‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 12 sur 93 · PARTIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PATHOLOGIQUE

Nous allons parler maintenant de la piqûre du serpent, c’est-à-dire de la partie de son histoire qui nous intéresse le plus; car c’est le seul rapport qu’il ait ayec nous, rapport d’hostilité continuelle. Tous les animaux nous payent un tribut : ceux-ci, leur chair, leurs forces ; ceux-là, leurs peaux, leurs dents, leurs os ; l’éléphant nous donne l’ivoire, le lion et le tigre mettent à nos pieds leurs belles fourrures, le serpent ne fournit rien à l’homme; il est dans la création notre plus grand rival, il nous dispute l’empire du monde; après l’homme, et peut-être avant l’homme, c’est l'être le plus redouté des autres animaux. Il n’en est pas qui fassent autant de carnage, pas un qui immole autant de victimes humaines, il lui en faut chaque année des hécatombes. On le trouve, comme l’homme, sous toutes les latitudes, dans tous les climats, sous les glaces de la Laponie aussi bien que sous le soleil des tropiques; seulement, comme nous, il varie de

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forme : . ici Fer de lance, à Vire où Boa ; suivant le ciel, Lapon ou Patagon ; À + une des espèces collatérales à la nôtre, il semble suivre l'ordre de notre développement. Dans les pays où il existe, il règne comme nous, il est autant le maître que nous ; on peut purger une contrée de toutes les bêtes féroces, excepté du serpent. A la Martinique, il forçca les premiers colons qui voulurent s’y établir à se rembarquer.

C’est donc à cause de la piqûre du serpent que l’homme a dû s’ occuper de cet animal. Il existe là-dessus quelques écrits et un plus grand nombre de traditions populaires. Je puiserai à l’une et à l’autre de ces sources, je profiterai de € deux sortes de documents ; car, je répète ici ce que j'ai déj dit ailleurs, je n’enseigne rien, je ne professe rien, je ne fais qu'écrire ce que me disent les uns et les autres ; je n’ai pour but que de constater, pour ceux qui s’occuperont plus tard du même sujet, ce que généralement on savait en l’année 1843 sur le serpent Fer de lance.

Chez l’homme, ce sont les membres inférieurs qui sont les plus exposés à la piqûre du serpent. Cela a lieu surtout chez le nègre, dont les pieds et les jambes ne sont protégés par aucune chaussure.

Les autres parties du corps sont aussi vulnérables, mai moins souvent. On dit vulgairement que les piqûres de la tête sont les moins graves, quoiqu’elles soient suivies d’un gonflement considérable, parce que le venin ne descend pas. Je ne sais jusqu’à quel point le fait est vrai, mais l'explication est absurde ; il faut être étranger aux moindres notions de la physiologie pour ignorer que l’absorption se fait également à la tête comme aux membres, et qu’il n’est pas nécessaire, pour qu’il agisse, que le venin éprouve aucun mouvement d’ascension. Si le fait est vrai, il n’y a pas à discuter, il faut se rendre; mais je dis que, « priori, les piqûres de la tête, de la face et du cou, paraîtraient au contraire avoir une gravité plus grande, parce que le gonflement qu’elles déterminent doit gêner l’action des sens, la circulation cérébrale et les mouvements de la respiration et de la déglutition, qui sont des fonctions indispensables à la vie.

M. Guyon cite le cas d’une piqûre à l'œil qui fut mortelle en moins d’un quart d'heure. Quelques personnes peuvent encore se souvenir du blessé ; il s'appelait M. Monplaisir.

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