‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 11 sur 93 · DE = À · texte numérisé non relu

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termine ut ce que j’ai pu apprendre de la vie et des mœurs du |Fer de lance. Ce qu’il y a de sûr, ce qu’il y a de positif en tout cela, ce qui pourra passer de cette enquête dans la science est bien peu; je crains que le lecteur n'ait fait avant moi cette réflexion. Mais il n’en est pas de l’histoire des naux sauvages comme de celle des animaux domestiques. ire d’ un animal sauvage, dit Buffon, est bornée à un

« que histoire d'un animal Er est ébHbiiques de « tout ce qui a rapport à l’art que l’on emploie pour l’appri- « voiser où pour le subjuguer. » Or, je crois qu’on peut dire qu’à la tête des animaux sauvages marche le serpent. Cet animal nous fuit au moins autant que nous le fuyons, ce n’est pas là une condition pour le connaître ; aussi a-t-il été souvent imaginé, interprété, expliqué, plutôt qu’observé. Ce sont les poëtes qui ont fourni la plupart des détails qui le concernent. L’imagination populaire est le trou, s’il est permis de parler ainsi, d’où il a fallu tirer notre serpent pour l’offrir au public, trou plein de chimères et de superstitions. C’est un animal auquel, en d’autres temps, à la \artinique, on aurait élevé un temple pour le conjurer. Beaucoup de faits que j'ai rapportés se ressentent de la source où je les ai puisés ; c’est pourquoi j'ai dû les rapporter avec doute, avec critique. Ainsi, lorsqu'il m’a été raconté des particularités telles qu’elles m'ont semblé n’avoir pu êtressaisies que par une attention patiente, réfléchie, en quelque sorte scientifique et de sangfroid, telle qu’on en peut avoir dans une expérience de cabinet, lorsqu'il à fallu regarder le serpent des heures entières pour comprendre ses actions, entrer pour ainsi dire dans son intimité, cette précision même m'a mis en défiance ; car il n’est pas possible d'observer ainsi le serpent : ou il nous voit, je le répète, et il nous fuit, ou bien à sa vue nous sommes pris d’un mouvement convulsif qui nous porte nous-mêmes à le fuir ou à l’exterminer. Le hasard seul complétera cette histoire. J’ai cité des noms propres, on m'en a fait le reproche; mais n’est-ce pas d’une enquête qu'il s’agit ici?

En vingt ans je n'en avais vu aucun moi-même ; il y a cependant beaucoup de chiens vagabonds dans les villes de la colonie, Une carte géogra phique des maladies spécifiques ne serait pas sans curiosité.

Qu'est-ce que des témoins anonymes? quelle foi pourrait-on y ajouter? N'était-il pas convenu, dès la première”page, que nous ferions ceite histoire en commun, et que je ne serais qu’un secrétaire ? Mais, je le dis sans flatterie, j’ai regardé ces noms comme les ornements de mon travail, comme la preuve, Comme la garantie du soin que j'ai mis à chercher la vérité, chacun pouvant réclamer contre ce que j'a ance. Lorsque j’ai rencontré des hyperboles démesurées, fa tastiques, provoquantes, qui ne peuvent qu’entretenir la crédulité du vulgaire, je me suis laissé aller à leur opposer une plaisan-

rie, douce je crois, permise, ou ma plume m'aurait bien mal servi. J’ai toujours eu soin de les adresser à des hommes dont la réputation d'esprit m’autorisait à espérer qu'ils seraient les premiers à en rire; d’ailleurs, je ne suis pas si présomptueux, ni si ignorant des hommes pour ne pas savoir que je m’expose à souffrir la peine du talion : tout ce que je désire, c’est que personne ne puisse dire avec raison que j'ai rapporté de la méchante compagnie du Fer de lance quelque chose de son venin.

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