quelques autres momeus , on recommence la îoiéme cérémonie :

MONASTIQUE. , SqS

eliacua reprend son verre , et boit à la santé de madame son épouse : car 4es dames ne peuvent pas assister à ces sortes de repas , à moins qu'elles ne fassent irruption d'elles-mêmes , comme il arriva un jour au couvent de M ••.., en Picardie. Plusieurs dames s'étaient assemblées pour se régaler et se divertir entr'èlles y pendant que leurs maris étaient allés souper chez les Capucins. Quelques-unes s'avisèrent de proposer a\ix autres d'aller surprendre leurs maris et les Capucins au réfectoire. La résolution fut bientôt prise , et cette belle troupe se mit en route pour l'exécuter. Elles vinrent donc sonner à la porte du couvent: on en avait confié les clefs au garçon , avec ordre d'aller âula porte si l'on venait sonner pendant le souper. Aussitôt que celui'-ci eut .ouvert la porte , toutes ces dames fondirent dans le cloître , et se firent conduire au réfectoire. Les convives furent bien étonnés de voir entrer ce redoutable escadron. Le Gardien leur dit que si Monseigneur l'Ëvéque apprenait qu'elles étaient entrées au réfectoire > il pourrait bien le faire punir. Enfin , après une petite discussion entre ces dames et le Père Gardien , on fut obligé de leur faire place ; il y eut même pinceurs Capucins qui s'acquittèrent très-volontier^ de ce devoir de civilité, et qui auraient

bien voulu recevoir souvent de pareilles visites pendant les soupers des récréations.- Quelques^ uns voulurent entamer la chanson^ mais le Gardien les pria de ne point chanter ^ de peur qu'on n'entendît leursvoix du voisinage* Sur la £n du repas^ il pria ces dames de vouloir bien sortir un moment avant leurs maris ^ et de les attendre à la porte du couvent^ comme si elles fussent venues^ en se promenant , au devant d'eux. «

Quand on vient au dessert^ on ehante des chansons bachiques et quelquefois un peu badines» Comme on pousse la récr^^ation assez souvVent d^ns la nuit ^ on consulte les montres des Messieurs , lorsqu'on se. doute à peu prés que minuit approche; car s'il leur arrivait de-manger ou de boire après les douze heures de la nuit sonnées, ils ne seraient pas en état de dire la messe ce jour-là, selon le précepte d^ notre Mère Sainte Église : mais il est bien dtiBcrle, an milieu de la joie^ et lorsqu'on est échauffe par la boisson et* la bonne chère, d'être sur ses gardes , et ^e faire toujours assez d'attention pour ne pas être attrapé quelquefois.

C'est pourtant ce qui arriva un jour au couvent de J. . . • .^ Les Me^ieurs de la ville , qui régalent assez souvent les Capucins, leur donnaient

. MONASTIQUE. 3g']

à soaperlaveille des Rois. Au commencement du dessert 9 on consulta lés montres , et l'on vit avec plaisir qu'il y avait encore loin jusqu*à minuit.

Gomme le vin de J est vif et pétillant, on se

mit tellement en train, qu'on oublia de denlander l'heure qu'il pouvait être. On venait encore de boire à la santé du bienfaiteur, lorsque quel- 4ju'un s^avisà dé dire : Mais quelle heure est-il donc? Aussitôt les Messieurs regafrdent à leurs montres, et l'heut-e fatale était expirée. On se leva de table à l'instant , ou dit les Grâces , et l'on reconduisit, selon la coutume, les Messieurs jtos^u'à la porte.''^ Pendant qu'on leur Sôubaitâit lé bonsoir, on entendit une heure qui sonnait à là ville. Les portes ferinées, on tînt conseil : « Eh ! mon Dieu ! comment ferons- » nous? dirent quelques-uns; il est une heure » apifès mmiiit ^ n'oûs né sommes pas en état » de dire la niess^; il vîèridra pourtant bien du » mondé dan^ là matinée pour rèntèndré. Quel » scàndftlel poi^nt de* me^sèsf au coûtent le » j<mr d^S' RèïS'l ly^îlléurs, si nous là disonè, w nous scandaliserons' encore plus les essieuts » qui viennent de sortir du couvenr: ainsi, cha- » • cnn dé nous itâ entendre la messte tfù il pôuVra; M'et'Wpôi^tié^î'con^hfférft h^iniéùt qù'il^ lui » sera pô^iMe^déux qui Iiïî denianderoritpoiîr-

Il ressentit bien tout le dommage Que lui causait ce Frère volage ; Mais, hélas! nécessité lui fut Pe s'en, consoler le mieux qu*il pat.

Comme le voleur avait du gcaîe et de Tin- Irigue, il fit valoir Targenl qu^il avait entre les mains. Il réussit et amassa assez de biens pour marier avantageusement deux filles qu'il avait eues d*un mariage baclë je ne sais où. Enfin y il lui prit envie, sur ses vieux jours, et longtemps après la mort du Révérend Père, de rentrer dans Tordre dont il était sorti. Il rapporta avec lui cinquante mille francs qui servirent à faire sa paix, et à rebâtir une bonne partie du couvent. Cette somme fît un tel plaisir à ses confrères , que peu s'en fallut qu'on ne canonisât sa sortie de Tordre ; on la regarda du moins comme un coup de la rrovidencè. Peu de jours

avant sa mort, il fut solennellement absous de tous péchés véniels et mortels, et, bien muni de sacremèns et d'indulgences plonières , il partit pour Tautre monde. Après sa mort^ on mit son portrait dans une des pins jolies salles du couvent, et son- nom resta lôûg-temp3 en vénération.

REFECTOIRE.

RÉFECTOIRE. Rien de plus édifiant que le réfectoire d'une Communauté. Autolir d^ûne longue table recouverte d'une toile cirée > vous voyez tous les Frères un peu éloignés les uns des autres^ immobiles, l'œil baissé, poursuivre avec persévérance quelques lentilles éparses au fond d'une mauvaise assiette. Tous les morceaux sont comptés; chacun a devant soi sa ration de vin, son pot d'eau* Là, pas de mots gaillards, pas de chansons bachiques ; seulement on en-r tendra la voix nasillarde d'un Frère rappeler les jeûnes et les austérités des premiers moines. J'ai pu jouir dei'nièrement de ce beau epup^d'œil chez les Frères Ignorantin^.

Les Supérieurs éloignaient avec ^oin du ré^ fectoire tout ce qui aurai t,pu favoriser la sensualité des religieux. Chez l^s. Carmes, le l*^pas commaaçait par la scènç tragique de XEcce Homo. ( f^cgrez'ce mot. ) Chez les religieux de Saint-Paul, une tête 4® mort ckculail d^eiçiain^ en mains le temps de la téf^cyon. Dans beaucoup de maisons , les discoles s'administraient la disçin pline aux yeux des convives. M^is à ces ministres

tableaux succédaMut quelquefois des scènes plus

403 EKCTCLOPÉDIE

riantes , dont les novices étaient acteurs , en réparation de quelques fautes légères. L'Abbé Musson ( Ordres monastiques, tome IV , page 167) parle d'une singulière pénitence imposée à cinq novices chez les Frères de la Charité. Le premier avait un bâillon à la bouche^ pour avoir rompu le silence ; le second portait un coussin sous le bras y pour s'être levé tard ; le troisième avait un pot de chambre pendu au cou j pour quelque répugnance qu'il avait fait paraîtra -, le quatrième était armé d'une broche et d'une poêle y pour être entré à la cuisine sans permission ; le cinquième avait une grande paire de lunettes sur le nez> pour avoir été distrait. Cet étrange cortège devait faire trois tours du réfec-t toire> et manger ensuite à terre # Je lis^ le, fait suivant dans les Annales dès Carmes ( Liv. t *% chap. 36) t et Un pauvre gentilhomme étant ma- » lade au couvent ^ le Supérieur dit en riant au » P. Germain de la Katmté qu^il chaussât ses * éperons. Celui-ci olbéit , et vînt au réfectoire » avec les éperons chaussés.» Plus loin y nous voyons le Père Ambroise Mariam s'y présenter avecia quenouilli^ et le fuseau : chez les Franciscains / on exigeait qtie^ t^hàcun à leur tour y tes novices ntahgeasseut en coékon. {Voyez ce mot.) . iiii

MONASTIQtJl^. 4o3

On lisait les vers suivans dans un réfectoire de Cordelîers :

FratreSy benè veneritis.

Bien las aux pieds et aux genoux , Sititis et esuritis, G^ést la manière d'entré nous :

Or çà , sééz-vous , de par Dieu , Comedentes et bibentes Selon la pauvreté du lieu ; Qua dedérant nobis gentes De nos biens qu'avons amassés , Sumùe , si phteet , gratis ; Et si TOUS n*en avez assez^.

Mementote paupertatis.

Il est à propos de ne pas rester à table plus tard que minuit , plarce qu'on ht pourrait plus dire là messe le lendemain. ( Voyez GARn4LOK etGoRGEOw. )

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