‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 25 sur 120 · CAPUCINS · texte numérisé non relu

CAPUCINS

CA.PUCINS. L^abomination était dans le lieu saint ^ tous les genres de souillures infectaient Tordre séraphique. Les malheureux Gordeliers ne se contentaient pas des offrandes dont les peuples les accablaient ; ils voulaient des richesses, et se 1^ procuraient par des extorsions. Ce n'é* tait pas assez pour eux de ne vivre que pour le sommeil et Tivresse, d'entretenir des femmes et des filles y il fallait qu'ils misseilt le comble à tous ces scandales en défigurant le véritable habit de Saint François^ et en dirigeant des ciseaux profanes contre l'édifice du capuçon carré et pyramidal qu'avait porté leur fondateur. ( Voyez Capuçon. )

Un d'entre eux cependant, Mathieu de Basli ou Baschi , méditait en silence une éclatante réforme, et Dieu, en i524, lui fit trouver mi-

(i) Qai porte un capudion.

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raculeusement le Téritablè habit de Saiiit François. Transporté de joie et saisi d^un saint respect , Mathieu le baisa plusieurs fois.^ Tarrosa de ses larmes , en prit la forme , la mesure et les dimensions , et alla faire part de sa découverte aux Frères François de Cartoze et Louis de Foro. Mais leurâ Supérieurs, craignant que celte re'forme ne les fît rougir de leur propre dérèglement, eurent la crùëititë de les jeter dans un cachot^ où, pèndaiit quatre mois, ils fiii^éiit toutinentés pstt* la faiim^ Id soif et lé fouet.

Relâchés par ordre du Pape, ils en obtinrent wd btef èii iSiîG, qui leur permettait de vivre selon le premier esprit de la règle ; et parce que cela paraissait izupossible'cfaez les impHris Fràfidscaitis, iksè retirèrent dans un et*mitage. Mais le diable suscita contre eux le ndinistre provincial dés Cordcfliers , qui , à la télé d'une troupe d'àrchers , les pour^ivit Icmg-témpè , les t<-àitaât dé séditieux et d'apostats* Enfin, persécutés de tous côtés , Ils se iùiîreht sous la protection du duc de Camerin , à^m les déroba à là furèfur des CôMeliérs, et <>btint, en 1628, du Pape Çlétiterit VII , tiiie bulle par làquelte il leur était pertatis de vivre aàns les ermitages, et de porter de la barbe , avec un capuçon pyra^ midal.

Dèd ce moment le rasoir ne passa pius sur leur menlofi» Les enfans qui les virent passeir, frappés de la forme de leur capttçon , les suivirent en foule ^ criant apriès eux : Capucins! Capucins! ^heshous Frères, qui n'avaient pas encore de nom , adoptèrent ce dernier.

Cet ordre fut sur le point de périr dèé ses ccAnmencemens par F^apostasie d'Okin. Il avait quitté les Cordeïiers pottr en,trer chess les Capucins> qui l'avaient élu Général* Sa réputation de sainteté , son talfsnt pour la prédication , lui avarient fait espérer du Pape Paul III le chapeau de CardinaL Trompé dans son attente > il éft conçut un si vif ressentiment , que dans ses entreliens et sermons,- il m^ait de^ invectives co&tre les- débattcfaes de la Cour de Rotne; ce (|nf le fit soupçonner d'héré^e.

Le Pape fit mafndér Okin à Rome ; et pour (op'ii n'hésitât point k s'y rendre, on répandit le brisM qu'il allait être ^etétu de la potrrpre. Okin seul comprit qu'on ne l'y appelait que pour le précipiter dans un cachot, ou plutôt dans les flammes* Il se retira à Genève, et y adopta les erj^eiirs ^es Socrniens^ et cet homme, qui s^étaif cru digne du cardinalat , ne pensa point déroger en^ épousoàt une blafichîssease , dont il eut trois enfans.

6o ENGTGLOPÉDIX

Paul III en fut tellement irrité , qu'il conçut le projet de supprimer Tordre des Capucins , persuadé qu'une congrégation qui avait produit un si grand hypocrite , ne saurait être utile à l'Eglise : mais Dieu ne le permit pas.

Charles IX , à la prière de sa mère , les attira en France, où ils prospérèrent au point de pouvoir, bientôt après, former un corps redoutable dans l'armée de la Ligue.

En 1700, on comptait en France environ six mille Capucins, qui possédaient onze provinces et trois cent ving-neuf couvens. Vers le milieu du même siècle , c6S bons Pères sentirent que la Société de Jésus, attaquée partout, devait s'écrouler (1), 6u au moins s'éclipser bientôt. Adroits politiques ; ils voulurent hériter de la confiance dont quelques bonnes âmes honoraient leurs confrère$ , et à laquelle ils avaient tant de droits incontestables. C'est à cette occa* sion qu'ils lancèrent dans le public le prospectus suivant :

(i) Nicole a remarqué que les corps les plus religieux ne 8e soutenaient guère plus d'un siècle dans leur première fer^ veur; qu*après ce temps, ils avaient ordinairement besoin d'une réforme qui les rappelât au premier esprit de leur institut.

MONASTIQUB. 6f

Nous venons d'acquérir Tancien fonds de boutique Appartenant jadis à la Sorboone antique ; Force hébreu , force grec , et du latin surtout. Du bon sens à foison , de la science et du goût , Du zèle pour la foi , pour la foi de nos pères , SaBs dresser échafaud , ni bûcher à nos frères , Tel n est pas le Jésuite (i). Ou furet, ou vautour. Ou vautour à la ville , ou furet à la cour , Le Jésuite inventant la machine infernale , Pour perdre les États , TEglise et sa morale; Janséniste à la Chine, à Rome bas valet, Des Kois toujours esclave , et jamais bon sujet.

L'ordre entier se composait de pi as de So^ooo religieux répartis en i^Soo maisons, et formant 38 provinces. .

La vie des Capacins, en France , était fort austère : on comptait chez eux quatre carêmes par année ; mais ils étaient précédés par le temps des récréations ( voyez ce mot ) , c'est-à-dire que le carnaval recommençait quatre fois pour eux.

Pendant ces jours heureux, on se pressait moins dequiitter latable^on dispensai tle Père semainier de sa lecture ordinaire ; en revanche, le Père dépensier faisait courir la gorgéon ( 7JOjrez égalé-^ men t ce mot ) , et on se penneitait la petite chanson après, le dîner, qu'on ne qiiittait qnapour

(i) «Le concile de Tk^enteles appelle les Qercs réguliers de la Compagiûe de Jéfttts.

6? Eir^yciiOPÉniE

jouer la comédie y ou pour se livrer à quelque plaisir honnête.

La vie de Henri y comte du Bouchage , duc de Joyeuse, Capucin, est renfermée en abrégé dans ces deux vers du 4"" chant de la Henriade :

Vicieux , pénitent , courtisan , solitiïire , Il prit , quitta , reprit }a cuirasse et la baire.

Le Capucin a le menion, les joues et la lèvre supérieure garnis de longs poils roux^ la tête rasée, la corolle velue interrompue vers le sinciput^ les pieds à deaii*diauasés » le col nu* La robe de drap, composée de lambeaux h demi^usés, et cousus ensemble, est brune, marquée sui* l'abdomen de deux plis longitudinaux , et descend jusqu'à mi- jambes ; le capucon est mobile, alongé, pyjramidal, sùbuié â son extrémité.; les manohes vienneiit jusqu'aubput àe$ mains, saut amples, ei serventd'ei^veloppeà des bras velus( i ). La coixLe dont les Frères sont ceints doit être rude , jans travail- et à trois nœuds* Le mantçaii , qiii iOst sans doublure et tronqué par derrière , n'emyeloppe que 1^ dqs , Tabdomen et les extrë^ miiés stipérieuiies*

Les Frères lais nont pas 1|S eapuçon*

j(i} La règU ^feud diB reoeioir l«s postulass «[«i , n'auraient pas les signes extérieurs dcla^tirilité*' .

nfONAsriQVf. 63

CAÎUCrNS-DIRECTEURS.

Le Ciel défend de vrai certains contentemens , Mais il est avec lui certains accommodemens.

CAPUCINS-DIRECTEURS. Pour peu<ïu'un diredeur soit achalaiidë , il ne doit manquer de rien , car les dévotes s'iateressf at irèsriott à la santé de leur R. P. direeieur. A-<>t-il une petite toux? se plaint-il un pende l'estomac ou de la pcdtrine? aussicât on envoiedes bouillons gras 01^ maigres, selon les temps; des conQlures, des biscuits ; dos bouteilles de bon vin et de ratafiaf; exquis "«ienneat aiissi en foule* Une dévote a-teUe queb{ueseorpt à révéler? c'est toujfiarsà son directeur qu'elle s'adresse* Il est doite reeonnu q» uiL dijrec^eujr peut aiséiponi avoir toutes les comjûftodités de la vie, et.qu'il a d^ grandes ves*^ musce» pouf adoucir les jdines les plus rigoa^ renx. • ../ • 1

Il faut convenir, à la vérité, que parmi 1# troijtpe.dos déyptes, dl s'en tixiuve 4:|rdinaire' ment bi|aucoap qui ne^qat -pas toujours* en étal. dfi.fQurQiriLrappoinrpmpnt y m ais cel l es qui

64 EKGTGLOPËDIE

Utiles à leur directeur ; il sait les employer toutes selon leurs talens, et retirer des services de chacune : les unes lui cousent ses mouchoirs, son. linge; les autres le lui hianchissent : celles-ci sont pour faire les commissions en ville ; celleslà sont réservées pour l'agrément de la société et pour les conversations, enjoué.es9 car s'il a quelque penchant à la galanterie, il sait hien où s'adresser : il connaît déjà les inclinations de chacune , et les plus secrets mouvemens de leur cœur. Cependant un directeur expérimenté ne choisit ses favorites que parmi les dévotes de profession, et même que parmi celles du commun ; car, pour les riches dévotes , on les ménage pour d'autres fins , et on ne leur parle que de dévotion , si tel est leur hon plaisir. Il s'adresse encore moins à toutes celles qui ne sont point éhrôlées sous la hannière de la dévotion , parce que celles-là n'ont point ordinairement grand goût pour le petit collet ni pour le froc ; mais il évite surtout comme un écueil ces jeunes mondaines à qui il faut des grenadiers ou des sapeurs pour amans.

Si le jeune directeur dont je vais raconter la triste aventure (i) avait eu plus d'expérience.

(i) Cette histoire est arriyée en France, et même asses

i} n'aurait jamais eu Timprudence de s'attaquer comme il le fit à une de cette espèce.

Une de ses pénitentes lui faisait un détail assez bien circonstancié des. faveurs qu'elle accordait à son amant. Un pareil' récit^fait par une belle boucbe^ devait exciter des idées bien vives dans l'imagination. d'un homme que l'âge et le tempérament n'avaient pas rendu insensible.

Après avoir long-temps comprimé sa passion , il lui avoua enfin un jour qu'il. en était si fortement épris ^ S[^''^ ^^ pouvait résister à la douce impression que ses charmes. faisaient sur son cœur. La belle fut un peu surprise d'une pareille déclaration. Considérez ; lui répondit-il , qu'un directeur est un homme pétri du même limon qiie les autres*

Nos seos facilement peuvent être charmés \

Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés ;

Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles.

Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :

Il a sur votre face épanché des beautés

Dont les yeux sont surpris. et les cœurs transportés.

Et je n'ai pu vous voir , parfaite créature ,

Sans admirer en vous FÂuteur de la nature.

près des bords de la Seine. On ignore si le héros était Carme, Récollet ou Cordelier.

'66 -ElffrrCLOMÈDIE

. Ah ! pour être détot je to*en étuis: pà»iiioia$ homme , Et lorsqu'on vi«Dt à voir yos célestes appas. Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.

Voyez David, Voyez Salohion, ces Princeai si grands , si religieux , n'ont-îls pas -été sujets à la passion de l'amour? Pourquoi? c'est que cette inclination est naturelle au cteurde lliomtne, et quetous ceili en qui le teKrpéi^aiheht ne pèche pas , ressentent en eux ce penchant qtti pointe les deux sexes à s'entr'aimer. — Mais , répliqua la helle, si votre tempérament Vous portait à la tenliresse, àl'àiifiour, il he fallait donc pas embrasser un état comme le vôtre, — Je Tavoue ; mais j'étais si jeune que je ne mè connaissais pas encore moi-même. Je quitterais à présent là <iôuronne monacale pour posséder votre cœur. — Il faut tâcher de rentrer dans la bonne voie; je sais bien que je ne pourrai ji^mais me résoudre à aimer un homme couvert d'un habit ecclésiastique.

Le directeur rie se rebuta point pour un si mauvais début; il se flatta qu'il pourrait trouver quelque moment plus favorable : voilà toujours, disait-il en lui-même, un grand pas de fait.

Après cette déclaration, la belle avait résolu de mi^ititérdite l'entrée de sa maison ; elle se retint cependant , et se contenta d*éluder ses pour-

suites obatinéeBi.mais Yoyantqu'il n'en était que plus ardent à la poursuivre , elle lui défendit , à la première visite qu'il lui rendit , de remettre davantage les pieds chez elle. Poussée à bout par les importunités du directeur^ elle s'en plaignit à son amant* Celui-ci^ piqué, résolut des'en venger, et promit cependant de ne se conduire en cette affaire que d'après les ordres de^a maîtresse.

Le directeuri de son côté, ne fut pas longtemps à revenir vers l'objet de ses vœux; il fit tant qu'il obtint enfin un rendez-vous ; c'était un dimanche après jaiidi , et pendant qu'on serait aux vêpres ^ qu'il devait être payé du plus tendre retour. Le directeur s'en retourna joyeux , et attendait avec impatience cet heureux moment»

L'amant proposa de se cacher dans quelqu'endroit, et d'entrer dans la chambre avec une bonne houssine pour faire passer au cafard ces démangeaisons de chair qui l'incommodaient* La belle adopta un autre plan de vengeance.

Le dimanche arrivé , le directenr s'empressa de se trouver aurendez-vous. Avant d'allei: plus loin, lui dit-elle, il faut que je vous avertisse d'une chose , c'est que je ne saurais me résoudre à rie]ti accorder à un homme couvert d'un habit religieux; je ne veux pas même qu'il soit dans cette chambre : il. faut, s'il vous plaît ^ que vous

le mettiez dans ce cabinet. Il n'y a rien qu'un « homme possède d'une pareille passion ne soit capable de faire pour parvenii;à la jouissance de ses désirs : il ne balança point , et entra dans le cabinet. Pendant qu'il se déshabillait, la demoiselle sortit de la chambre à petit bruit, et ferma tout doucement la porte à double tour.

Aussitôt que le directeur eut ôic son habit, il rentra dans la chambre pour rejoindre la donzelle. Etonné de ne pas l'y trouver, il s'avança vers le lit, croyant qu'elle était cachée derrière lés rideaux. Pendant qu'il la cherchait, il entendit fermer la porte du cabinet au, verrou. A. ce bruit, il courut tout éperdu vers la porte de la chambre; mais, la trouvant aussi fermée, il demeura quelque temps immobile, tant il était saisi d^étonnement et de frayeur ! L'amant, après avoir fermé le cabinet, lui adressa ces paroles à travers la porte : « Ah! Père , il vous faut des » demoiselles pour vous divertir! Eh bien! nous . » allons envoyer chercher votre Supérieur, qui » vous lavera bien la tète : au reste , ne faites pas » le méchant, car nous sommes ici deux ou trois » drôles capables de vous bien étriller. »

Quand il fut un peu revenu à lui-même, il gémit et pleura sur sa situation présente ; il en demanda pardon à Dieu , et forma la résolution

^ MONASTIQUE. 6g

de ne plus écouter de semblables tentations.

Sur ces entrefaites, le Supérieur du couvent était arrivé ; le directeur s'étant alors mis à genoux, lui dit d'une voix tremblante : « Hélas! » mon R. P« , voyez dans quel misérable état ils » m'ont réduit. .«loSes soupirs et ses sanglots l'empédbièrent d'en dire davantage.

La conjoncture était délicate et embarrassante pour le Supérieur ; néanmoins , comme il était homme d'esprit, se tournant avec un air plein d'indignation vers celui qui l'avait conduit dans celte chambre : « Je vois , lui dit-il , que vous avez usé de violence envers ce pauvre religieux, pour le mettre dans l'état où il est; mais j'aurai raison d'un tel affront fait à notre sainte religion et h notre communauté. »

Âh ! que Molière les a bien peints, ces gens...

«... Prompts , yindicatifs., sans foi , pleins d'artifice , » Qui , pour perdre quelqu'un , couvrent insolemment » De Tintérêt du Ciel leur fier ressentiment , 9 D'autant plus dangereux dans leur âpre colère , y> Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère, » Et que leur passion , dont on leur sait bon gré , » Veut nous assassiner avec un fer sacré. »

L'amant , éiônné de ce début du Supérieur, lui dit : Mon Père, vous prenez la chose autrement que nous l'avons prévu ; nous n'avons eu

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d'autre vue , en vous priant de venir ici ; que de faire réprimander ce religieux, qui véritablement s'est trop oublie. ->— Ce n'est pas ainsi qu'on agit , Monsieur ; un pareil outrage ne peut ni ne doit être souffert impunëmcnt. Quoique le Supérieur n'eût guère envie de pousser cette affaire , parce qu'il voyait bien le déshonneur qu'elle ferait à son ordre , il se fit néanmoins beaucoup prier. — Je consens à la laisser là, mais à condition que vous retiendrez votre langue. Le jeune homme le lui promit, et rendit les habits au directeur. Lorsqu'ils furent arrivés au couvent, le Supérieur prit le directeur en particulier, et lui fit une sévère réprimande. Au bout de quelques mois, on le fit sortir de son couvent, et on donna en même temps ordre au Supérieur de celui où il allait entrer, de veiller de près à sa conduite (i^«

De tous les directeurs , il n'en ëuit point de plus heureux que ceux des Moinesses; aussi diton proverbialement qu'il y a trois êtres qui sont heureux dans le monde : un chien de boucher, un coq de meunier, et un directeur de Moinesses. En effet , elles allaient au devant de

( i) Récréation des Capucins , pag. a 06.

HpBf ASTIQUE. 71

tpmce <mi pcHiYait A^i faire pldibùr; s'il voulait mettre tovite la çom^^unat^të qi r\^mevr, il i^'a- YAÎt qu'à fduidre Is^ moiudre indjuspositiou.

CAPUÇON, er vulgairement CAPUCHON.

CAPUÇON. Messieurs nos députes disent souvent ^ en commentant la Charte : Il ne faut pas s'arrêter à la lettre qui tue, mais à F esprit qui vivifie. Nous pourrions prendre ce bel axiome pour épigraphe de cet article? Capucon I à la lettre , est un diminutif de capuce ; ce n'e$t qu'un petit cap^ce^ ou capuçon enfin* ' Mais^ s'il est ainsi nommé; ce n'est que par antonpmase, puisque, dans la réalité , un capuçon e^t le plus grand > et , pour ^insi dire , le monarque de tous les capuces, et qu'il les surpasse tous au moins d'une coudée.

Les Franciscains, en général, ont donné à leurs c^puces le nom de capuçon ; mais quelle en doit être la forme? c'est ce dont ils ne conviennent pas entre eux. Pour éclaircir celte question si long-temps débattue , nous remonterons à la source des faits, et, dût-on nous ac-

cuser à& faire sortir la guerre de Troie des deux œufs de Léda , nous commencerons cette histoire à la mort de Saint - François. ( Voyez

FuAiqCISCAINS.)

Ce Patriarche ; en mourant , avait lai&sé à ses sujets un testament ^ arche d'alliance , charte constitutionnelle qu'on avait reçue avec des transports de joie , et qu'on avait juré de ne jamais violer : mais à peine le Sëraphique eut-il fermé les yeux , qu'on porta une main sacril^e sur ses institutions. Et qui donna ce pernicieux exemple? Il est fâcheux de le dire , ce fut l'autorité , c^ furent les Prélats Généraux et les Préfets des Provinces. La loi défendait d'aller à cheval ; on convint de se servir de mules. Saint François avait dit : qu'on ne porte pas de sou* liers. Voulant contraindre ses disciples à marcher pieds-nus, on éluda la question en découpant des chaussures qu'on appela sandales , et que les philosophes et les espr i ts-fo/'ts nommèrent par dérision souliers à fenêtres. On rétrécit le capuce pyramidal, afin de n'être pas confondu avec les paysans qui ei^ portaient de semblables» Cette décision , toute aristocratique , aurait causé une sédition, si Saint Bonaventure, Général de tout l'ordre , n'avait pas comprimé les mécontens : ce qu'il pouvait facilement faire>

étant maître du pouvoir exécutif. Mais à peine Saint Bonaventure fut-il mort , que ceux qu'on avait traités.de révolutionnaires et d'insurgés reparurent plus forts que jamais , .car l'opposition populaire ne saurait perdre ses droits. Ceux-ci demandèrent une assemblée des états^énéraux delà nation Franciscaine, et on n'osa pas la leur refuser. Nous sommes S la veille des grands événemens.

En 1280^ on se réunit dans une petite ville d'Italie* L'assemblée était divisée en deux parties qui ne devaient pas craindre de se mesurer. Les opposans prirent le nom de Flrères Spin^ tuels y les autres celui d' Observantins.

Les discussions qui ouvrirent la session furent d'une médiocre importance. On demandait j selon Fleury, si la règle oblige sous peine de péché mortel ou seulement de péché véniel. Quelques propositions relatives à la propriété des choses qui se consument par l'usage (fungibles ) et à la propriété de la quête , furent renvoyées à la commission du budget. Enfin , pour calmer l'irritation toujours croissante des esprits ^ on parla de préciser la forme de l'habit^ et spécialement du capuçon. On posa trois questions sur la couleur, la grandeur et la forme, et je dois dire à la louange de cette grande as-

74 ]9lfGTQ{.p|»toiP

semblée que leaiwateurs le» abordèreat franchement. On dbpu^ longueiwent $w k owlew :.

on propKwa wooessivemeAt le fovge^ le vert , W ]>laa€ , le noir , et Tûd e'epa tint, par transio^ tioA , à une nuance enive le gria et le brun , 4{ue les anciena appelaient grUart, Quant à la grandeur; un des Spirituels opina pour qu'on rçr gnât la tunique Jusqu'aux i^oux , afin de ae distinguer des autres moines , qui portaient des robes traînantes. Sdbn.lni > il ^tait con&rme à la sainte pauvreté d'avoir les jambes à n\i. Cettf^ observation aurait sans doute prévalu , si un de» Obsarvantins ne s'était précipité à la tribune pour la réfuter. «Hé quoi ! mes Frères» s*éç^^ t-il y oubliez-vous que notre règle nous défend l'usage des culottes ? Oublies-voua que , dans le système de l'honorable préopinant, un faux; paa» unooupde vent, suffiraient pour écarter le voile du sanctuaire^ pour livrer à la risée publique » tegere quod débet pudor I Ah ! si du moins nous étions encore dans.cet âge d'innocencei où notre sexe indéterminé semblait se dérober aux regards profanes {Féjcest F&aixgisgaxks) ! Mais non , cet heureux temps n'est plus pour nous. Moins d'un siècle a apporté les plus sinistres modifications dans notre économie , tant physique que morale, d Cette belle improvisation , pro**

MmiASTK^iJir. 75

nonèee avee âme, produiéit la plus vive sen^ ssMon sur Fasseinblée, et, saufts éRe, il est fort probable que. l'on atiraiil teu^Mtré le» Corde» liées commet now nou^ rappelenft avoir vu les ÉïiOssaiÈ.

Quant à là ttoisièen^ question , eelle de la forme y il fat impossible de s'etiteudro y surtout lorsqu'on arriva au chapitre du eapuçbn. Les j^us beaux discours, les amendemens, les sousamendemeHs, ne firent qù^embrouiUer l'affaire , et) faute d'argumeus , on allait en venir aux mains, quand le Président interposa son autorite, et proposa de s'en remettre à la dëci^on du Pape.

On envoya donc une dëputation à Nicolas IIL Le Saint-Père , après avoir entendu les parties , rendit Une bulle datëe de 1^80, qui suspendit plutôt les hostilités qu'elle ne les termina. Il posait en thèse générale qu'on devait obéir à 'son Supérieur ^ et cette réponse donnait gain de cause aux Observantiiis.

Les Spirituels ne se tenaient cependant pas pour battus; mais la trêve fut longue , et on ne recommença l'attaque qii'en i5i'i , trente et un ans après. Mêmes raisons pour et contre , même tumulte , niêitte résultât. On eut recours aux lumières de^Ciémént V. Ce Pontife crut

qu'un moyen de concilier les deux parties était de se déclarer en quelque sorte incompétent.

Selon lui / il était indifférent que le capuçon fût rond ou carré, court ou pointu; il ajoutait que la règle de leur patriarche ne les engageait à rien sur ce point ; que tel était son avis , et celui de ses théologiens* Cette décision ne contenta personne ; l'agitation fut extrême dans l'assemblée. Tous les partis murmurèrent , et quelques historiens (Hospinien)prétendent que plusieurs religieux s'oublièrent au point dédire hautement que le Pape et tous ses théologiens étaient des bétes , qui n'avaient pas plus lu la règle de SaintTrançois que celle de Saint Benoit* Ils se séparèrent plus animés que jamais.

Douze ans se passèrent dans cette effervescence inquiétante. En i5ià5, on s'adressa au Pape Jean XXn. Ce pontife était un homme de tête : il voulut donner à cette affaire toute l'attention qu'elle méritait. Il exigea qije les deux partis lui soumissent leurs prétentions par écrit , et assembla le Sacré-GoUége des Girdinaux. Les questions proposées furent envisagées sous tous les points de vue. Enfin , le Pape rendit une bulle qui confirmait les décisions de ses deux prédécesseurs , ajoutant qu'il n'était pas question de capuçon dans l'Evangile. Une explo-

sion d^ murmures accueillit law réception de cette bulle ; on la qualifia , à runanimitë , à^extravagahte , et c'est encore sous cette dénomination qu'elle est connue des canonistes. Enfin, on se réunit contre les malheureux Papes. «Les » effets de cette dispute frivole ne furent que » trop sérieux , dit Fleury. De leur propre au- » torité, les Frères indociles déclarèrent le Pape » Jean XXII hérétique, et appelèrent de ses dé- » cisions au futur Concile. Enfin , la révolte » alla si loin, que ces Frères Mineurs, soutenus » par l'Empereur Louis de Bavière , firent dé- » poser Jean XXII, et mettre à sa place l'Anii- » Pape Pierre de Corbière ^ l'un d'entre eux, » qui , pour soutenir sa dignité , fut réduit à » prendre de toutes mains. » (^Huitième Discours sur V Histoire ecclésiastique. )

Ce grand coup d'état ne terminait pas encore la querelle entre les Spirituels et les Observantins ; aussi les puissances monastiques, qui, depuis un demi-siècle , avaier^t été paisibles spectatrices de ces troubles , crurent-elles leur intervention nécessaire. Leâ Dominicains, suivant l'usage des médiateurs, se prononcèrent pour les plus forts ,. qui étaient les Observantins. Les Spirituels furent déclarés hérétiques; plusieurs d'entre eux brûlés comme tels , et

^8 EKCYd^OPtolE

leur £aiction ^ trouva Qom|Mrinaée j msàs non anéantie.

Nous avons vu (à rariiole Gàpugius) comment Dieu suscita > au 16* siècle, un Saint homme qui remit en honneur le capuçon carre ei)>yramidal; nous avons vu avec quel acharnement les Cordeliers s'ëlevèrent contre cette réhabilitation , qu'ils appelaient innovation.

' En 1 52 8, le Pape Clément WI ayant autorisé Tinstitution des Capucins , tous prêts à verser leur ^ng pour le vénérable capuçon y dont il$ tiraient leur nom , las Cordeliers observant tins sonnèrent Talarme. Le premier choc fut terrible ; mais y de part et d'auùre , on mit bientôt bas les armes , plutôt par fatigue que par accommodement.

L'incendie , mal éteint , couva pendant près d'un siècle 9 pour se rallumer plus violemmmit au grand jubilé de Rome , de i6a5. Cordeliers Conventuels , Olservantins , Soccolants, Beoquinistes, Capucimî, BécolletS;, Tiercelins, Picpuces; en un mot^ toute la famille franciscaine était accourue à cette solennité y dont elle faisait les honneurs. Hélas ! pendant la procession, un vieux religieux avait remarqué que l'habit d'un Cordelier différait de celui dVa Cajpudn

par dit-sept ][^ièces essentielles , sans compter les accidenteUès. Rechercher quel était le véritable habit de Saint François^ c'était agiter le bk*andon •de la discorde. Un bon Cardinal vonlut prévenir ce inalhettr ; il manda lés religieux^ leur fit nne allocution touchante , dans l'espoir de tout concilier, h Qu'un capùçon soit plus court ou plus » long^ disait-il , ce n'est toujours quNin petit » morceau de drap. » A cette réponse > un des Capucins^ vt^yant bien qu'il n'est pas besoin d'étudier pour devenir Cardinal ^ s'approcha de l'Eminence, et lui dit avec un sourire malin : « Monseigneur , pour contenter tout le monde y » nous allons nous faire faire chacun un cha- » peau semblable au vôtre ; ce ne 'serait qu'un » morceau de drap rouge sur notre tête. » ( ya^ riétés historiques^ parCamus, évêque deBelley.) L'Eminence pâlit ; elle Sentit combien une promotion de ceilt mille Cardinaux (tel était à peu près le nombre des Francisoains ) pourrait jeter de confusion dans l'Eglise y et elle perdit tout espoir de conserver la paix.

Enfin y le Ciel suscita un de ces génies dont la mission parut être de concilier le genre humain^ et de suspendre le choc des passions en itiierposant le flatnbeau de lâ vérité : les lecteurs ont devîtié Bovérkis.

8o ENCYCLOPÉDIE

Ce grand homme composa onze démonstrations géométriques pour déterminer la forme du véritable capuçon de Saint François ; il prouva jusqu'à Tévidence; par une tradition constante^ par les anciens portraits des Séraphiques j par le témoignage des historiens ^ par les bulles des Papes j par des apparitions y des révélations et des miracles ^ que le véritable capuçon n'est pas rond et court , comme le prétendaient les Cordeliers ; qu'il ne doit pas être cousu à la cunule et au scapulaire ^ comme l'ont pensé les Récollets, mais attaché à la tunique, et de plus, carré et pyramidal; eu un mot., conforme à celui que portent les Capucins.

Tout s'embellit sous. la plume d'un grand écrivain ; ces matières , sèches en apparence , ont fourni à Boverîus de beaux mouvemens d'éloquence. Il en avait tiré une preuve des an* ciennes images de Saint François.

On lui avait répondu :

Pictoribus atque poetis Quidlibet audendi semperjuit œqua potesUis.

C'est vrai, avait dit notre orateur; mais non ut placidiscoeaniinimicitia. Qu'on ne revête pas Saint François de l'aumusse , non serpentihus

MONASTIQUE. 8l

a^es germinenter; qu'on ne couse pas la cunule au capuçon , non tigribus agnù

Ces belles dissertations, adressées au Pape Urbain YIII, sanctionnées par ce Pontife, et qui ont, en quelque sorte, un caractère Icgal (i), comprimèrent une nouvelle guerre civile pi:éte à éclater dans la république franciscaine.

Hélas ! si l'on en croit des bruits sinistre» , tout le monde ne serait pas encore convaincu » et nous verrions bientôt ces grandes questions soulevées <ïe nouveau. Pour moi, qui n'aime pas les guerres de religion, je crois qu'il faudrait prévenir ce malheur : le seul moyen peutêtre serait de réimprimer et de répandre le livre de Boverius. C'est une idée que je soumets à la Société Catholique des Bons Livres ! ! !

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