EXEMPTIONS
EXEMPTIONS. On appelle exemption , en mati^ère ecclésiastique^ un droit ou privilège qui affranchit un monastère de la juridiction épiscopale. Détachés , pour ainsi dire, de l'ordre hiérarchique , libres de toute puissance intermédiaire , les monastères exempts ont le droit de vivre dans une sorte d'indépendance , ne reconnaissant d'autre chef que le Pape , qui seul ^ parmi les puissances de l'Eglise , a sur eux une juridiction légitime et une autorité immédiate.
Dans les beaux jours de l'Eglise , on ne connaissait pas l'exemption. Il parait que c'est au milieu des ténèbres et de l'anarchie du I2* siècle que cet abus commença à être reconnu légale-
176 BNCTCLOPtDIlS
ment. Que ¥<m calcule, si Ton peut , qpael doit être le pouvoir d'un Supérieur qui eierce une influence directe sur ses religieux , sans que l'Evéque puisse y interposer son autorité ! Mais pour jouir de ce privilège , le monastère devait avoir uu titre authentique d'exemption, fait avec toutes les solennilës requises , et rapporté en bonne forme.
Les chartes d'exemptions qu'on produit comme antérieures au la"" siècle, sont, par cela même, suspectes et réputées fausses , car le nom n'en était pas encore connu : cependant la chose existait déjà de fait^ sinon de droit, surtout dans l'Eglise d^Occident, et particulièrement en Afiique, en Italie et en France, (hi voit même, dans les premiers tefnps , des ordres for^ mes de plusieurs monastères , sous la conduite d'un Supérieur général. Saint Antoine, en mou» rant , laissa à Macaire , son diisciple , cinquante mille moines. Sérapion avait bâti plusieurs mo* nastères , dans lesquels il s'en trouvait plus de dix mille. La nombreuse Congrégation deQ^a^^ ben était gouvernée par Saint Pacôme.
Des écrivains et dés magistrats éclaira ont élevé des réclamations contre ïe droit ^eocemp^ tion. tt Est-il possible, s'écriait Smint Bernard , » qtie quelques Abbés de noire ordte portemt
» tant d'ambition sous un habit si humble ! ils » ne souffrent pas que leurs religieux s'écartent » du moindre de leurs eommandemens ^ et ils » refusent avec dédain d'obéir à leur Eyéque ; » et pour se procurer à prix d'argent une fu- » neste indépendance^ ils dépouillent jusqu'à » leurs ^lises. »
A l'époque du Concile de Trente, l'Eglise gémissait depuis long-temps sur des abus que la nécessité des circonstances l'avait forcée de tolérer. Les ambassadeursd'Es{)agne et d'Allemagne demandaient la suppression absolue de toutes sortes d'exemptions I et la France formait les mêmes vœux.
Le Concile de Trente ordonna à tous les corps isolés qui jouissaient de Y exemption , de se réunir à des Chapitres généraux , afin que l'inspection de ces Chapitres pût au moins suppléer à la vigilance épiscopale sur des corps ainsi détachés de la hiérarchie ecclésiastique*
Cependant les exemptions continuèrent à être autorisées en France^ et aujourd'hui encore d«s communautés religieuses jouissent d'une indépendance dont on s'est plaint quelquefois.
ta
l'yS ENCYCLOPÉDIE