‹ Enguerrand de Marigny, Beaune de Semblançay, le chevalier de Rohan: épisodes de l'histoire de FranceChapitre 18 sur 66 · A LA ROYNE, MA SOUVERAINE · texte numérisé non relu

A LA ROYNE, MA SOUVERAINE

(( Madame, plaise vous savoir que le Roy et madame votre fille font très-bonne chère, Dieu mercy. a Madame, vos fermes de La Rochelle et du quart de

BEAUNE DE SKMBLANÇAY. 155

sel de Poictou sont à bailler, Tune en ce mois de septembre et Vautre en octobre. J'ay ici retenu vostre trésorier pour y aller en la compagnie de ceulx de par delà qui vous plaira y ordonner. J'escriptàM. de Nantes pour en savoir vostre bon plaisir.

tt Madame, j'ay esté adverty que aulcuns des réformateurs, à la poursuite {à la soUicitalian) de l'Amiral *, me veulent demander quels biens j'ay eu du feu roi et vous. U a grant envie de savoir et de se mesler de vos affaires et de tormanter vos serviteurs. Je ne le crains ne toute sa bande. Madame, je vous supply me faire savoir la response que je feray si la demande m*est faite. Tout ce que j*ay, je le tiens de vous. Je ne feis que pour la manière de finer ^.

u Madame, je me recommande à vos bonnes grâces si très-humblement que je puis et je prie à Notre-Seîgneur vous donner très-bonne santé et longue vie. Escript à Tours, le 20® jour d'aoust.

a Ja. de Beàune. ^ )»

Ainsi, dès le commencement du nouveau règne, Semblançay était en butte à de vagues attaques. Mais,

* celait sans doute Tamiral Bonnivet.

* C*est-à-dire « Je n'ai agi ainsi que pour procurer de l'argent au

« roi. j»

* Je dois la communication de la curieuse lettre qu'on vient de lire à l'extrême obligeance de M. Laverdetqui en possède le fac simile.

im • BEAUNE DE SEMBLANÇAY.

soutenu par la reine-mère, il se souciait peu des calomnies et des intrigues de cour. « Je ne le crains ne toute sa bande » est un trait de caractère, une sorte de devise à laquelle il resta fidèle, même lorsque sa vie en péril eût pu être sauvée par moins de hauteur. Quant au jeune roi, plein de reconnaissance pour les services et de respect pour Tàge de son surintendant , il ne l'appelait jamais alors, disent les chroniqueurs du temps, que mon père ou mon compère. Le baron de Semhlançay paraissait justifier cette confiance par des efforts incessants. Un reçu signé de lui constate, qu'au mois d'août 151 6, il empruntait deux cent trente-neuf marcs d'argent « pour aider au roi à supporter les grands frais qu'il avait besoin de faire au fait de ses guerres ^ » Une autre lettre, qui parait avoir été adressée au connétable de Bourbon vers 1518, prouve qu'à cette époque Semhlançay était également en faveur auprès du connétable et de la duchesse d'Ângouléme, qui, toujours belle, mais plus âgée que ce dernier, se flattait de l'espoir de l'épouser. « J'ay esté, disait Semhlançay, deux voïages devers Madame (la mère de François I"), durant qu'elle estoit à Vitteaux, et cependant que j'y ai esté, m'a toujours de sa grâce, communiqué vos lettres, et sur icelles beaucoup de bons propos à votre honneur et en bonne déclaration d'amour ; de sorte que je congnois bien quant y vient du

1 Bibliothèque impériale, Mss. Fonds Dcthunc, n*» 8,480, f*» 8Q,

cuer et du bon endroit dont je n'ay pas esté marry ni ne seray tant que la vie durra, non seullement à vous^ mais à toute vostre maison et ceulx qui vous touchent ^ »

De nombreuses lettres écrites par François I" et par Louise de Savoie à Semblançay vers 1520, témoignent hautement de ses services et "de la confiance dont il jouissait depuis longtemps. Pendant toute cette année, les missives les plus pressantes lui sont adressées. On comprend, en lisant les termes dans lesquels elles sont conçues , que le trésor est à sec , que l'argent est indispensable pour empêcher une invasion en France, une défaite en Italie, et que le surintendant seul, par ses ressources personnelles et son crédit particulier, est en mesure d'éloigner ce double péril. Malgré son dévouement, Semblançay, dont on n'a pas les réponses, exprimait sans doute la crainte que ces opérations ne lui occasionnassent plus tard des embarras. Pour le tranquilliser, chaque lettre lui portait l'assurance que sa responsabilité ne serait jamais engagée. « Si vous n'y mettez la main et n'employez votre crédit et vos amis, lui écrivait François P"^, le 27 août 1521, le tout demourra au grand dommage et diminution de mes affaires et de mon royaume. Et pour ce, je vous prie y faire plus que le possible, et ne vous souciez

* Isographie; collection de fac-similé de personnages célèbres, t. IV, lettre S.

iS8 BEAUNE DE SEMBLÂNÇAY.

de rien, car je yous satisferay et garantiray de toutes choses, comme vous connoistrez par effet. » Parmi quatorze lettres de François P' à Semblançay qui ont été conservées, les trois suivantes ont une importance particulière et méritent d'être reproduites ici ^

« Monsieur de Samblançay, vous sçavez assez de combien me touche la conservation de mon État de Milan, et la nécessité en laquelle est tombé Monsieur de l^utrec par faute d! argent. A cette cause, je vous prie sur tant que vous aimez mon honneur et le bien de mon royaume, et mon aise et repos, que vous veuillez à ce coup employer vos cinq sens, à trouver et envoyer audit sieur de Lautrec quelque bonne somme outre celle que vous lui avez envoyée, dont je vous mercie, car, sans cela, je vois ledit État perdu et en le secourant d'argent, vous le sauvez et conservez. Parquoy, derechef et encore une fois, je vous prie, ne me faillez à ce besoin, qui est tel et si grand que vous voyez, et je vous promets si bien et si grandement le reconnoltre envers vous et les vôtres que vous aurez cause d*ôtre bien content.

« François. »

« Monsieur de Samblançay, Madame m'a fait sçavoir le bon commencement que vous avez fait pour secourir

^ BU)liothèqae impériale. Mss. Supplément français, n<^* 350-13. Procèi criminel de Beaune de Sen^langay , p. 102 à 113. (Voir la suite de ces lettres aux Pièces justificatives, n^ d.)

BEAUNË UË SEMBLANÇAY. 159

d'argent Monsieur de Lautreo, dont je vous mercie tant que je puis, car o'est service au besoin. Et pour ce que cela ne suffit, je vous prie, parachevez et trouvez moyen dy envoyer quelque bonne somme en toute diligence*, autrement je vois mon État en danger de tomber en inconvénient irréparable. Parquoy je vous prie ne me faillir à ce besoin, non plus que vous avez fait aux autres, et croyez que l'obligation en demeurera telle que vous en aurez la reconnaissance en la sorte que la vou« drez demander.

tt François, m

a Monsieur de Samblançay , Madame m'a fait sça^ voir la diligence que vous ave? faite pour le recouvrement de l'argent qui m'étoit de besoin. Depuis, vous m'en avez écrit et asseuré, de sorte que sans vous faire grande lettre, je vous promets, Monsieur de Samblançay, ne l'oublier jamais, et en faire telle reconnaissance envers vous , que vous aurez cause d'être bien

content.

(( François. »

De son côté, Louise de Savoie adressait elle-même de nombreuses lettres à Semblançay pour stimuler son zèle et lui demander l'impossible. Plus qu'aujourd'hui encore , l'argent comptant était indispensable au seizième siècle pour faire la guerre. Au moindre retard

dans la paye de leur solde, les reîtres, les lansquenets, les troupes étrangères enfin, faussaient compagnie à leur général, qui, sans combat, et du jour au lendemain, était exposé à voir disparaître son armée. Pour prévenir de pareils mécomptes, Louise de Savoie se montrait infatigable et d'une persévérance qu'aucune difficulté ne décourageait. Une lettre qu'elle écrivit à un trésorier nomméRobertet énumèreles services qu'elle avait reçus de Semblançay. Louise de Savoie constate dans cette lettre que l'État ne se soutient qu'au moyen des emprunts que Semblançay a faits « en son propre et privé nom et dont il a donné des engagements en bon, loyal et affectionné serviteur \ qu'il n'a jamais regardé à sa sûreté pour l'avenir, mais qu'il a engagé pour dix fois plus qu'il n'a vaillant. » Ce langage est, dé sa part, précieux à recueillir. Puis, elle continue comme il suit :

(( Â ceste cause et vu qu'il n'est pas raisonnable de le laisser, luy et tout son bien, crédit, et celluy de tous ses amys, fondre et en voye de totale ruyne et perdition, et aussi que de présent il est autant de besoin que jamais de trouver moïens par emprunts d'or, d'argent, vaisselle, engagements et autres expédiens pour fournir à la despense de l'armée dudit seigneur, j'ay commandé audit Babou dresser une commission, laquelle j'ay veue et biendue adressante à Tarcevesque d'Aix et audit sieur de Samblançay, pour faire lesdits emprunts, en-

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gagements et contrats, de faire rendre compte à plusieurs comptables et faire prendre les restes d'iceulx; avec pouvoir audict sieur de Samblançay pour asseurer ceulx de qui il a emprunté, affin de garder son crédit pour toujours et au besoin en faire service au roy \ aussi, pour dédommager et garder de perte, comme la raison le veult^ ceulx qui en telles affaires ont secouru ledit sieur. Laquelle provision je vous envoyé, vous priant, monsieur le trésorier, que, incontinent et sans y faire aucune difficulté, vous la faictes dépescher et sceller, affin que je la puisse envoyer audit sieur de Samblançay, pour lui faire cognoistre que le roy ne veult point sa ruyne ou dommage, mais, par le contre, l'entend remercier de ses services, ainsi que chascun coDgnoist qu'il mérite, et qu'il appartient recognoistre à ung si grand maistre que ledit seigneur. Et à tant, vous dis à Dieu, monsieur le trésorier, lequel je prie de vous avoir en sa garde.

<( Escript de Compiègne, le 23® jour d'octobre.

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