CARILLON
CARILLON. Le dessert des Capucins était souvent signalé par un touchant épisode. Un des Pères discrets criait avant de vider son
(i) Deuxième partie des Annales des Capucins. BoTC*' rius^ Lyon , i632 ^ în-fol.
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verre \ Ala santé du Père Gardien î aussitôt chaque Frère rimitâit , en frappant avec le dos de son couteau sur le bord de son assiette ou de s^on gobelet, ce qui s'appelait faire carillon. On carillonnait une fois pour les bienfaiteur^ du couvent , qu^on invitait à un dîner qu'ils avaient payé , et une autre fois' en buvant à la santé de^leurs tendres moitiés , qui ne pouvaient pas faire partie de la fête ^ sous peine d'excommunication.
CARMES ORDINAIRES, ou GRANDS CARMES.
CARMES ORDINAIRES , ou GRANDS-
CARMES. Il ne serait pas facile d'écrire Thistoire des Carmes , si l'on voulait concilier le sens commun avec les prétentions de leurs historiens. Se flattant de descendre du prophète Elie par une succession non-interrompue y ils ont recruté à leur profit tous les hommes éminens de l'antiquité sacrée et profane. Selon eux 9 Pytbagore , Numa^ Apollonius de Tyane, Daniel auraient été Carmes. (^o;^ej5 Eunuques.) Ce que nous savons de plus certain, c'est qu'avant le 12* siècle ^ dix Frères eiavirou vivaient sur le Carmel ^ et y pratiquaient une
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austère piétë^ Le nombre s'en étant accm dans la suite , Albert y patriarche de Jérusalem y leur donna une règle que tous les Solitaires firent Yceu de suivre* Ceci arriva en laog* Les Carmes se répandirent bientôt en Ëurojpe : Saint Louis les attira en Franceé Les Papes encouragèrent leur institut y et leur accordèrent tous lés pri'» viléges désordres mendians. Le scapulaire qu'ils reçurent du Ciel , et la chambre de la Sainte- Vierge ^ que des Anges eurent la complaisanee d'apporter pour eux de Nazareth à Lorelte > mirent le comble à leur bonne fortune ^ de sorte qu'on disait communément que la besace d^un Carme valait mieux que la crosse du Saint' Père* Mais Fabondance qui les entourait leur în^ira de la tiédeur y et devint pour eux une cause de relâchement. En vain de dignes en^^ fans du Carmel essayèrent-ils diverse réformes {vojre% ce mot ) > tous leurs efforts furent vains« Tant de gloii'c était réservée à l'illustre Sainte Thérèse ^ dont la prudence et le courage ajoutèrent un nouveau fleuron à la couronne de TEglise , en lui donnant la congrégation des CanfieS'Déchaussés. ( Fojrez ce mot. )
Cependant plusieurs , se trouvant bien de l'ancienne observance , ne voulurent pas adopter la réforme de Sainte Thérèse. Ceux-ci
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composèrent une congrégation qui comptait trente-huit provinces, et peut-être cinq cents couvens : un des plus renommes était celui de la place Maubert , à Paris , qui n*ëtait d'aucun diocèse, et dépendait directement du Général , qui faisait sa résidence à Rome. Un auteur du ] 5' siècle assure que , de son temps , les Carmes possédaient 7,o5o maisons.
Le Carme ordinaire était sans barbe, tête rasée , la corolle garnie de cheveux et non-interrompue , les pieds chaussés , le derrière couvert par une culotte , la robe de drap brun , le capuçon lâche, ample; le froc pectoral court, arrondi; le dorsal triangulaire, atteignant par son extrémité le derrière ; le collier de drap noir ou brun ; les manches de la longueur des bras , amples; la ceinture noire, passant sur la région ombilicale, sous le scapulaire ; le manteau de laine blanc , de la longueur de la robe, orné d'un capuçon trés-Uche, et de deux frocs , l'un dorsal , l'autre pectoral ; la chemise de ioile^ et la veste de laine.
CARMES-DÉGHAUSSÊS.
ÇARMES-DÉGHiVUSSÉS. Sainte Thérèse ,
après avoir opéré chez les Carmélites {voj'ezCQ mot) la réforme dont les fruits furent tellement prodigieux , eut la consolation de voir un grand nombre de Carmes embrasser cette vie austère , ayant honte de le céder en ce point à des femmes .
Profitant de la docilité de ses nouveaux disciples^ sainte Thérèse^ commença par leur interdire tout ce qui lui semblait superflu , c*est« à-dire , le vin , la viande y la culotte et les soulier». De cette dernière privation, leur est venue ¥ épiihèle de. Déchaussés. Lsi réformatrice ne s'en tint pas là : sa devise y oii souffrir ou mourir, dévint celle de tous les religieux, dont Texistence ne fut plus qu'aune longue agonie. Cent dePastranesedistinguèrentparticuIiérementpar leur soif de mortifications. (Fb/ez^ PÉNiTENCBii) « Dans quelques autres eouvens , le manger or- » dinaire des religieux était des. herbes cuites , » sans assaisonnement; encore^ le plus souvent^ » c'étaient des herbes champêtres, car ils ne » mangeaient que ti^s-rarement de celles qui se >* cultivent dans le jardin. » ( Histoire générale des Carmes^ a*, part.^ pag.69.) Quand ils ne les connaissaient pas, ils les faisaient goûter par des animaux , de peur qu'elles ne fussent vénéneuses.
Une répugnance, même involontaire, était
.)rëpuiée un crime. Le Frère Piierre de Saint- Hilarion, de Sëville , fait paraître uue mine refrognée en voyant le morceau de pain noir et dur qu'on lui avait servi ; c'en est assez. «Le Supé- » rieur commande, en punition d'une telle faute^ y qu'on le dépouille de son habit de religion , et 9> qu'on le lie au râtelier, dans l'^table, afin qae, » durant neuf jours , il dorme et mange y avec le 9> mulet de la maison y seulement de la paille et » de l'avoine : ce qui fut fait. » ( Histoire générale des Carmes, a* part.^ liv. 3, cbap. 12.) Nous pourrions rapporter une infinité de sem- /blables exemples , puisés aux mêmes sources , si nous ne craignions d'effrayer nos lecteurs.
Malgré cette excessive austérité, la réforme prit un grand accroissement* Les Déchaussés se multiplièrent en Espagne , et se répandirent en France et en Italie , où ils eurent beaucoup de \ maisons. La discipline alors commença à s'affaiblir j et le besoin d'une nouvelle réforme se faisait vivement sentir en France^ quand la révolution vint opposer ses ravages à cette régéné^ ration. Les Garmes-Déchaussés sont cependanif' nombreux encore dans les pays méridionaux de l'Europe.
Le Garme-Déchaussé est sans barbe , la tête raiée , la corolle garnie de diereux ^ non^ntei:*
rompue , les pieds à demi" chaussés ^ le derrière à demi-couvert par une petite cotte^ comme uu pan de chemise. La rohe de drap hrun retenue sur le corps par une ceinture large , noire ; le scapulaire intérieur étroit, ohtus^ plus court que Isk rohe; le capuçon lâche ^ ample > sinué, joint au froc pectoral ;. il est presque arrondi , et au dorsal il est pointu. Les manches de la longueur des hras^ repliées; le manteau hlanc, en drap, descendant jusqu'aux genoux, orn^ d'un capuçon lâche qui peut se renverser, et d'un froc pectoral presque arrondi , ainsi que d'un dorsal triangulaire. La doublure en laine, par esprit de pénitence.
CARMELITES.
CARMELITES. « Les révolutions arrivées » dans le monde depuis la création , dit un his-r » torien , la décadence des grandes Monar- » chies des Assyriens , des Mèdes , des Grecs » et des Romains, nous font concevoir celle » où tomba le Carmel dans le i5* siècle. »
Mais les instans marqués par la miséricorde di-^ vine étaient arrivés, où une jeune fille devait;
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soutenir cet ordre chancelant, et le relever de sa chute prochaine par une réforme austère.
Vers le milieu du 16* siècle, sainte Thérèse rechercha avec soin tous les statuts de son ordre depuis son établissement, en retrancha tous les adoucissemens que le relâchement des Frères avaient introduits, et y ajouta c[uelques constitutions particulières, qui consistaient principalement dans la nudité des pieds , la pauvreté, la nourriture et les fréquentes disciplines.
Plusieurs jeunes filles vinrent bientôt se joindre à elle dans le couvent où elle s'était retirée, et se résignèrent à l'honneur de partager toutes les souffrances qu'elle se créait. Le récit des mortifications des premières Carmélites réformées fait trembler. A Médine, elles n'approchaient jamais du feu dans la rigueur deThiver^ et prenaient la discipline jusqu'à trois fois par jour. A Valladolid^ il y avait des religieuses qui se contentaient de dix ou douze bouchées de pain par jour et de deux ou trois gorgées d'eau. Une des Soeurs passa trois mois entiers sans en boiire une seule goutte. Les unçs dormaient seulement assises ou couchées sur du bois ; les autres étendues dans un coffre comme dans un sépulcre. Leurs cilices étaient de fer-blanc, percé
en forine d'égrugeoires. Il y avait du fer au bout des cordelettes de leurs disciplines. Au monastère d'Alye , la sœur Marie du Saint-Sacrement ne dormait qu'une heure, Marie de Saint-François couchait sur des treillis, Catherine-Baptiste sur des fagots de sarment^ Isabelle dé Saint-Jérôme sur des pièces de bois de chêne , Marie de Saint-Albert sur des chardons, ou rhiyer sur des flocons déneige. (Consultez les diverses histoires des Carmes.) Mais je ne puis voir sans un serrement de cœur que toutes ces austérités ; introduites par des personnes plus ferventes qu'éclairées, étaient pratiquées en partie par cette belle Lavallière , qui croyait ne pas se punir assez d'une faute que tant de femmes auraient été bien aises de commettre.
De rudes disciplines, des jeûnes déchirans, et plus encore l'habitude des larmes, avaient flétri sa beauté , et conime desséché son âme si tendre. La perte d'un fils ne put lui arracher des pleurs^ qu'elle aurait cru dérober à son Dieu ; et en apprenant cette nouvelle, elle ne put que répondre : Quand f aurai assez pleuré sa nais^ sancCy je pleurerai sa mort.
L'Espagne, jalouse de l'honneur de posséder seule des Carmelites-Déchaussées , ne voulait pas que la réforme s'étendît hors de son terri-
toirej mais on entama des négociations^ et la France , qui ne peut rester étrangère à aucune sorte de gloire , en obtint bientôt soixante et un couvons (i)*
Les Carmélites ont une robe et un scapulaire de drap (jie couleur minime; au chœur, eUes mettent un manteau blanc avec un voile.
GELLÈRIER.
CELLÉRIER, C'est Tadministrateur des vivres de la communauté. On ne confie ordinairement les clefs du cellier qu'à un religieux d'aune prudence éprouvée. Ce fonctionnaire doit se défier des moines empressés et patelins dont il est circonvenu :
Détestables flatteurs , présent le plus funeste Que puisse faire aux grands la colère céleste.
(i) En 177a, la ferveur s*étant depuis long-temps ralentie , madame Louise-Marie de France , qui avait pris le voile dans cet ordre, voulut y faire revivre le premier esprit, et^ à cet effet, obtint du Roi Louis XY 9 son ùis>e | la pows9»> ^ion du couvent de Charenton.