OBSERVATION XIII
R. Lutembacher. — Bulletin médical, 8 février 1928
Lésion valvulaire ancienne, état fébrile particulier. Bon état général. Douleur subite, puis anévrisme au niveau de la fémorale, hémocultures positives au streptocoque, affaissement de la tumeur. Signes d'hémorragie interne.
Homme de 30 ans. Il présente un état fébrile singulier.
La température montre le soir à 39°, 39°5 pour retomber le matin à 37%, 38. La langue est propre. L'appétit est conservé. L'état gastro-intestinal satisfaisant. Le malade se lève et sortirait volontiers, Aucune lésion en évolution ne peut expliquer cet état fébrile.
Cependant on entend au niveau du cœur un léger bruit de souffle. Une ihémoculture a montré des germes qu'on cront être. des entérocoques.
On tente un traitement salicylé, il ne donne aucun résultat.
L'état fébrile se poursuit depuis six semaines lorsque brusquement le malade en se levant ressent une vive douleur dans la jambe gauche, qui fléchit. On constate -une grande pâleur des téguments, du refroidissement dans toute la moitié inférieure du membre gauche. Ces troubles se dissipent bientôt, mais il persiste une violente douleur qui n’est calmée qu'au moment où le malade met la cuisse en demi-flexion. Quelques jours plus tard, on constate, dans la région du pli de l’aine un empâtement profond, bridé par l'arcade crurale. En quatre jour cet empâtement se transforme en tumeur arrondie, pulsatile, animée de mouvements d'expansion : c’est un anévrisme de la fémorale ;
À l’auscultation on perçoit, à ce niveau, un gros souffle.
En quelques semaines cet anévrisme aiguë prend un volume énorme.
po
Un chirurgien consulté pense, avec raison, que malgré Ja menace de rupture, toute intervention est impossible. Il est probable, en effet, que Ja désarticulation inême de la cuisse serait insuffisante. L’anévrisme se prolongeant sans doute assez haut sur l'iliaque, la paroi même des vaisseaux à la limite de la tumeur, -présentant une friabilité qui laisseraient menaçantes des hémorragies secondaires,
Une hémoculture montre la présence de streptocoque dans le sang.
Quelques jours plus tard, la tumeur s’affaisse, elle est moins tendue, molle, fluctuante. Brusquement le malade se plaint de violentes douleurs abdominales, sa pâleur devient extrême, une hémorragie interne s'est produite précédant de peu Ja mort.
Là filiälion a ds faits se rétablissait ainsi : un fragment du thrombus cardiaque engagé dans la circulation s’est. bloque dans l’artère iliaque gauche, près de l'arcade crurale, sans cependant foblitérer ; après une phase transitoire d’ ischémie, la circulation s’est rétablie à travers les anfractuosités du caillot ; mais cette embolie septique adhérait bientôt à la paroi de l'artère, propageant l'infection dans ses tuniques. Leur rapide destruction expliquait le développement aigu de l’anévrisme. Cependant le processus de thrombose se poursuivait et le caillot, prolongé jusque dans l’iliaque, se complétait bientôt, oblitérant l'artère avant de détruire ses parois ; l’oblitération
de l’iliaque avait causé l’affaissement de l’anévrisme de la fé-
morale, la déchirure de ses parois, l’hémorragie abdominale
- foudroyante.