CHARTREUX
CHARTREUX. En io8a, l'Université et le clergé de Paris s'étaient rassemblés dans l'église
lOO .BIÎCYGLOPÉDIE
de Notre-DaiB6^ pour y ren4i^ les derniers de- •voirs à ua docteur de h Faculté de théologie , quand celui-ci ^ au grand étonnc^ineiit des assisfatna 9 se le^?a jusqu'à trois fois pour dire qu'il était accusé , jugé et condamné par le jugement de Dieu. On le crut sur parole^ et^ sans prendre 2e stewps de terminer l'Office ^es Morts ^ op alla }eter son cadavre a la voirie. Le pinceau du pélèbre Le Sueur a immortalisé cette scène tragique, en la reproduisant dans le cloître des ÇSiartreux de Paris.
, Ténaoin de ce miracle j Bruno fit de sérieuses réflexions sur la vanité des choses de la terre et la sévériié des jugemens de IKeu. Bientôt , foulant aux pieds les honneurs et les dignités auxquels ^on mérite le destinait , il se retira avec quelques comp^nops dans un lieu appelé la Gi^rtreuse. Cettesolitude^ qui a donné le nom à fout l'ordre > était un endroit couvert de ronces et d'épines ^ entouré de bpis et de précipices , et qui n'était accessible qu'aux bétes sauvages. Bruno et ses compagnons se mirent à défricher cette terre inculte , y dressèrent de petits ermitages 9 et donnèrent ainsi naissance à un ordre de Solitaires célèbre dans l'Eglise.
Saint Bruno ne laissa aucune r^e écrite à son ordre. Guignes, second Général ^ peut en
être regardé Gomme le second fondateur^ à cause des lois qu'il y établit , et qpi respirent la plus grande sagesse : on lés appelle Coutumes de la Grande- Chartreuse. On y ajouta depuis de nouveaux réglemens, et Ton pfublra la collection de totfô les statuts en i58i , collection réimprimée en 1681 , et confirmée Tannée suivante par Innocent XL Le jeuliè et le silence continuel , l'abstinence de la chair ^ même dans les plus grandes maladies^ la clSture perpétuislle , le cilice qu'ils ne quittaient Jamais ^ étaient les principales parties de la discipline des Chartreux, Le nombre en était d'abord fixé à treize, et il leur était défendu de posséder ni champs, ni villes , ni jardins, nt églises ,. ni cimetières, ni oblations, ni décimes, ni choses semblables. La piété , le désintéressement des premiers Chartreux leur concilièrent la vénération et l'es* time générales. Les Papes leur en donnèrent la preuve par leurs bulles, les Rois parr^des privilèges , les peuples par des aumônes r aussi , " environ deux cent cinquante ans après son établissement , Fordre était riche , et le relâdhement s'y était introduit. C'est à cette occasion qu'on publia les nouveaux statuts. On s'y plai-' gnait des sorties trop fréquentes , dû luxe dans les habits, du goât pour les banquets et lès
fc8tins« ce Hclas ! y est-il dit , combien cette dis-» sipatiou n'a-t-elle pas rendu notre ordre vil et méprisable parmi les séculiers ! » Pour mettre un terme à la cupidité toujours croissante des Frères , on leur défendait , par ces statuts , de cultiver des terres , vignes ou prés , hors des li^ . mites de leurs couvens. Aucune maison ne pouvait posséder plus d^ trois cent quarante chèvres ou brebis , soixante vaches , six bœufs , et tout au plus seize roussins {sexdecim runcînos) pour fouler le grain. C'était autant qu'il en fallait pour nourrir treize ou quatorze personnes (i).
Parles dernières constitutions^ on défend de chasser les religieux discoles ; mais on ordonne de les mettre dans des cachots pour un temps , ou pour toujours , selon la nature de la faute. On défend aussi les peintures et les tableaux de prix ( ce qu'on oubliait en faisant exécuter par Le Sueur la superbe collection représentant la vie de Saint Bruno). Les procès^ la chicane leur sont interdits. Il ne leur est pas permis d'exercer Talchimie , ou (ce qui est plus productif ) de recevoir de l'argent pour les anniversaires , obits, messes de fondation , sous peine
(i) Le nombre des moines était ainsi fixé.
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de discipline. « Rien ^ y est-il dit, n'a plus avili les prières de l'Église , et n'a plus contribué à leur ôter cette majesté qu'elles ont par ellesmêmes y que le trafic indigne qu'en ont fait le peuple et le clergé : ceux-ci en les vendant , et ceux-là en les achetant. »
Malgré plusieurs autres réglemens non moins sages que ceux-ci y les richesses des Chartreux devinrent immenses y et leur discipline devait s'affaiblir. Les Papes leur concédèrent des privilèges temporels, que tous les Roi& de France,, jusqu'à Louis XV , s'empressèrent de ratifier. Ils étaient exempts de tous impôts ; des peines corporelles et spirituelles attendaient ceux qui auraient péché dans leurs étangs , ou seulement fait passer des troupeaux sur leurs terres. Chaque couvent avait un certain nombre de Cons^ers , ou Donnés , qui vivaient dans la plus grande dépendance, et étaient menés fort rudement par les Pères.
Les Chartreux possédaient plus de dix-huit provinces et deux cent huit maisons. Ils se rasaient la tète et le menton deux fois par mois ; ils étaient vêtus d'une robe blanche retenue par une ceinture , et recouverte par une cucule blanche, terminée par un capuce. Us ne faisaient oisage que de sandales. Ib avaient sous
le«r directioii des oouvens de femmes qui pre^ naief^t le nom de Chartreuses.
fiorel dit qu'autirefbis on appelait les Char-» treux Ckarirussins , et que ces mois vieuneiit de eharîrè , qui? veut dire prison; comme si les- Chartreux étaient ainsi nommes, c'est^s^dire y prisonniers y à cause de la grande retraite dont ik Ibnt profession. It est visible que le nom de Chartreux vient de Chartreuse y que Hugues y évéque de Grenoble, donna à Saint Bruno, et ou il bâtit son premier monastère.
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