DISCOURS
PRONOI<fcé PAR LE PRUMIEB HiéSIDEKT WJ NALBUftlfT HE NOR- MANDIE, LE 43 ItOVBlIBRB 4674, A LA ilCNT^éB W PARLEMENT AU SUJET DE LA GONSMRATION DU QBEVALIBR DE VSMAH *•
(iNéDITB.)
a Messieurs^ en rendanji coQipto à la compagnie de ce qui s'est passé durant la Chambre des vaeajiiao^i je ne dms'pas passer soubs silence ce que j'ai fait touchant la conspiration du chevalier de Rohan et de Latréaun^ont qui a esté beureusement découverte, puisque c'est ce qui a {àict la priaeipale affaire et la plus importante. — J'arrivai ep cette ville le lundi 4 0* de septembre ; je trouvai que la noblesse s'y rendait de tou3 costés pour l'arrière ban et que M. le marquis de Beuvron y estait pour ce subject. — Nous fismes ce jour-là l'ouverture de la Chambre des vacations, nous continuâmes le mardi à entendre les affaires qui se présentèrent. — Le mercredi 42«, sur les cinq à six heures du matin il arriva un courrier du Roy qui m'apporta une lettre de Sa Majesté qui m'avertissait de la conspiration et comme le chevalier de Rohan avait esté arresté le jour auparavant à Versailles sur les trois heures après midi, me donna ordre de faire arrester Latréaumont et de saisir ses papiers, avec un pouvoir de faire arrester ceux que je croirais y tremper, et par cette lettre, l'on me don-
' Regiiirei ieertU du parlement de Normandie; à la date indiquée.
LE GiKVALflBR DE nOHÂN. 41 i
Mit ftdvûqiie le lieur deBrifisac, major des garxie&dtt aarpg, mt vanait trouver pour ftiro les ekosm de œaeeri avec moi, Auaaiioat ifm je jra^acet ordre, je donnai les mieps pour aoevoir où eatati JLairéaumont ei dans œ temps-là le sieur de Brissac arriva ; je lui douiay advis de ce que je faisais, et incontinent j'appris où estait logé ialréauBiont et qu'il estait encore eouché, de sorte que estant inforoié qu'il debvait partir ce jour-là pour PontrAudemer et craignant qu'il ne fust adverty que M. la chevalier de Rohan avait esté arresté, je dis audict sieur de Brisaac qu'il fallait y aUer tout à rbeure; je luy donnai quatre de mes g^ena pour l'aceompaper, n'ayant pas les trois gardes du corps qui estaient vopus avec luy et les ayant laissés en une hostellerie proche la porte Martainvillei. Il fut arresté heureusement et ses papiers aussy qui estaient dans sa valise ( mais les ^rdes estants entrés, lLi|tF0aiimont aynot pris le temps d'entrer dans la garde robe, il s§ saisit de ses pistolets qui estaient cachés dan^ un endroit, tira sur pn garde un cot)p dont il est mort et tira son autre coup qui ne frappa personne et obligea un de ses gardes de tirer sur luy un coup dopt il mourut sur la minuict et a évité ainsy lu châtimept que méritait Ténormité de son crime; car l'on a veu ses détastftles intentions par ses papiers et l^s mémoires escripis de sa main que Ton a trouvés, {l avait liaison et intelligence avec les ennemis de l'Ëstat, i) voulait favoriser la descente des ennemis à Q^illebeuf pour s'emparer de ce poste là si important qu'il croyait poiivoir brider la rivièri^ et incommoder la province. Il avait la chimère de changer le gouvernement, de réduire tout en deux f^i&i la noblesae et |e peuple, et que les religieux et les ol&ciers se f ange^aie^t 4 l*un de pps deux e^tats, que l'on establirait de nouvelles phares et offices, que les gens de*la rdigion prétendue fjôfpriip^e seraient reçus à tous les offices et charges indiffikemr piemt et auraient p^M^tout rexercice de leur religion et que l'on forait main-basse et que l'on courrait sur tous les gens employés pour la levée ^ deniers 4^ ^y> comme sy un E^tat pouvait ^si(^ter s§p^ déj^pse et lans revenu, lï avait prie le temps pour se rendre à Rouen de l'ag^^omt^lée de la noblesse pour l'arriére
412 PIÈGES iUSTVlGÂTn^.
ban dans le deBsein d'amener et deachaallër b noblefiae par dea diacoura aéditieux et la mettre dans une mauvaise dtspoeitioD pour le service de Sa Majesté, comme il a tasché de foire. Quoique tous ces desseins paraissaient fort chimériques et visionnaires ils n'en sont pas moins criminels, car la puissance du Roy, l'affection que la noblesse et les peuples ont au service de Sa Majesté auraient sans doute fait eschouer ces projets criminels dans les premiers pas que Ton aurait faict, quand bien même ils n'auraient pas esté découverts par la prévoyance et prudence de Sa Majesté et que Ton n'y aurait pas remédié devant qu'ils ayent esté esdoe. -— Je ne vous dis pas le particulier de ce qui s'est passé dans toute la suite de cette affaire, je serais trop long, mais seulement que nous y avons agi de concert avec M. le marquis de Beuvron qui a reçu des ordre» aussy bien que moy^ qu'il a agi dans cette occasion avec tout le zèle, la dilfgence et la prudence qu'on pouvait souhaiterait employé de la bonne sorte l'authorité que luy donne sa charge et le crédit qu'il a par son mérite et sa qualité. Nous avons ensemble fait en sorte (en ne manquant en rien à ce que veut une affaire de cette importance) de n'envelopper pas l'innocent avec le coupable et de n'embrasser pas les gents sur lesquels le soupçon ne pouvait pas raisonnablement tomber. Et'sy l'on- a arresté quelques-uns que nous croyons innocents et qui se trouveraient tels par la suite, nous l'avons fait par des ordres particuliers de Sa Majesté, laquelle ne nous les a pas donnés sans beaucoup de raisons et nous ne doultons pas qu'ils ne justifient leur innocence. — Nous n'avons pas manqué de rendre d'eulx le témoignage que nous debvons et faire savoir les choses qui vont à leur descharge, mais Ton nous a fait entendre que l'on n'en pouvait pas eslargir que le procès ne fût jugé. Biaintenant que Sa Migesté a donné des juges et qu'ils travaillent à l'affaire^ bientôt elle sera achevée et l'on rendra justice à un chacun. — Ce qui doibt satisfaire dans cette malheureuse affaire, c'est qu'estes les DêipréaukOf nepveus de Latréaumont qui sont tous de peu de con- '"-1, je ne vois pas aucune personne dans la [Hrovince qui é dans cette affaire criminelle.
« CeUe arriTée en la ville de Pont-de-l' Arche en estant une suite, j'en diray un mot»
« Le lieutenant général et Tilly, garde magasin, ont esté soupçonnés , sans fondement, par quelques particuliers du Pont-del'Arche, d'avoir voulu livrer le Pontrde-L* Arche à Latreaumont; mais après que diverses procédures ont esté faictes sur ce subject, en ayant pris connaissance et veu que ce n'estoit que des occasions de soupçons ridicules, nous avons finy cette affaire en obligeant ces particuliers à réparer l'honneur de ces officiers qui avait esté blessé par imprudence et par inconsidération. Cette affaire de Latreaumont m'ayant assez occupé par les résolutions qu'il a fallu prendre par les interrogatoires des accusés que j'ay esté obligé moi mesme de faire (ce qui a esté fort long) , par les ordres qu'il a fallu incessamment donner dans la province et par les despéches qu'il a fallu escrire à Sa Majesté et le compte que j'ay esté obligé de lui rendre de ce qui [s'est passé, je n'ay pas peu estre fort assidu à la Chambre ; néantmoins je ne laisserai pas de rendre compte de ce que j'ay veu et de ce que j'ay appris qui a esté fait par mes soins. »
N« 18 bis.
BIANIFESTE
TBOUYÉ DANS LES PAPHERS DB LA TRÉAUMONT ^
« La noblesse et le peuple de Normandie^ assemblés pour le bien de l'État et le service du roi, voyant la misère publique et le pitoyable état où la cruauté et l'avarice des partisans ont réduit le royaume au dedans, et le grand nombre d'ennemis que la témérité et l'insuffisance des mauvais conseillers nous ont attirés au dehors, se sont promis réciproquement, et ont juré par ce qu'il y a de plus saint et de plus inviolable de ne séparer
* lolréatimonl, par M. Eugène Sue; t. ii. Pièces justificatÎTet, p. 482 et suiT. — La pièce suivante (a« 1 8 ier\ est extraite du même ouvrage. -^ J*ai publié ime partie do projet de déclaration de la Tréaumont dans le texte, p. 248 et 249.
444 nÈGËS lUSTIPICATfVES.
j«nais leurs tiil6réte , ti 4e saciifier leurs biens et leur vie pour le bien commun et général, et pour <4)teDir «ne assemblée libre ées état^-généraux du royaume, dans laquelle on puisse avec sèreté délibérar «t résoudre la réforme du gouvernement présent , etétablir dans ladite assemblée et par ladite assemblée ées lois justes qu'on ne puisse changer àfavenir, et par le moyen desquelles les peuples vivent exempts de tyrannie et de vexation ; et comme la demande qui a été faite par plusieurs et diverses fois de ladite assemblée des états-généraux a été promise en 46&4, et eette promesse, quoique signée des quatre secrétaires d'État, BOtt^seulement éludée par ceux qui gouvernent, mais aussi traitée de criminelle dans le conseil du roi, qui , pour cet «ffet, n*a cessé de maltraiter cette province, à cause de l'intérêt qu'ils ont que tout demeure dans une confusion qui empêche qft'on ne remarque leur mauvaise volonté et conduite, et dont ils 9Bi liea d'appréliender le châtiment ; ladite noblesse et ledit peuple assemblés se sont encore promis et Juré solennellement , les «nsaux autres, de ne point mettre les armes bas qu'ils n'aient obtenu Teffet de leur demande, et ont dédaré et déclarent traîtres à la patrie tous ceux qui, étant nés ou ceux qui possédant du bien dans cette province, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, et quelques emplois qu'ils aient, ne se rendront pas incessamment dans ladite i^ovincç pour approuver et signer tout ce que dessus, et que ceux qui y manqueront seront poursuivis et punis comme perturbateurs du repos public, et leurs biens GooS^u^ 0t dcquis k h province, pour le revenu d'iiceui qui sera ménagé par des personne^ i çp cpom^ise^^ être employé au bien commun et général^ <et pour établir un ordrp d9ns lequel on puisse à revenir ym^ et a^r en sûreté ; ils Qnt déplaré et déclarent quç tOMS les habitants d^ Idclite provim^e (pour ce qui r&- ^rd^ la pplice) seront réunie ^n deux pprps, à savoir ; la nobles^ et le peuple^ pr4onp^nt à tQus le§ ecclésiastiques qui ne sont point astreints par vœu, et gens de judicalure^ de se réduire dans fim de ces deux corps ou autrement, et, à fjBiute de co faire, qu'ils seront déelarés ati^iots et convaiiUH^ du crime
LE CHEVÀUBR DE ROBAN. 4lt$
40 ti Mkm n^ #l4Miius «ftouBe traîtres : ont encore •dMaré «t dééêrmi (|u'ib ont choisi et neauné, desdits deux corps de ia ne- Uease et du fwuple, «ertain noanbfe de persoimes é ta friuraKlé des vois, lesquels» sekm r«ra(^ «à ils seront destinés, aeront plein peavoif de faire obtenrer tout ee qui aura été résolu et dderété dans les assemUées (çénéra^s de ladite aoMesse et dodit peupto de Normandie, auxqneiies dites aseymbtées générales lasdates persoanes qui auront été ainsi nonenées^ et qui seront changées de tempe en lenps, eeroi^ tenu^ dq venir rondre compte de leur administration quend elles en seront requises, et quand ienr fonetion finira, ainsi qu'il se ^«erra plus amplement par ia dédaration quitsera faite sur ce sujet; et o<Mnme la défense de la liberté, de la Tie et des biens est de droit divin et bumain, après avoir établi certain nombre de gens, aipsi qu'il sera trouvé à pro|M)0, pour opposer à ûeux qui auront dessein de nous attaquer en cette dite province , il eera aussi nommé un général avec desoffiders subalternes, qui seront tenus et obligés de venir rendre compte de leurs actions quand ils en seront requis ; ont aussi dédaré et déclarent que ledit général présidera dans les asaemblées générales et particulières , evcepté toutefois lorsqu'il s'aura des intérêts dudit général; etquoique, par le terme éet habUamis de cette province on entende parler de tous sans exception, n'est-ce que pour ne Isisser aucun doute, ont dédaré que teue ceux de la religion prétendue réformée y sont compris sans aucune distinction, avec la liberté et le pouvoir d'entrer dans les assemblées générales et partieulières pour y donner leurs voix , avoir les emplois et même présider lorsqu'ils sont nommés pour cela. •
a Et, pour donner un commencement heureux à ces justes desseins, après avoir rendu grâces à Dieu de les avoir inspirés, ladite noblesse et ledit peuple as^^ipblés jçqt ordonné et ordonnent qu'il ne se lèvera à l'avenir aucuns deniers des impositions établies, déclarant tous les habitants, soit des vijles ou de la i^mpagne, exempt de tailles, de sel, des entrées, et généralede tous eutres subsides d^nt le nombre e§t infini, sous
quelques prétextes et noms qu'ils aient été inventés, et leur ont ordonné et ordonnent que tous ceux qui ont servi à la levée deadites impositions seront pris et constitués prisonniers dans les plus prochaines prisons, pour, après avoir rendu compte de leur fait, être punis comme perturbateurs du repos public, et en cas que lesdits exacteurs, partisans, monopoleurs, sous quel* ques noms et titres qu'ils aient exercé leur tyrannie, voulussent faire résistancoi ladite noblesse et ledit peuple assemblés ont trouvé à propos qu'on fasse main basse sur eux , et qu'on les extermine comme peste publique.
a Ont aussi déclaré et déclarent que tous les deniers levés sous le nom du roi , dont on les t/'ouvera saisis, comme aussi tous les immeubles à eux appartenant sont confisqués et acquis à la province, et à l'égard de leurs meubles qu'ils sont exposés à la prise de ceux qui se saisiront des personnes desdits partisans; et comme le bien commun, en général, est le seul motif de la noblesse et du peuple en Normandie, renonçant pour cet effet à toute ambition et à tout intérêt particulier, ladite noblesse et ledit peuple assemblés convient et exhortent toutes les provinces de ce royaume, villes, corps et communautés d'icelui, de concourir à leur bon dessein par la demande unanime des états-généraux, et par l'obtention d'iceux, offrant, pour cet effet , aux provinces, corps et communautés qui se joindront à eux, tous les secours d'hommes, d'argent, d'armes et de conseils, qu'ils seront capables de leur donner, et aux particuliers qui se retireront vers eux, un asile assuré et de quoi les entretenir selon leur qualité et leur emploi. »
N* 18 ter.