‹ Enguerrand de Marigny, Beaune de Semblançay, le chevalier de Rohan: épisodes de l'histoire de FranceChapitre 48 sur 66 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

DU BICHE INFOHTITNÉ JACQUES M BBAUNB, SEiCffBUB 9B SEMBIJkNÇAY, PAB GLÉlIBKT IIABOT^

En son gyron jadis me nourrissoit Doulce Fortune, et tant me chérissott, Qu'à plein souhait me faisoit délivrance Des hauls honneurs, et grans trésors de France : Mais ce pendant sa main gauche très-orde Secrètement me filait une corde.

Qu'un de mes serfz pour sautver sa jeunesse A mise au col de ma blanche vieillesse,

' OEwret de Clément Mof^U IXiI« él«gi«*

Et de ma mort tant laide fut la voye, Que mes enfans, lesquelz (hélas) Tavoye Hault eslevz en honneur, et pouvoir, Hault eslevé au gibet m'ont peu veoîr.

Bfa gloyre donc, que i'avoys tant chérie»

Fut avant moy devant mes yeulz périe.

Les grans trésors, en lieu de secourir, Honteusiement me menèrent mourir.

Mes serviteurs, mes amis, et parens N'ont peu servir que de pleurs apparens.

J'eus (en effect) des plus grans la faveur, Où, au besoing, trouvay fade saveur :

Mesmes le Roy son père m'appella :

Biais tel faveur justice n'esbranla :

Car elle ayant le mien criminel vice^ Mieulx espluché, que mon passé service, Près de rigueur, lôing de miséricorde Elle prononça honte, misère, et corde :

Si qu*à mon los n*est chose demeurée, Qu'une constance en face coulorée, Qui i'usqu'au pas de mort m'accompaigna.

Et qui les cueurs du peuple tant gaigna, Qu'estant meslèe avecques mes ans vieux Feit larmoyer mes propres envieux

Certainement, ma triumphante vie Jadis mettoit en grand tourment envie :

Biais de ma mort, or doit estre contente, Je qui avoys ferme entente, et attente D'estre en sépulchre honorable estendu.

Suis tout debout à Bfontfaulcon pendu, Là où le vent, quand est fort et nuysible, Bfon corps agite : et quand il est paisible.

Barbe, et cheveulx tous blancs me fait branler. Ne plus ne moins, que feuilles d'arbre en l'air. Mes yeubc jadis vigilans de nature.

BEAUNE DE SEMBLANÇAT. 409

Des vieulx corbeaulx sont devenus pasture :

Mon col, qui eut l'accol de chevalier,

Est aocollé de trop mortel collier.

Mon corps jadis bien logé, bien vestu,

Est à présent de la gresle bastu.

Lavé de pluye et du soleil séché,

Au plus vil lieu, qui peult estre cherché.

Or, pour finir les regrets doloreuz Partans du cueur du riche malheureux, Roys et subiectz, en moy vueillez apprendre, Que vault grand'charge à bailler et à prendre.

En mon vivant ne fut merveille à veoir (Veu mon crédit) si j'acquis grand avoir :

Biais à ma mort on peult bien veoir adonques Un des grans tours, que Fortune feit oncques.

Long temps me feit appeler roy de Tours ; Mais puis qu'elle a usé de ses destours Sur moy vieillard chétif et misérable, Priez à Dieu (0 peuple vénérable) Que l'âme soyt traictée sans esmoy, Mieulx que le corps : et cognoissez par moy^ Qu'or et argent, dont tous plaisirs procèdent, Causent douleurs, qui tous plaisirs excèdent.

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